I
Monique Lerbier à Mme Ambrat, Route des Acacias, à Vaucresson, 14, rue
Chaptal.
Paris, le 1er mars.
Merci, madame, pour votre offre si obligeante. Mais une place de
secrétaire, auprès de vous, en ce moment, je ne pourrais pas. J'ai la
sensation de promener dans la vie un corps vide. Il me semble que
jamais je ne pourrai plus rire... Mes parents quittés, ma tante
disparue, cela a été un bouleversement si brusque!
Je voudrais mourir, puisque tout est manqué pour moi. Cet après-midi,
en sortant de chez le notaire après l'ouverture du testament, je
pensais, dans le salon de thé où je me reposais, à la pauvre chère
tante, j'enviais son sort...
Il y avait, à la table près de la mienne, une grand-mère avec deux
enfants en deuil, une fillette de quatorze ans déjà petite femme, et
son frère, un garçonnet de six ans. Je songeais que je ne serai jamais
mère, que je resterai une inutile... Je vieillirai comme tante
Sylvestre, seule...
Je suis seule désormais! Seule dans ma maison, seule dans mon coeur...
sans attaches sociales, sans foyer!...
Merci encore d'avoir bien voulu penser à m'accueillir au vôtre... Mais
je sens que de longtemps je ne pourrai me trouver au milieu d'enfants.
Je suis trop grave pour leurs petites âmes, ils seraient trop joyeux
pour moi... Je vous embrasse bien affectueusement.