LE CHEVRIER

La terre, notre mère, et sa douce richesse, 55

Ne peut-elle, du moins, égayer ta tristesse?

Vois combien elle est belle! et vois l'été vermeil,

Prodigue de trésors, brillants fils du soleil,

Qui vient, fertile amant d'une heureuse culture,

Varier du printemps l'uniforme verdure; 60

Vois l'abricot naissant, sous les yeux d'un beau ciel,

Arrondir son fruit doux et blond comme le miel;

Vois la pourpre des fleurs dont le pêcher se pare

Nous annoncer l'éclat des fruits qu'il nous prépare.

Au bord de ces prés verts regarde ces guérets,

De qui les blés touffus, jaunissantes forêts, 65

Du joyeux moissonneur attendent la faucille.

D'agrestes déités quelle noble famille!

La Récolte et la Paix, aux yeux purs et sereins,

Les épis sur le front, les épis dans les mains, 70

Qui viennent, sur les pas de la belle Espérance,

Verser la corne d'or où fleurit l'abondance.

Poésies choisies de André Chénier · 第 34 / 419 题