... Elle était à demi-couchée sur un sofa en face de la fenêtre des
collines, observant d'un œil distrait les nuages qui traversaient le
vague de l'air.
--Quel azur profond! me dit-elle en se tournant vers moi.
J'étais à son côté, muet, et les yeux fixés sur sa main, qui tenait un
petit livre entr'ouvert... Je ne sais comment cela se fit, mais je ne
m'aperçus pas que l'ouragan commençait à mugir, et que le vent du nord,
soufflant avec violence, courbait jusqu'à terre les plantes et les
jeunes tiges.
--Pauvres arbrisseaux! s'écria Thérèse.
Je sortis tout à coup de ma rêverie; la nuit, devenue plus épaisse,
n'était interrompue que par la lueur bleuâtre des éclairs, qui la
faisaient paraître plus noire encore. La pluie tombait par torrents, la
foudre se faisait entendre. Peu après, je vis les fenêtres fermées, et
une lumière dans la chambre... Le domestique venait de remplir son
office accoutumé, comme il avait l'habitude de le faire lorsqu'on
craignait le mauvais temps; il nous avait dérobé le spectacle de la
nature irritée: Thérèse, plongée dans une rêverie profonde, ne s'en
aperçut point et le laissa faire.
Je lui pris le livre des mains, et, l'ouvrant au hasard, je lus.
«La jeune Glycère exhala sur mes lèvres son dernier soupir. Avec
Glycère, j'ai perdu tout ce que je pouvais jamais perdre. Sa tombe est
l'unique coin de terre que je daigne appeler mien. Seul, j'en connais la
place; je l'ai couverte de rosiers touffus qui fleurissent comme
autrefois fleurissait son visage, et qui répandent une odeur pareille à
celle de son souffle. Tous les ans, dans le mois des fleurs, je visite
le bosquet sacré... Je m'assieds sur la terre qui recouvre ses cendres,
je cueille une rose, et je me dis: «Ainsi tu fleuris un jour...» Puis je
l'effeuille, et je l'éparpille... Je me rappelle le doux songe de nos
amours... O ma bien-aimée, où es-tu?... Une larme alors, s'échappant de
mes yeux, arrose l'herbe qui pointe sur sa tombe... et apaise son ombre
amoureuse.»
Je me tus...
--Pourquoi ne continuez-vous pas? me dit Thérèse en soupirant et en
fixant sur moi ses regards mélancoliques.
Je repris alors.... Mais, lorsque j'en fus à ces mots: «Ainsi tu fleuris
un jour,» ma voix étouffée s'arrêta, et une larme de Thérèse tomba sur
ma main, qui serrait la sienne...