Monique Lerbier à Mme Ambrat.
Paris, le 15 juillet.
Chère madame,
Il y a longtemps que je ne vous ai donné de mes nouvelles. Je suis
confuse de mon silence après votre bonne lettre... Aujourd'hui, je
souffre moins, je peux vous écrire...
Il me semble que ma douleur s'est un peu engourdie. Je regarde, sans
qu'un sentiment quelconque me dicte de la peine ou de la joie. Je vois
le soleil pâle de cette matinée, le jardin si profond sous mes
fenêtres, des prêtres qui passent. Je végète seulement.
Vous ai-je dit qu'après le règlement de la succession de la pauvre
tante, j'ai quitté la rue Chaptal, si noire? J'habite maintenant sur
la rive gauche, rue Vaneau. Mes trois fenêtres ouvrent sur le parc des
Missions Etrangères...
Mais je suis toujours près de me réveiller dans la souffrance. Il faut
si peu pour que mon désespoir revienne... Ah! ne plus penser... Il
paraît qu'on se console, ou au moins qu'on s'habitue à son mal, à tous
les maux. Être encore heureuse, un jour? Cela pourrait-il être? je ne
l'imagine pas...
Votre reconnaissante.