Les mariages d'inclination, surtout ceux qui se font entre des personnes

de condition inégale et contre le gré des parents, offrent peu de

chances d'être heureux. Ils peuvent bien aller pendant quelques jours,

c'est-à-dire dans le temps fort court où la passion aveugle sous

laquelle ils ont été contractés conserve toute sa force; mais à mesure

qu'elle s'affaiblit, les écailles tombent des yeux des époux, et chacun

aperçoit de tristes réalités, au lieu des séduisantes idéalités qu'il

s'était formées; la femme gémit de n'être pas reçue chez les parents de

son mari, et d'être privée par suite de la considération et de l'estime

qu'elle se croit en droit d'exiger d'eux; le mari se trouve déplacé dans

la famille de sa femme, et il lui reproche son peu de distinction. Le

mari supporte difficilement les observations d'une belle-mère acariâtre

et d'un beau-père intéressé; puis les défauts des conjoints, que la

passion avait voilés, apparaissent dans leur désolante nudité. Les

récriminations commencent de part et d'autre et deviennent plus amères

par la contradiction. Ils se font des reproches mutuels; les parents de

la femme prennent parti pour elle. Pour peu que l'aisance vienne à

disparaître du ménage la discorde est à son comble. On pourrait, en

présence de tous ces inconvénients, dire que rien n'est terrible dans le

mariage comme le paupérisme et le _beaupérisme_.

Les meilleurs mariages se font entre pareils.

Cette maxime est attribuée par les anciens tantôt à Pittacus, tantôt à

Cléobule, qui recommandaient tous deux de se marier selon sa condition.

Le dernier disait pour raison: «Si vous épousez une femme d'une

naissance plus relevée que la vôtre, vous aurez autant de maîtres

qu'elle aura de parents;» vérité dont la démonstration a été donnée dans

le _Dolopatos_, dans plusieurs fabliaux de nos trouvères, dans deux

contes de Boccace, et dans le _Georges Dandin_ de Molière.

Le poëte Eschyle admirait ce proverbe. Voici l'éloge qu'il en a fait

dans son _Prométhée enchaîné_, scène VI: «Qu'il était sage, qu'il était

sage, celui qui le premier conçut dans sa pensée, qui le premier fit

entendre cette maxime au monde: _C'est entre égaux qu'il faut s'allier!_

C'est là qu'est le bonheur. Jamais d'hymen entre le riche fastueux,

entre le noble fier de sa race et le pauvre artisan... L'hymen entre

égaux n'offre point de péril, et n'a rien qui m'épouvante.»

Les Hébreux disent qu'_il faut descendre un degré pour prendre une

femme, et en monter un pour faire un ami_, afin que celui-ci nous

protége et que l'autre nous obéisse.

Les mariages sont écrits dans le ciel.

Ce proverbe, dont la signification est que les mariages sont souvent

imprévus et semblent dépendre de la destinée plutôt que des calculs

humains, figurait dans notre vieux droit coutumier en ces termes

rapportés par Loisel: _Les mariages se font au ciel et se consomment sur

la terre._ Il avait été primitivement consigné dans un de ces

formulaires de pratique mis en rimes latines dans le huitième et le

neuvième siècle. C'est de là probablement qu'il est passé chez les

Allemands, les Italiens, les Espagnols et les Anglais, etc. Ces derniers

y ont fait une variante qui associe le nœud conjugal à celui qui serre

le cou d'un pendu: «_Marriage and hanging go by destiny._ Mariage et

pendaison vont au gré de la destinée.»

Je ne sais s'il est vrai que les mariages soient écrits dans le ciel,

mais il est sûr qu'il y en a beaucoup sur lesquels le diable a de bonnes

hypothèques.

On connaît ce mot d'une donzelle dépitée de voir les épouseurs échapper

à ses galanteries: «Vous verrez que si les mariages sont écrits dans le

ciel, le mien se trouvera au dernier feuillet.» Une autre, après la mort

de son père, qui avait toujours refusé de la marier, quoiqu'elle en eût

grande envie, s'écriait: «Dieu veuille que mon père ne voie point

là-haut le registre où mon mariage est inscrit! il serait capable de

déchirer la page.»

Année de noisettes, année de mariages.

Ou bien _année d'enfants_. Voici l'explication que j'ai donnée dans mes

_Études historiques, littéraires et morales sur les proverbes français

et sur le langage proverbial_.--Le fruit que la noisette renferme sous

une double enveloppe a été regardé comme l'image de l'enfant dans le

sein de sa mère, et l'on a conclu de cette similitude que les années

abondantes en noisettes devaient l'être aussi en mariages ou en enfants.

C'est de ce préjugé fort ancien, et non, comme on pourrait le croire,

des rendez-vous donnés sous la _coudrette_ ou la coudraie, qu'est né le

dicton usité parmi les gens de la campagne et rappelé par A.-A. Monteil

dans la phrase suivante de l'_Histoire des Français des divers États_

(seizième siècle): «Vous savez que c'est l'année des noisettes: tout le

monde se marie; sans plus attendre, mademoiselle, marions-nous.»

Il faut attribuer à la même cause l'usage antique de répandre des noix

aux cérémonies nuptiales, usage qui n'avait pas pour but de marquer,

ainsi qu'on l'a prétendu, que l'époux renonçait aux amusements futiles

et ne songeait plus qu'aux graves devoirs de son nouvel état, mais

d'exprimer un vœu pour la fécondité de l'épouse, car la noix présentait

le même symbole que la noisette. C'est ce que dit formellement Pline le

naturaliste, liv. XXV, chap. XXIV. Festus assure également, au mot

_Nuces_, que les noix étaient jetées, pendant les noces, en signe de bon

présage pour la mariée: _Ut novæ nuptæ intranti domum novi mariti

auspicium fiat secundum et solistimum._

Cela avait lieu au moyen âge comme dans l'antiquité. De plus, on

déposait alors auprès du lit nuptial une corbeille pleine de noisettes

qu'on avait fait bénir par un prêtre.

Il est resté quelque chose d'un tel usage dans ce qui se pratique aux

noces villageoises, où l'on a soin de placer sur la table en face des

mariés un plat de dragées, lesquelles ne sont, comme on sait, que des

noisettes ou des amandes dont l'enveloppe a été remplacée par une couche

de sucre glacé. C'est d'après une analogie du même genre qu'à l'occasion

du baptême des enfants on distribue des boîtes de dragées aux amies, et

qu'on jette des poignées de dragées à la foule des curieux. Il est

évident que ces dragées marquent dans le mariage un souhait pour qu'il

soit fécond, et, dans le baptême, une manifestation de la joie inspirée

par l'heureux accomplissement de ce souhait.

On jetait aussi, au moyen âge, des grains de blé, comme on le voit dans

plusieurs relations de cette époque, notamment dans le _Romancero_ du

Cid, dont la quatorzième romance décrit les réjouissances qui eurent

lieu aux noces du héros castillan. Voici de quelle manière naïve cette

romance s'exprime: «Tant il en est jeté par les fenêtres et les grilles,

que le roi en porte sur son bonnet qui est large des bords une grande

poignée. La modeste Chimène en reçoit mille grains dans sa gorgerette,

et le roi les retire à mesure.»

Plusieurs peuples de notre temps répandent encore des noix, des

noisettes, des amandes, des fruits à noyau et des grains, pendant la

cérémonie du mariage, comme emblèmes de la fécondité qui doit en

résulter. Le fait a lieu assez souvent en Russie et en Valachie, il est

également fréquent dans quelques villages de la Corse. Il se produit

chez les Israélites de plusieurs endroits de la France et de l'Allemagne

avec une circonstance digne de remarque: c'est que, dans le moment où

ils font pleuvoir du froment sur le couple conjugal, ils ne manquent pas

de prononcer en hébreu les paroles bibliques _croissez et multipliez_,

qui ne permettent pas de garder le moindre doute sur le sens qu'on doit

attacher à cette coutume symbolique.

Ma mère, qu'est-ce que se marier?--Ma fille, c'est filer, enfanter et

pleurer.

Ce proverbe dialogué, qui se trouve sous la même formule en Espagne et

en d'autres pays, nous est venu des Provençaux, à qui l'on peut, d'après

de grandes probabilités, en attribuer l'invention. Il exprime très-bien

les trois principaux résultats du mariage pour les pauvres femmes du

peuple; car ce sont elles surtout qui ont à souffrir les tribulations de

cet état. Voyez avec quelle dureté elles sont traitées dans toutes les

parties du monde.

Don Ulloa dit dans son _Mémoire sur la découverte de l'Amérique_: «Les

peuples de ce continent ont été peu attachés à leurs femmes, qu'ils

traitent encore comme des esclaves. Aussi ne le sentent-elles que trop.

Il y a même des nations chez lesquelles deux vieilles femmes

accompagnent la future épouse, le jour de son mariage, en pleurant

réellement, se lamentant et lui criant sans cesse: «Que vas-tu faire? tu

vas te précipiter dans le plus grand malheur;» c'est cet état

insupportable qui les décide souvent à étouffer leurs filles en naissant

pour les préserver d'être aussi malheureuses qu'elles. La fatigue que

les jeunes femmes ont à essuyer, grosses ou non, pour suivre leurs maris

à la chasse, à la pêche, préparer le manger et le boire, avoir soin des

enfants dont les pères ne s'occupent guère, et diverses autres

malheureuses circonstances font du mariage chez la plupart de ces

nations un supplice affreux.»

Leur sort n'est pas meilleur en Asie et en Afrique, où règne la loi de

Mahomet, qui est si dure pour elles. On sait à quelle triste captivité

elles y sont réduites sous le régime de la polygamie, et avec quelle

dureté elles sont traitées par leurs seigneurs et maîtres, pour lesquels

elles ne sont, en quelque sorte, que des animaux domestiques.

Ce n'est guère que dans l'Europe chrétienne qu'elles jouissent de la

liberté, et qu'elles sont regardées comme les compagnes de l'homme:

encore les priviléges que ce titre leur donne n'existent-ils réellement

que pour celles d'un certain rang.

Les trois situations que je viens d'indiquer ont été fort bien résumées

par Sénac de Meilhan dans cette phrase remarquable: «La femme, chez les

sauvages, est une bête de somme; en Orient, un meuble; en Europe, un

enfant gâté.»

Il est trop tôt pour se marier quand on est jeune, et trop tard quand on

est vieux.

Proverbe pris de la réponse que fit Thalès à sa mère Cléobuline qui le

pressait d'accepter un parti avantageux: «Ma mère, quand on est jeune,

il n'est pas temps de se marier; quand on est vieux, il est trop tard;

et un homme entre deux âges n'a pas assez de loisir pour se choisir une

épouse.»

Ce mot considéré comme plaisanterie est assez bon, mais pris au sérieux

il ne saurait être approuvé. Le célibat qu'il conseille produit des

résultats plus déplorables que le mariage. Si celui-ci a des

contrariétés et des ennuis, l'autre n'en manque pas, et de plus il est

livré à une foule de vices qui blessent les lois de la morale et minent

les fondements de la société. «A Dieu ne plaise, dit Montesquieu à ce

sujet, que je parle contre le célibat qu'a adopté la religion! Mais qui

pourrait se taire contre celui qu'a formé le libertinage, celui où les

deux sexes, se corrompant par les sentiments naturels mêmes, fuient une

union qui doit les rendre meilleurs pour vivre dans celle qui les rend

toujours pires?

«C'est une règle tirée de la nature que plus on diminue le nombre des

mariages qui pourraient se faire, plus on corrompt ceux qui sont faits;

moins il y a de gens mariés, moins il y a de fidélité dans les mariages,

comme lorsqu'il y a plus de voleurs il y a plus de vols.» (_Esprit des

lois_, liv. XXIII, ch. XXI, à la fin.)

Ajoutons qu'il est fort rare de rencontrer un célibataire devenu vieux

qui ne gémisse de son état. Il n'y a point pour lui de famille; il

achève ses tristes jours dans une sorte de séquestration, sous la garde

incommode de quelque collatéral avide ou de quelque servante-maîtresse

dont l'unique pensée est d'accaparer son héritage.

Le proverbe est très-bien réfuté par les observations qu'on vient de

lire. Il l'est de même par cette phrase du chancelier Bacon qui présente

une belle triade proverbiale: «A tout âge on a des raisons de se marier,

car _les femmes sont nos maîtresses dans la jeunesse, nos compagnes dans

l'âge mûr, et nos nourrices dans la vieillesse._»

Il ne faut se marier ni trop tôt ni trop tard.

Je citerai à propos de ce proverbe un passage curieux extrait du

commentaire plein d'érudition et d'élégance sur les œuvres de Coquillart

par M. Charles d'Héricault: «_Trop tost marié_ et _Trop tard marié_

étaient deux types des maris malheureux. Leurs infortunes furent

soigneusement racontées dans ce cycle de poésies contre la femme, qui

compose presque toute la littérature des derniers temps du moyen âge. Il

existe une pièce sur _Trop tost marié_, Gringoire a fait la complainte

de _Trop tard marié_, et l'on peut voir la résolution de _Ny trop tost

ny tard marié_ dans les _Anciens poëtes françoys_, tome III, page 129.»

Cette _résolution_ est une pièce de vers dans laquelle son auteur

anonyme énumère les malheurs des sots qui se sont trop pressés ou ont

trop différé de s'enrôler dans la grande confrérie matrimoniale, et

décrit les délices dont il s'enivre avec sa jeune compagne, qu'il a eu

l'esprit de prendre en temps opportun. Mais il ne dit point précisément

à quel âge il a contracté cette union. C'est probablement entre la

trentième et la trente-cinquième année, conformément à l'usage assez

généralement observé vers la fin du quatorzième siècle.

Platon, au livre VI de la _République_, avait prescrit de se marier dans

cet intervalle, qui se conciliait fort bien avec le précepte d'Hésiode:

«L'âge de trente ans convient pour l'union conjugale.» (_Jours et

Œuvres_, chap. II.) Mais Aristote, dans sa _Politique_, VII, XVI,

conseillait d'attendre jusqu'à trente-sept ans.

J.-J. Rousseau, dans son _Projet de constitution pour la Corse_, prive

du droit de cité tout homme qui n'est point marié à l'âge de quarante

ans révolus.

On trouve dans les _Conseils et Maximes_ de Panard, ce sixain qui

revient à notre proverbe:

L'époux, pour être gracieux,

Doit n'être trop vert ni trop vieux.

Belles, que tente l'hyménée,

Apprenez ces deux vers par cœur:

_Bois vert se consume en fumée,

Bois vieux ne fait plus de chaleur._

Qui va loin se marier

Sera trompé ou veut tromper.

La moralité à tirer de ce proverbe, dont la raison s'offre d'elle-même,

c'est qu'il est bon de se marier dans son pays avec une personne que

l'on connaisse bien. Si cela ne met pas tout à fait à l'abri des

mauvaises chances que présente le mariage, cela du moins peut les

diminuer beaucoup.

La recommandation de ne pas se marier loin remonte à une haute

antiquité. Elle se trouve rappelée par Hésiode dans le poëme des _Jours

et des Œuvres_.

Avant de te marier,

Aie maison pour habiter.

C'est-à-dire: Ne cherche pas à fonder une famille, si tu ne possèdes

point ce qui est nécessaire pour la loger et la nourrir.

Tel est le sens littéral de ce proverbe, qui contient en germe la

doctrine que Malthus et ses disciples ont développée dans un odieux

système, où ils ne tiennent pas le moindre compte de l'action

providentielle du bon Dieu, qui, certainement, n'a pas dit aux créatures

humaines: _Croissez et multipliez_, pour qu'elles fussent réduites à

mourir de faim par suite de leur multiplication.

S'il ne fallait se marier que lorsqu'on a pignon sur rue, la plupart des

hommes seraient obligés de vivre dans le célibat, et qui sait ce que

deviendrait la société avec de pareils citoyens?... Mais consultons

l'esprit plutôt que la lettre du proverbe, et nous y verrons un assez

bon conseil, dont l'expression a été probablement exagérée à dessein

pour faire mieux comprendre aux indigents qui aspirent à se mettre en

ménage combien le travail et l'économie leur sont indispensables. Il

serait déraisonnable et immoral s'il les engageait à renoncer au

mariage, qui leur convient encore mieux qu'aux riches. Cet état est dans

les vues de Dieu, dont la parole ne peut les tromper comme le calcul

hasardé des économistes, et ils ne doivent plus craindre de s'y engager,

s'ils ont la ferme résolution de remplir les obligations qu'il leur

impose. Ils ont droit, en ce cas, d'espérer, de compter même, qu'avec

l'aide de la Providence et une conduite sage et laborieuse ils ne

manqueront pas des moyens d'entretenir leur famille, si nombreuse

qu'elle soit. _Celui qui envoie les bouches envoie aussi les vivres_,

dit un proverbe qu'on voit presque toujours se vérifier par une

bénédiction spéciale du ciel. Les enfants sont la richesse du pauvre qui

vit honnêtement; ils attirent sur lui l'intérêt général, et, suivant une

sainte maxime, ils lui sont donnés comme un héritage du Seigneur et

comme une récompense: _Ecce hæreditas Domini, filii; merces, fructus

ventris._ (Psalm. CXXVI. 3.)

Il ne faut pas se marier si l'homme n'a de quoi dîner et la femme de

quoi souper.

C'est absolument l'idée du proverbe précédent que celui-ci reproduit

sous une forme différente. Ainsi les réflexions qui ont été faites sur

l'un sont tout à fait applicables à l'autre, et nous ne croyons pas

qu'il soit nécessaire d'y en ajouter de nouvelles pour démontrer que le

second ne doit pas plus que le premier être interprété conformément à

cette détestable doctrine malthusienne, qui voudrait interdire le

mariage aux pauvres afin d'en étouffer la race, et qui semble ne faire

consister le bien-être qu'elle promet que dans le résultat d'une action

dénaturée, c'est-à-dire dans l'augmentation des subsistances par la

diminution de l'espèce humaine.

Nous remarquerons seulement sur le dernier proverbe que, s'il était pris

à la lettre, il placerait dans une fâcheuse alternative deux personnes

qui n'auraient aucun bien et qui s'aimeraient; car elles seraient

condamnées à la misère en se mariant, et au malheur en ne se mariant

pas.

Il faut se marier en face de l'église.

Il faut que le mariage soit consacré par la religion. C'est une maxime

dans le développement de laquelle je n'ai pas l'intention d'entrer: je

veux seulement examiner quelle a été l'origine de l'expression _en face

l'église_, qui semble un peu étrange aujourd'hui, et démontrer qu'elle

est une de celles dont on ne saurait trouver la juste explication que

dans les usages de nos pères. On a prétendu à tort qu'elle désignait par

le mot _église_ l'autorité ecclésiastique. Elle n'emploie pas ce mot

dans un sens figuré, mais dans un sens matériel; elle prend l'église

pour le bâtiment sacré où les fidèles se rassemblent, et elle fait

allusion à l'ancienne coutume de célébrer devant la porte de ce bâtiment

la cérémonie du mariage qui se fait maintenant dans l'intérieur. C'est

de là très-certainement qu'elle est née, et elle date d'une époque fort

reculée. On la trouve au XXVIe chapitre du IIIe livre de Guillaume de

Newbridge, savant anglais qui écrivait en latin, il y a plus de six

cents ans. Voici le passage où cet auteur l'a consignée, en faisant

mention du mariage de Henri II, Plantagenet, avec Éléonore d'Aquitaine,

épouse divorcée du roi de France Louis VII, dit le Jeune: _Solutamque a

lege prioris viri in facie ecclesiæ, quadam illicita licentia, ille mox

suo accepit conjugio._

Dans un missel de 1555, à l'usage de l'église de Salisbury, on lit cette

recommandation: «_Statuantur vir et mulier ante ostium ecclesiæ, sive in

faciem ecclesiæ, coram Deo et sacerdote et populo._ Que l'homme et la

femme soient placés devant la porte de l'église ou EN FACE DE L'ÉGLISE,

en présence de Dieu, du prêtre et du peuple.»

On sait que le mariage de Henri de Béarn, depuis Henri IV, avec

Marguerite de Valois, sœur de Charles IX, eut lieu, le 18 avril 1572,

par le ministère du cardinal de Bourbon sur un brillant échafaud dressé

à la porte de l'église de Notre-Dame de Paris.

Ces faits et beaucoup d'autres semblables que je pourrais y joindre

prouvent qu'en France et en Angleterre on se mariait encore devant la

façade de l'église vers la fin du seizième siècle. Cependant il faut

observer que, dans la mauvaise saison et dans les jours pluvieux, on

faisait la cérémonie sous le porche, d'où l'on ne tarda pas à passer

dans la chapelle. Mais quels étaient donc les motifs qui avaient pu

faire adopter le mariage en plein air? Quelques auteurs pensent que cet

usage était un reste des mœurs païennes. Ils disent que plusieurs

peuples de l'antiquité, particulièrement les Étrusques, se mariaient

dans la rue devant la porte de la maison, où l'on entrait pour la

conclusion de la cérémonie.

A cette raison Selden en ajoute une autre dans son _Uxor hebraica_

(opera, t. III, pag. 680): c'est que la dot ne pouvait être légalement

assignée qu'en face de l'église.

Il ne faut pas se marier pour la première nuit de ses noces.

Il faut consulter la raison, les convenances et l'intérêt dans le choix

d'une épouse, et ne pas se marier uniquement pour satisfaire un fol

amour. Celui qui ne prend femme que dans la vue si spirituellement

indiquée par le proverbe se mécompte presque toujours, car l'amour passe

et la femme reste, sans conserver pour le mari cette beauté qui avait

exercé sur lui une irrésistible fascination.

Tout est fini ou bien près de finir pour l'amour sitôt que l'union de

deux cœurs devient celle de deux corps, et les charmantes illusions

qu'il faisait naître cèdent la place à de tristes réalités. C'est un

mirage fantastique après lequel on ne voit plus que les sables arides du

désert.

Bailler ou donner le chapelet à une fille.

C'est la marier. Le chapelet ou petit chapeau, auquel a succédé la

guirlande de fleurs d'oranger, était une couronne de romarin ou de myrte

qu'on mettait autrefois sur le front des jeunes filles dans la cérémonie

nuptiale, à l'imitation de la couronne de marjolaine que prenaient les

nouvelles mariées chez les Romains, comme on le voit dans ces deux vers

de l'épithalame de Julie et de Manlius par Catulle:

_Cinge tempora floribus

Suaveolentis amarari._

Ceins tes tempes des fleurs de l'odorante marjolaine.

Il y avait sans doute en cela une allégorie qui recommandait aux

épousées de conserver soigneusement l'honneur conjugal dont cette

couronne présentait l'emblème.

Prendre le collier de misère.

C'est se marier. Les nombreux éléments dont se compose cette misère

étant exposés en assez grand détail dans les proverbes qui précèdent ou

qui suivent, je me bornerai à joindre à celui-ci une anecdote orientale

propre à lui servir de commentaire.

Bahalul, que les saillies de son esprit firent surnommer Al-Mégoun,

c'est-à-dire le Fou, plaisait beaucoup au calife Haroun al-Raschid par

son humeur enjouée, ses reparties ingénieuses et ses traits vifs et

facétieux. Ce calife lui dit un jour: «Bahalul, pourquoi ne te maries-tu

pas? je veux te donner une épouse jeune, bien faite et riche. Elle te

procurera toutes les douceurs de la vie.» Bahalul, cédant à ces raisons

et plus encore à la volonté de son maître, consentit au mariage, et, les

noces s'étant faites, il entra avec sa femme dans la couche nuptiale.

Mais à peine y fut-il, qu'il entendit ou feignit d'entendre un grand

bruit dans le sein de sa compagne. Effrayé, il s'élance aussitôt du lit

et s'enfuit bien loin hors de la ville. Le calife, instruit de son

escapade, ordonne de le chercher: on le trouve et on le lui amène. Le

monarque le réprimande d'abord, et lui demande ensuite où est le mot

pour rire dans cette affaire. «Sublime commandeur des croyants, répond

Bahalul, vous m'aviez promis que je goûterais avec ma femme toutes les

douceurs de la vie. Cependant, à peine étais-je couché auprès d'elle,

que toutes mes espérances furent trompées. J'entendis un bruit alarmant

qui sortait de ses entrailles, il était formé d'une foule de voix qui

tour à tour me demandaient une chemise, un habit, un turban, des

souliers, du pain, du riz, de la viande, etc. Il y avait, en outre, des

cris, des pleurs, des rires de plusieurs enfants qui allaient, venaient,

folâtraient, se battaient, se plaignaient ou s'égayaient à qui mieux

mieux. Je fus si épouvanté de ce vacarme, que je laissai là ma femme

pour échapper aux malheurs dont sa fécondité me menaçait. Je n'aurais pu

rester avec elle sans devenir encore plus fou que je ne suis.»

Allumer la chandelle à quatre cornes.

Vieille expression proverbiale dont on se sert quelquefois encore en

certaines provinces et même à Paris, pour marquer le contentement d'un

père et d'une mère qui marient la dernière de leurs filles, après avoir

marié toutes les autres. Elle rappelle la coutume anciennement observée,

en pareil cas, de faire une espèce d'illumination de joie en allumant

toutes les mèches d'une grande lampe de famille, qui avait ordinairement

quatre cornes ou becs. Cette coutume était un reste des antiques

formalités du mariage, où l'on employait le feu comme élément

symbolique. Le recueil manuscrit des anciens statuts de Marseille

(_Statuta Massiliensia_, année 1274) nous apprend que, le jour des

noces, on avait soin d'entretenir des luminaires dans l'intérieur des

maisons. On peut voir, à ce sujet, l'_Histoire de Marseille_ par Fabre

(II, 204).

Proverbes sur les femmes, l'amitié, l'amour et le mariage · 第 20 / 25 段