ÉVADÉ RAMENÉ.

«La distribution des récompenses à la bonne conduite, à l'obéissance et

aux bons services, est encore plus efficace, dit M. Vénuiste-Gleizes,

dans son mémoire sur l'état actuel des bagnes en France (1840), que les

punitions infligées aux mauvais sujets et aux hommes turbulents. Ces

récompenses encouragent les bons, elles les maintiennent dans la voie du

bien, et elles y ramènent souvent les détenus qui en sont détournés par

la violence de leur caractère.»

Voici de quelle nature sont ces récompenses:

D'après les dispositions de la loi, les forçats détenus au bagne sont,

ainsi que nous l'avons montré dans notre premier article, accouplés,

c'est-à-dire attachés deux à deux par une chaîne en fer, dont chacun

traîne la moitié.

Cet accouplement dure plusieurs années; il dure même toujours pour les

hommes suspects et dangereux; et il ne cesse, après _quatre ou cinq ans

d'expiation_, que lorsqu'un condamné s'est fait remarquer par une

conduite régulière, par son repentir, par sa résignation, et par son

mérite comme ouvrier ou comme infirmier. Alors le chef du service

ordonne par écrit le désaccouplement, ce qui s'exprime au bagne par ces

mots; _mis en chaîne brisée_. L'homme dans cet état porte la

demi-chaîne, dont un bout est scellé dans la manille placée autour du

bas de la jambe, et l'autre bout, replié autour du corps, reste attaché

à la ceinture.

C'est la plus douce récompense, la plus grande faveur qu'un forçat

puisse recevoir.

Cette différence de position est en effet immense, et l'on comprend

aisément combien elle est précieuse pour lui! Quelle satisfaction il

éprouve de pouvoir marcher seul, sans être obligé d'attendre que son

compagnon veuille, ou puisse se mouvoir en même temps que lui; et

souvent celui-ci lui est inconnu, antipathique, a un caractère

difficile, violent, etc.

--Contraste horrible, qui rend encore mille fois plus amère et plus

cruelle la condition des condamnés.

Aussi, dans tous les temps, depuis que les bagnes existent, le chef du

service a trouvé dans la mise en chaîne brisée un des moyens les plus

puissants pour maintenir la paix et le repos parmi le personnel de la

chiourme et dans les travaux qui lui sont imposés.

[Illustration: La messe.]

On accorde cette faveur insigne, qui se retire impitoyablement pour les

moindres fautes, aux vieillards, aux infirmes, aux forçats employés

comme infirmiers et servants dans les hôpitaux, et aux ouvriers

recommandés par les ingénieurs.

Les autres récompenses accordées aux forçats, outre la chaîne brisée,

sont leur place dans une salle d'épreuve, les fonctions de servants et

d'infirmiers dans les hôpitaux, et des postes de confiance dans

l'intérieur des bagnes.--On choisit parmi les forçats les infirmiers et

servants pour les malades de toutes armes en traitement dans les

hôpitaux de la marine. En général ces hommes sont actifs, soigneux,

fidèles, subordonnés, parce qu'ils craignent d'être renvoyés au bagne,

où ils seraient bien plus mal.--Les postes de confiance dans l'intérieur

du bagne occupent un certain nombre de forçats comme écrivains de

salles, balayeurs, donneurs de pain, sbires, barberots, etc. Ces divers

employés, pris ordinairement parmi les anciens de la maison, ne vont

point aux travaux du port, et sont par conséquent moins misérables que

les autres.--Les forçats placés dans une salle d'épreuves ont un petit

matelas pour la nuit, et de la viande deux fois par semaine.

[Illustration: La Bastonnade.]

Enfin, le maximum des récompenses que puissent obtenir les forçats, le

but de tous leurs voux, le remède le plus efficace contre leurs

souffrances, c'est la perspective éloignée ou prochaine du terme de leur

captivité, et cette perspective leur paraît se rapprocher à mesure

qu'ils se mettent en position d'être portés sur le tableau des grâces,

qui est soumis annuellement à la clémence du roi.

Tous les ans, une commission spéciale, composée de plusieurs officiers

de la marine, attachés aux diverses directions du port, d'ingénieurs des

constructions navales et des travaux maritimes, ainsi que des officiers

supérieurs d'artillerie, du commissaire des hôpitaux et du chef du

service des chiourmes, se réunit sous la présidence du commissaire

général de la marine, et examine successivement tous les noms dont le

chef du bagne a préparé la liste après avoir compulsé tous les dossiers

des condamnes. Cet examen achevé, elle arrête le tableau des malheureux

qu'elle croit devoir recommander à la miséricorde royale.

Bien que le nombre des graciés ou des commués soit peu considérable

puisqu'il n'est réglementairement que le trentième du personnel de la

chiourme, on ne peut imaginer, dit M. le directeur du bagne de Brest,

les transports de joie, les ravissements, les cris de bonheur qui

retentissent dans toutes les salles à la proclamation des noms de ceux

qui ont obtenu une commutation de peine ou leur grâce entière.

A part un certain nombre d'individus inaccessibles au remords et à la

pitié, il est un grand nombre de condamnés qui sont en droit d'obtenir

leur liberté à des époques plus ou moins rapprochées.

Frustrés dans leur attente à diverses reprises, parce qu'ils ne peuvent

pas bien juger de leur position comparativement avec celle des autres,

ils se flattent d'être plus heureux l'année suivante. Souvent trompés,

ils ne renoncent pas à revoir leur famille et leur pays, à mourir

libres. En attendant, ils augmentent la grande masse des condamnes

soumis, résignés, dignes de miséricorde et de pardon.

Il n'est pas dans le monde entier un établissement où la religion puisse

porter ses espérances et ses consolations avec plus de fruit qu'au

bagne. Des prêtres chrétiens sont toujours prêts, à prodiguer avec un

admirable dévouement les secours de leur ministère aux forçats qui les

réclament ou qui en ont besoin, à essuyer leurs larmes, à les exhorter à

la patience et à la résignation, à leur promettre, au nom d'un Dieu

tout-puissant et miséricordieux, le pardon entier des fautes qu'ils

expient... Tous les dimanches, ils leur disent la messe et leur

adressent des instructions religieuses. L'immense majorité des forçats

assiste au service divin et écoute les sermons avec un pieux

recueillement...

(_La fin à un prochain numéro._)

Bulletin bibliographique.

_De la loi du Contraste simultané des Couleurs, et de ses applications_;

par M. Chevreul, membre de l'institut, de le Société royale de Londres,

etc.--_Chez Langlois et Leclercq._

Le livre que nous allons essayer d'analyser est à la fois un livre de

science et un livre d'application. Livre de science, en ce qu'il nous

révèle les lois qui président aux modifications que les couleurs

éprouvent dans leurs apparences par leur juxtaposition ou leur

succession: livre d'application, en ce qu'il fait voir le parti qu'on

peut tirer de ces influences réciproques dans la peinture, la

fabrication des tapis, l'emploi des couleurs dans l'architecture,

l'assortiment des étoffés pour les meubles, l'habillement et la coiffure

des femmes, et la disposition des fleurs des parterres. Le sujet du

livre étant ainsi suffisamment indiqué, traçons d'abord l'historique de

son origine. Lorsque M. Chevreul fut appelé, par ses beaux travaux de

chimie organique, à diriger les ateliers de teinture de la manufacture

des Gobelins, on appela son attention sur les couleurs noires employées

dans l'établissement. Les artistes qui peignent avec des fils colorés

ces admirables tapisseries se plaignaient que le noir était trop pâle,

et que leurs ombres manquaient de vigueur dans les draperies bleues et

violettes. M. Chevreul se procura des laines teintes en noir, provenant

des ateliers les plus renommes de la France et de l'étranger, et

reconnut qu'elles n'avaient aucune supériorité sur celles des Gobelins,

et que le défaut du vigueur reproché au noir tenait à sa juxtaposition

avec d'autres couleurs. Physicien aussi bien que chimiste, M. Chevreul

reconnut qu'il avait à étudier à la fois le contraste des couleurs

juxtaposées, et les moyens chimiques de leur donner toute la vivacité et

la fixité désirables. Le premier problème rentrait dans le domaine de

l'optique, le second appartenait à la chimie.

Si l'on regarde à la fois deux zones peu étendues, inégalement foncées

et d'une même couleur, ou deux zones également foncées de couleurs

différentes, qui soient contiguës par un de leurs bords, ces couleurs

paraîtront plus différentes qu'elles ne le sont réellement; c'est ce

phénomène que M. Chevreul appelle le _contraste simultané des couleurs_.

Ce contraste est de deux espèces: ou bien il porte sur l'intensité de la

couleur, c'est le _contraste de ton_; ou bien sur la nuance, c'est le

_contraste de couleur._

L'expérience suivante est propre à faire voir le _contraste de ton_.

Prenez deux morceaux de papier non satiné, A et a, de la grandeur d'une

carte, colorés avec le même gris, et deux autres, B et b, de même

grandeur, colorées en gris plus foncé; puis placez sur une feuille de

papier blanc A et B de manière a ce que leurs bords se touchent, tandis

que a et b sont éloignés l'un de l'autre et du groupe AB. En considérant

attentivement ces quatre cartes, vous verrez que A vous paraîtra plus

clair que a et B, plus fonce que b; ce qui tient uniquement au contraste

des deux gris dont les tons sont différents. On réussira également avec

toute autre couleur que le gris, et l'on verra que c'est le long de la

ligne de contact des deux cartes juxtaposées que le contraste est le

plus frappant; il va en s'affaiblissant à mesure qu'on s'éloigne de

cette ligne.

Les _contrastes de couleurs_ s'obtiennent en juxtaposant des papiers et

des étoffes colorés: ainsi, le rouge juxtapose à l'orange, tire sur le

violet; tandis que l'orange tire sur le jaune. Si l'on juxtapose du

rouge et du bleu, le premier lire sur le jaune, le second sur le vert,

etc.

Voici l'explication de ces apparences. On lit dans les traités de

physique que les couleurs complémentaires sont celles qui, ajoutées à

une autre couleur, donnent du blanc. Le rouge est complémentaire du

vert, l'orange du bleu, le jaune-verdâtre du violet, l'indigo du

jaune-orange. Si donc vous juxtaposez deux Couleurs, A et B, l'effet de

cette juxtaposition est de faire paraître les deux couleurs aussi

dissemblables que possible. Le phénomène provient de ce que la couleur

C, complémentaire de A, s'ajoutera à la couleur B; tandis que D,

complémentaire de B, s'ajoutera à la couleur A.

Exemple: Juxtaposez de l'orangé et du vert. Le bleu, étant

complémentaire de l'orange, s'ajoutera au vert et le rendra moins jaune.

D'un autre côte le rouge, complémentaire du vert, s'ajoutant à l'orange,

le vert tirer sur le rouge. Tel est le principe très-simple au moyen

duquel on peut prévoir l'effet de la juxtaposition des couleurs, ou de

leur contraste; simultané. M. Chevreul examine ensuite avec détail le

résultat de la juxtaposition des corps colorés et des corps blancs, des

corps colorés et des corps noirs, des corps colorés et des corps gris.

Le _contraste successif_ se distingue du contraste simultané en ce qu'il

a lieu quand on considère plusieurs couleurs l'une après l'autre.

Regardez pendant quelque temps un papier rouge, puis portez les yeux sur

une surface blanche, vous y verrez du vert, qui est la couleur

complémentaire du rouge. Depuis longtemps les marchands d'étoffes ou de

papiers peints avaient remarqué le fait suivant. Si l'on présente à un

acheteur successivement douze ou quinze pièces du même rouge, il

trouvera que les dernières ont une teinte verdâtre; mais si, après avoir

fait passer sous les veux de l'acheteur cinq ou six pièces rouges, on

lui en présente plusieurs qui soient vertes, et qu'il revienne ensuite

au rouge, celui-ci lui semblera très-vif et très-pur. Cela tient à ce

que l'oeil, fatigué de rouge, est très-bien préparé à recevoir

l'impression du vert, et vice versa. En un mot, une couleur tend à faire

naître la sensation de sa couleur complémentaire. Ainsi, lorsqu'on fixe

les yeux sur un carré de papier ronge placé sur un fond blanc, il paraît

bordé d'un vert faible; jaune, il paraît entouré de bleu; vert, de

blanc-pourpre, etc.

Après avoir exposé ces principes, que nous n'avons pu qu'énoncer

brièvement, M. Chevreul passe à l'application. Il examine d'abord le

coloris en peinture, et met l'artiste en garde contre les effets de

contraste qui tendent a altérer les couleurs du modèle; il prouve que

souvent, dans ses retouches continuelles, il ne fait que s'éloigner de

plus en plus de la vérité, s'il ne connaît pas la loi du contraste

simultané et successif des couleurs: ainsi il saura qu'une étoffe

blanche, bordée de rouge, paraîtra nécessairement un peu verdâtre dans

le voisinage de la bordure rouge, et il ne mêlera pas du vert au blanc

contigu à cette bordure rouge.

Les lois s'appliquent avec plus de bonheur encore à la fabrication des

tapis, où l'on produit les couleurs en juxtaposant des fils de nuances

différentes, et conduisent l'auteur à donner des conseils aux fabricants

de tapis sur le choix des dessins et l'assortiment des couleurs, de

manière à produire le meilleur effet possible, sans élever démesurément

le prix des tapisseries.

Passant à une industrie moins relevée, celle des toiles peintes, M.

Chevreul fait voir que l'ignorance de ces lois a même donné lieu à des

procès qu'il a été assez heureux pour terminer à l'amiable. Ainsi un

marchand de nouveautés ayant donné des étoffes de couleur unie, rouge,

violette et bleue à des imprimeurs pour qu'ils y appliquassent des

dessins noirs, se plaignit que les noirs étaient verts, jaunâtres ou

cuivrés. Il a suffi au savant professeur de circonscrire ces dessins

noirs avec des papiers blancs découpés pour convaincre ce marchand que

les dessins étaient du plus beau noir, et qu'il était abusé par un effet

de contraste.

Nous ne saurions suivre l'auteur dans ses savantes et poétiques

considérations sur l'architecture polychrome des Égyptiens, des Grecs,

et les vitraux des églises gothiques. De ces hautes régions de l'art,

nous descendrons avec lui dans des considérations plus prosaïques, mais

qui nous touchent de plus près. Il s'agit des étoffes pour meubles. Ici

le contraste est tout-puissant, car il s'agit à la fois de faire

ressortir la couleur du bois et celle de l'étoffe; c'est ainsi que vous

emploierez des étoffes violettes ou bleues avec des bois jaunes, telles

que ceux de citron ou de racine de frêne; les étoffes vertes avec

l'acajou; si votre meuble est en velours cramoisi, alors séparez, le

velours du bois par des clous dorés, ou un galon jaune ou noir. Le

palissandre s'harmonisera avec le brun, le rouge, le bleu, le vert et le

violet.

Le choix des couleurs pour la décoration d'une salle de spectacle est un

des problèmes les plus compliqués que puisse se proposer l'architecte

décorateur. Créer un ensemble harmonieux à la vue, éclairé par une

lumière artificielle, tantôt vive, tantôt ménagée; éviter les contrastes

désagréables avec les décors du théâtre et les costumes des acteurs;

faire ressortir la toilette des femmes et les peintures du plafond ou du

rideau, telles sont les conditions à remplir. Le fond des loges ne devra

jamais être rose ou lie de vin, car il donnerait à la peau un aspect

verdâtre; le vert pâle, au contraire, fera valoir les carnations rosées,

un fond rouge blanchira la peau; le rebord pourra être vert pour

s'harmoniser avec le rouge du fond.

Les uniformes militaires fournissent de nombreuses occasions de vérifier

les vues de M. Chevreul. L'on ne doit jamais oublier, dans l'assortiment

de leurs couleurs, les effets de contraste: le bleu et le jaune, le

rouge et le vert, le jaune et le vert, convenablement assortis, sont des

combinaisons heureuses et qui ont été adoptées instinctivement dans les

différentes armées de l'Europe.

Parmi les uniformes français, M. Chevreul critique celui des

cuirassiers, où le retroussis écarlate du 1er régiment, cramoisi du 2e

aurore du 3e et rose du 4e, vont mal avec le rouge garance du pantalon.

Ceux des hussards lui paraissent pécher tous en ce que le rouge du

pantalon ne s'harmonise pas par sa nuance avec la couleur du dolman.

Celui de l'artillerie est irréprochable.

Je ne sais si beaucoup de lectrices auront eu la patience de me suivre

dans cette analyse, mais celles qui auraient persévéré jusqu'à ce

paragraphe, l'achèveront certainement: il s'agit du l'assortiment des

couleurs pour leurs chapeaux, leurs robes et leurs bonnets. Oui,

mesdames, une femme qui s'habille mal viole non-seulement les règles du

goût, mais encore celles de la physique. Le goût exquis des Parisiennes

est une divination instinctive des phénomènes du contraste; toutes font

de la chromatologie (terrible mot!) sans le savoir. Avant que M.

Chevreul vint dévoiler ces lois, elles les mettaient en pratique, et en

étudiant la toilette d'une femme du monde, le savant professeur a pu

souvent jouir de la continuation de ses principes. Pourquoi entrerai-je

dans ces détails superflus? qu'apprendrai-je à ces savantes analystes

qu'elles ne sachent mieux que moi? Si nous étions dans la saison des

bals, je quitterais ma plume, j'irais dans un salon, et j'achèverais mon

article en rentrant. Mais j'ai promis une analyse, je la ferai en

tremblant, car je parle à des juges trop compétents pour n'être pas

sévères.

La couleur des cheveux blonds étant le résultat d'un mélange de rouge,

de jaune et de brun, il faut la considérer comme de l'orange très-pâle;

les yeux bleus forment avec ces cheveux une harmonie de contraste, et la

couleur de la peau une harmonie d'analogue; le bleu de ciel,

complémentaire de l'orange, sied, comme chacun sait, très-bien aux

blondes.

Chez les brunes, les harmonies du contraste remportent sur les harmonies

d'analogue. La couleur des cheveux, des sourcils et des yeux contrastent

avec la blancheur de la peau, et leurs lèvres, plus vermeilles que

celles des blondes, font paraître les cheveux et les sourcils encore

plus foncés. Le jaune et l'orange, en mêlant aux cheveux des teintes de

violet et de bleuâtre, produisent le meilleur effet.

Les tissus en contact avec la carnation devront varier suivant que la

peau est blanche ou rose. Dans le premier cas, on emploiera le vert

tendre; dans le second, le rose séparé de la peau par une ruche de

tulle. Quand la peau a une teinte orangée, le jaune lui prêtera une

teinte rose en neutralisant le jaune, et c'est encore une raison

pourquoi le jaune sied bien aux brunes. Le violet est une des couleurs

les moins favorables à la peau; il donne du jaune verdâtre aux peaux

blanches, augmente la teinte jaune des peaux orangées, et s'il y a du

bleu dans la carnation, il le verdit. L'orange bleuit les peaux

blanches, blanchit les peaux orangées et verdit celles qui ont une

couleur jaunâtre. Le blanc élève le ton de toutes les couleurs, va bien

aux peaux rosées, mal à toutes les autres; le tulle, la mousseline font

plutôt l'effet du gris, parce qu'elles laissent passer la lumière outre

leurs mailles. Le noir blanchit la peau qui lui est contiguë, mais par

cela même, il fait paraître celles qui sont plus éloignées rouges ou

jaunes, pour peu qu'elles aient quelques nuances de ces couleurs.

Quand on discute la couleur d'un chapeau, il faut non-seulement avoir

égard aux couleurs juxtaposées, mais encore aux couleurs reflétées par

le chapeau. Ainsi un chapeau rose reflète du rose sur la figure, ce rose

engendre des teintes verdâtres; heureusement les couleurs reflétées ont

moins d'influence que les femmes ne le croient généralement, car leur

effet n'est guère sensible que sur les tempes, et fort inférieur à celui

du contraste avec les cheveux ou les carnations auxquelles le chapeau

est juxtaposé. M. Chevreul s'en est assuré par des expériences directes.

Aux blondes conviennent des chapeaux noirs avec des plumes blanches ou

de fleurs roses; bleus clairs avec des fleurs jaunes ou orangées; verts

avec des fleurs roses. Les brunes préféreront un chapeau noir avec des

accessoires blancs, roses, oranges ou jaunes; rose, rouge ou cerise,

avec des fleurs blanches entourées de feuilles; jaune avec du violet ou

du bleu.

Qu'ajouterai-je après avoir analysé cet important chapitre si propre à

réhabiliter la physique dans l'esprit des dames, où elle se liait

ordinairement avec des idées de tubes de cuivre, de ballons de verre, de

fioles pleines de mercure ou de machines à vapeur toujours prêtes à

éclater.

J'engagerai les horticulteurs à méditer les préceptes de M. Chevreul sur

l'art d'assortir les fleurs des parterres, les massifs de verdure de

même nuance ou de nuances variées. Les artistes liront avec fruit les

considérations sur le jugement des divers objets dont la perception nous

arrive par le sens de la vue, et le philosophe méditera le dernier

chapitre, où l'auteur examine si les autres sens sont soumis au

contraste, et où il jette en quelques pages une vive lumière sur

quelques phénomènes de l'entendement qui ont de l'analogie avec ceux qui

font le sujet de son ouvrage.

L'Illustration, No. 0072, 11 Juillet 1844 · 第 11 / 13 题