Ils s'étaient hâtés de promettre des expéditions sur le continent, et,

bien qu'entrés au ministère en mars, ils eussent pu, en avril, mai et

juin, apporter aux puissances belligérantes d'utiles secours, puisque

Dantzig ne s'était rendu que le 26 mai, ils n'avaient rien fait, soit

incapacité, soit préoccupation des affaires intérieures; préoccupation

qui devait être grande, car ils avaient alors à dissoudre le parlement

et à le convoquer de nouveau. Quoi qu'il en soit, après avoir

rassemblé une flotte considérable aux Dunes, et réuni sur ce point de

nombreuses troupes d'embarquement, leur coopération à la guerre

continentale s'était bornée à l'envoi d'une division anglaise à

Stralsund. La nouvelle de la bataille de Friedland et de la paix de

Tilsit les avait glacés d'effroi, pour leur pays et surtout pour

eux-mêmes; car, après avoir critiqué avec une extrême vivacité

l'inaction de leurs prédécesseurs, ils étaient exposés à s'entendre

reprocher bien plus justement leur inertie pendant les trois mois

décisifs d'avril, mai et juin 1807. Il fallait donc à tout prix tenter

quelque entreprise qui frappât l'opinion publique, qui fît tomber le

reproche d'inaction, qui, utile ou inutile, humaine ou barbare, fût

assez spécieuse, assez éclatante, pour occuper les esprits mécontents

et alarmés.

[En marge: Motifs qui font naître le projet d'une expédition contre

Copenhague.]

Dans cette situation, ils résolurent une entreprise qui a long-temps

retenti dans le monde comme un attentat envers l'humanité, entreprise

non-seulement odieuse, mais très-mal calculée au point de vue de

l'intérêt britannique. Cette entreprise n'était autre que la fameuse

expédition contre le Danemark, imaginée pour le violenter, et pour

l'obliger à se prononcer en faveur de l'Angleterre. Tristes imitateurs

de M. Pitt, les ministres anglais voulaient renouveler contre

Copenhague le coup d'éclat au moyen duquel l'Angleterre avait en 1801

dissous la coalition des neutres. Mais lorsque le ministère Addington,

alors inspiré par M. Pitt, avait frappé Copenhague en 1801, c'était

pour rompre une coalition dont le Danemark faisait publiquement

partie; c'était un acte de guerre opposé à un acte de guerre; c'était

une opération téméraire mais habile dans sa témérité, cruelle dans ses

moyens mais nécessaire. En 1807 au contraire, il n'y avait ni

prétexte, ni justice, ni habileté à attaquer le Danemark. Cet État,

scrupuleusement neutre, avait apporté un soin extrême à maintenir sa

neutralité. Il avait, par une malheureuse habitude de prendre plus de

précautions contre la France que contre l'Angleterre, placé toute son

armée le long du Holstein, s'exposant, comme on l'avait vu à Lubeck, à

une collision avec les troupes françaises, plutôt que de laisser

franchir la ligne de ses frontières. Sa diplomatie avait agi comme son

armée, et il avait toujours manifesté à l'égard de la France une

susceptibilité ombrageuse. Dans le moment même il ne venait pas, ainsi

que le prétendirent mensongèrement les ministres anglais, de traiter

avec la Russie et la France, et de stipuler son adhésion à la nouvelle

coalition continentale. Loin de là, il venait de protester encore une

fois de son désir de conserver la neutralité, bien que Napoléon lui

fît déclarer avec ménagement, mais avec résolution, que lorsque

l'Angleterre se serait expliquée relativement à la médiation russe, il

faudrait enfin prendre un parti, et se prononcer pour ou contre les

oppresseurs des mers. Si les ministres anglais avaient en cette

circonstance agi habilement, ils auraient laissé à Napoléon le rôle

odieux de contraindre le Danemark à se prononcer, et envoyé une flotte

dans le Cattégat; puis, les Français approchant, ils auraient secouru

Copenhague, et seraient devenus, en secourant cette capitale, les

maîtres légitimes de la marine danoise, des deux Belts et du Sund. À

une époque où l'Europe, déjà lasse de souffrir pour la querelle de la

France et de l'Angleterre, était disposée à juger sévèrement celui des

deux adversaires qui aggraverait les maux de la guerre, cette conduite

amicale et secourable pour le Danemark était la seule à suivre. La

conduite contraire donnait le Danemark à Napoléon, épargnait à

celui-ci l'embarras d'exercer lui-même une contrainte tyrannique, et

l'enlèvement de quelques carcasses de vaisseaux sans un matelot

n'était pour les Anglais qu'un acte infructueux de pillage, acte

d'autant plus impolitique et odieux qu'on ne pouvait le consommer que

par un moyen abominable, celui de bombarder une population de femmes,

d'enfants et de vieillards.

Supposez que des ministres éclairés, placés dans une position simple,

eussent alors dirigé la politique de l'Angleterre, le choix n'eût pas

été douteux, et la conduite qui aurait consisté à aider le Danemark

dans sa résistance contre Napoléon, eût certainement prévalu. Mais MM.

Canning, Castlereagh, Perceval étaient, avec plus ou moins de talent

oratoire, des politiques médiocres, et des ministres plus préoccupés

de leur intérêt que de celui de leur pays. Ils crurent qu'une

répétition du coup d'éclat de 1801 leur était actuellement nécessaire,

et ils se montrèrent en ceci tristement imitateurs de la politique de

M. Pitt, et qui dit imitateur dit corrupteur, car tout imitateur

corrompt ce qu'il imite en l'exagérant.

[En marge: Préparatifs de l'expédition de Copenhague.]

À peine avait-on la nouvelle de la paix de Tilsit, que le cabinet

anglais, alléguant faussement la connaissance acquise par des

communications secrètes, d'une stipulation qui tendait, disait-il, à

soumettre le Danemark à la coalition continentale, résolut d'envoyer

une puissante expédition devant Copenhague, pour s'emparer de la

flotte danoise, sous prétexte qu'enlever à Napoléon les ressources

maritimes du Danemark, n'était de la part de l'Angleterre qu'un acte

de légitime défense. Cette résolution prise, le cabinet anglais donna

immédiatement les ordres nécessaires. Déjà les troupes et la flotte

étaient prêtes aux dunes, et il ne restait qu'à mettre à la voile.

Depuis l'échec essuyé devant Constantinople, il était établi dans les

conseils de l'amirauté que toute expédition maritime devait être

entreprise avec des troupes de débarquement. Conformément à cette

opinion, on avait réuni 20 mille hommes aux dunes, lesquels, joints

aux troupes anglaises envoyées à Stralsund, allaient former une armée

de 27 à 28 mille hommes, sous les murs de Copenhague. Les procédés

devaient être dignes du but. Profitant de ce que le Danemark avait

toutes ses troupes, non dans les îles de Seeland et de Fionie, mais

sur la frontière du Holstein, on voulait jeter une division navale

dans les deux Belts, intercepter ces passages, empêcher ainsi que

l'armée danoise ne revint au secours de Copenhague, puis débarquer

vingt mille hommes autour de cette capitale, l'investir, la sommer,

et, si elle refusait de se rendre, la bombarder jusqu'à la détruire.

Ce plan d'attaque fondé sur le défaut de préparatifs du côté de la

mer, et sur la réunion de toutes les forces danoises du côté de la

terre, était la complète démonstration de la bonne foi du Danemark, et

de l'indigne mauvaise foi du cabinet britannique. Sir Home Popham,

fort compromis dans l'insuccès de la tentative sur Buenos-Ayres, et

fort impatient de se réhabiliter, avait beaucoup contribué à la

conception du plan, et contribua beaucoup aussi à son exécution.

[En marge: Réponse évasive dans la forme, négative dans le fond, à

l'offre de la médiation russe.]

C'est dans ces circonstances que parvinrent à Londres l'offre de la

médiation russe et la proposition de traiter d'un rapprochement avec

la France. On était beaucoup trop engagé dans un système d'hostilités

acharnées, beaucoup trop alléché par l'espérance d'une expédition

éclatante, pour écouter aucune proposition pacifique. On résolut donc

de faire une réponse évasive, hypocritement calculée, qui, sans

interdire tout rapprochement ultérieur, laissât pour le moment la

liberté de continuer l'entreprise commencée. En conséquence, on

adressa à la Russie une note, dans laquelle, parodiant l'ancien

langage de M. Pitt, on disait comme lui qu'on était tout prêt à la

paix, mais qu'elle avait toujours manqué par la mauvaise foi de la

France, et que, ne voulant pas, après tant de négociations

infructueuses, donner dans un nouveau piége, on désirait savoir sur

quelles bases la Russie devenue médiatrice avait mission de traiter.

C'était une réponse dilatoire, mais dont les actes postérieurs

allaient fournir une interprétation cruellement négative.

[En marge: Départ de la flotte anglaise.]

[En marge: Division navale détachée dans les deux Belts pour empêcher

l'armée danoise de venir au secours de Copenhague.]

[En marge: Sommation adressée par M. Jackson au prince régent de

Danemark.]

[En marge: Noble réponse du prince de Danemark.]

[En marge: Moyens de défense réunis autour de Copenhague.]

L'amiral Gambier, commandant la flotte anglaise, et le

lieutenant-général Cathcart, commandant les troupes de débarquement,

mirent à la voile en plusieurs divisions, vers les derniers jours de

juillet. L'expédition partie des divers ports de la Manche se

composait de 25 vaisseaux de ligne, 40 frégates, 377 bâtiments de

transport. Elle portait environ 20 mille hommes, et devait en trouver

7 ou 8 mille revenant de Stralsund. La flotte de guerre précédait la

flotte de transport, afin d'envelopper l'île de Seeland, et d'empêcher

le retour des troupes danoises vers Copenhague. Cette flotte était le

1er août dans le Cattégat, le 3 à l'entrée du Sund. Avant de s'engager

dans le Sund, l'amiral Gambier avait détaché, sous le commodore Keats,

une division de frégates et de bricks, avec quelques vaisseaux de

soixante-quatorze tirant peu d'eau pour envahir les deux Belts, et y

établir une croisière qui ne permît pas le passage d'un seul homme de

la terre ferme dans l'île de Fionie, et de l'île de Fionie dans celle

de Seeland. Cette précaution prise, la flotte franchit le Sund sans

résistance, parce que le Danemark ne savait rien, et que la Suède

savait tout. Elle jeta l'ancre dans la rade d'Elseneur, près de la

forteresse de Kronenbourg restée silencieuse, et elle dépêcha un agent

anglais pour adresser une sommation au prince royal de Danemark, alors

régent du royaume. L'agent choisi était digne de la mission. C'était

M. Jackson, qui avait été autrefois chargé d'affaires en France, avant

l'arrivée de lord Whitworth à Paris, mais qu'on n'avait pas pu y

laisser, à cause du mauvais esprit qu'il manifestait en toute

occasion. Il ne rencontra pas le prince royal à Copenhague, et alla le

chercher à Kiel, dans le Holstein, résidence qu'occupait en ce moment

la famille royale. Introduit auprès du régent, il allégua de

prétendues stipulations secrètes, en vertu desquelles le Danemark

devait, disait-on, de gré ou de force, faire partie d'une coalition

continentale contre l'Angleterre; il donna comme raison d'agir la

nécessité où se trouvait le cabinet britannique de prendre ses

précautions pour que les forces navales du Danemark et le passage du

Sund ne tombassent pas au pouvoir des Français, et en conséquence il

demanda, au nom de son gouvernement, qu'on livrât à l'armée anglaise

la forteresse de Kronenbourg qui commande le Sund, le port de

Copenhague, et enfin la flotte elle-même, promettant de garder le

tout en dépôt, pour le compte du Danemark, qui serait remis en

possession de ce qu'on allait lui enlever, dès que le danger serait

passé. M. Jackson assura que le Danemark ne perdrait rien, que l'on se

conduirait chez lui en auxiliaires et en amis, que les troupes

britanniques payeraient tout ce qu'elles consommeraient.--Et avec

quoi, répondit le prince indigné, payeriez-vous notre honneur perdu,

si nous adhérions à cette infâme proposition?....--Le prince

continuant, et opposant à cette perfide agression la conduite loyale

du Danemark, qui n'avait pris aucune précaution contre les Anglais,

qui les avait toutes prises contre les Français, ce dont on abusait

pour le surprendre, M. Jackson répondit à cette juste indignation avec

une insolente familiarité, disant que la guerre était la guerre, qu'il

fallait se résigner à ses nécessités, et céder au plus fort quand on

était le plus faible. Le prince congédia l'agent anglais avec des

paroles fort dures, et lui déclara qu'il allait se transporter à

Copenhague, pour y remplir ses devoirs de prince et de citoyen danois.

Il s'y rendit en effet, annonça par une proclamation les dangers dont

le pays était menacé, adressa un appel patriotique à la population, et

prescrivit toutes les mesures que le temps et l'investissement inopiné

de l'île de Seeland permettaient de prendre, investissement qui était

déjà devenu si étroit que le prince avait eu lui-même la plus grande

difficulté à traverser les deux Belts. Malheureusement les moyens de

défense étaient loin de répondre aux besoins à Copenhague, car il y

avait à peine 5 mille hommes de troupes dans la ville, dont 3 mille

de troupes de ligne, 2 mille de milice assez bien organisée. On y

ajouta une garde civique de trois à quatre mille bourgeois et

étudiants. On embossa comme en 1801 tout ce qu'on avait de vieux

vaisseaux, en dehors des passes, de manière à couvrir la ville du côté

de la mer, avec des batteries flottantes. On abrita soigneusement dans

l'intérieur des bassins la flotte, objet de la prédilection et de

l'orgueil des Danois; et enfin, du côté de terre, on éleva des

ouvrages à la hâte, car on savait que les Anglais amenaient une armée

de débarquement, et de toutes parts on mit en batterie la grosse

artillerie dont les arsenaux danois étaient abondamment pourvus. Mais

si de tels moyens suffisaient à empêcher une prise d'assaut, ils

étaient loin de suffire contre le danger d'un bombardement. Il aurait

fallu, pour tenir l'ennemi à une distance qui rendit tout bombardement

impossible, ou des ouvrages extérieurs que le Danemark, comptant sur

la position insulaire de sa capitale, n'avait jamais songé à

construire, ou une armée de ligne que sa loyauté l'avait porté à

placer sur sa frontière de terre. Quoi qu'il en soit, le prince, après

avoir fait les dispositions que comportait l'urgence des

circonstances, laissa un brave militaire, le général Peymann, pour

commander la ville de Copenhague, avec ordre de se défendre jusqu'à la

dernière extrémité. Comme il existait dans l'étendue même de l'île de

Seeland, et par conséquent en dedans des Belts, une population assez

nombreuse qui pouvait fournir quelques mille hommes de milice, il

ordonna au général Castenskiod de réunir cette milice en toute hâte,

et de l'introduire s'il était possible dans Copenhague, avant

l'investissement de cette ville. Quant à lui, il sortit de la place,

et courut de sa personne dans le Holstein, pour rassembler l'armée

disséminée sur la frontière, et la conduire au secours de la capitale,

si on parvenait à franchir les Belts.

[En marge: Débarquement des Anglais au nord et au sud de Copenhague.]

[En marge: Dispositions des Anglais pour incendier Copenhague.]

Pendant ce temps l'envoyé anglais ayant rejoint la flotte, prescrivit

à la légation anglaise de sortir de Copenhague, et donna à l'amiral

Gambier ainsi qu'au général Cathcart le signal de l'exécution

épouvantable préparée contre une cité dont tout le crime consistait

dans la possession d'une flotte que les ministres anglais avaient

besoin de conquérir pour relever leur situation dans le parlement. Les

pourparlers avec le gouvernement danois, la nécessité de laisser

arriver la flotte de transport, partie plus tard que la flotte de

guerre, l'attente d'un vent favorable, avaient retardé jusqu'au 15

août les opérations de l'amiral Gambier. Le 16 il prit terre sur un

point de la côte appelé Webeck, à quelques lieues au nord de

Copenhague, et y débarqua environ 20 mille hommes, la plupart

Allemands au service de l'Angleterre. La division des troupes de

Stralsund devait débarquer au midi vers Kioge. Rassurés par la

présence dans les Belts de la division de bâtiments légers du

commodore Keats, ils commencèrent en sécurité leur criminelle

entreprise. Les Anglais savaient bien qu'ils ne parviendraient pas,

même avec 30 mille hommes, à emporter d'assaut une place où se

trouvaient de 8 à 9 mille défenseurs, dont 5 mille de troupes réglées,

et une population de marins fort braves. Mais ils comptaient sur les

moyens de destruction dont ils pouvaient disposer, grâce à l'immense

quantité de grosse artillerie transportée sur leurs vaisseaux. Ils

avaient même, pour être plus assurés du succès, amené avec eux le

colonel Congrève, qui devait faire pour la première fois l'essai de

ses formidables fusées. En conséquence leur opération ne consista

point en travaux réguliers d'approche, mais dans l'établissement

solide et bien protégé de quelques batteries incendiaires. Il régnait

autour de Copenhague une espèce de lac de forme allongée, qui

embrassait presque toute la portion de l'enceinte du côté de terre.

Ils prirent position derrière ce lac, et s'y retranchèrent. Couverts

ainsi du côté de la place contre les sorties des assiégés, ils

cherchèrent à se couvrir du côté de la campagne par une seconde ligne

de contrevallation, afin de tenir en respect soit les milices de la

Seeland, réunies sous le général Castenskiod, soit les troupes

régulières elles-mêmes, s'il en était quelques-unes qui pussent

repasser les Belts. Après s'être solidement établis ils commencèrent à

construire leurs batteries incendiaires, s'abstenant d'en faire usage

avant qu'elles fussent complétement armées, et en état d'ouvrir un feu

destructeur. Pendant qu'ils travaillaient ainsi, leur flotte s'était

approchée du côté de la mer, et des escarmouches fort vives avaient

lieu sur les deux éléments entre les assiégés et les assiégeants. Une

flottille danoise, armée à la hâte, disputait avec avantage à la

flottille anglaise les passes étroites par lesquelles on peut

approcher de Copenhague, tandis que les troupes de ligne, enfermées

dans la ville, exécutaient des sorties fréquentes contre les troupes

du général Cathcart. N'ayant malheureusement que deux points d'attaque

à choisir, aux deux extrémités du lac qui les séparait de l'ennemi,

les Danois trouvaient, quand ils essayaient des sorties, la totalité

des forces anglaises réunies sur ces deux points, et n'étaient pas

assez nombreux pour y forcer les lignes des assiégeants. Chaque fois

ils étaient obligés de reculer, après avoir tué quelques hommes, et en

avoir perdu beaucoup plus qu'ils n'en avaient tué, à cause du

désavantage de la position.

[En marge: Reddition de Stralsund, et translation de toutes les forces

anglaises devant Copenhague.]

Les Anglais attendaient, pour en finir, l'arrivée de la seconde

division qui était devant Stralsund. Les Suédois, excités par eux,

ayant repris les hostilités, le maréchal Brune venait d'entreprendre

le siége de cette place avec 38 mille hommes de troupes, et tout le

matériel de siége dont la prise de Dantzig, la cessation des

hostilités devant Colberg, Marienbourg et Graudenz, avaient rendu

l'usage à l'armée française. Le maréchal Brune était accompagné du

général du génie Chasseloup, le même qui avait tant contribué à la

prise de Dantzig. Cet habile officier, possédant cette fois tous les

moyens dont la réunion n'avait été que successive devant la place de

Dantzig, s'était promis de faire du siége de Stralsund un modèle de

précision, de vigueur et de promptitude. Il avait préparé trois

attaques, mais avec la résolution de ne rendre sérieuse que l'une des

trois, celle qui, dirigée vers la porte de Knieper au nord, pouvait

amener la destruction de la flotte suédoise. Ayant ouvert la tranchée

sur tous les points à la fois, malgré les feux de la place, il avait

en quelques jours établi et armé ses batteries, et commencé une

attaque si terrible, que le général ennemi, quoiqu'il eût 15 mille

Suédois et 7 à 8 mille Anglais, soit dans la place, soit dans l'île de

Rugen, s'était vu contraint d'envoyer un parlementaire, et de livrer

Stralsund le 21 août.

Pendant ce siége, conduit par les Français avec une bravoure et une

habileté dignes d'admiration, le général Cathcart avait attiré à lui

la division des troupes anglaises chargée de coopérer avec les

Suédois. Il venait de la débarquer à Kioge, et dès ce moment il avait

tellement enfermé la ville de Copenhague dans une double ligne de

contrevallation, qu'il était en mesure de détruire cette ville

infortunée sans avoir à craindre les effets de son désespoir. Rien

n'est plus légitime qu'un siége. Rien n'est plus barbare qu'un

bombardement, quand l'une de ces nécessités impérieuses de guerre qui

justifient tout, ne le rend pas excusable. Et quelle nécessité pour

justifier l'atroce exécution préparée par les Anglais, que celle de

piller une flotte et un arsenal réputé fort riche!

[En marge: Bombardement de Copenhague pendant trois jours et trois

nuits.]

[En marge: Capitulation de Copenhague, enlèvement de la flotte, et

pillage de l'arsenal.]

Néanmoins le 1er septembre le général Cathcart, ayant en batterie 68

bouches à feu, dont 48 mortiers et obusiers, somma Copenhague, dans un

langage dont la feinte humanité ne pouvait tromper personne. Il

demandait qu'on lui livrât le port, l'arsenal et la flotte, menaçant,

si on les refusait, d'incendier la ville, et ajoutant à sa sommation

de vives instances pour qu'on le dispensât d'employer des moyens qui

répugnaient, disait-il, à son coeur. Le général Peymann ayant répondu

négativement, le 2 septembre au soir, un feu épouvantable d'obus, de

bombes, de fusées à la Congrève, éclata sur la malheureuse capitale du

Danemark. Les barbares auteurs de cette entreprise n'avaient pas même

l'excuse de leur propre danger, car ils étaient couverts de manière à

ne pas perdre un seul homme. Après avoir continué cette cruauté

pendant toute la nuit du 2 septembre et une partie de la journée du 3,

le général anglais suspendit le feu pour voir si la place se rendrait.

L'incendie s'était déclaré dans divers quartiers; des centaines de

malheureux avaient péri; plusieurs grands édifices étaient en flammes;

la population valide, employée à verser les eaux de la Baltique sur

les quartiers incendiés, était exténuée de fatigue. Le général

Peymann, le coeur déchiré par ce spectacle, gardait un morne silence,

attendant pour se rendre que l'humanité fit taire l'honneur.

Insensibles à tant de maux, les Anglais recommencèrent à tirer le 3 au

soir, soutinrent leur feu toute la nuit, toute la journée du

lendemain, sauf une courte interruption, et persistèrent dans cette

barbarie jusqu'au 5 au matin. Il n'était pas possible de laisser plus

long-temps exposée à de tels ravages une population de cent mille

âmes. Près de deux mille individus, hommes, femmes, enfants,

vieillards, avaient succombé. Une moitié de la ville était en flammes;

les plus belles églises étaient en ruines; le feu avait atteint

l'arsenal. Le général Peymann blessé, ne résistant pas aux scènes

horribles qu'il avait sous les yeux, céda enfin aux menaces d'une

destruction totale, que renouvelait le général anglais, et livra

Copenhague à ses barbares conquérants. La capitulation fut signée le

7. Elle accordait aux Anglais la forteresse de Kronenbourg, la ville

de Copenhague et l'arsenal, avec faculté de les occuper pendant six

semaines, temps jugé nécessaire pour équiper la flotte danoise, et

l'emmener en Angleterre. Cette flotte était livrée à l'amiral Gambier,

sous condition de la restituer à la paix.

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 08 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 13 / 50 段