M. Lerbier se gratta la tête. Le moment difficile était venu.

--Une affaire? Oh! Dieu non... Je puis t'affirmer qu'à ce point de vue

il montre beaucoup d'élégance, de désintéressement même. Ecoute, ma

chérie. Il faut que je te fasse un aveu. Aussi bien comptais-je te

mettre au courant, ces jours-ci, puisqu'il faut que nous soyons tous

d'accord, avant la signature de ton contrat. Tu me fournis l'occasion...

Voilà: Tu sais qu'avant d'être mon gendre, Lucien doit devenir mon

associé. Tu sais d'autre part la valeur de mon invention... Je ne te

parle pas de ma vie consacrée à cette recherche, de la somme d'efforts

que cela représente... D'efforts, et aussi, malheureusement de

tribulations!... J'ai dû, pour parvenir au but, dépenser beaucoup,

beaucoup d'argent, engager plus de la moitié de notre capital. Et s'il

me fallait en ce moment mobiliser l'argent de ta dot, comme j'espérais

pouvoir le faire, je serais gêné, très gêné...

--Oh! père, pourquoi ne me l'as-tu pas dit?

--Cela me peinait. C'est alors que ton fiancé, sachant mes embarras, m'a

spontanément offert pour sa part, et malgré la violence de la crise

industrielle que nous traversons tous, de renoncer au versement de ces

cinq cent mille francs... pourvu, naturellement, que tu y consentes...

--Bien sûr, père, voyons!

--... et à m'en laisser la disposition.

Elle l'embrassa.

--C'est trop juste!... Pourquoi ne m'en a-t-il pas parlé?

--Il préférait que je le fasse moi-même. Tu comprends: cela me

sauverait! Nous serions du coup à même de voir venir, sur le velours,

les autres propositions qui se dessinent: White, Ransom, Plombino...

Bien entendu, ce n'est qu'un prêt que tu me fais! Et pas à fonds perdus,

sois-en sûre! L'avenir est magnifique, magnifique!... Tu vois, mon

petit, qu'en consentant à te prendre telle que tu es, en ce moment,

c'est-à-dire sans le sou, Lucien se conduit... comme j'étais certain que

tu le ferais... Il agit vis-à-vis de moi en fils. Et vis-à-vis de toi...

Tu te rends compte? Pas une femme, plus que toi, ne pourra se vanter

d'avoir été épousée par amour!

Monique, après l'élan du premier mouvement, réfléchissait. Déception de

son indépendance matérielle, évanouie avec la proposition de Lucien?

Attendrissement, regret aussi, dans sa fierté native, d'être épousée

sans qu'elle apportât autre chose que l'aide de sa bonne volonté, sa

soif ardente de travail?... Elle était touchée, surtout, par la

délicatesse du sentiment, par la discrétion aussi du geste...

--C'est gentil de sa part, hein, maman? dit-elle.

Tante Sylvestre, qui avait écouté attentivement, demanda:

--Puis-je placer mon mot? Je suis sûre que je vais me faire attraper par

tout le monde! Tant pis. Je dis ce que je pense. Est-ce que ce n'est pas

un million que M. Vigneret devait souscrire, dans votre constitution de

société?

La garçonne · 第 16 / 45 题