... J'observais, posté derrière les branches... La curiosité me tenait
là attentif et immobile... Je m'étais condamné au spectacle de ce bain,
attendant avec anxiété ce qui allait s'ensuivre...
Je n'attendis pas longtemps; un léger frôlement de branches, un bruit de
voix douces, m'indiqua bientôt que les deux petites filles arrivaient...
Le Chinois, qui les avait entendues aussi, se leva d'un bond, comme mû
par un ressort... Soit pudeur, soit honte d'étaler au soleil d'aussi
laides choses, il courut à ses vêtements... Les nombreuses robes de
mousseline qui, superposées, composaient son costume, pendaient çà et
là, accrochées aux branches des arbres.
Il avait eu le temps d'en passer deux ou trois, quand les petites
arrivèrent.
Le chat de Rarahu, qui ouvrait la marche, fit un haut-le-corps très
significatif en apercevant l'homme jaune, et rebroussa chemin d'un air
indigné...
Tiahoui parut ensuite;--elle eut un temps d'arrêt en portant la main à
son menton, et riant sous cape, comme une personne qui aperçoit quelque
chose de très drôle...
Rarahu regarda par-dessus son épaule, riant aussi... Après quoi toutes
deux s'avancèrent résolument, en disant d'un ton narquois:
--Ia ora na, Tseen-Lee!--Ia ora na tinito, mafatu meiti!
(Bonjour, Tseen-Lee,--bonjour, Chinois, mon petit coeur!)
Elles le connaissaient par son nom, et lui-même avait appelé Rarahu...
Il avait laissé retomber sa queue grisonnante avec un grand air de
coquetterie, et ses yeux de vieux lubrique étincelaient d'une hideuse
manière...