Hélas! il n'est que trop vrai, Lorenzo, quelquefois mon imagination me
présente le bonheur; il est là, il me semble que je vais le saisir, je
tends la main, quelques pas encore et puis... tout à coup le voile se
déchire, mon âme ulcérée le voit s'évanouir et s'éloigner d'elle, et se
brise alors comme si elle perdait un bien qu'elle possédât depuis
longtemps.
Enfin il nous écrit que la chicane a retardé l'appel de sa cause et que
la Révolution a fait fermer les tribunaux pour quelque temps; joins à
cela l'intérêt qui domine toutes les autres passions, un nouvel amour
peut-être... que sais-je, moi? Que te fait tout cela? me diras-tu...
Rien, mon cher Lorenzo; à Dieu ne plaise que je veuille profiter de sa
froideur! mais conçois-tu que, dans sa position, il puisse rester un
jour de plus éloigné de Thérèse?... Insensé que je suis!
m'illusionnerais-je donc toujours?... et pour avaler ensuite le breuvage
mortel que, moi-même, je me serais préparé?...