de l'Angleterre contre le Danemark une occasion de ramener à lui
l'opinion de l'Europe, il y avait découvert au contraire un prétexte
pour se permettre de nouvelles entreprises, et il voulait profiter de
la prolongation de la guerre pour achever tous les arrangements qu'il
méditait. Il pensa que pour mieux arriver à son but il convenait de se
concilier la cour d'Autriche, et de faire cesser avec elle un état de
malaise extrême, qui provenait, indépendamment des chagrins ordinaires
de cette cour, des derniers événements de la guerre. L'Autriche s'en
voulait à elle-même d'avoir armé, sans profiter de l'occasion d'agir
qui s'offrait après Eylau et avant Friedland; de s'être livrée à des
dépenses inutiles, et d'avoir montré en pure perte des dispositions
dont Napoléon ne pouvait pas être dupe. Elle était inquiète de ce
qu'il allait exiger d'elle pour la punir, plus inquiète encore de ce
qu'il avait pu promettre à la Russie sur le Danube, et peu consolée
par le langage de l'Angleterre, qui lui répétait toujours qu'il
fallait d'une part se préparer sérieusement à la guerre, et de l'autre
ramener la Russie en lui accordant soi-même tout ce que Napoléon était
près de lui accorder; c'est-à-dire, après quinze ans d'affreux
malheurs, s'en infliger un nouveau, plus grand que tous les autres,
celui de voir les Russes sur le bas Danube.
[En marge: Explications amicales de Napoléon avec le duc de
Wurtzbourg.]
Napoléon, qui n'avait pas eu de peine à discerner le malaise de
l'Autriche, tenait à le faire cesser, pour être plus libre de ses
actions. Il avait reçu à Fontainebleau, avec une parfaite courtoisie,
le duc de Wurtzbourg, frère de l'empereur François, transféré, comme
nous l'avons dit bien des fois, de principautés en principautés, et
très-désireux de rapprocher l'Autriche de la France, pour n'avoir plus
à souffrir de leurs querelles. Napoléon s'expliqua longuement et en
toute franchise avec ce prince, le rassura complétement sur ses
intentions vis-à-vis de la cour de Vienne, à laquelle il ne voulait,
disait-il, rien enlever, à laquelle, au contraire, il était prêt à
rendre la place de Braunau, demeurée dans les mains des Français
depuis l'infidélité commise à l'égard des bouches du Cattaro.
Napoléon déclara que, les bouches du Cattaro lui avant été
restituées, il se considérait comme sans droit et sans intérêt à
garder Braunau, place importante qui commandait le cours de l'Inn;
que, du côté de l'Istrie, il ne demandait rien que la conservation de
la route militaire accordée antérieurement pour le passage des troupes
françaises qui se rendaient en Dalmatie; que tout au plus, si on y
consentait à Vienne, il proposerait une rectification de frontières
entre le royaume d'Italie et l'empire d'Autriche, rectification qui se
bornerait à échanger les petits territoires italiens situés sur la
rive gauche de l'Izonzo, contre les petits territoires autrichiens
situés sur la rive droite, de manière à prendre pour limite le thalweg
de ce fleuve; que cela fait il n'exigerait rien de plus, et était tout
disposé à respecter scrupuleusement la lettre des traités. Sous le
rapport de la politique générale, Napoléon ajouta qu'il s'unissait à
la Russie pour demander à l'Autriche de l'aider à rétablir la paix, en
fermant les côtes de l'Adriatique au commerce anglais; que l'atroce
événement de Copenhague en faisait un devoir pour toutes les
puissances; que, si l'Autriche prenait ce parti, elle aurait l'honneur
du rétablissement de la paix, car l'Angleterre ne tiendrait pas devant
l'unanimité bien prononcée du continent; qu'enfin, cet accord sur
toutes choses étant obtenu, la cour de Vienne renoncerait sans doute à
des armements inutiles, dispendieux, inquiétants; que, de son côté,
Napoléon n'aurait rien de plus pressé que d'éloigner ses armées, et de
les transporter vers les rivages de la basse Italie. Quant à la
Turquie, Napoléon en parla très-vaguement, et ne se montra disposé à
aucune résolution prochaine. De plus, il laissa toujours entendre que
rien en Orient ne devait se faire que d'accord avec l'Autriche,
c'est-à-dire en lui ménageant sa part, dans le cas où l'empire ottoman
cesserait d'exister.
[En marge: Octob. 1807.]
Ces explications, qui étaient données avec bonne foi, et qui furent
reçues avec joie par le duc de Wurtzbourg, ces explications transmises
à Vienne y causèrent un vrai soulagement. Quelque fût le regret qu'on
éprouvât de n'avoir pas saisi le moment où Napoléon marchait sur le
Niémen pour se placer entre lui et le Rhin, on ne demandait pas mieux,
maintenant que l'occasion était perdue, que de demeurer tranquille, et
de n'avoir pas un tel ennemi sur les bras, lorsqu'on était seul et
sans autre allié que l'Angleterre, alliée peu secourable, qui,
lorsqu'elle avait poussé les puissances continentales à la guerre et
les avait fait battre, se retirait tranquillement dans son île, se
plaignant de la mauvaise qualité des troupes auxiliaires. Apprendre
qu'on pouvait recouvrer Braunau sans rien perdre en Istrie, apprendre
en outre que rien de prochain ne se préparait en Orient, aurait
procuré au cabinet autrichien une véritable joie, si dans l'état des
choses il eût été capable d'en éprouver. Aussi parut-il enclin à faire
tout ce que voudrait Napoléon, soit quant au thalweg de l'Izonzo, soit
quant aux démarches à tenter auprès de l'Angleterre, dont la conduite
à Copenhague était si odieuse, que même à Vienne on n'hésitait pas à
la condamner hautement. En conséquence, des pouvoirs furent envoyés à
M. de Metternich, ambassadeur d'Autriche à Paris, pour signer une
convention qui embrasserait tous les objets sur lesquels un accord
était désirable, et paraissait facile depuis les explications
échangées à Fontainebleau.
[En marge: Convention de Fontainebleau entre l'Autriche et la France.]
[En marge: Concours de l'Autriche à la politique continentale, et
déclarations faites par elle à Londres.]
Il fut convenu que la place de Braunau serait remise à l'Autriche, que
le thalweg de l'Izonzo serait pris pour frontière des possessions
autrichiennes et italiennes, et qu'une route militaire continuerait
d'être ouverte à travers l'Istrie aux troupes françaises qui se
rendaient en Dalmatie. La convention contenant ces stipulations fut
signée à Fontainebleau le 10 octobre. Aux stipulations écrites on
joignit des promesses formelles relativement à l'Angleterre.
L'Autriche ne pouvait pas envers cette vieille alliée procéder par une
brusque et ferme déclaration de guerre, mais elle promit d'arriver au
résultat désiré en y apportant des formes qui n'ôteraient rien à la
fermeté de ses résolutions. En effet elle chargea M. de Stahremberg,
son ambassadeur à Londres, de se plaindre de l'acte commis sur
Copenhague, comme d'un attentat que devaient ressentir vivement tous
les États neutres, d'exiger une réponse aux offres de médiation qui
avaient été faites en avril par la cour d'Autriche, en juillet par la
cour de Russie, et de signifier que si l'Angleterre ne répondait pas
dans un délai prochain à des ouvertures de paix tant de fois
réitérées, sauf à débattre ensuite les conditions en présence des
puissances médiatrices, on serait forcé de rompre toute relation avec
elle, et de rappeler l'ambassadeur d'Autriche. À ces communications
officielles il fut ajouté la déclaration secrète, que l'Autriche,
complétement isolée sur le continent, était incapable de tenir tête à
la Russie et à la France réunies; qu'elle était donc obligée de leur
céder; que d'ailleurs en ce moment la France lui accordait des
conditions tolérables; que décidément elle ne pouvait ni ne voulait
plus songer à la guerre, et que l'Angleterre devait de son côté songer
à la paix; car, s'il en était autrement, elle contraindrait ses
meilleurs amis à se séparer d'elle. Il est vrai que, si le cabinet
parlait ainsi, les partisans passionnés de la guerre cherchaient à
faire croire que ce n'était là qu'une résolution passagère pour
obtenir la remise de Braunau, résolution qui changerait bientôt dès
qu'on aurait ramené la Russie à une autre politique. Malgré ces
assertions du parti de la guerre à Vienne, le cabinet autrichien en
réalité ne demandait pas mieux que de voir ses représentations
pacifiques écoutées à Londres, et avait pris le parti d'interrompre
les relations diplomatiques avec l'Angleterre, dans le cas où celle-ci
persisterait à fermer l'oreille à tout accommodement.
Quant à ses armements, l'Autriche donna des assurances beaucoup moins
sincères. Elle affirma qu'elle vidait ses cadres en renvoyant les
hommes qui les avaient remplis momentanément, qu'elle vendait ses
magasins, qu'en un mot elle se remettait sur le pied de paix le plus
étroit. En réalité elle ne renvoyait que les hommes près d'atteindre
l'âge de la libération, pour les remplacer par de jeunes recrues dont
elle faisait l'éducation militaire avec beaucoup de soin, sous la
direction de l'archiduc Charles, toujours occupé d'apporter de
nouveaux perfectionnements à l'organisation de l'armée autrichienne.
Elle ne vendait en fait de magasins que les matières peu propres à
être conservées, et elle remplissait ses arsenaux d'armes et de
munitions de tout genre. En résumé, l'Autriche, adhérant
temporairement aux vues de Napoléon pour s'épargner la guerre, voulait
néanmoins être prête à se venger de ses revers, si des circonstances
nouvelles l'amenaient à reprendre les armes. Pour le présent elle
désirait la paix, même générale.
[En marge: Le concours de la Prusse et du Danemark aux vues de
Napoléon complète la coalition continentale.]
Napoléon, dont le plan était sur tous les points de reporter les
hostilités vers le littoral du continent, et pour cela d'en pacifier
l'intérieur, avait déclaré à la Prusse qu'il reprendrait volontiers le
mouvement d'évacuation, un instant suspendu par suite du retard mis à
l'acquittement des contributions, mais qu'il fallait qu'on s'entendît
le plus tôt possible sur le montant de ces contributions et sur leur
mode d'acquittement. La Prusse ayant proposé d'envoyer le prince
Guillaume, Napoléon avait témoigné qu'il l'accueillerait avec
infiniment d'égards. Cette puissance infortunée était si abattue,
qu'elle avait déclaré non-seulement son adhésion au système
continental, mais sa disposition à conclure avec la France un traité
formel d'alliance offensive et défensive. Quant au Danemark, il avait
signé un traité de ce genre, et stipulé l'envoi de troupes françaises
dans les îles de Fionie et de Seeland, pour fermer le Sund, le passer
sur la glace, et envahir la Suède au moment où commenceraient les
opérations des Russes contre la Finlande.
[En marge: Le départ de l'expédition anglaise pour la Baltique fait
renaître l'idée de se servir de la flottille de Boulogne.]
[En marge: État de la flottille de Boulogne en 1807.]
Napoléon, obligé par les événements à continuer la guerre contre
l'Angleterre, et armé de tous les moyens du continent, songea à les
employer avec l'énergie et l'habileté dont il était capable. Même
avant de connaître le résultat de l'expédition de Copenhague, et dès
qu'il avait su que cette expédition se dirigeait vers la Baltique, il
avait fait partir M. l'amiral Decrès pour Boulogne, afin d'inspecter
la flottille, et de voir si elle pourrait embarquer l'armée qu'il
voulait ramener d'Allemagne, aussitôt que la Prusse aurait acquitté
ses contributions. Le départ de l'expédition anglaise envoyée vers le
Sund était une occasion unique pour surprendre l'Angleterre à moitié
désarmée. M. Decrès, transporté en toute hâte à Boulogne, Wimereux,
Ambleteuse, Calais, Dunkerque, Anvers, avait trouvé malheureusement la
flottille dans un état qui la rendait peu propre à se charger d'une
nombreuse armée. Le port circulaire creusé à Boulogne était ensablé de
deux pieds; les ports de Wimereux et d'Ambleteuse, de trois; et il
suffisait de quelques années encore pour faire disparaître ces
créations du génie de Napoléon, et de la constance de nos soldats. La
plupart des bâtiments construits précipitamment et avec du bois vert,
exigeaient de grands radoubs. On n'avait maintenu en état de servir à
la mer qu'environ 300 de ces bâtiments, sur 12 ou 1,300, et ces trois
cents étaient sans cesse occupés à manoeuvrer, ou à former comme en
1804 la ligne d'embossage, du fort de l'Heurt au fort de la Crèche.
Quant aux 900 bâtiments de transport, achetés en tout lieu et à tout
âge, ils étaient presque hors de service, par suite d'un séjour de
quatre années au mouillage. Les marins, organisés pour la plupart en
bataillons, avaient perdu quelques-unes de leurs qualités comme hommes
de mer, mais comme soldats de terre ils présentaient la plus belle
troupe qu'il y eût au monde. Le général Gouvion Saint-Cyr, qui
commandait le camp de Boulogne, déclarait qu'il n'y avait rien de plus
beau dans l'armée française, la garde impériale comprise. Reportés sur
des vaisseaux, et bientôt redevenus marins, ils pouvaient former
l'équipage de douze grands vaisseaux de ligne. Quant à la flottille
hollandaise, renvoyée en partie chez elle, restée en partie à
Boulogne, elle souffrait moins dans son matériel, qui avait été mieux
construit; mais elle s'ennuyait de son oisiveté, et les hommes
regrettaient un emploi plus utile de leur activité et de leur courage.
[Illustration: Gouvion-Saint-Cyr.]
[En marge: Organisation de la flottille de Boulogne d'après un nouveau
système.]
Il n'était donc pas possible de mettre immédiatement la flottille à la
voile, pour la charger de cent cinquante mille hommes, comme en 1804.
Mais avec cinq à six millions de dépenses, deux mois de temps, en
détruisant un cinquième des bâtiments, en radoubant les autres, on
pouvait embarquer sur les deux flottilles, hollandaise et française,
environ 90 mille hommes et 3 à 4 mille chevaux. Cette inspection
terminée et M. Decrès revenu à Paris, Napoléon fut d'avis, comme son
ministre lui-même, qu'on ne devait pas retenir plus long-temps les
marins de la Hollande pour un service aussi éventuel que celui de
cette flottille, toujours en partance et ne partant jamais; qu'il
était difficile de faire sortir un aussi grand nombre de bâtiments à
la fois de ces petits ports, qui bientôt même seraient dans
l'impossibilité de les contenir; qu'il valait mieux diviser cette
expédition, renvoyer les marins hollandais chez eux avec une partie de
leur matériel, garder les meilleurs bâtiments de guerre, détruire les
autres, radouber ceux qu'on aurait conservés, et les rendre propres à
l'embarquement de 60 mille hommes, placer ensuite les matelots
hollandais rentrés chez eux à bord de la flotte du Texel, les marins
français inutiles à la flottille à bord de l'escadre de Flessingue, et
se procurer ainsi, outre la flottille apte à jeter d'un seul coup 60
mille hommes sur les côtes d'Angleterre, les escadres du Texel et de
Flessingue aptes à en transporter 30 mille des bouches de la Meuse à
celles de la Tamise, sans compter les expéditions qui pourraient
partir de Brest et de tous les autres points du continent. Cette
opinion arrêtée, les ordres furent expédiés, et la flottille de
Boulogne, rendue plus maniable, combinée en même temps avec les
escadres qui s'organisaient au Texel, à Flessingue, à Brest, à
Lorient, à Rochefort, à Cadix, à Toulon, à Gênes, à Tarente, prit
place dans le vaste système conçu par Napoléon, système de camps
établis près des grandes flottes, menaçant sans cesse la
Grande-Bretagne d'une expédition formidable contre son sol ou contre
ses colonies.
[En marge: Préparatifs de l'expédition de Sicile.]
Napoléon donna en outre tous les ordres pour l'expédition de Sicile, et
pour le complet approvisionnement des îles Ioniennes, sur lesquelles
toute son attention était en ce moment appelée par le langage que
tenaient les agents anglais à Vienne et à Saint-Pétersbourg. On pouvait
en effet conclure de ce langage que tous les efforts imaginables
seraient tentés pour enlever ces îles aux Français. Napoléon prescrivit
à son frère Joseph, avec une vivacité d'expressions poussée jusqu'à la
passion, de recouvrer Scylla et Reggio, restés aux Anglais depuis
l'expédition de Sainte-Euphémie; de réunir une partie des régiments
composant l'armée de Naples autour de Baies et autour de Reggio, pour
les tenir prêts à s'embarquer. Il enjoignit au prince Eugène de reporter
ses troupes de la haute Italie vers l'Italie moyenne, afin de remplacer
celles qui seraient employées en expéditions maritimes. Il ordonna au
roi Joseph et au prince Eugène de multiplier les expéditions de vivres,
de munitions et de recrues pour Corfou, Céphalonie et Zante. Enfin il
renouvela plus expressément que jamais l'ordre aux deux divisions de
Rochefort et de Cadix d'opérer leur sortie afin de se rendre à Toulon.
Il expédia l'amiral Ganteaume à Toulon, pour y commander la flotte
destinée à dominer la Méditerranée, à terminer la conquête du royaume de
Naples par la prise de la Sicile, et à consolider la domination
française dans les îles Ioniennes par le transport de vastes ressources
dans ces îles. En attendant, il était recommandé aux ingénieurs de la
marine de hâter les constructions entreprises sur tout le littoral
européen.
[En marge: Départ de l'armée française destinée à envahir le
Portugal.]
[En marge: Organisation d'une seconde armée pour le Portugal.]
Tandis qu'il s'occupait ainsi des positions maritimes situées en
Italie, Napoléon avait de nouveau pressé l'expédition du Portugal. Les
trois camps de Saint-Lô, Pontivy, Napoléon, réunis sous le général
Junot à Bayonne, y présentaient un effectif nominal de 26 mille
hommes, un effectif réel de 23, dont 2 mille hommes de cavalerie, et
36 bouches à feu. Un renfort de 3 à 4 mille hommes était en route pour
rejoindre. Le 12 octobre, surlendemain de la convention signée avec
l'Autriche, Napoléon ordonna au général Junot de franchir la frontière
d'Espagne, se contentant d'un simple avis donné à Madrid du passage
des troupes françaises. Il assigna au général Junot la route de
Burgos, Valladolid, Salamanque, Ciudad-Rodrigo, Alcantara, et la rive
droite du Tage jusqu'à Lisbonne. Il lui recommanda la marche la plus
rapide. L'Espagne avait promis de joindre ses forces à celles de la
France pour concourir à l'expédition, et pour participer naturellement
à la distribution du butin. Napoléon avait non-seulement accepté, mais
exigé l'envoi réel d'une force espagnole, sauf à en fixer plus tard la
composition et le prix, quand on aurait réussi à conquérir le
Portugal. Mais, ne comptant ni sur l'Espagne, ni sur les troupes
qu'elle pouvait envoyer, il prépara une seconde armée pour le cas
possible où le Portugal opposerait quelque résistance, et pour le cas
beaucoup plus probable où l'Angleterre réunirait aux bouches du Tage
les forces qui revenaient de l'expédition de Copenhague. Dès son
arrivée à Paris, Napoléon avait voulu que les cinq légions de réserve,
dont il a été si souvent parlé, et qui avaient mission de remplacer
les camps chargés de la défense des côtes, fussent complétement
organisées, instruites et armées. Il avait prescrit aux cinq sénateurs
qui les commandaient, de tout disposer pour faire marcher deux ou
trois bataillons sur les six dont elles étaient composées. Ayant
appris que ces deux ou trois bataillons par chaque légion étaient
prêts, il ordonna de les réunir à Bayonne, de les former en trois
divisions sous les généraux Barbou, Vedel, Malher; de les compléter
avec deux bataillons de la garde de Paris, que le retour de cette
garde, aguerrie en Pologne, rendait disponibles, avec quatre
bataillons suisses qui stationnaient les uns à Rennes, les autres à
Boulogne et à Marseille, enfin avec le troisième bataillon du 5e
léger, en garnison à Cherbourg, et le premier du 47e de ligne, en
garnison à Grenoble. C'étaient vingt et un ou vingt-deux bataillons,
qui allaient partir du siége de chaque légion, c'est-à-dire de Rennes,
Versailles, Lille, Metz, Grenoble, et être rendus vers la fin de
novembre à Bayonne. Ils devaient former un corps de 23 à 24 mille
hommes, suivi de 40 bouches à feu, et de quelques centaines de
cavaliers, sous les ordres de l'un des généraux de division les plus
distingués du temps, du général Dupont, illustré à Albeck, Diernstein,
Hall, Friedland, et destiné par Napoléon à devenir bientôt maréchal.
C'était une seconde armée suffisante pour soutenir celle de Junot,
quelque importance que pussent acquérir les événements du Portugal.
Elle prit le nom de deuxième corps d'observation de la Gironde,
l'armée de Junot ayant déjà reçu le titre de premier corps. Il ne
manquait à l'une et à l'autre de ces armées que de la cavalerie.
Napoléon leur en prépara une nombreuse et bonne, à Compiègne,
Chartres, Orléans et Tours. Il avait, comme on doit s'en souvenir,
pendant la campagne de Pologne, mis autant de soin à entretenir les
dépôts de cavalerie que ceux d'infanterie. Il les avait sans cesse
pourvus d'hommes et de chevaux, et il pouvait en tirer, pour les
employer dans le midi, les renforts que la paix de Tilsit le
dispensait d'envoyer dans le nord. Il ordonna donc de réunir à
Compiègne une brigade de 1,000 hussards, à Chartres une brigade de
1,200 chasseurs, à Orléans une brigade de 1,500 dragons, et une
quatrième de 1,400 cuirassiers à Tours, ce qui formait un total de
5,000 chevaux tiré des dépôts, et bien assez nombreux pour les pays
montagneux où les deux armées de la Gironde étaient appelées à opérer.
Ce n'étaient là que de simples précautions, car il était douteux qu'il
fallût autant de forces en Portugal; mais Napoléon avait grand désir
d'attirer les Anglais de ce côté, et, bien que les soldats qu'il y
envoyait fussent jeunes, il les trouvait suffisants pour les opposer
aux troupes britanniques, et plus que suffisants pour battre les
armées méridionales, dont il ne faisait alors aucun cas.
[En marge: Réponse du Portugal à Napoléon secrètement concertée avec
l'Angleterre.]