PERSISTANCE DU NUAGE

... Quand j'arrivai au ruisseau d'Apiré, à notre salle de bain

particulière sous les goyaviers, il était trois heures de l'après-midi,

heure inusitée.

J'étais venu sans bruit... J'écartai les branches et je regardai...

La stupeur me cloua sur place...

Une chose horrible était là dans ce lieu, que nous considérions comme

appartenant à nous seuls: un vieux Chinois tout nu, lavant dans notre

eau limpide son vilain corps jaune...

Il semblait chez lui et ne se dérangeait nullement... Il avait relevé sa

longue queue de cheveux gris nattés, et l'avait roulée en manière de

chignon de femme sur la pointe de son crâne chauve... Complaisamment il

lavait dans notre ruisseau ses membres osseux qui semblaient enduits de

safran,--et le soleil l'éclairait tout de même, de sa lueur

discrètement voilée par la verdure,--et l'eau fraîche et claire

bruissait tout de même autour de lui,--avec autant de naturel et de

gaîté qu'elle eût pu le faire pour nous...

Le Mariage de Loti · 第 37 / 184 题