Le bureau de l’inspecteur Sulvan, à la Sûreté générale ne ressemble en
rien à l’idée qu’on peut se faire d’un tel lieu dans le public. Les
personnes qui n’ont jamais pénétré à la Sûreté s’imaginent, en effet, on
ne sait quel antre de sorcière, garni d’appareils extraordinaires, où le
crime tel qu’il fut perpétré et la vérité telle qu’elle doit être
apparaissent dès qu’on appuie sur un bouton. En réalité, le bureau de
Sulvan, comme ceux de ses collègues d’ailleurs, n’était qu’un simple et
paisible bureau, semblable à tous les bureaux du monde: une grande table
garnie de buvards, de classeurs, de plume et d’encre; un appareil
téléphonique, une «bouteille» de télégraphe rapportée de quelque
expédition sans doute et utilisée comme presse-papiers... Sur la
cheminée, un buste de Voltaire. Aux murs, un ordinaire plan de Paris et
une carte planisphère des deux Amériques. Quelques chaises, un fauteuil,
un portemanteau.
Tout cela simple, propre, net. Donc rien de bizarre ni d’inquiétant,
dans ce local où beaucoup de criminels pourtant s’effarèrent.
Dans cette vulgaire retraite travaille Sulvan, vêtu comme peut l’être
n’importe quel modeste employé d’administration publique. Rien, j’y
insiste, absolument rien, ni en sa personne, ni en son costume, ni en ce
qui l’entoure, ne décèle, à première vue, le policier.
Peut-être son regard, assez fortement appuyé...
Bref, il m’invita cordialement à m’asseoir, ouvrit un placard, en sortit
un dossier gonflé.
--Voici, dit-il, les documents de l’affaire dont il s’agit. Elle date du
temps où je n’étais encore que l’inspecteur Sulvan. Son exposé sera
long. Je m’excuse de ne pouvoir vous offrir de cigare, ayant moi-même
renoncé au tabac depuis plusieurs années. Mais, si vous aimez fumer, ne
vous gênez pas pour griller ici des cigarettes...
Je profitai de son invitation.