Giuseppe Forcignano est de la province de Lecce; il a trente-trois ans
et était employé dans un hôpital militaire. Il entra dans
l'établissement d'Aversa le 5 janvier 1861. Il est atteint de monomanie
vaine et orgueilleuse: les sens de l'_estime de soi_ et du besoin
d'approbation sont en lui tellement exagérés, que son orgueil et sa
vanité atteignent souvent le plus haut degré d'exaltation. Il croit
avoir toutes les qualités physiques et morales. Il se croit puissant,
beau, savant; il marche la tête renversée en arrière et regarde
l'humanité de haut en bas; il méprise tout et s'épanouit à la louange.
Au reste, complétement sourd, les perceptions saines n'arrivent qu'avec
la plus grande difficulté à prendre le dessus sur les sentiments
troublés, qui sont, comme nous l'avons dit, l'estime de soi et la
vanité. Dans la tragédie de _Brutus_, il représentait un des fils de
Brutus. Plein d'orgueil d'être le fils d'un consul romain, il écouta
dédaigneusement tous les reproches que la douleur arrachait à son père,
qu'il ne voulut jamais embrasser; et, quand les licteurs s'approchèrent
de lui pour le conduire à la mort, il les écarta d'un geste de mépris en
disant: «Il n'est point besoin de licteurs pour mener à la mort le fils
de Brutus.» Dans _le Bourgeois de Gand_, où il représentait le prince
d'Orange, forcé de fuir au quatrième acte, il se refusa obstinément à se
déguiser en paysan, malgré les indications de la mise en scène, en
disant:
--Je n'avilirai point la majesté d'un prince d'Orange en la couvrant de
grossiers habits.