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Les grammairiens sont pour les auteurs ce qu'un luthier est pour un
musicien.
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Belles paroles de Suzanne de Suze en mourant: «Grand Dieu, je t'apporte
quatre choses qui ne sont pas dans toi: le néant, la misère, les fautes
et le repentir.»
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Les paroles sont aux pensées ce que l'or est aux diamants; il est
nécessaire pour les enchâsser, mais il en faut peu.
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Lord Peterborough, en voyant Marly, dit: «Il faut avouer que les hommes
et les arbres plient ici à merveille.»
Il disait de George Ier: «J'ai beau appauvrir mes idées, je ne puis me
faire entendre de cet homme.»
Et pourtant Milord ne se faisait entendre de mademoiselle Lecouvreur
qu'à force d'or.
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Un protestant avait converti sa première femme; il ne put convertir la
seconde: ses arguments n'étaient plus si forts. Newton faisait souvent
ce conte.
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Il est aisé de tromper les savants. Michel-Ange fait une statue que
tous les connaisseurs prennent pour une antique. Boulogne fait un
tableau, qu'on vend pour un Paul Véronèse; et Mignard attrapé lui dit:
«Faites donc toujours des Paul et jamais des Boulogne!»
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Les rois et les ministres croient gouverner le monde. Ils ne savent pas
qu'il est mené par des capucins: ce sont les prêtres qui mettent dans
les têtes des opinions, souveraines des rois.
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Le comte de Königsmark, depuis général des Vénitiens, pressé par Louis
XIV de se faire catholique, lui répondit: «Sire, si vous voulez me
donner trente mille hommes, je vous promets de rendre toute la France
turque en moins de deux ans.»
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Les jansénistes ont servi à l'éloquence, et non à la philosophie. La
science de dire vaut mieux que l'art de ne pas dire.
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La superstition est tout ce qu'on ajoute à la religion naturelle.
Les philosophes platoniciens affermirent la religion chrétienne;
les nouveaux philosophes l'ont détruite. Tout auteur d'une religion
nouvelle est nécessairement persécuté par l'ancienne; mais la nouvelle
persécute à son tour. La morale est la même d'un bout du monde à
l'autre. Confucius, Cicéron, Platon, le chancelier de l'Hôpital,
Locke, Newton, Gassendi, sont de la même Église. DIEU a fait l'or; les
alchimistes veulent en faire.
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La force et la faiblesse arrangent le monde. S'il n'y avait que force,
tous les hommes combattraient; mais DIEU a donné la faiblesse: ainsi le
monde est composé d'ânes qui portent et d'hommes qui chargent.
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Les jacobins ont une bulle qui leur ordonne de célébrer la fête de
l'immaculée Conception, et une bulle qui leur permet de n'y pas croire.
Quand ils sont docteurs, ils jurent l'immaculée; reçus dominicains, ils
l'abjurent.
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Chaque nation a son grand homme: on fait sa statue d'or: on jette au
rebut les autres métaux dont l'idole était composée; on oublie ses
défauts. Voilà comme on canonise les saints; on attend que les témoins
de leurs vices soient morts.
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La cause de la décadence des lettres, c'est qu'on a atteint le but:
ceux qui viennent après veulent le passer.
Tout est devenu bien commun, tout est trouvé; il ne s'agit que
d'enchâsser.
Le premier qui a dit que les roses ne sont point sans épines, que la
beauté ne plaît point sans les grâces, que le cœur trompe l'esprit, a
étonné. Le second est un sot.
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L'amour vit de contrastes. La Béjard disait qu'elle ne se consolerait
jamais de la perte de ses deux amants: l'un était Gros-René, et l'autre
le cardinal de Richelieu.
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Les protestants ont réformé l'Église romaine en la rendant plus
attentive sur elle-même; mais cette Église, devenant plus décente et
plus sévère, a anéanti le génie italien. Il n'a plus été permis de
penser en Italie. La liberté a enlevé le génie anglais; l'esclavage a
flétri l'esprit italien.
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Les idées sont précisément comme la barbe; elle n'est point au menton
d'un enfant: les idées viennent avec l'âge.
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Dryden, dans le _Spanish Friar_, dit: «Il reste à savoir si le mariage
est un des sept sacrements, ou un des sept péchés mortels.»
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De toutes les religions, celle qui exclut le plus les prêtres de
toute autorité civile, c'est sans contredit celle de Jésus: _Rendez
à César ce qui est à César._--_Il n'y aura parmi vous ni premier ni
dernier._--_Mon royaume n'est point de ce monde._
Les querelles de l'Empire et du sacerdoce, qui ont ensanglanté l'Europe
pendant plus de six siècles, n'ont donc été de la part des prêtres que
des rébellions contre Dieu et les hommes, et un péché continuel contre
le Saint-Esprit.
Depuis Calchas, qui assassina la fille d'Agamemnon, jusqu'à Grégoire
XII et Sixte V, deux évêques de Rome qui voulurent priver le grand
Henri IV du royaume de France, la puissance sacerdotale a été fatale au
monde.
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Le pape prétend disposer du temporel des rois; oui, mais non pas du
temporel des savetiers.
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La religion fut d'abord aristocratique; plusieurs dieux. La philosophie
la fit monarchique; un seul principe. L'inscription d'Isis est du temps
de la philosophie: «Je suis tout ce qui est et sera; nul mortel ne
lèvera mon voile.»
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Ces pensées de Voltaire, retrouvées près d'un siècle après sa mort, ne
sont-elles pas un autre testament? Ne dirait-on pas qu'il rouvre son
tombeau pour nous faire entendre une fois de plus le cri de la vérité,
le cri du combat, le cri de la passion?
Chose étrange! ce cercueil qui attend toujours son campo-santo, semble
renfermer un mort vivant. C'est Lazare qui ressuscite quand passe
l'esprit du Seigneur. Qui donc oserait écrire sur ce cercueil: _Ci-gît
Voltaire!_