1842, 940 id.
1833, 992 id.
Ici, la proportion est meilleure pour le pavillon national. Sur 11,585
navires qui se sont partagé les transports par mer, l'étranger ne compte
que pour 6,260. Mais il n'en demeure pas moins vrai que, sur l,230,756
tonneaux de produits exportés en 1843, nous n'en transportons pas même
la moitié (565,282).
Le 24 avril un combat a eu lieu près de Montevidéo. Dans cette affaire,
Oribe a perdu 800 hommes et les Montevidéens ont en 200 des leurs tués
ou blessés. Parmi les morts malheureusement se trouvent 40 braves de la
légion française, qui sont tombés dans une embuscade et ont été
impitoyablement massacrés. Le général commandait les Montevidéens dans
cette affaire très-sérieuse, à laquelle une légion formée d'italiens a
pris une glorieuse part. Mais un fait non moins digne d'attention, c'est
le déchirement qui vient de s'opérer entre M. l'amiral Lainé et M. le
consul Bichon, dont la conduite dans toute cette affaire a été si peu
digne de la nation qu'il représentait. Après que la légion française,
pour obtempérer aux injonctions de l'amiral, eut quitté notre cocarde et
se fut placée sous les couleurs montevidéennes, M. l'amiral Lainé se
déclara officiellement satisfait. Mais le lendemain 14, il transmit la
demande faite par M. Pichon d'être réintégré dans ses fonctions; le
gouvernement montevidéen s'y refusa, et de dépit M. Bichon s'est retiré
avec sa famille à Buenos-Ayres, auprès de Rosas, d'où il s'amuse à
lancer des pamphlets contre les Français, les Montevidéens et les
amiraux qui se sont succédé à la Plata et desquels il avait toujours et
vainement sollicité le bombardement de Montevidéo. C'était l'idée fixe
de ce diplomate.
Il nous faudrait beaucoup plus de place qu'il ne nous en reste à remplir
pour donner avec quelques détails les faits intérieurs ou extérieurs qui
ont mérité d'occuper l'attention publique cette semaine. Mentionnons les
donc rapidement, sans développement, sans préambule, sans transition.
M. Charles Laffitte a été réélu pour la quatrième fois au collège de
Louviers. Il avait eu le bon esprit, cette fois, de retirer
préalablement sa soumission. Le conseil lui en avait été donné beaucoup
plus tôt, mais il avait écouté M. Liavières; aujourd'hui il a été mieux
inspiré. Jamais sa position n'avait été meilleure, car il sera reçu
député, et, si l'amendement de M. Crémieux est réintroduit dans la loi
du chemin de Bordeaux, il sera débarrassé de la condition que Louviers y
avait mise.
Cinq voyageurs dépendant de notre établissement du Sénégal ont remonté
le fleuve de ce nom, remorqués par bateau à vapeur jusqu'à Bakel,
capitale du royaume de Galam, situé sur le fleuve, à cent myriamètres de
Saint-Louis. Ce trajet leur avait demandé dix-sept jours. Au-dessus de
Bakel, une rivière qui vient du sud se jette dans le Sénégal; elle
s'appelle Falémé. Sur la rive droite de la Falémé mais en la remontant,
est le royaume de Bambouck; sur la rive gauche, le royaume de Bondou. Il
ont visité l'un et l'autre. Le Bambouck est fameux par ses mines d'or,
qu'ils étudièrent et où ils firent des expériences, qui étaient le
principal but de leurs voyages. Les obstacles que nos courageux
compatriotes ont eu à surmonter sont innombrables. Cette expédition aura
d'utiles résultats. Le Bambouck compte soixante mille habitants. Le
lavage de l'or, dont est semé ce pays, est l'objet d'un commerce actif
de la part de ces peuplades et de leurs chefs. Indépendamment des
avantages que réserve l'avenir il ne pouvait pas être indifférent de
diriger vers nous le commerce du Bambouck, en présence surtout de la
concurrence que nous font les Anglais dans ces contrées.
Parmi les nouvelles apportées par la dernière malle de l'Inde, il s'en
trouvait une dont la gravité n'a pas été suffisamment appréciée. C'est
l'état de rébellion ouverte dans lequel se sont placés plusieurs
régiments natifs au service de compagnie des Indes. Les 1er, 34e, 64e et
69e régiments d'infanterie indigène et le 7e de cavalerie légère sont
ceux qui ont le plus vivement manifesté cet esprit d'insubordination. Le
64e notamment, qui en a donné le premier exemple, est montré tout
disposé à recommencer en arrivant à Sakkir sur l'Indus. La _Gazette de
Delhi_ nie le fait, il est vrai; mais d'autres journaux de l'Inde
discutent la probabilité d'une seconde rébellion. Le _Friend of India_,
journal dévoué au gouverneur général, lord Ellenborough, remarque qu'une
seconde révolte à cause du Scinde ferait autant de tort au gouverneur
actuel que le drame de Caboul en avait fait à lord Strickland. Mais il
soutient qu'un second éclat pareil n'aura pas lieu, et la raison qu'il
en donne est curieuse à noter: C'est, dit-il, parce que toute
disposition à la révolte qui pourrait se manifester de nouveau sur les
bords de l'Indus, sera calmée à l'amiable par des concessions qui
dépasseront celles que la notifications du gouvernement avait fait
connaître; si les troupes demandent l'argent de leurs rations, en vertu
des promesses qui leur ont été faites à Ferozepote, elles
l'obtiendront; en effet, le résultat d'une seconde révolte serait plus
funeste à la stabilité de l'empire que ne serait grand le dommage causé
au trésor par des allocations extraordinaires qui, pour une armée de
15,000 hommes, s'élèveront peu au delà de 7 lacs de roupies par an (un
million 550,000 fr.).
Après le Maroc, l'enquête à faire sur la violation du secret de lettres,
et le droit à cet égard du ministre de l'intérieur a beaucoup occupé les
deux Chambres anglaises. Le cabinet été obligé, chez les lords comme aux
communes, de laisser nommer une commission pour rechercher les abus
commis dans le Post-Office. Lord Radmor, qui a joué dans la chambre
haute le rôle qu'a rempli dans l'autre M. Duncombe, a fait une
déclaration que nous devons consigner ici: «M. Guizot, a-t-il dit, a été
interpellé ces jours derniers à la chambre des députés sur la question
du secret des lettres. La réponse qu'il a faite m'a causé le plus grand
plaisir. Le ministre a déclaré que le secret des lettres était respecté
en France, tant à l'égard des étrangers que des nationaux. Cette
déclaration fait honneur à la France. Chez nous, au contraire, on viole
le secret des lettres. N'est-ce pas une honte pour le pays, n'est-ce pas
là une ignoble pratique?»
La chambre des lords est constituée en cour de justice pour examiner le
pourvoi d'O'Connell et de ses codétenus. Pendant ce même temps, un
meeting monstre de douze mille spectateurs avait lieu à Covent-Garden,
et, ce même jour, la cité de Westminster se réunissait pour voter une
proclamation en faveur d'O'Connell. Une double pétition a été discutée
et arrêtée pour inviter le parlement à intervenir auprès de la reine à
l'effet de faire élargir O'Connell et ses frères martyrs.--L'illustre
prisonnier s'est refusé à se laisser porter candidat pour le poste de
lord-maire de Dublin, et un protestant modéré, M. Arabin, a été nommé à
son refus.
Une lettre d'Akanra (Nouvelle-Zélande), en date du 28 janvier dernier,
rapporte que la tribu des Mahouris a tué trente Anglais appartenant à la
colonie et a mangé ces malheureux.
--Nous avions été faire, dit une lettre, une partie de chasse dans
l'intérieur; nous y étions depuis huit jours, ignorant le conflit élevé
entre les Anglais et les Mahouris, lorsqu'un soir nous sommes arrivés
chez nne tribu amie des Terauparan ou Mahouris. Nous les avons trouvés
mangeant des débris humains; nous crûmes tous qu'ils mangeaient des
prisonniers ou esclaves de leur nation. Comme j'entends la langue des
Mahouris, je ne pus m'empêcher de leur témoigner mon indignation, en les
menaçant de les faire châtier par les hommes de la corvette. Ces
sauvages, effrayés, me dirent: «Ce ne sont point les hommes de Mahouri
que nous mangeons, ce sont des _yes, yes._» (C'est ainsi qu'ils
appellent les Anglais.) Ils me montrèrent alors les têtes des Anglais,
parmi lesquelles je reconnus le capitaine Wakefield, un des notables
habitants du port Nicholson, qui nous avait reçus chez lui lorsque nous
avions été faire des vivres dans cette ville. Je fus saisi d'horreur à
cet aspect. Mes compagnons me firent des reproches d'avoir risqué
d'irriter ces cannibales, car nous n'étions que cinq contre deux cents.
Mais ils nous rassurèrent en nous disant; «Oh! les _oui, oui_ (c'est
ainsi qu'ils nous appellent), sont bons, mais les _yes, yes_ sont
méchants.» Alors ils nous racontèrent pourquoi ils avaient tué les
Anglais; que c'était parce qu'ils avaient voulu s'établir dans une baie
qu'ils n'avaient pas achetée, et que d'ailleurs ils ne voulaient plus
vendre de terre aux Anglais. Nous nous retirâmes alors le coeur soulevé
d'horreur et de dégoût.»
--Nous attendrons, pour enregistrer les démissions ministérielles en
Espagne, qu'elles aient été officiellement acceptées et que la lutte où
le générai Narvaez se distingue, dit-on, par un esprit tout nouveau de
constitutionalisme, compte enfin des vainqueurs et des vaincus. Alors
sans doute nous cil connaîtrons mieux les bulletins.
--Les feuilles italiennes présentent toujours comme ayant échoué la
tentative des fils de l'amiral Bandiera.--Cependant leur nom n'a pas
figuré parmi ceux des rebelles arrêtés.
--En Grèce, le général Grivas, chef de partisans, s'est réfugié à bord
du bâtiment français _le Papin_, dont le capitaine lui a donné asile. On
l'a fait passer à bord de la _Diligente_, autre bâtiment français qui
doit le déposer en lieu sûr. Les ministres se sont adressés à M.
Piscatory, notre ambassadeur, qui a hautement approuvé la conduite du
commandant du _Papin_. «Nous voulons, a-t-il répondu, aider la Grèce de
tout notre pouvoir, mais jamais aux dépens de la dignité de notre
pavillon.»
--_Le Moniteur_ vient de publier une circulaire par laquelle M. le garde
des sceaux se propose d'empêcher le retour du scandale qu'ont donné les
avides et élégantes spectatrices des débats de l'assassinat de Pontoise.
Les émotions de la cour d'assises ou du moins ses places réservées
seront désormais interdites à _la plus belle moitié du genre humain_.
(Voir la page 308 de ce numéro.) Il peut leur rester encore l'espoir de
la police correctionnelle, car la circulaire ne parle que des
inconvénients qu'un encombrement semblable peut avoir pour l'attention
du jury.