REX FECIT.

* * * * *

Nous sommes esclaves au point que nous ne pouvons nous empêcher de nous

croire libres.

* * * * *

Un médecin croit d'abord à toute la médecine; un théologien à toute sa

philosophie. Deviennent-ils savants? ils ne croient plus rien; mais les

malades croient et meurent trompés.

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O grandeur des gens de lettres! Qu'un premier commis fasse un mauvais

livre, il est excellent; que leur confrère en fasse un bon, il est

honni.

* * * * *

Celui qui a dit qu'il était le très-humble et très-obéissant serviteur

de l'occasion a peint la nature humaine.

* * * * *

Le bonheur est un état de l'âme; par conséquent il ne peut être

durable. C'est un nom abstrait composé de quelques idées de plaisir.

* * * * *

Turc, tu crois en Dieu par _Mahomet_; Indien, par _Fo-hi_; Japonais,

par _Xa-ca_, etc. Eh! misérable, que ne crois-tu en Dieu par toi-même?

* * * * *

Qui doit être le favori d'un roi? Le peuple: mais le peuple parle trop

haut.

* * * * *

L'amour est de toutes les passions la plus forte, parce qu'elle attaque

à la fois la tête, le cœur et le corps.

* * * * *

Il faut avoir une religion, et ne pas croire aux prêtres; comme il faut

avoir du régime, et ne pas croire aux médecins.

* * * * *

Il n'y a point d'avare qui ne compte faire un jour une belle dépense:

la mort vient et fait exécuter ses desseins par un héritier. C'est

l'histoire de plus d'un roi de ma connaissance.

* * * * *

Plusieurs savants sont comme les étoiles du pôle, qui marchent toujours

et n'avancent point.

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On dit des gueux qu'ils ne sont jamais hors de leur chemin; c'est

qu'ils n'ont point de demeure fixe. Il en est de même de ceux qui

disputent sans avoir des notions déterminées.

* * * * *

L'homme doit être content, dit-on; mais de quoi?

* * * * *

L'abbé de Saint-Pierre a voulu la paix universelle: il ne connaissait

pas les lois du monde:

Un homme éternue; un chien épouvanté mord un âne; l'âne renverse la

faïence d'un pauvre homme; la faïence renversée blesse un petit enfant.

Procès.

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Nous traitons les hommes comme les lettres que nous recevons; nous les

lisons avec empressement, mais nous ne les relisons pas.

* * * * *

Qui a dit que les paroles sont les jetons des sages et l'argent des

sots?

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L'ennuyeux est la torpille qui engourdit, et l'homme d'imagination est

la flamme qui se communique.

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La plupart des hommes pensent comme entre deux vins. N'est-ce pas,

monsieur de Maurepas?

* * * * *

Le lit découvre tous les secrets: _Nox nocti indicat scientiam_.

* * * * *

Cromwell disait qu'on n'allait jamais si loin que quand on ne savait

plus où on allait.

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Πολιτικοϛ signifiait citoyen: il signifie aujourd'hui ennemi des

citoyens.

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Prière des pèlerins de la Mecque: «Mon Dieu, délivre-nous des visages

tristes!» Ces pèlerins-là avaient été à Pompignan.

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On peut dire de la plupart des historiens d'aujourd'hui ce que disait

Balzac de La Motte Le Vayer: «Il fait le dégât dans les bons livres.»

* * * * *

On s'est réduit partout à la vie simple. La semaine sainte de Rome et

le carnaval de Venise n'ont plus de réputation. On va au bal comme à la

messe, par habitude.

* * * * *

Les avares sont comme les mines d'or qui ne produisent ni fleurs

ni feuillages.--L'honneur est le diamant que la Vertu porte au

doigt.--La plus grande des dignités pour un homme de lettres est sa

réputation.--Peser le mérite des hommes! il faudrait avoir la main bien

forte pour soutenir une telle balance.--La science est comme la terre;

_on n'en_ peut posséder qu'un peu.

Un républicain aime plus sa patrie que ne le fait le sujet d'un roi,

parce qu'on aime plus son bien que celui d'autrui.

* * * * *

Pénétration, science, invention, netteté, éloquence, voilà l'esprit.

L'âme est un timbre sur lequel agissent cinq marteaux; chacun frappe en

un endroit différent. Il n'y a pas de point mathématique; donc l'âme

est étendue, donc elle est matérielle. Dois-je dépouiller un être de

toutes les propriétés qui frappent mes sens, parce que l'essence de

cet être m'est inconnue? Il se peut faire que nous devenions quelque

chose après notre mort: une chenille se doute-t-elle qu'elle deviendra

papillon?

* * * * *

Ceux qui se rendent au dernier avis sont comme ces Indiens qui

croyaient qu'on allait au ciel avec ses dernières pensées.

* * * * *

Tout corps animé est un laboratoire de chimie. _Deus est philosophus

per quem._

* * * * *

Quand Roland eut repris son sens commun, il ne fit presque plus rien.

Belle leçon pour finir en paix sa vie!

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Les poëtes, qui ont tout inventé excepté la poésie, ont inventé les

enfers et s'en sont moqués les premiers.

_Felix qui potuit rerum cognoscere causas,

Atque metus omnes et inexorabile fatum

Subjecit pedibus, strepitumque Acherontis avari!_

* * * * *

Les rois sont trompés sur la religion et sur les monnaies, parce que

sur ces deux articles il faut compter et s'appliquer. La philosophie

seule peut rendre un roi bon et sage. La religion peut le rendre

superstitieux et persécuteur.

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On demandait grâce à Épaminondas pour un officier débauché; il la

refuse à ses amis et l'accorde à une courtisane.

* * * * *

Christophe Colomb devine et découvre un nouveau monde: un marchand, un

passager lui donne son nom. Bel exemple des quiproquo de la gloire!

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Ambassade d'un peuple de sauvages à Cortez: «Tiens, voilà cinq

esclaves: si tu es dieu, mange-les; si tu es homme, voilà des fruits et

des coqs d'Inde.»

* * * * *

Réponse d'un roi de Sparte à des orateurs de Clazomène: «De votre

exorde il ne m'en souvient plus; le milieu m'a ennuyé; et quant à la

conclusion, je n'en veux rien faire.» C'est la réponse de Dieu aux

suppliques des dévots.

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Le roi Amasis, parvenu d'une condition servile au trône, fit fondre une

cuvette dans laquelle il se lavait les pieds, et en fit un dieu.

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On ne dit guère aujourd'hui un _philosophe newtonien_, parce qu'à

l'attraction près, qui est si probable, tout est démontré dans

Newton, et que la vérité ne peut porter un nom de parti. On dirait

les _philosophes cartésiens_, parce que Descartes n'avait que des

imaginations, et que ceux qui suivaient sa doctrine étaient du parti

d'un homme--et non de la vérité.

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Aristote était un grand homme, sans doute; mais que m'importe? je n'ai

rien à apprendre de lui. C'était un grand génie, je le veux: mais

il n'a dit que des sottises en philosophie.--Manco-Capac et Odin,

Confucius, Zoroastre, Hermès, auraient peut-être été de nos jours de

l'Académie des sciences. L'homme de génie serait tombé aux pieds du

savant.

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Le siècle présent n'est que le disciple du siècle passé. On s'est fait

un magasin d'idées et d'expressions où tout le monde puise.

* * * * *

Le père Tournon a fait six volumes de l'_Histoire des dominicains_!--et

je n'en ai fait que deux de celle de Louis XIV! Et j'en ai fait un de

trop.

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Il n'y a pas une idée fixe dans Homère; il y en a mille dans le Tasse.

Vous voulez connaître le Dante. Les Italiens l'appellent divin; mais

c'est une divinité cachée; peu de gens entendent ses oracles; il a des

commentateurs, c'est peut-être encore une raison de plus pour n'être

pas compris. Sa réputation s'affermira toujours, parce qu'on ne le lit

guère. Il y a de lui une vingtaine de traits qu'on sait par cœur: cela

suffit pour s'épargner la peine d'examiner le reste.

Quel est l'homme le plus heureux? Ce n'est ni moi, ni vous. Est-ce

Archimède ou Nomentanus?

Je suppose qu'Archimède a un rendez-vous la nuit avec sa maîtresse.

Nomentanus a le même rendez-vous à la même heure. Archimède se présente

à la porte; on la lui ferme au nez; et on l'ouvre à son rival, qui

fait un excellent souper, pendant lequel il ne manque pas de se moquer

d'Archimède, et jouit ensuite de sa maîtresse, tandis que l'autre reste

dans la rue, exposé au froid, à la pluie et à la grêle. Il est certain

que Nomentanus est en droit de dire. «Je suis plus heureux cette nuit

qu'Archimède, j'ai plus de plaisir que lui;» mais il faut qu'il ajoute:

Supposé qu'Archimède ne soit occupé que du chagrin de ne point faire

un bon souper, d'être méprisé et trompé par une belle femme, d'être

supplanté par son rival, et du mal que lui font la pluie, la grêle et

le froid. Car si le philosophe de la rue fait réflexion que ni une

catin ni la pluie ne doivent troubler son âme; s'il s'occupe d'un beau

problème, et s'il découvre la proportion du cylindre, de la sphère, il

peut éprouver un plaisir cent fois au-dessus de celui de Nomentanus.

* * * * *

Dans les temps les plus raffinés, le lion d'Ésope fait un traité avec

trois animaux, ses voisins. Il s'agit de partager une proie en quatre

parts égales. Le lion, pour de bonnes raisons qu'il déduira en temps et

lieu, prend d'abord trois parts pour lui seul, et menace d'étrangler

quiconque osera toucher à la quatrième. C'est là le sublime de la

politique.

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Qui est-ce qui disait que son fils allait étudier, et qu'il prêchait en

attendant?

Tous les siècles se ressemblent-ils? Non; pas plus que les différents

âges de l'homme. Il y a des siècles de santé et de maladie.

* * * * *

La raison a fait tort à la littérature comme à la religion; elle l'a

décharnée. Plus de prédictions, plus d'oracles, de dieux, de magiciens,

de géants, de monstres, de chevaliers, d'héroïnes. La raison seule

ne peut faire un poëme épique. Ah! si le Tasse avait traversé la

_Henriade_!

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On a une patrie sous un bon roi, on n'en a point sous un méchant.

Où fut la patrie d'Attila et de cent héros de ce genre, qui en courant

toujours n'étaient jamais hors de leur chemin?

Le premier qui a écrit que la patrie est partout où l'on se trouve bien

est, je crois, Euripide dans son _Phaéton_.

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Il est triste que souvent pour être bon patriote on soit l'ennemi du

reste des hommes. L'ancien Caton, ce bon citoyen, disait toujours en

opinant au sénat: «Tel est mon avis, et qu'on ruine Carthage.» Être bon

patriote, c'est souhaiter que sa ville s'enrichisse par le commerce,

et soit puissante par les armes. Il est clair qu'un pays ne peut

gagner sans qu'un autre perde, et qu'il ne peut vaincre sans faire des

malheureux.

* * * * *

Celui qui brûle de l'ambition d'être édile, tribun, préteur, consul,

dictateur, crie qu'il aime sa patrie, et il n'aime que lui-même. Chacun

veut être sûr de pouvoir coucher chez soi, sans qu'un autre homme

s'arroge le pouvoir de l'envoyer coucher ailleurs. Chacun veut être sûr

de sa fortune et de sa vie. Tous formant ainsi les mêmes souhaits, il

se trouve que l'intérêt particulier devient l'intérêt général: on fait

des vœux pour la république, quand on n'en fait que pour soi-même.

* * * * *

Quand nous avons découvert l'Amérique, nous avons trouvé toutes les

peuplades divisées en républiques; il n'y avait que deux royaumes dans

toute cette partie du monde. De mille nations, nous n'en trouvâmes que

deux subjuguées.

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On aime la gloire et l'immortalité, comme on aime sa race qu'on ne peut

voir.

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La religion est comme la monnaie, les hommes la prennent sans la

connaître.

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Le roi Voltaire · 第 145 / 187 题