= [Citation]
Robert Beard, professeur de langues et créateur du site "A Web of
Online Dictionaries" (Un web de dictionnaires en ligne, intégré plus
tard au portail yourDictionary.com), écrit en septembre 1998: "On a
d'abord craint que le web représente un danger pour le multilinguisme,
étant donné que le HTML et d'autres langages de programmation sont
basés sur l'anglais et qu'on trouve tout simplement plus de sites web
en anglais que dans toute autre langue. Cependant, les sites web que je
gère montrent que le multilinguisme est très présent et que le web peut
en fait permettre de préserver des langues menacées de disparition. Je
propose maintenant des liens vers des dictionnaires dans 150 langues
différentes et des grammaires dans 65 langues différentes."
= Dictionnaires imprimés en ligne
Le premier dictionnaire de langue française en accès libre est le
"Dictionnaire universel francophone" en ligne, qui répertorie 45.000
mots et 116.000 définitions tout en présentant "sur un pied d’égalité,
le français dit 'standard' et les mots et expressions en français tel
qu’on le parle sur les cinq continents". Issu de la collaboration entre
Hachette et l’AUPELF-UREF (devenu depuis l’AUF: Agence universitaire de
la francophonie), il correspond à la partie "noms communs" du
dictionnaire imprimé disponible chez Hachette. L’équivalent pour la
langue anglaise est le site Merriam-Webster OnLine, qui donne librement
accès au Collegiate Dictionary et au Collegiate Thesaurus.
En mars 2000, les 20 volumes de l’Oxford English Dictionary (OED) sont
mis en ligne par l’Oxford University Press (OUP). La consultation du
site est payante. Le dictionnaire bénéficie d’une mise à jour
trimestrielle d’environ 1.000 entrées nouvelles ou révisées. Deux ans
après cette première expérience, en mars 2002, l’Oxford University
Press met en ligne l’Oxford Reference Online (ORO), une vaste
encyclopédie conçue directement pour le web et consultable elle aussi
sur abonnement payant. Avec 60.000 pages et un million d’entrées, elle
représente l’équivalent d’une centaine d’ouvrages de référence.
= Répertoires de dictionnaires
"Dictionnaires électroniques" est un excellent répertoire établi par la
section française des Services linguistiques centraux (SLC-f) de
l'Administration fédérale suisse. Cette liste très complète de
dictionnaires monolingues (allemand, anglais, espagnol, français,
italien), bilingues et multilingues est complétée par des répertoires
d'abréviations et acronymes et des répertoires géographiques,
essentiellement des atlas.
Marcel Grangier, responsable de la section française des Services
linguistiques centraux, écrit en janvier 1999: "Le multilinguisme sur
internet peut être considéré comme une fatalité heureuse et surtout
irréversible. C'est dans cette optique qu'il convient de creuser la
tombe des rabat-joie dont le seul discours est de se plaindre d'une
suprématie de l'anglais. Cette suprématie n'est pas un mal en soi, dans
la mesure où elle résulte de réalités essentiellement statistiques
(plus de PC par habitant, plus de locuteurs de cette langue, etc.). La
riposte n'est pas de 'lutter contre l'anglais' et encore moins de s'en
tenir à des jérémiades, mais de multiplier les sites en d'autres
langues. Notons qu'en qualité de service de traduction, nous
préconisons également le multilinguisme des sites eux-mêmes. (...)
Travailler sans internet est devenu tout simplement impossible: au-delà
de tous les outils et commodités utilisés (messagerie électronique,
consultation de la presse électronique, activités de services au profit
de la profession des traducteurs), internet reste pour nous une source
indispensable et inépuisable d'informations dans ce que j'appellerais
le 'secteur non structuré' de la toile. Pour illustrer le propos,
lorsqu'aucun site comportant de l'information organisée ne fournit de
réponse à un problème de traduction, les moteurs de recherche
permettent dans la plus grande partie des cas de retrouver le chaînon
manquant quelque part sur le réseau."
Comment voit-il l'avenir? "La multiplication des langues présentes sur
internet est inévitable, et ne peut que bénéficier aux échanges
multiculturels. Pour que ces échanges prennent place dans un
environnement optimal, il convient encore de développer les outils qui
amélioreront la compatibilité. La gestion complète des diacritiques ne
constitue qu'un exemple de ce qui peut encore être entrepris."
Quelques années plus tard, le répertoire "Dictionnaires électroniques"
rejoint le site de la Conférence des Services de traduction des États
européens (CST).
= yourDictionary.com
Robert Beard, professeur de langues à la Bucknell University (États-
Unis), crée d'abord en 1995 A Web of Online Dictionaries (Un web de
dictionnaires en ligne), qui est un répertoire de dictionnaires en
ligne (800 liens en automne 1998) dans de nombreuses langues, auquel
s'ajoutent d'autres sections: dictionnaires multilingues, dictionnaires
anglophones spécialisés, thésauri et vocabulaires, grammaires en ligne,
et enfin outils linguistiques pour non spécialistes.
Robert Beard écrit en septembre 1998: "On a d'abord craint que le web
représente un danger pour le multilinguisme, étant donné que l'HTML et
d'autres langages de programmation sont basés sur l'anglais et qu'on
trouve tout simplement plus de sites web en anglais que dans toute
autre langue. Cependant, les sites web que je gère montrent que le
multilinguisme est très présent et que le web peut en fait permettre de
préserver des langues menacées de disparition. Je propose maintenant
des liens vers des dictionnaires dans 150 langues différentes et des
grammaires dans 65 langues différentes. De plus, ceux qui développent
les logiciels de navigation manifestent une attention nouvelle pour la
diversité des langues dans le monde, ce qui favorisera la présence d'un
nombre encore plus grand de sites web dans différentes langues. (...)
En tant que professeur de langues, je pense que le web présente une
pléthore de nouvelles ressources disponibles dans la langue étudiée, de
nouveaux instruments d'apprentissage (exercices interactifs Java et
Shockwave) et de test, qui sont à la disposition des étudiants quand
ceux-ci en ont le temps ou l'envie, 24 heures par jour et 7 jours par
semaine. Aussi bien pour mes collègues que pour moi, et bien sûr pour
notre établissement, l'internet nous permet aussi de publier
pratiquement sans limitation."
Comment voit-il l'avenir? "L'internet nous offrira tout le matériel
pédagogique dont nous pouvons rêver, y compris des notes de lecture,
exercices, tests, évaluations et exercices interactifs plus efficaces
que par le passé, parce que reposant davantage sur la notion de
communication. Le web sera une encyclopédie du monde faite par le monde
pour le monde. Il n'y aura plus d'informations ni de connaissances
utiles qui ne soient pas diponibles, si bien que l'obstacle principal à
la compréhension internationale et interpersonnelle et au développement
personnel et institutionnel sera levé. Il faudrait une imagination plus
débordante que la mienne pour prédire l'effet de ce développement sur
l'humanité."
Robert Beard co-fonde ensuite le portail yourDictionary.com, qui
intègre son site précédent, avec mise en ligne de la nouvelle mouture
en février 2000. Il écrit en janvier 2000: "Nos nouvelles idées sont
nombreuses. Nous projetons de travailler avec le 'Endangered Language
Fund' [Fonds pour les langues menacées] aux États-Unis et en Grande-
Bretagne pour rassembler des fonds pour cette fondation et nous
publierons les résultats sur notre site. Nous aurons des groupes de
discussion et des bulletins d'information sur les langues. Il y aura
des jeux de langue destinés à se distraire et à apprendre les bases de
la linguistique. La page 'Linguistic Fun' [qui propose des éléments de
linguistique pour les non initiés] deviendra un journal en ligne avec
des extraits courts, intéressants et même amusants dans différentes
langues, choisis par des experts du monde entier. (...) Si l'anglais
domine encore le web, on voit s'accentuer le développement de sites
monolingues et non anglophones du fait des solutions variées apportées
aux problèmes de caractères."
En septembre 2003, yourDictionary.com, devenu un portail de référence,
répertorie plus de 1.800 dictionnaires dans 250 langues, ainsi que de
nombreux outils linguistiques: vocabulaires, grammaires, glossaires,
méthodes de langues, etc. En avril 2007, le répertoire comprend 2.500
dictionnaires et grammaires dans 300 langues.
Soucieux de servir toutes les langues sans exception, le portail
propose l'Endangered Language Repository, une section spécifique
consacrée aux langues menacées. "Les langues menacées sont
essentiellement des langues non écrites, écrit Robert Beard en janvier
2000. Un tiers seulement des quelque 6.000 langues existant dans le
monde sont à la fois écrites et parlées. Je ne pense pourtant pas que
le web va contribuer à la perte de l’identité des langues et j’ai même
le sentiment que, à long terme, il va renforcer cette identité. Par
exemple, de plus en plus d’Indiens d’Amérique contactent des linguistes
pour leur demander d’écrire la grammaire de leur langue et de les aider
à élaborer des dictionnaires. Pour eux, le web est un instrument à la
fois accessible et très précieux d’expression culturelle."
= Grand dictionnaire terminologique
Le Grand dictionnaire terminologique (GDT) est une initiative majeure
de l'Office québécois de la langue française (OQLF). C'est en effet la
première fois qu'un organisme propose une base terminologique aussi
importante en accès libre sur le web, en septembre 2000. Le GDT est
précédé par Le Signet, une base terminologique relative aux
technologies de l'information, dont les 10.000 fiches bilingues
français-anglais sont ensuite intégrées au GDT.
Le GDT est un dictionnaire bilingue français-anglais de 3 millions de
termes appartenant au vocabulaire industriel, scientifique et
commercial. Sa mise en ligne est le résultat d'un partenariat entre
l'OQLF, auteur du dictionnaire, et Semantix, société spécialisée dans
les solutions logicielles linguistiques. Evénement célébré par de très
nombreux linguistes, cette mise en ligne est un succès. Dès le premier
mois, le GDT est consulté par 1,3 million de personnes, avec des
pointes de 60.000 requêtes quotidiennes. La gestion de la base est
ensuite assurée par Convera Canada. En février 2003, les requêtes sont
au nombre de 3,5 millions par mois. Une nouvelle version du GDT est
mise en ligne en mars 2003. Sa gestion est désormais assurée par l'OQLF
lui-même, et non plus par une société prestataire.
= Bases terminologiques
Des bases terminologiques spécialisées sont mises en ligne par des
organisations internationales, entre autres.
ILOTERM est une base terminologique quadrilingue (allemand, anglais,
espagnol, français) gérée par l'Unité de terminologie et de référence
du Service des documents officiels (OFFDOC) de l'Organisation
internationale du Travail (OIT). Comme indiqué sur le site web en 1998,
"sa principale finalité est d'apporter des solutions, conformes à
l'usage courant, à des problèmes terminologiques dans le domaine du
travail et des questions sociales. Les termes figurent en anglais avec
leurs équivalents en français, espagnol et/ou allemand. La base de
données contient également (dans une à quatre langues) des articles
concernant la structure et les programmes de l'OIT, les noms officiels
d'institutions internationales, d'organismes nationaux et
d'organisations nationales d'employeurs et de travailleurs, ainsi que
les titres de réunions et d'instruments internationaux."
La base TERMITE (ITU Telecommunication Terminology Database) est gérée
par la Section de traduction de l'Union internationale des
télécommunications (UIT). Il s'agit d'une base terminologique
quadrilingue (environ 60.000 entrées en anglais, espagnol, français et
russe). Comme indiqué sur le site web en 1998, "TERMITE contient tous
les termes qui apparaissent dans tous les glossaires de l'UIT imprimés
depuis 1980, ainsi que des termes plus récents en rapport avec les
différentes activités de l'Union (en tout quelque 59.000 entrées).
Normalement les collaborateurs qui s'occupent de l'amélioration et de
la mise à jour de cette base de données sont des traducteurs ou des
éditeurs techniques. TERMITE est surtout visité par les traducteurs
internes mais aussi par des utilisateurs externes, travaillant dans le
domaine des télécommunications."
La base WHOTERM (WHO Terminology Information System) est gérée par
l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette base terminologique
trilingue (anglais, espagnol, français) a été constituée à partir des
documents de l'OMS (vocabulaire, expressions, concepts) afin
d'"améliorer la rigueur et la cohérence des textes rédigés, préparés ou
traduits. Elle permet également à tous ceux qui collaborent à des
programmes techniques de l'OMS d'enrichir les terminologies nouvelles,
de promouvoir leur normalisation et de garantir leur diffusion".
Eurodicautom est géré par le service de traduction de la Commission
européenne. Cette base terminologique multilingue de termes
économiques, scientifiques, techniques et juridiques permet de combiner
entre elles les onze langues officielles de l’Union européenne
(allemand, anglais, danois, espagnol, finnois, français, grec,
hollandais, italien, portugais, suédois), ainsi que le latin, avec une
moyenne de 120.000 consultations par jour.
Fin 2003, Eurodicautom annonce son intégration dans une base
terminologique plus vaste regroupant les bases de plusieurs
institutions de l’Union européenne. Cette nouvelle base traite non plus
douze langues, mais une vingtaine, puisque l’Union européenne s’élargit
à l’Est et passe de 15 à 25 membres en mai 2004, pour atteindre
27 membres en janvier 2007. La nouvelle base terminologique voit le
jour en mars 2007, sous le nom de IATE (Inter-Active Terminology for
Europe), avec 1,4 million d’entrées dans 24 langues.
= Dictionnaires anciens
Les dictionnaires anciens trouvent une nouvelle vie sur le web, par
exemple sur le site de l'Institut national de la langue française
(INaLF), qui offre des ressources terminologiques sur le discours
littéraire des 14e au 20e siècles (contenu, sémantique, thématique), la
langue courante (langue écrite, langue parlée, argot), et le discours
scientifique et technique.
Christiane Jadelot, ingénieur d'études à l'INaLF-Nancy, explique en
juin 1998: "Les premières pages sur l'INaLF ont été mises sur
l'internet au milieu de l'année 1996, à la demande de Robert Martin,
directeur de l'INaLF. J'ai participé à la mise sous internet de ces
pages (...). La direction a senti la nécessité urgente de nous faire
connaître par l'internet, que beaucoup d'autres entreprises utilisaient
déjà pour promouvoir leurs produits. Nous sommes en effet 'Unité de
recherche et de service' et nous avons donc à trouver des clients pour
nos produits informatisés, le plus connu d'entre eux étant la base
textuelle FRANTEXT [sur l'internet depuis début 1995], ainsi qu'une
maquette du tome 14 du TLF [Trésor de la langue française]. Il était
donc nécessaire de faire connaître l'ensemble de l'INaLF par ce moyen.
Cela correspondait à une demande générale."
La base FRANTEXT comprend, en mode interactif, 180 millions de mots-
occurrences provenant d'une collection représentative de 3.500 unités
textuelles en arts, sciences et techniques des 16e-20e siècles. Début
1998, 82 centres de recherche et bibliothèques universitaires sont
abonnés, en Europe, en Australie, au Japon et au Canada, ce qui
représente 1.250 postes de travail ayant accès à la base, avec une
cinquantaine de sessions d'interrogations par jour.
L'ARTFL Project (ARTFL: American and French Research on the Treasury of
the French Language - Recherche franco-américaine sur les trésors de la
langue française) est un projet commun du Centre national de la
recherche scientifique (CNRS, France) et de l'Université de Chicago
(Illinois, États-Unis). Ce projet a pour but de constituer une base de
données de 2.000 textes des 13e-20e siècles ayant trait à la
littérature, la philosophie, les arts ou les sciences.
En 1998, l'ARTFL travaille à la version en ligne exhaustive de la
première édition (1751-1772) de l'"Encyclopédie ou Dictionnaire
raisonné des sciences, des métiers et des arts" de Diderot et
d'Alembert. 72.000 articles rédigés par plus de 140 collaborateurs -
dont Voltaire, Rousseau, d'Alembert, Marmontel, d'Holbach, Turgot, etc.
- ont fait de cette encyclopédie un monumental ouvrage de référence
pour les arts et les sciences. Destinée à rassembler puis divulguer les
connaissances de l'époque, elle porte la marque des courants
intellectuels et sociaux du 18e siècle, et c'est grâce à elle qu'ont
été propagées les idées du Siècle des Lumières. L'Encyclopédie comprend
17 volumes de texte - qui représentent 18.000 pages et 20.736.912 mots
- et 11 volumes de planches.
La base de données correspondant au premier volume est accessible en
ligne à titre expérimental. La recherche peut être effectuée par mot,
portion de texte, auteur ou catégorie, ou par la combinaison de ces
critères entre eux. On dispose de renvois d'un article à l'autre, au
moyen de liens permettant d'aller d'une planche au texte ou du texte au
fac-similé des pages originales. L'automatisation complète des
procédures de saisie entraîne des erreurs typographiques et des erreurs
d'identification qui sont corrigées au fil des mois. La recherche
d'images par mot, portion de texte ou catégorie est également possible
dans un deuxième temps.
L'ARTFL travaille aussi à un projet de base de données pour le
"Dictionnaire de l'Académie française", dont les différentes éditions
se sont échelonnées entre 1694 et 1935. Ce projet inclut la saisie et
l'édition du texte, ainsi que la création d'un moteur de recherche
spécifique. La première édition (1694) et la cinquième édition (1798)
du dictionnaire sont les premières à être disponibles pour une
recherche par mot, puis pour une recherche en texte intégral. Les
différentes éditions sont ensuite combinées dans une base de données
unique qui permet de juger de l'évolution d'un terme en consultant
aussi bien une édition particulière que l'ensemble des éditions.
Les autres projets de l'ARTFL sont la version image de l'édition de
1740 du "Dictionnaire historique et critique" de Philippe Bayle, le
"Roget's Thesaurus" de 1911, le "Webster's Revised Unabridged
Dictionary" de 1913, le "Thresor de la langue française" de Jean Nicot
(1606), un projet multilingue sur La Bible comprenant entre autres "La
Bible française" de Louis Segond (1910), etc.