Sont les plus grands ou des maux ou des biens.
Point de milieu, l'état du mariage
Est des humains le plus cher avantage,
Quand le rapport des esprits et des cœurs,
Des sentiments, des goûts, et des humeurs,
Serre les nœuds tissés par la nature,
Que l'amour forme et que l'honneur épure.
Dieu! quel plaisir d'aimer publiquement
Et de porter le nom de son amant!
Votre maison, vos gens, votre livrée,
Tout vous retrace une image adorée;
Et vos enfants, ces gages précieux,
Nés de l'amour, en sont de nouveaux nœuds.
Un tel hymen, une union si chère,
Si l'on en voit c'est le ciel sur la terre.
Mais tristement vendre par un contrat
Sa liberté, son nom et son état
Aux volontés d'un maître despotique,
Dont on devient le premier domestique:
Se quereller ou s'éviter, le jour
Sans joie à table, et la nuit sans amour:
Trembler toujours d'avoir une faiblesse;
Y succomber ou combattre sans cesse;
Tromper son maître ou vivre sans espoir
Dans les langueurs d'un importun devoir;
Gémir, sécher dans sa langueur profonde:
Un tel hymen est l'enfer de ce monde.
En mariage il y a fort lien.
Si fort que ceux qu'il lie en sont blessés et gémissent continuellement
de ne pouvoir le rompre.--Ce proverbe, qui se trouve parmi les
_proverbes galliques_ recueillis dans le quinzième siècle, est bien peu
saillant; mais ce qui lui manque sous ce rapport sera compensé par le
commentaire que je vais y joindre. Je le tire des paroles que don
Quichotte adresse à Sancho Pança. «La femme légitime n'est pas une
marchandise qu'on puisse, après l'achat, rendre, échanger ou céder.
C'est un accident inséparable qui dure ce que dure la vie; c'est un lien
qui, une fois qu'on se l'est mis autour du cou, se transforme en nœud
gordien, lequel ne peut plus se détacher, à moins d'être tranché par la
faux de la mort.» (_Don Quichotte_, part. II, ch. XIX.)
On sait que cette opinion du chevalier de la Manche était aussi celle de
son écuyer, qui l'exprimait à sa manière par ce joli mot proverbial:
_Pour peu qu'on soit marié, on l'est beaucoup._
Un proverbe anglais de James Howel dit d'une façon plus originale
encore: «_In marriage the toung tieth a knott that all the teeth in the
head cannot untie afterwards._ Dans le mariage la langue forme un nœud
que toutes les dents de la bouche ne peuvent jamais défaire.»
Un bon mariage se dresse (se fait) d'une femme aveugle avec un mari
sourd.
Je rapporte ce proverbe tel que Montaigne l'a cité dans un passage de
ses _Essais_, liv. III, ch. V, où il parle de la _tempeste de la femme_,
quand elle se livre aux emportements de la jalousie. On dit aujourd'hui:
_Pour faire un bon ménage, il faut que le mari soit sourd et la femme
aveugle_; ce qui peut se passer de commentaire, car il n'est personne
qui ne comprenne, sans qu'on le lui explique, combien la surdité d'un
mari et la cécité de sa femme seraient propres à empêcher les disputes
conjugales, qui viennent presque toujours de ce que la femme a la vue
trop perçante pour les désordres du mari, et le mari a l'oreille trop
sensible aux criailleries de la femme.
Puisqu'il est reconnu que la paix entre époux ne peut résulter que des
infirmités indiquées, ils ne sauraient mieux faire que d'acheter à ce
prix un si grand bien. Il n'est pas nécessaire, après tout, qu'ils
soient réellement affectés de ces infirmités, mais qu'ils se montrent
comme s'ils l'étaient, que l'un s'étoupe les oreilles et que l'autre se
mette un bandeau sur les yeux; en d'autres termes, qu'ils soient pleins
d'indulgence pour les défauts qu'ils ont à se reprocher. «Il n'y a de
bon ménage, écrivait La Fontaine à sa femme, que celui où les conjoints
se souffrent mutuellement leurs sottises.»
Mariage et pénitence ne font qu'un.
Ce dicton a donné lieu à l'épigramme suivante, dont il forme la pointe:
Malgré Rome et ses adhérents,
Ne comptons que six sacrements:
Croire qu'il en est davantage
C'est n'avoir pas le sens commun,
Car chacun sait que _mariage
Et pénitence ne font qu'un_.
Millevoye a reproduit cette vieille plaisanterie dans ce petit dialogue
qui lui donne une forme un peu plus piquante:
Damon disait à son épouse Hortense:
«Les sacrements sont objets d'importance;
Sais-tu leur nombre?--Oui, sept.--C'est trop commun,
Six.--Depuis quand?--Depuis que _pénitence
Et mariage_, hélas! _ne font plus qu'un_.»
Tout traité de mariage porte son testament.
Il y a presque toujours dans les contrats de mariage des clauses qui
sont stipulées dans la prévision où l'un des deux époux viendrait à
mourir, et qui règlent, comme des dispositions testamentaires, les
droits du survivant sur la succession. De là ce proverbe qui, détourné
de son vrai sens, s'emploie dans un sens critique contre le mariage,
dont on prétend faire un funèbre épouvantail.
On lit dans la _Veuve_, comédie de Pierre de Larivey, cette phrase qui
paraît avoir été proverbiale: «Fais ton compte que _la messe des
épousailles t'est une extrême-onction_.» (Acte I, sc. III.)
La même idée railleuse se retrouve dans plusieurs locutions, par exemple
dans celles-ci, qu'on applique à un nouveau marié: _C'est un homme
perdu_,--_un homme mort_,--_un homme enterré_.
Ces locutions figurées, qu'on pourrait croire d'un tour moderne, sont
peut-être renouvelées des Grecs. Elles ont du moins beaucoup d'analogie
avec cette saillie piquante d'Antiphane le Comique, rapportée par
Athénée: «Marié, lui!... Moi qui l'avais laissé si bien portant!»
Il n'y a si bon mariage que la corde ne rompe.
Proverbe fondé sur une disposition de notre vieille jurisprudence, qui
condamnait au supplice de la corde l'homme convaincu d'avoir séduit une
fille, bien qu'il eût ensuite réparé sa faute en se mariant avec elle,
du consentement de la famille à laquelle il l'avait ravie; car la
réparation ne désarmait pas toujours la loi. Ce proverbe n'est point
tombé en désuétude, malgré l'abrogation d'une loi si rigoureuse: les
mauvais plaisants l'ont conservé, en lui donnant une acceptation
nouvelle. Ils l'emploient quelquefois pour signifier que le meilleur
mariage est fort sujet à tourner à mal, et que la joie dont les nouveaux
époux s'enivrent finit par se changer en un violent désespoir qui les
porte à se pendre.
Le mariage est comme le figuier de Bagnolet, dont les premières figues
sont bonnes, mais dont les tardives ne valent rien.
Cette comparaison proverbiale a deux significations: la première,
généralement adoptée comme la plus naturelle, est que le mariage
commence bien et finit mal; la seconde est qu'il peut donner quelques
jours de bonheur aux jeunes gens, mais qu'il ne saurait produire que des
malheurs pour les vieillards. C'est ce que me paraît indiquer le passage
suivant de la comédie de la _Veuve_, par Pierre de Larivey, où Ambroise,
qui veut se marier, malgré son âge un peu avancé, dit: «J'ai toujours
vécu seul, sans compagnie, et par ainsi gardé mon suc en moi-même.» A
quoi Léonard répond: «Ce suc sera comme celui du _figuier de Bagnolet,
dont les premières figues sont bonnes, mais les tardives ne valent
rien_.» (Act. I, sc. III.)
En mariage trompe qui peut.
C'est-à-dire que les personnes qui peuvent tromper le font avec
impunité, car il n'y a pas de recours légal contre les tromperies et les
fraudes au moyen desquelles le mariage a été conclu. Ce proverbe est
rapporté dans les _Institutes coutumières_ de Loisel, dont les éditeurs
l'expliquent en ces termes: «Le dol commis à l'égard des biens, de
l'âge, de la qualité, de la profession ou de la dignité de ceux qui se
marient, n'annule pas l'union.»
Ainsi notre formule proverbiale est l'expression d'une loi qui donne
raison aux plus habiles dans ce grand combat de ruses entre les
prétendus et les prétendues qui cherchent à faire ensemble, aux dépens
de l'un et de l'autre, un de ces traités de mariage _dont la
dissimulation est le lien et l'intérêt le fondement_. Elle peut être
regardée comme une sorte de _væ victis_ prononcé contre les dupes. Nous
recommandons à ceux qui se marient de s'en souvenir, et à ceux qui sont
mariés de l'oublier.
Le mariage est comme une forteresse assiégée, ceux qui sont dehors
veulent y entrer, ceux qui sont dedans veulent en sortir.
Proverbe emprunté aux Arabes. Dufresny, dans une de ses comédies, en a
donné cette variante: «Le pays du mariage a cela de particulier, que les
étrangers ont envie de l'habiter, et que les naturels voudraient en être
exilés.»
Socrate disait: «Les jeunes gens cherchant à se marier ressemblent aux
poissons qui se jouent de la nasse du pêcheur. Tous se pressent pour y
entrer, tandis que les malheureux qui sont retenus font tous leurs
efforts pour en sortir.»
Montaigne fait une plaisanterie de cette sorte dans un endroit même de
ses _Essais_, où il cherche à rendre au mariage l'honneur qu'il mérite.
«Ce qu'il s'en veoid si peu de bons, dit-il, est signe de son prix et de
sa valeur. A le bien façonner et à le bien prendre, il n'est point de
plus belle piece en nostre société: nous ne nous en pouvons passer et
l'allons avilissant. Il en advient ce qui se veoid aux cages: les
oyseaux qui en sont dehors desesperent d'y entrer; et d'un pareil soing
en sortir, ceux qui sont au dedans.» (Liv. III, chap. V.)
Il y a beaucoup d'autres comparaisons dans lesquelles le mariage est
tourné en plaisanterie. Je ne citerai que la suivante: «Le mariage est
comme une armée composée d'une avant-garde, d'un corps de bataille et
d'une arrière-garde. A l'avant-garde se trouvent les amours, enfants
perdus qui périssent au premier choc; au corps de bataille est le
sacrement, dont la force résiste à toutes les attaques et tient bon
jusqu'à la fin; à l'arrière-garde sont les regrets et les dégoûts, qui
semblent se multiplier et devenir plus terribles, tant que l'action
reste engagée.»
Les quinze joies de mariage.
Cette expression ironique, par laquelle on désigne les contrariétés
inhérentes à l'état de mariage, sert de titre à un ouvrage anonyme qui
date du milieu du quinzième siècle, et qui est attribué à Antoine la
Sale, ingénieux écrivain à qui nous devons le _Petit Jehan de Saintré_.
Le livre des _Quinze Joyes de mariage_, ainsi nommé par une railleuse
antiphrase, offre l'analyse de toutes les déceptions et de toutes les
douleurs irrémédiables que peut produire l'union conjugale: la préface
en avertit en ces termes: «Celles _quinze joyes de mariage_ sont les
plus graves malheuretés qui soient sur terre, auxquelles nulles autres
peines, sans incision de membres, ne sont pareilles à continuer.»
Le mariage est le tombeau de l'amour.
«Au bout d'un certain temps, la beauté des femmes perd toute sa force à
l'égard de leur mari, telle étant la nature des choses qu'elles ne
touchent plus quand on y est accoutumé... Si la beauté fait les
conquêtes, ce n'est pas elle qui les conserve. Un mari, qui n'était
devenu amoureux que parce que sa maîtresse était belle, ne continue
point à être amoureux parce que sa femme continue à être belle. La
coutume le rend dur contre cette espèce de charme; il s'avance peu à peu
vers l'insensibilité. Les uns y arrivent plus tôt, les autres plus tard;
mais enfin on y arrive, et la tendresse qu'on peut conserver, et que
l'on conserve en effet assez souvent, se trouve fondée, non sur la
beauté, mais sur d'autres qualités. L'expérience fait voir que les maris
dont l'amitié est la plus longue et la plus ferme ne sont pas pour
l'ordinaire ceux qui ont de belles femmes.» (Bayle, art. _Junon_.)
On a dit que l'amour pouvait aller au delà du tombeau, mais on n'a
jamais dit qu'il pût aller au delà du mariage.
Euripide a dit, dans une de ses tragédies: «Le lit nuptial est funeste à
l'homme et à la femme.» Ce lit, en effet, est comme un bûcher funèbre où
leur amour se réduit bientôt en cendres.
On connaît ce distique proverbial:
De l'amour à l'hymen telle est la différence
Que le premier finit quand le second commence;
et cette pensée ingénieuse de Chamfort: «L'hymen vient après l'amour
comme la fumée après la flamme.»
Lord Byron a dit plus ingénieusement encore: «L'amour et le mariage
peuvent rarement se combiner, quoiqu'ils soient nés tous deux sous le
même climat; le mariage, de l'amour comme le vinaigre du vin, triste,
acide et froid breuvage que le temps aigrit, et dont il abaisse l'arome
à la saveur vulgaire d'une boisson de ménage.»
Le mariage est un enfer où le sacrement nous mène sans péché mortel.
C'est dire assez spirituellement que l'union conjugale est la
tribulation des justes mêmes.
«Un homme déclamait l'autre jour contre le mariage, et s'écriait: Voyez
ce que c'est que le mariage; songez que le bon Dieu a été obligé d'en
ôter le péché mortel. Il a donc mis en équilibre dans la balance l'enfer
et le mariage; encore l'enfer a paru plus léger.» (L'abbé Galiani.)
Cette comparaison entre l'enfer et le mariage a beaucoup plu aux
écrivains de la fin du moyen âge, qui se sont ingéniés à le reproduire
sous des formes diverses dans une foule d'épigrammes plus ou moins
plaisantes. En voici une d'Owen fondée sur ce que, en latin, le mot
_uxor_ (épouse), où la lettre _x_ est, comme on sait, l'équivalent des
lettres _c_ et _s_, offre l'anagramme du mot _orcus_ (enfer).
_Quisquis in uxorem cecidit descendit in Orcum;
Rite inversa sonant _ucsor_ et _orcus_ idem._
Ce qui signifie, en rendant le sens et non l'expression, qui est
intraduisible en français: «Quiconque est tombé dans le piége conjugal
est tombé dans l'enfer, car épouse et enfer sont la même chose.»
C'est bien là certainement un de ces traits qui constituent ce que les
Romains appelaient _nugæ difficiles_; et, quand on considère l'exercice
laborieux, le grand effort d'imaginative auquel a dû se livrer
l'épigrammatiste pour produire un résultat si saugrenu, on est tenté de
lui adresser cette apostrophe originale du fin railleur maître François:
«O Jupiter, vous en suâtes d'ahan, et de votre sueur tombant en terre
naquirent les choux cabus.»
Il n'y a point de mariage dans le paradis.
Allusion à divers passages de plusieurs Pères de l'Église, qui
regardaient le mariage comme moins propre que le célibat à la
sanctification, et disaient que, si «noces remplissent la terre, la
virginité remplit le ciel.» _Nuptiæ replent terram, virginitas replet
paradisum._ (S. Hieronim., lib. I., _in Jovinien_.) Ce qui a donné lieu
à Pascal de placer le mariage dans les _basses conditions du
christianisme_.
Owen a tiré du mot de saint Jérôme ce distique épigrammatique:
_Plurimus in cœlis amor est, connubia nulla;
Conjugia in terris plurima, nullus amor._
Il y a dans le ciel beaucoup d'amour et point de mariage: sur la terre
il y a beaucoup de mariages et point d'amour.
On demandait au poëte anglais Prior pourquoi il n'y avait point de
mariage dans le paradis. «C'est, répondit-il, parce qu'il n'y a point de
paradis dans le mariage.»
Le mariage n'empêche pas d'aimer ailleurs.
Proverbe pris du premier article du _Code d'amour_: «_Causa conjugii ab
amore non est excusatio recta._ Le mariage n'est pas une excuse légitime
contre l'amour.» C'est-à-dire, si je ne me trompe, qu'on ne peut se
dispenser d'avoir une maîtresse ou un amant, sous prétexte qu'on a une
épouse ou un mari. C'est l'expression des mœurs qui régnaient à l'époque
des troubadours. Ces poëtes avaient érigé l'amour en devoir: ils le
proclamaient comme plus obligatoire que le mariage et comme ne pouvant
exister que hors du mariage. Cet amour, purement platonique dans le
principe, cessa bientôt de l'être et donna lieu à un usage immoral assez
répandu chez les hauts personnages, d'avoir à la fois une épouse et une
concubine, l'une pour la souche et l'autre pour la couche.
André le Chapelain nous a conservé la décision curieuse d'une cour
d'amour présidée par la comtesse de Champagne, sur la question qui lui
avait été soumise: «_Utrum inter conjugatos amor possit habere locum?_
L'amour peut-il exister entre personnes mariées?» Voici cette décision:
«Nous disons et assurons par la teneur des présentes que l'amour ne peut
étendre ses droits sur deux personnes mariées. En effet, les amants
s'accordent tout mutuellement et gratuitement sans être contraints par
aucun motif de nécessité; tandis que les époux sont tenus par devoir de
subir réciproquement leurs volontés, et de ne se refuser rien les uns
aux autres... Que ce jugement que nous avons rendu avec une extrême
prudence (_cum nimia moderatione prolatum_) et d'après l'avis d'un grand
nombre de dames, soit pour vous d'une vérité constante et irréfragable.
Ainsi jugé, l'an 1174, le 3 des calendes de mai.»
Jeune fille avec jeune fieu
C'est mariage du bon Dieu.
Mariage assorti comme celui par lequel Dieu unit Adam et Ève dans le
paradis terrestre. On sait que _fieu_ est un vieux mot qui veut dire
fils ou garçon.
Homme vieux avec jeune femme
Mariage de Notre-Dame.
Mariage semblable à celui de la Sainte Vierge avec saint Joseph, qui
était, à ce qu'on croit, d'un âge avancé. Ce proverbe s'adresse à une
jeune innocente soit pour lui conseiller, soit pour la consoler de
s'unir à un vieux mari.
Vieille femme et jeune garçon
C'est mariage du démon.
Mariage où le démon seul peut trouver son compte. Il n'est pas besoin de
faire observer que c'est la vieille femme qui, dans ce proverbe, est
signalée comme le démon lui-même.
Mariage d'épervier, la femelle vaut mieux que le mâle.
Ce proverbe, où la glose est jointe au texte, a tiré son origine de la
fauconnerie. Il s'emploie en parlant d'un couple conjugal dans lequel la
femme est supérieure au mari, parce que la femelle de l'épervier
l'emporte sur le mâle en force et en grosseur. Ce phénomène existe
généralement chez les oiseaux de proie.
Les Anglais ont ce proverbe qu'ils emploient dans le même sens: «_The
grey mare is the better horse._ La jument grise est le meilleur cheval.»
Mariage de Jean des vignes; tant tenu, tant payé.
Conjonction matrimoniale qui, n'étant sanctionnée ni par la loi civile,
ni par la loi religieuse, est sujette à se rompre aussitôt qu'elle est
formée. _Jean des Vignes_ est une altération de _Gens des Vignes_, et
l'expression rappelle ces unions illicites qui se font entre les
vendangeurs et les vendangeuses de diverses localités, et qui ne durent
que le temps de la vendange.
C'est à peu près ce qu'on a nommé _mariage du treizième arrondissement_,
mariage fait sans M. le maire et sans M. le curé, personnages inconnus
dans ce treizième arrondissement ajouté fictivement, comme on sait, aux
douze dont se composait la ville de Paris avant l'annexion des communes
suburbaines.
Il faut rapprocher de ces deux expressions proverbiales la vieille
maxime de droit coutumier:
_Boire, manger, coucher ensemble,
C'est mariage, ce me semble._
Le savant auteur de la _Symbolique du droit_, M. Chassan, rapportant
cette maxime, l'explique ainsi: «Il ne faut pas la prendre à la lettre,
en ce sens qu'il suffirait à une femme de passer la nuit avec un homme
pour se dire mariée. Elle est relative à l'exécution du mariage qui
couvre les irrégularités de la célébration. Aussi Loisel a-t-il eu soin
d'ajouter: _Mais il faut que l'Église y passe_ (_Inst._, liv. I, tit.
II, règle 6). Ainsi entendue, la maxime peut encore aujourd'hui recevoir
son application.»
Mariage de bohêmes.
C'est encore une variété matrimoniale plus curieuse que celles dont il
est question dans l'article précédent. Voici en quoi elle consiste:
lorsque les bohêmes, c'est-à-dire ces aventuriers basanés qui courent le
pays en volant les poules et disant la bonne aventure, veulent marier un
garçon et une fille de leur caste, ils les conduisent dans un vallon
retiré qu'ils nomment le _vallon des fiançailles_, et là, pour toute
cérémonie, les deux futurs prennent entre leurs mains un pot de grès
qu'ils jettent contre terre, après avoir déclaré qu'ils consentent à
vivre comme mari et femme autant d'années que la fracture du pot
produira de morceaux; ensuite ils ramassent les tessons, dont ils
constatent le nombre, et dès lors les voilà complétement unis jusqu'au
dernier jour de ce mariage temporaire. Ce terme expiré, ils sont libres
de se séparer, de convoler ailleurs ou de renouveler leur premier
engagement. Mais on assure qu'il y en a très-peu qui prennent ce dernier
parti, et qu'en le prenant ils s'arrangent de manière à ne pas être
obligés trop longtemps de _payer les pots cassés_.
Un bon mariage est difficile à faire, même en peinture.
C'est ce que dit un jour un plaisant qui regardait les _Sept Sacrements_
de Nicolas Poussin, quand il en vint à examiner le tableau du _Mariage_,
plus faible que les autres, et le mot passa en proverbe.
Mais pourquoi un bon mariage est-il si difficile à faire?--Il faudrait,
pour le dire, exposer tant de raisons, rappeler tant de faits, entrer
dans tant de détails, que je serais obligé d'ajouter un second tome à ce
petit livre, ce qui serait fort déplaisant pour les lecteurs qui
auraient été tentés d'y jeter un coup d'œil par curiosité, dans leurs
moments perdus. Qu'on me permette donc de ne pas traiter la question. Si
l'on désire en avoir au long la réponse, qu'on interroge certains
mal-mariés, qui sont assez disposés à faire le récit de leurs
infortunes, ou bien qu'on examine avec quelle légèreté, quelle
irréflexion, quelle imprévoyance, se forment les unions conjugales,
surtout en France, où l'on se marie plus vite qu'en tout autre pays,
soit par le désir de terminer sans retard cette affaire de pure
spéculation, soit par l'effet de l'impatience qui compose en quelque
sorte le fond du caractère français. Cet examen suffira pour faire
comprendre combien il est difficile que les parties contractantes, qui
s'accordent sans se connaître, ne soient pas en désaccord dès qu'elles
se connaissent, et qu'après s'être prises pour ce qu'elles ne sont pas,
elles n'en viennent point à se quitter pour ce qu'elles sont.
La spéculation matrimoniale est la principale source d'où découlent les
malheurs des conjoints. Je citerai sur ce sujet quelques phrases
détachées d'un article plein de bon sens et d'esprit publié dans le
journal _le Siècle_, nº du 11 décembre 1859, par M. Edmond Texier, et
les lecteurs m'en sauront gré.
«Les pères de famille, dit cet ingénieux écrivain, ont parlé à leurs
enfants le langage de la raison. Ils leur ont dit que l'amour est un
enfantillage, le sentiment une faiblesse, et ils ont inventé cette
magnifique spéculation qui s'appelle le _mariage d'argent_. Le mariage
d'argent a tellement réussi qu'on n'en voit point d'autre aujourd'hui.
On n'épouse plus ni un cœur, ni un esprit, ni une femme. On se marie
avec une dot, et c'est l'union des dots qui a créé le demi-monde. Ce
monde-là a eu sa raison d'être le jour où le prêtre a béni les serments
de deux coffres-forts. La beauté, la grâce, l'éducation, la vertu même,
tout cela ne pèse pas une demi-once dans le plateau de la balance
conjugale. Le mariage, tel qu'on le traite de nos jours, est le
principal pourvoyeur de ces dames (les courtisanes). Le demi-monde
pousse à l'ombre du mariage d'argent comme la mousse à l'ombre des
grands arbres. Ceci a engendré cela. C'est sur le fumier du mariage
d'argent qu'a poussé le champignon du demi-monde. C'est là, et non
ailleurs, qu'il faut aller déterrer la comédie d'aujourd'hui.»
Un bon mariage répare tout.
«Le mariage, dit Bayle, fait rentrer au port de l'honneur, il y répare
les vieilles brèches, il donne la qualité de légitimes à des enfants qui
ne la possédaient pas. Je ne dis rien du voile épais dont il peut
couvrir les nouvelles brèches, les fautes courantes et le péché
quotidien.»
Ce proverbe s'applique particulièrement aux hommes et aux femmes que le
résultat qu'il énonce vient absoudre des galanteries et des désordres de
leur vie antérieure. Il sert quelquefois de devise aux dissipateurs qui
continuent à faire des dettes en se flattant d'épouser quelque riche
héritière dont la dot comblera leur déficit.
On dit aussi: _Le mariage est une planche après le naufrage_, pour
exprimer les mêmes idées. Mais on a remarqué avec esprit et raison que
s'il fait trouver un port dans la tempête, il peut également faire
trouver une tempête dans le port.
La même année vit naître le mariage d'inclination et le repentir.