Sans doute qu'à tes yeux elles montrent leurs pas;
Moi, j'ai des yeux d'esclave, et je ne les vois pas.
Je n'y vois qu'un sol dur, laborieux, servile, 75
Que j'ai, non pas pour moi, contraint d'être fertile;
Où, sous un ciel brûlant, je moissonne le grain
Qui va nourrir un autre, et me laisse ma faim.
Voilà quelle est la terre. Elle n'est point ma mère,
Elle est pour moi marâtre; et la nature entière 80
Est plus nue à mes yeux, plus horrible à mon coeur
Que ce vallon de mort qui te fait tant d'horreur.