ANTONIO ROSSI.--_Le duc d'Albe._

Antonio Rossi est né à Naples, de bonne famille; il a cinquante et un

ans; il entra pour la première fois dans l'établissement le 25 mai 1842,

et en sortit, sans être guéri, le 15 juin de la même année. Alors, il

voyagea beaucoup, mais finit par entrer dans une maison de fous

anglaise, et revint à celle d'Aversa le 9 octobre 1862, affecté de

pervertissement et d'exagération dans le sens de l'_estime de soi-même_,

et d'hallucinations intérieures qui amènent son esprit à éprouver des

souffrances cérébrales dans les mêmes organes de la vie physique qui

sont en relation avec le cerveau. Les perceptions, les tendances, et

quelques sentiments d'Antonio Rossi s'exercent régulièrement. Il croit

que c'est la reine d'Angleterre qui, préoccupée de bons sentiments pour

lui, l'a recommandé à M. Miraglia, et qui paye sa pension dans

l'établissement. Malgré cette exagération de l'estime de soi-même, il

est très-docile, très-affable, accepte facilement tout rôle où la

puissance et l'orgueil peuvent s'exercer; c'est pourquoi il fut facile

de lui faire représenter, dans _le Bourgeois de Gand_, le rôle du duc

d'Albe; mais il refusa complétement toute relation avec le souffleur,

disant qu'il était un homme d'éducation; qu'il savait ce qu'il avait à

dire, et, par conséquent, n'avait pas besoin qu'on lui dictât ses

réponses. C'est un bel exemple donné par un fou aux artistes italiens

qui ne savent jamais leurs rôles et qui tirent, en général, chaque

phrase l'une après l'autre de la bouche du souffleur.

Antonio Rossi parle très-bien l'anglais et le français.

Jacques Ortis; Les fous du docteur Miraglia · 第 72 / 85 题