... Quand j'arrivai au ruisseau d'Apiré, à notre salle de bain
particulière sous les goyaviers, il était trois heures de l'après-midi,
heure inusitée.
J'étais venu sans bruit... J'écartai les branches et je regardai...
La stupeur me cloua sur place...
Une chose horrible était là dans ce lieu, que nous considérions comme
appartenant à nous seuls: un vieux Chinois tout nu, lavant dans notre
eau limpide son vilain corps jaune...
Il semblait chez lui et ne se dérangeait nullement... Il avait relevé sa
longue queue de cheveux gris nattés, et l'avait roulée en manière de
chignon de femme sur la pointe de son crâne chauve... Complaisamment il
lavait dans notre ruisseau ses membres osseux qui semblaient enduits de
safran,--et le soleil l'éclairait tout de même, de sa lueur
discrètement voilée par la verdure,--et l'eau fraîche et claire
bruissait tout de même autour de lui,--avec autant de naturel et de
gaîté qu'elle eût pu le faire pour nous...