Histoire de la Semaine. _Le Conseil de l'Ordre des Avocats devant la
cour royale_.--Courrier de Paris. _Mademoiselle Rachel dans Phèdre et le
Dépit Amoureux; les Ménestrels de la Virginie; la plus belle moitié du
genre humain à la Cour d'Assises_.--Un voyage au long cours à travers la
France et la Navarre, par A. Aubert. Chap. VI et VII. _Neuf gravures,
par Bertall._--Romanciers contemporains. Eugène Sue.--Revue comique de
l'exposition de l'Industrie. _Dix-huit gravures, par Cham_.--Une soirée
à Saint-Pétersbourg. _Statue de la Néva_.--Colonie de Saint Thomas de
Guatemala.--Les Forçats. (Deuxième article.) _Sept gravures, d'après les
dessins de M. Letuaire, de Toulon_.--Bulletin bibliographique.--Incendie
de la Djeninah à Alger. _Une gravure_.--Caricature par
Seigneurgens.--Correspondances. Rébus.
Histoire de la Semaine.
[Illustration: Le Conseil de L'Ordre des Avocats devant la Cour royale
de Paris, Chambres réunies, audience du 6 juillet 1844]
Nous nous garderons bien d'aller contre le voeu de la loi en rendant
compte de la séance secrète dans laquelle la cour royale, toutes
chambres réunies, a fait comparaître devant elle, lundi dernier, le
bâtonnier et les vingt membres composant le conseil de l'ordre des
avocats. Nous ne nous aviserons pas d'imiter tous les journaux, qui ont
l'indiscrétion d'apprendre à leurs lecteurs que la cour, présidée par M.
Séguier, était au grand complet; que M. le procureur général, entouré de
tous les membres de son parquet, occupait le siège du ministère public;
qu'on est entré en séance à une heure; que M. Hébert a donné ses
conclusions contre le conseil à l'occasion de la lettre écrite par
celui-ci à M. le premier président et de sa résolution à l'égard de la
première chambre, et que le bâtonnier de l'ordre, M. Chaix-d'Est-Ange, a
répondu par une défense rédigée en commun; que la cour est entée à deux
heures moins un quart en délibération, et que ce n'est qu'à six heures
qu'elle a donné lecture d'un arrêt qui ordonne la suppression de la
lettre du conseil et prononce contre lui la peine disciplinaire de
l'avertissement. Mais la loi n'interdisant pas de reproduire la
physionomie d'une audience secrète, les artistes de l'_Illustration_
peuvent donc user d'un privilège que le législateur, par oubli sans
doute, a constitué au crayon. Nos abonnés profiteront de cette
distraction, et seront peut-être portés à penser que le silence de nos
lois sur la presse est plus libéral que leurs prescriptions. Ce qu'il
nous est permis de dire, parce que ces résolutions sont postérieures au
huis clos, c'est que les membres du conseil ont été unanimes à penser et
à décider que, malgré les termes favorables d'un des considérants, où le
loyal concours que le barreau prête à la justice est reconnu, leur
situation, contre laquelle ils avaient protesté, était aggravée encore
par la peine disciplinaire qui venait de leur être infligée; que ce qui
n'était auparavant qu'un conflit avec M. le premier président semblait
en devenir un avec la cour tout entière, alors que, par le prononcé
d'une peine, elle sanctionnait les procédés contre lesquels le conseil
avait cru avoir le droit de réclamer; que la conséquence logique devrait
être pour les membres de l'ordre, de s'abstenir de plaider devant toutes
les chambres de la cour; mais qu'il était plus convenable de maintenir
la détermination première, c'est-à-dire l'abstention de paraître devant
la chambre présidée par M. Séguier, et de se pourvoir en cassation
contre l'arrêt de la cour. Ces résolutions ont été prises à l'unanimité,
et le conseil, pour les faire sanctionner par l'ordre tout entier, vient
de donner sa démission et de se soumettre à une réélection à laquelle il
sera procédé samedi 13. On se demandait, il y a huit jours, comment cela
finira t-il? Aujourd'hui, on se demande si cela finira.
C'est aussi la question que les députés impatients s'adressent en voyant
la session se prolonger indéfiniment. Les ministres ne seraient pas
moins désireux de venir lire l'ordonnance de clôture; néanmoins ils
paraissent appelés à monter plus d'une fois encore à la tribune avant
d'y faire entendre cet _ite missa est_ parlementaire. Les succès leur
deviennent rares, et la fin de la tâche est pour eux laborieuse. M. le
ministre de la guerre a, cette semaine, éprouvé le premier échec. La
chambre des pairs, cédant à son désir, avait rétabli à huit années la
durée un service militaire, ainsi fixée par le projet primitif de la
nouvelle loi sur le recrutement mais réduite à sept ans par la chambre
des députés lors de la précédente discussion qui a eu lieu cette année
au palais Bourbon. Le projet y étant rapporté de nouveau, un nouvel
amendement a été présenté pour que la Chambre maintînt son premier
chiffre, et ne rendît pas obligatoire pendant un plus long temps, et
sans profit pour la constitution d'une réserve sérieuse à laquelle on ne
veut pas songer, ce service qu'on a appelé l'_impôt du sang_. A ces mots
M. Dupin l'aîné a paru pris d'une animation très-grande. Il a combattu
vivement cette expression d'un défenseur de l'amendement; en revanche il
a soutenu vivement l'amendement lui-même; enfin il a fait une pointe
jusqu'il Versailles, et a trouvé moyen d'exalter la liste civile pour
l'emploi national et bien entendu de ses revenus, comme, quelques jours
auparavant, il l'avait malmenée pour l'insistance et l'âpreté de ses
réclamations pécuniaires. On n'est jamais sûr, sans doute, avant le
départ, de se rencontrer avec M. Dupin; mais quand on sait qu'il est
allé par la rive gauche, on peut être certain qu'il reviendra par la
rive droite. L'amendement et le terme de sept ans ont été adoptés malgré
les efforts du ministre, dont l'autorité sur la Chambre avait faibli
dans cette question, par suite des opinions contraires qu'il a émises à
différentes fois, en invoquant toujours une expérience que personne ne
conteste, mais devant laquelle on s'incline plus volontiers quand elle
se montre conséquente avec elle-même.
M. le ministre des finances, dont le but était de faire prendre patience
à la Chambre sur la question de la conversion de la rente, sans engager
le cabinet, n'a pas su conjurer un vote qui, en bonne logique
financière, peut être regardé comme les prémisses dont la réduction du 5
pour cent est la conséquence. L'intérêt payé par l'État aux dépositaires
de cautionnements était jusqu'ici de 4 pour cent. Sur la proposition de
M. Havin, et malgré tous les efforts de M. Lacave-Laplagne, il sera
réduit, à partir du 1er janvier prochain, à 3 pour 100. Puisque c'est là
la valeur véritable que la Chambre assigne à la location de l'argent,
elle ne peut longtemps encore allouer 3 pour 100 aux rentiers. C'est, du
reste, une impatience que ne partage pas le ministre, car, avant
l'adoption de la mesure proposée par M. Havin, il avait répondu à une
interpellation de M. de Saint-Priest sur la conversion, qu'il en
reconnaissait le droit et les avantages, mais qu'il ne pouvait prendre
aucun engagement pour l'exécuter, ni préciser l'époque à laquelle elle
serait opportune. C'est, depuis 1836, le langage qui se tient, la
déclaration qui se renouvelle chaque année; mais on comprendra bientôt
que cela ne fait pas avancer la question d'un pas, et que celle-ci veut
être enfin résolue.
M. le ministre de la justice et des cultes a eu aussi ses luttes à
soutenir. Une réintégration, au moins prématurée, d'un chef de parquet,
que l'on s'était vu forcé de destituer par suite de la part scandaleuse
qu'il avait prise à des menées électorales mises en lumière par la
commission de la chambre des députés, a, dès l'ouverture de la
discussion sur le budget de ce double département ministériel, amené un
débat très-vif. Il n'y avait pas là de vote possible, et comme les
propositions financières du ministre étaient la reproduction de celles
de l'an dernier, la mauvaise humeur de la Chambre n'avait pas matière à
s'exercer. Cependant, dans un tout petit coin du budget des cultes, M.
Martin (du Nord) proposait de modifier une disposition de la loi
organique de l'an X, et d'accorder à M. l'archevêque de Paris quatre
vicaires généraux au lieu de trois. Cette création était motivée en
partie sur l'accroissement d'occupation que nécessite l'examen des
livres nouveaux. MM. Dufaure, Dupin aîné et Isambert ont combattu
successivement la proposition. On a dit que c'était tout simplement la
censure ecclésiastique que l'on arrivait à sanctionner ainsi, et que
pour modifier la loi qui a donné force et vigueur au concordat, ce n'est
point un article inaperçu de budget qu'il faut, mais, si la nécessité en
est reconnue, une loi ostensiblement présentée, examinée, rapportée et
discutée. La proposition ministérielle a été repoussée.
M. le ministre des affaires étrangères a eu son tour. Le ton de
discussion de la presse et même des tribunes anglaises, à l'occasion de
notre affaire du Maroc; les espèces de menaces qu'on à lait entendre
contre la sécurité de nos possessions d'Afrique; les interpellations
annoncées à la chambre des communes, par M. Sheil, sur la question de
savoir si le consul d'Angleterre en Algérie exerce ses fondions en vertu
d'un _exequatur_ du gouvernement français, ou en vertu d'une
autorisation du gouvernement précédent, et sur la situation des
relations de l'Angleterre avec la France en ce qui concerne l'Algérie;
tout donnait un à-propos nouveau à une question qui n'est cependant pas
nouvelle, celle précisément que M. Sheil posait de son côté, M. Crémieux
a reproduit à M. Guizot l'interrogation des précédentes années.
Pourquoi, alors que tous les consuls et vice-consuls des puissances
étrangères en Algérie ont demandé depuis 1830, l'exequatur de la France,
l'Angleterre seule s'en est-elle cru dispensée? M. Guizot a pensé sortir
de la difficulté en reproduisant la réponse qu'il avait faite les années
précédentes, à savoir, que l'_exequatur_ une fois donné à un agent lui
sert pendant tout son exercice et malgré tous les changements de
gouvernement qui peuvent survenir; que le consul anglais à Alger s'y
trouvant depuis plus de quatorze ans, il n'avait pas eu d'_exequatur_
nouveau à solliciter après la chute du dey. Mais M. Crémieux, qui
s'attendait à cette réponse stéréotypée, et qui avait échelonné ses
moyens d'attaque, a fait observer à M. Guizot qu'en admettant qu'on dût
se contenter de cette explication pour le consul général d'Alger, il
resterait à expliquer comment les vice-consuls anglais de Bone, d'Oran,
de Bougie se trouvent également tous sans _exequatur_, et comment
notamment il se fait que dans cette dernière ville, où un même
personnage est tout à la fois vice-consul de Sardaigne, de Toscane et
d'Angleterre, cet agent ait demandé et obtenu l'_exequatur_ du
gouvernement comme représentant de la Sardaigne et de la Toscane
seulement? M. Guizot laissait voir l'embarras le plus mal dissimulé et
la crainte de se mettre en contradiction trop ouverte avec ce qu'il se
disait, sur le même sujet, peut-être au même moment, de l'autre côté de
la Manche, quand M. Fulchiron s'est montré à la tribune, et un mouvement
d'hilarité a distrait la chambre et laissé respirer le ministre.
Les projets de lois à discuter entre les deux budgets s'amoncellent. M.
le ministre des travaux publics avait présenté un projet pour
l'établissement d'un chemin de fer de Paris à Sceaux, partant de la
barrière d'Enfer, suivant le système de M. Arnoux, lequel, on le sait, a
déjà été expérimenté, sur une très-petite échelle, à Saint-Mandé, et
admet les courbes d'un rayon très-réduit, sans crainte de déraillement.
M. Dumon vient d'apporter une proposition nouvelle à la Chambre pour
essayer également le système atmosphérique. On ne lui fera pas attendre
le vote de ces deux lois et l'ouverture de ces deux crédits; ce sera
ensuite à lui à mettre son activité à faire procéder le plus tôt
possible à cette double expérience qui peut opérer une révolution dans
le système des chemins à établir et apporter une économie énorme dans
leur confection.
On se rappelle la proposition relative à l'abolition du timbre des
journaux déposée il y a plusieurs mois par M. Chapuys-Montlaville. La
commission qui avait été chargée, de son examen vient de terminer ses
travaux et de nommer son rapporteur. La majorité a repoussé tout à la
fois deux mesures présentées comme connexes; l'abolition du droit du
timbre réclamée par M. Chapuys-Montlaville, et la fixation d'un droit à
percevoir sur les annonces. Elle s'est bornée à proposer d'uniformiser
le timbre des journaux qui est aujourd'hui, selon le format, de quatre
centimes pour la plupart des feuilles de département et pour le
_Charivari_, par exemple, de cinq centimes pour le _Siècle, le
Constitutionnel, la Presse_ et autres, et enfin de six centimes pour le
_Journal des Débats_ et _la Gazette des Tribunaux_. Le timbre serait,
désormais uniformément fixé à quatre centimes, et il serait loisible aux
feuilles périodiques, selon les besoins de leur publicité, de s'en tenir
à un format réduit ou de recourir au plus étendu. La différence de
recettes causée par cette réduction est estimée devoir être
insignifiante pour le trésor.
La chambre des pairs, de son côté, poursuit activement ses travaux.
Elle a entendu le rapport fait par M Mérillion sur le projet de loi
relatif à l'état de l'esclavage dans les colonies. La lecture de ce
travail n'a pas duré moins de deux heures.--Elle a voté le chemin de fer
d'Orléans à Bordeaux, en retranchant toutefois, sûr les observations de
M. le comte Molé, assez dures pour le ministère, le fameux article 7 que
M. Crémieux y avait fait inscrire. Quel parti va prendre la chambre des
députés, à laquelle le projet ainsi amendé vient d'être
rapporté?--Enfin, la chambre des pairs, s'émouvant comme celle des
députés et comme le pays, du ton et du langage des organes de la
Grande-Bretagne à l'occasion du Maroc, avait résolu d'adresser, lundi
dernier, des interpellations au ministre des affaires étrangères. La
discussion du budget de son département dans l'autre enceinte
législative a forcé M. Guizot de prier la Chambre d'ajourner au mercredi
cette conversation, qui se tient au moment même où nous écrivons.
Nous disions, il y a quinze jours, qu'on semblait vouloir nous imposer,
si nous faisions une pointe dans les États de l'empereur de Maroc,
l'obligation de nous borner à toucher barre et à nous retirer aussitôt.
La réalisation de cette prédiction ne s'est pas fait attendre. Des
dépêches télégraphiques, de M. le maréchal Bugeaud, ont informé M. le
ministre de la guerre que, le 19 nos troupes étaient entrées sans coup
férir dans les murs d'Oneida, et que le 21 elles en étaient ressorties
pour prendre la route quelles avaient suivie en sens contraire
quarante-huit heures auparavant, 100 hommes seulement avaient été
distraits de la colonne pour aller à Djeninah, point sur la côte distant
d'Oran de trente-cinq lieues, situé à quatre lieues de Nedroma et à
douze de Tlemcen, dont il serait devenu le port, si, à la suite de cette
pointe, on n'eût reconnu qu'il n'offrait aucune sûreté pour les navires.
Pendant ces toutes petites promenades exécutées l'arme au bras,
Abd-el-Kader et les siens, bien armés de fusils anglais, passent entre
nos colonnes, font des razzias sur le territoire de la régence d'Alger,
et y lèvent des contributions forcées; dans le même temps, le général
marocain qui nous a si inopinément et si brutalement attaqués nous écrit
qu'il n'a pas la permission de faire la guerre, mais il se montre encore
moins autorisé à faire sa paix avec nous; pendant ce temps, enfin, M. le
prince de Joinville a paru en vue de la côte d'Oran, et sa présence a
électrisé nos marins et nos soldats. A coup sûr, ils ne seraient pas
moins animés si l'on mettait à l'ordre du jour de notre brave année les
insolents discours qui se prononcent à cette occasion dans le parlement
anglais. Les questions de lord Palmerston, la déclaration à la chambre
des lords du comte de Minto qu'il a vu avec inquiétude, le commandement
des forces navales françaises donné au prince de Joinville;
l'énumération des forces considérables envoyées, dit le _Morning Post_,
«pour stationner sur la côte d'Afrique et _surveiller_ la flotte
française sous le commandement de M. le prince de Joinville;» tout cela
est triste et irritant, et il est fâcheux que M. le ministre des affaires
étrangères ait cru devoir faire à la tribune de notre chambre des
députés un éloge de la prudence du jeune amiral d'un ton qui ressemblait
à une leçon à l'adresse de celui-ci et une satisfaction à ses censeurs
de l'autre côté de la Manche.--Lord Minto, que nous nommions tout à
l'heure, en posant quelques questions assez pressantes à lord Aberdeen,
s'est attiré de lord Londonderry une réponse que nous devons rapporter:
«En bonne justice, a dit Sa Seigneurie, la Chambre reconnaîtra que le
pays doit beaucoup à la sage politique du comte Aberdeen, qui a su
diriger habilement nos affaires dans un moment de crise très difficile
pour nos relations avec la France, et l'on ne saurait avoir oublié
comment il a réglé la question du droit de visite.» La question du droit
de visite est donc à la fin réglée? Eh! que ne nous le disait-on? Et
comment l'est-elle, s'il n'est pas trop indiscret de le demander?
On se préoccupe fort, on le comprend, à Alger, de ce qui se passe; ou,
pour être plus exact, de ce qui ne se passe pas sur la frontière du
Maroc. Toutefois, le mois dernier, une prédiction rapportée tout
récemment de la Mecque avait donné à la population indigène une assez
forte distraction, en lui persuadant qu'une ville musulmane allait être
engloutie par les eaux. Ce ne pouvait être qu'Alger; mais on pouvait se
préserver en priant pendant trois jours et en égorgeant un mouton dans
chaque famille. En général, les Maures, qui se laissent un peu gagner
par l'esprit d'examen depuis la conquête, se sont dispensés du
préservatif; mais les nègres n'ont pas imité cette indifférence, et le
mercredi, 19 juin, ils se sont rendus à la qoubbah de Ciddi-Bellal (leur
marabout spécial), auprès du quartier d'Hussein-Dey. Là chaque
dar-el-djemaa (maison d'assemblée) ou réunion de chacune des six nations
du Soudan, avait ses représentants. Un boeuf a été immolé et mangé sur
place, «car il ne fallait pas, disaient les convives, qu'une seule
parcelle de la victime entrât à Alger, sans quoi les prières et les
sacrifices eussent été perdus.» Ils nous paraissent n'avoir réussi qu'à
faite changer l'inondation en incendie, car le 26 au soir, le feu a pris
dans la baraque d'un rôtisseur juif, près de la place Royale d'Alger et
s'est bientôt communiqué à des constructions en bois et à un bâtiment
servant de magasin de campement. (Voir la dernière page de ce numéro.)
Le _Moniteur_ vient de publier le tableau du mouvement commercial de
1843 comparé à celui des années 1842 et 1841. Les importations ont suivi
une marche constamment ascendante. Elles ont été:
En 1841, de 1,121 millions.
En 1842, de 1,142 id.
En 1843, de 1,187 id.
Ces chiffres embrassent les importations par terre et par mer. Sur un
mouvement de 16,411 navires, les nôtres figurent au nombre de 6,106; les
navires étrangers y entrent pour 10,305, c'est-à-dire pour près du
double. On voit que la condition faite à notre marine par de déplorables
traités de commerce ne s'améliore que bien difficilement. Sous le
rapport du tonnage, les étrangers ont sur nous un avantage plus marqué
encore. Ainsi, les 6,106 navires français n'ont transporté que 659,637
tonneaux, soit un peu plus de 1104 tonneaux par navire, tandis que
charnu des 10,305 navires étrangers qui sont venus dans nos ports
portait en moyenne plus de 133 tonneaux. Les exportations se sont un peu
relevées en 1843, sans pourtant atteindre encore le niveau de 1841.
Voici les chiffres: