LE CORPS DE LA VICTIME EST DÉCOUVERT

--Sans doute, fis-je. Mais les causes exactes de ce que vous nommez un

accident ne me paraissent pas clairement établies.

--Je vais y arriver, répliqua Sulvan. Laissez-moi poursuivre mon exposé

dans l’ordre logique. Jusqu’ici, je n’étais pas encore intervenu. Le

commissariat spécial, seul, menait son enquête et ce n’est qu’un peu

plus tard qu’il prévint réglementairement le Parquet--et que, par

conséquent, je fus envoyé sur les lieux.

Nous en sommes au moment où l’identité de la victime connue, des

télégrammes ont été envoyés sur le trajet suivi par le train 624. Dès la

réception de ces télégrammes aux différentes gares, des investigations

furent commencées. Elles furent tout d’abord à peu près partout

négatives.

Enfin, à 20 h. 30, le chef de gare d’Elbeuf annonça la découverte des

débris d’un cadavre féminin sur les voies, à 400 mètres de la station,

sous un viaduc. Le corps avait heurté la maçonnerie d’une pile. Le tronc

était intact, mais la tête était écrabouillée, une main et une jambe

manquaient. Ce cadavre reposait au kilomètre 41.500. D’autres

découvertes suivaient: un chapeau au kilomètre 41.434; un manchon au

kilomètre 41.414; un sac à main et un store au kilomètre 39.700, enfin

une étole de fourrure au kilomètre 39.500.

La famille fut immédiatement informée de ces macabres trouvailles et les

trois fils de la défunte invités à venir, dès le lendemain, au

commissariat, procéder aux formalités d’identification.

MM. Jacques, Paul et Maurice Versi furent exacts au rendez-vous. Ils se

présentèrent ensemble au bureau de M. Jean. Celui-ci leur montra les

objets recueillis dans le compartiment occupé la veille par leur mère.

Tous trois, comme M. Cadre, le cocher, l’avait déjà fait, les

reconnurent sans hésitation. Pour eux, comme pour le magistrat, il

s’agissait d’un accident, terrible et déplorable, mais dont n’importe

qui pouvait fournir l’explication. Ils exposèrent, en effet, que leur

malheureuse maman était sujette à des hémorragies.

--Voyageant seule, malgré nos affectueux conseils, dirent-ils et se

sentant indisposée, elle a dû sortir de son sac cette serviette à ses

initiales. Puis, son malaise augmentant, pour se ranimer à l’air, elle

s’est probablement penchée à la portière qui, mal fermée, a cédée sous

son poids. Elle est alors tombée. Et sa tête a heurté le viaduc

d’Elbeuf, sous lequel le train s’engageait à ce moment...

Cette thèse, très défendable, fut aisément admise. Qui aurait douté de

sa vraisemblance? Elle était appuyée, au surplus, par le rapport du

médecin d’Elbeuf, qui, après examen du cadavre, avait conclu à une mort

accidentelle. Le Procureur de la République, à Rouen, qui transmettait

ce rapport médical, en adoptait les conclusions.

Par conséquent, à la Sûreté générale, chacun, des inspecteurs au

directeur, était parfaitement disposé à classer, comme éclaircie, cette

affaire insignifiante.

C’est à cet instant que, négligeant l’opinion unanime, j’émis des

doutes.

Ils furent assez mal accueillis.

Les grandes enquêtes de Mega Sulvan · 第 8 / 60 题