Le Credo est une étoile...
Quel réconfort pour la foi, pour l’espérance, pour la charité que ce
chant du _Credo_ lorsqu’il n’y a pas une bouche qui ne le profère le
dimanche, à la messe! Il est le symbole des mystères où notre vie
intérieure s’abreuve pour refleurir toujours plus vivace. Il résume
l’histoire des luttes de l’Église contre les hérésies insidieuses qui
tentent de diviser ceux que l’Esprit-Saint a réunis. Il est
l’affirmation immuable de la doctrine transmise par les apôtres, hommes
sanctifiés par le Seigneur lui-même, pour nous ouvrir la voie du salut à
travers les âges.
L’époque ténébreuse où nous sommes condamnés à vivre voudrait faire
dévier les enfants de l’Église vers les marécages où tremblotent les
feux-follets de son orgueil. Des sophistes argumentent, subtilisent,
jonglent, avec les vocables, comme des turlupins de foire, avec des
boules brillantes et creuses. Des savants attestant l’évidence de la
matière éternelle, présentant comme des axiomes décisifs leurs
conjectures versatiles, construisent des cheminées aux fourneaux du
démon pour que la noire fumée qui s’en échappe dissimule le monde à
Celui qui créa _toutes les choses visibles et toutes les choses
invisibles_ et qui les embrasse d’un seul regard. Des réprouvés, qui se
donnèrent une peine infinie pour arracher en eux les racines de la
foi, errent çà et là en ricanant--de quel rire lugubre--et
déclarent:--L’humanité, maîtresse d’elle-même comme de l’univers conquis
par sa science, n’a plus besoin de votre Dieu...
Cadavres ambulants, troupeau sinistre que rassemble, pour son domaine,
celui-qui-nie, celui qui n’a pas voulu servir--l’odeur de la mort flotte
autour d’eux.
D’autre part, voici nos frères séparés du protestantisme. Ils se
plaignent de voir s’éparpiller en milles sectes les adhérents à l’erreur
qu’ils s’efforcent de maintenir. Mais comment n’en irait-il pas ainsi?
Quand on pose en principe que chacun a le droit d’élire, parmi les
dogmes, ceux qu’il juge de nature à flatter son imagination et d’écarter
ceux qui lui déplaisent, on ne peut s’attendre à fonder une religion
stable. La confiance qu’ils accordent au sens propre, aggrave
l’aberration de la fausse doctrine. Niant l’autorité révélée dont
l’Église garde le dépôt, le dissident lui reproche de ne pas évoluer
selon les caprices multiples de l’inconstance humaine. Il ne comprend
pas que la force en Dieu de l’Église procède du fait qu’elle a
promulgué, pour les siècles, la formule de la certitude par la foi.
Cette formule c’est le _Credo_. On ne peut rester catholique si, par
fantaisie personnelle, on la mutile ou si l’on en modifie les articles.
Il est arrivé que l’Église opérât des changements dans sa discipline ou
dans sa liturgie. Jamais elle n’a touché, jamais elle ne touchera au
dogme. Et c’est pourquoi, tandis qu’autour d’elle, les schismes et les
hérésies tombent en décrépitude ou se pulvérisent dans le doute, elle
garde la claire vision du Dieu qui réjouit sa jeunesse impérissable...
Aussi, de quel cœur plein d’une sérénité joyeuse je chante _Credo_, je
crois, à l’unisson avec tous mes frères répandus sur le globe entier,
reclus pour un temps, au Purgatoire, bienheureux au Ciel! _Credo_, c’est
la rémission des péchés, c’est la communion des Saints. C’est la
conviction qu’il n’y a qu’une seule Vérité, qu’une _seule Église_. Comme
je respire à l’aise me sentant une parcelle de ce corps mystique dont
Jésus est la tête!
Le _Credo_, c’est une réponse à la parole de Dieu: _Que la lumière
soit!_ c’est un écho de la voix qui nous enseigne le sens surnaturel de
la vie par les prophètes, par le Verbe incarné, par les apôtres, par les
Pères de l’Église.
Le _Credo_ donne des ailes à ma prière; il me secourt dans la tentation;
il m’arme pour le combat de tous les jours; il me fera espérer dans la
miséricorde divine à l’heure de l’extrême-onction et du linceul.
Sans le _Credo_, je ne serais qu’une feuille sèche, emportée par la
bise.
Le _Credo_ est une étoile fixe dont aucun nuage, suscité par l’enfer, ne
réussirait à voiler le rayonnement. Si des vagues ennemies assaillent la
barque de Pierre, si des écueils se hérissent alentour, je n’ai qu’à
lever les yeux; je vois l’astre auxiliateur briller au-dessus de
l’assemblée des fidèles.
Par lui, je suis orienté, consolé, rassuré, par lui, je sais que Jésus
protège ma faiblesse.
Reste-moi donc toujours présente, ô belle étoile du _Credo_!
* * * * *
Je voudrais maintenant rappeler l’admirable développement du _Credo_
attribué à saint Athanase qui fut l’une des plus hautes figures de
l’antiquité chrétienne. Évoquons d’abord, s’il se peut, cette gloire de
l’Église.
Athanase naquit dans la ville d’Alexandrie en l’an 295. Il reçut une
forte instruction et marqua, dès son adolescence, par son goût des
lettres sacrées et des lettres profanes. Petit de taille et d’apparence
chétive, tant qu’il se taisait, beaucoup étaient enclins à le considérer
comme un personnage des plus insignifiants. Mais dès qu’il prenait la
parole, l’ardeur de sa foi le transfigurait et l’on ne tardait pas à
s’apercevoir qu’en ce corps frêle habitait une âme indomptable. De même,
ses écrits donnent l’impression d’une telle vigueur que ses adversaires,
mis en déroute par sa science des choses saintes et sa foudroyante
dialectique, ne savaient où se reprendre pour lui tenir tête. Et ce qui
prouve sa maîtrise c’est qu’alors, suivant la coutume des polémistes
impulsifs, ils répondaient à ses raisons par des injures. Le plus
passionné d’entre eux, Julien l’Apostat s’écriait: «Croirait-on que ce
n’est pas un homme mais un homuncule qui ose me contredire!»
Très jeune encore, Athanase mena, quelque temps, la vie d’ascète au
désert de la Thébaïde et l’on suppose qu’il s’y mit sans l’obédience de
ce Maître de la Pénitence: saint Antoine. Il écrivit dans cette solitude
son _Discours contre les Gentils_ où il pose ce principe que la source
de toutes les erreurs qui troublaient le monde à son époque c’est le
paganisme c’est-à-dire l’adoration des forces naturelles ou des facultés
humaines divinisées. Il prend pour objet principal de sa critique non
pas la vieille mythologie qui tombe en pourriture au fond des temples
abandonnés, mais surtout le néo-platonisme en faveur parmi un grand
nombre d’Alexandrins. Avec une sagacité merveilleuse, il analyse le
désordre intellectuel et moral qui en résulte malgré les formes subtiles
«éthérées» que les néo-platoniciens donnaient à leur idolâtrie. A leurs
rêveries il oppose la doctrine catholique du Verbe. Et il le fait avec
une solidité d’argumentation et une élévation de pensée bien définies
par Bossuet lorsqu’il écrit: «Le caractère d’Athanase fut d’être grand
partout.»
De retour à Alexandrie, il entra dans le clergé et y exerça pendant six
ans l’office de lecteur. L’évêque le distingua, l’appela au diaconat et
le choisit comme secrétaire.
C’était le temps où Arius, curé d’une des paroisses les plus importantes
de la ville, commençait à répandre son hérésie.
«L’évêque Alexandre apprit avec tristesse, dit M. Mourret, dans son
excellente _Histoire de l’Église_, que des doctrines étranges
circulaient parmi son peuple et son clergé au sujet de la Personne du
Fils de Dieu. Des hommes soutenaient que la seconde Personne de la
Trinité n’avait pas existé de toute éternité et qu’elle n’était que le
premier-né des créatures. Pour ceux qui proféraient ces assertions,
l’Incarnation et la Rédemption, mystères d’un Dieu fait homme et se
sacrifiant pour notre salut, n’étaient plus que de vains songes.» On
voit la conséquence: «L’insondable abîme creusé par les philosophes
païens entre la pauvre humanité et la Divinité inaccessible se rouvrait;
le monde n’était pas plus avancé après la prédication de l’Évangile
qu’avant la venue du Sauveur.»
Telle fut l’origine d’une hérésie qui séduisit beaucoup d’intelligences,
suscita de terribles luttes, et, sous la protection de maints empereurs,
égarés dans la controverse, aurait peut-être conquis le monde si Dieu
n’avait fait naître pour la défense de la Vérité unique d’incomparables
athlètes. Au premier rang, Athanase.
Or l’évêque qui, d’après les historiens de l’époque, semble avoir été un
indécis, peu porté à prendre des initiatives et fort ami de son repos,
hésitait à sévir contre Arius et les adeptes que celui-ci, très habile,
très éloquent, consommé dans l’esprit d’intrigue, s’était acquis.
Inquiet de voir le prélat temporiser, tandis que le péril pour la foi ne
cessait de s’accroître, Athanase, qui était la volonté même, lui
représenta d’une façon vive, l’urgence qu’il y avait à condamner
l’hérésie nouvelle. Stimulé par le jeune diacre, l’évêque se décida
enfin à prendre des mesures énergiques contre Arius. Il le cita à
comparaître devant lui, en présence de tout le clergé d’Alexandrie, pour
expliquer sa doctrine. Il y eut deux audiences à la suite desquelles
l’hérétique fut condamné et frappé d’anathème. Comme on le devine,
Athanase avait eu grande part à cette excommunication.
Mais Arius ne se soumit pas. Au contraire, secondé par ses partisans de
plus en plus nombreux, il accentua sa propagande. Non seulement la ville
et le diocèse en furent gravement contaminés mais encore les provinces
voisines et bientôt tout l’empire d’Orient. Maints évêques inclinent à
l’hérésie, suivis par leur clergé et par force laïques trop amoureux
d’innovations. Les membres de l’Église s’entre-déchirent. Et Satan qui
souffle allègrement la discorde, se frotte les mains.
Toujours à l’instigation de l’infatigable Athanase, l’évêque
d’Alexandrie adresse à tous les diocèses deux lettres où l’erreur
d’Arius et ses menées sont dénoncées sans aucun ménagement. Elles
déterminent partout un mouvement de réaction salutaire chez les
orthodoxes. Et c’est alors que l’empereur Constantin, soucieux de
rétablir la paix dans l’Église, convoque le célèbre concile œcuménique
de Nicée.
Athanase y accompagna son évêque et s’y fit tout de suite remarquer.
«Athanase, dit l’annaliste Socrate, apparut à tous comme l’adversaire le
plus vigoureux des Ariens.»
Nous avons aussi, sur ce point, le témoignage de saint Grégoire de
Nazianze: «Lorsque, rapporte-t-il, les Ariens voyaient le redoutable
champion, petit de taille et si frêle mais le port assuré et le front
haut, se lever pour prendre la parole, on voyait passer dans leurs rangs
un frisson de haine. Pour la majorité de l’assemblée, elle regardait
alors d’un regard confiant celui qui allait se faire l’interprète
irréductible de sa pensée.»
De fait, nul ne savait comme Athanase «saisir le nœud d’une difficulté
et, mieux encore, exposer le fait central d’où tout dépend et en faire
jaillir ces flots de lumière qui éclairent la foi en même temps qu’ils
démasquent l’hérésie».
On sait que le concile de Nicée prononça la condamnation d’Arius et
formula l’essentiel de ce symbole, le _Credo_ que nous récitons tous les
jours avec les additions qu’y joignit pour écarter d’autres hérésies le
concile de Constantinople.
Trois ans après l’assemblée où la divinité du Verbe incarné fut ainsi
promulguée, l’évêque d’Alexandrie mourut. En ses derniers jours il avait
exprimé le désir qu’on lui donnât pour successeur le diacre Athanase.
Les fidèles acclamèrent ce choix. Les évêques de la province d’Égypte le
ratifièrent. Le nouvel évêque fut sacré le 7 juin 328 au milieu des
ovations de tout un peuple qui répétait: «Athanase! Athanase! C’est un
vrai chrétien! C’est un ascète! C’est un véritable évêque!»
Athanase avait à peine 33 ans. «Outre les qualités du pasteur accompli,
écrit Monseigneur Duchesne, Dieu lui avait donné un esprit clair, un œil
bien ouvert sur la tradition chrétienne, sur les évènements, sur les
hommes. Avec cela, un caractère hautement indomptable tempéré par une
parfaite bonne grâce, mais incapable de faillir devant qui que ce soit.
L’orthodoxie de Nicée avait trouvé son défenseur! Déjà menacée à cette
heure, elle allait traverser des crises redoutables. On put croire à
certains moments qu’elle n’avait plus d’autre soutien qu’Athanase.
C’était assez. Athanase eut contre lui l’empire et sa police, des
conciles hétérodoxes, un épiscopat de dissidents: la partie était encore
égale tant qu’un tel homme restait debout.»
En effet, voici venu le temps où l’arianisme, niant l’autorité du
concile de Nicée, plus arrogant que jamais, prétend imposer son erreur à
l’Église. Il séduit, il excite contre la vérité les empereurs qui
succèdent à Constantin. Il absorbe la majorité des diocèses. Il
persécute, il chasse comme des bêtes fauves, ceux qui persistent à
défendre la doctrine des Apôtres. Surtout, il s’acharne à réduire
Athanase au silence.
Dès l’an 332, les hérétiques ont acquis tant d’influence que, par leurs
calomnies sur le compte du saint, ils réussissent à lui aliéner
Constantin.
On l’accuse à la fois de simonie, d’abus de pouvoir, d’empiètements sur
l’autorité civile, de lèse-majesté. On insinue qu’il a prêté la main à
des sacrilèges et enfin qu’il a machiné l’assassinat d’un de ses
contradicteurs.
Athanase se disculpe sans trop de peine. Cependant l’empereur garde une
certaine prévention contre lui.
Les hérétiques en profitent pour renforcer leurs intrigues et
circonvenir Constantin. Ils déployèrent tant de ruses qu’en 334, ils
obtinrent la réhabilitation d’Arius. Celui-ci rédigea une profession de
foi en termes vagues où l’empereur, qui n’était pas théologien, crut
voir qu’il acceptait le symbole de Nicée. Il décida aussitôt qu’Arius
serait réintégré dans ses fonctions et pria l’évêque d’Alexandrie de le
recevoir en sa communion. Athanase refusa net. L’empereur, de plus en
plus aveuglé par les Ariens, prit fort mal la chose. On lui persuada
qu’Athanase était un esprit brouillon et ambitieux qui cherchait à se
créer une primauté sur ses collègues. L’empereur irrité le fit juger par
une sorte de concile provincial, présidé par un fonctionnaire laïque et
où ne furent convoqués que les ennemis les plus avérés du Saint.
Athanase se présenta devant ce singulier tribunal. Mais il s’aperçut
tout de suite qu’il se trouvait en butte à l’animosité d’une faction
résolue à le condamner sans l’entendre. Il quitta l’assemblée qui
s’empressa de prononcer contre lui une sentence de déposition. Dans le
même temps une nouvelle calomnie fut lancée contre lui. Durant une
famine, il avait distribué de larges aumônes dans sa ville épiscopale.
On l’accusa d’avoir accaparé les grains et tenté, par là, d’affamer
Constantinople. L’empereur, hors de lui, ne voulut même pas consentir à
une enquête. Il fit arrêter Athanase et donna l’ordre de le conduire au
fond des Gaules, dans la ville de Trêves où il fut interné.
Ce sont là les premières luttes d’Athanase contre l’hérésie. Raconter
dans le détail toutes celles qui suivirent demanderait un volume. Il
suffira d’indiquer que du jour où commença son exil jusqu’à sa mort--en
373--il n’y eut guère d’armistice. Quarante années durant, il ne cessa
de combattre pour le triomphe de la saine doctrine--il fut le champion
invincible du Verbe incarné. Rétabli sur le siège d’Alexandrie, sous le
successeur de Constantin, il dut plusieurs fois prendre la fuite pour se
dérober à la haine de ses adversaires, maîtres du pouvoir. L’empereur
Constant souffrit, sans intervenir, qu’on le persécutât. L’empereur
Constance, arien zélé, eût voulu le faire saisir et mettre à mort comme
le dernier des malfaiteurs. Afin de lui échapper Athanase quitta pour la
troisième fois, Alexandrie. Après s’être caché, quelques jours, aux
environs de la ville, il se dirigea vers la Haute-Égypte. Mais les
policiers de Constance le traquaient farouchement. Ici se place un
épisode qui montre la présence d’esprit que le Saint conservait à
travers tant de périls. M. Mourret, dans son _Histoire de l’Église_, le
rapporte de la façon suivante:
«Les moines de la Thébaïde accueillirent comme un père celui dont Saint
Pacôme avait été l’ami et à qui Saint Antoine avait légué sa tunique.
Toujours fugitif, toujours poursuivi, mais toujours protégé par
l’indéfectible fidélité de ses hôtes, dont plusieurs se laissèrent
torturer plutôt que de le trahir, Athanase erra pendant tout le reste du
règne de Constance, c’est-à-dire pendant un an, de désert en désert.
Plus d’une fois ses ennemis furent près de l’atteindre. Le dévouement
des religieux, son admirable sang-froid, une protection particulière de
la Providence le tirèrent de tous les dangers. Un soir, il remontait le
Nil en barque lorsqu’il entendit derrière lui un bruit de rames. C’était
la galiote de la police impériale. Elle l’eut bientôt rejoint. On
l’interpella: «N’avez-vous pas vu Athanase? Mais si, répond-il aussitôt,
il est devant vous.» Comprenant que le proscrit fuyait en amont sur le
fleuve, les autres reprirent leur course tandis qu’Athanase virait de
bord et regagnait sa retraite.»
Après la mort de Constance, il revint à Alexandrie. C’était maintenant
le règne de Julien l’Apostat qui, follement, prétendait restaurer le
paganisme. Il eut immédiatement à compter avec Athanase. L’empereur
avait interdit de baptiser les idolâtres. Athanase n’eut cure de cette
défense. Julien, outré de colère, écrivit au préfet d’Égypte: «Je
n’apprendrai de toi aucun acte plus agréable que l’expulsion hors de
toutes les villes de ta province de ce misérable Athanase qui, moi
régnant, a osé, contre mes ordres, faire des baptêmes. Qu’il soit
proscrit!»
Athanase s’enfuit, une quatrième fois, au désert (363). Mais, par
inspiration divine, il savait que ce nouvel exil ne durerait guère.
«Soyez sans crainte, dit-il à ses amis, c’est un petit nuage qui passera
vite.»
De fait, Julien mourut quelques mois après. Athanase rentra dans
Alexandrie. Un peu plus tard l’empereur Valens voulut encore l’en
chasser. Mais la population de la ville qui chérissait son grand évêque
se souleva en une émeute si violente qu’il fallut rapporter le décret
d’expulsion. Les huit années qui suivirent furent à peu près tranquilles
pour Athanase. «De sorte, dit le martyrologe romain, que cet homme
contre lequel tant de puissances s’étaient conjurées, cet évêque qui
avait subi tant d’exils, au milieu des pires dangers, mourut dans son
lit le 2 mai 373.»
* * * * *
A présent que nous connaissons l’homme, nous saisirons mieux la
signification et la portée du symbole auquel on a donné son nom. La
plupart des critiques actuels doutent qu’il l’ait établi tout-à-fait
dans la forme où il nous est parvenu. Ils ont peut-être raison. Mais en
tout cas, on a le droit de penser que son inspiration s’y révèle. Pour
moi, j’y sens la flamme de sa conviction. Je ne puis le réciter sans
qu’il me paraisse entendre la voix du Saint combattant pour le Verbe que
nous adorons. Je veux donner cette sublime profession de foi pour que
ceux qui l’auraient oubliée y puisent un renouvellement de foi dans la
doctrine de l’Église.