29 mai, au soir.

Fuir,--oui, fuir,--mais où?--Crois-moi, je souffre bien; à peine ai-je

la force de me traîner jusqu'à la ville, pour aller boire dans ses yeux

un autre breuvage de vie, peut-être le dernier...--Sans elle

voudrais-je de cet enfer?--Aujourd'hui, je la saluais pour m'en aller:

elle ne répondait pas. Je descendis l'escalier; mais je n'ai pu

m'arracher de son jardin... et, le crois-tu? son aspect me donne le

vertige. En la voyant venir avec sa sœur, j'ai voulu fuir et me

cacher sous une treille; mais il était trop tard, Isabelle a crié:

--Ortis, mon cher Ortis, ne nous as-tu point vues?

Frappé comme de la foudre, je me jetais sur un banc. La petite fille me

sauta au cou en tâchant de me consoler, et en me disant tout bas:

--Pourquoi te tais-tu toujours?...

Je ne sais si Thérèse me vit; mais elle s'enfonça dans une allée et

disparut: une demi-heure après, elle revint, appelant sa sœur, qui

était restée sur mes genoux, et je m'aperçus que ses paupières étaient

rouges de larmes. Elle ne me parla point; mais elle me déchira d'un

regard qui semblait me dire: «C'est toi qui m'as faite ainsi.»

Jacques Ortis; Les fous du docteur Miraglia · 第 53 / 85 题