Les chevaux ont beaucoup à souffrir à Paris, les maris y éprouvent bien

des contrariétés, et les femmes y jouissent de toute sorte de plaisirs.

Cette triade proverbiale était autrefois d'une vérité plus incontestable

qu'aujourd'hui, surtout à l'égard des femmes, parce que la coutume de

Paris, plus favorable pour elles que toutes les autres coutumes du

royaume, n'admettait point qu'elles fussent battues comme ailleurs, et

ne prononçait point de peines sévères contre la violation de la foi

conjugale.

Corneille a rappelé la dernière partie de cette triade dans la _Suite du

Menteur_, où Lise dit à Mélisse, sa maîtresse, en parlant de Dorante

qu'elle l'engage à épouser:

Il est riche et de plus il demeure à _Paris_,

Qui, _des femmes_, dit-on, _est le vrai paradis_;

Et, ce qui vaut bien mieux que toutes ces richesses,

Les maris y sont bons et les femmes maîtresses.

On connaît ce mot de Montesquieu: «Quand on a été femme à Paris, on ne

peut plus être femme ailleurs.»

Les femmes ont des souris à la bouche, et des rats dans la tête.

Il n'est pas nécessaire d'expliquer le sens de ce calembour proverbial,

mais il est bon de rappeler pourquoi l'expression _avoir des rats_

signifie, au figuré, être capricieux, fantasque. Le Duchat prétend que

cette expression fait allusion _à la rate d'où la plupart des

bizarreries procèdent_. L'auteur de l'_Histoire des rats_ la croit

fondée sur la supposition qu'une personne sujette à des inégalités

d'humeur a la tête remplie de rats qui s'y promènent, et qui, par leurs

différents mouvements, y déterminent ses pensées et ses volontés. L'abbé

Desfontaines croit avec plus de raison que _rat_ est ici un vieux mot

français tiré du latin _ratum_ (pensée, résolution, dessein), et qu'on

dit d'un individu qu'_il a des rats_, de même que l'on dit qu'_il a des

idées_, pour faire entendre qu'il a des hallucinations, des lubies, des

folies.

Cette étymologie rentre dans celle qu'a proposée dom Louis le Pelletier,

qui assure dans son dictionnaire que ce mot a été pris du celto-breton,

où il est employé dans une signification identique.

Il faut prendre les hommes tels qu'ils sont, et les femmes telles

qu'elles veulent être.

C'est-à-dire qu'il faut prendre ces messieurs avec leurs défauts et ces

dames avec leurs prétentions, si l'on veut vivre en paix avec eux et

avec elles.

Il est vrai que cette paix est extrêmement difficile et qu'elle doit

être payée fort cher par les ménagements continuels qu'on est obligé

d'avoir pour ces défauts et surtout pour ces prétentions, plus

intolérables que ces défauts: elles sont si exigeantes qu'il faut tout

leur sacrifier, et de plus si tenaces qu'il n'est pas possible d'en rien

rabattre; ce qui a fait dire qu'il vaut mieux s'y soumettre que s'y

opposer, afin de s'épargner les efforts pénibles qu'on tenterait en vain

pour y résister. C'est ainsi qu'on explique cet adage, sérieux dans sa

première partie et ironique dans sa dernière. Quant à moi, je ne puis

voir dans cette explication qu'une glose pire que le texte, et dont la

malice se donne carrière aux dépens de la vérité. Il n'est pas prouvé

que les femmes aient les prétentions déraisonnables que les préventions

des hommes leur reprochent: il n'y a que des folles incapables de se

modérer chez lesquelles on les rencontre. Objectera-t-on que les autres

ont l'adresse de les cacher; mais en supposant que cela soit, on doit

leur en savoir gré, et j'aime à croire que cette conduite non moins

habile que réservée leur donne le droit de répondre à leurs accusateurs

que si elles tiennent à être prises telles qu'elles veulent être, c'est

qu'elles veulent être réellement telles qu'elles doivent être.

L'amour des femmes tue le courage des plus braves.

C'est un fait en preuve duquel on peut citer la fable et l'histoire.

Voyez Hercule abandonnant sa massue et filant une quenouille aux pieds

de la reine Omphale; voyez Antoine asservi lâchement aux charmes de

Cléopatre; et jugez, par ces exemples qu'il serait facile de multiplier,

combien l'amour des femmes est dangereux et funeste. Il étouffe toute

énergie chez l'insensé qui s'y abandonne; il le rend incapable de tout

noble élan, il le tient plongé dans une mollesse abrutissante; en un

mot, il lui fait oublier tous ses intérêts et tous ses devoirs.

Voilà pourquoi on dit encore _l'amour des femmes tue la sagesse_: ce qui

a son explication suffisante dans les réflexions que je viens de

présenter. Ce proverbe et le précédent ne diffèrent l'un de l'autre que

par l'application particulière que chacun d'eux fait de cette vérité

générale: que la passion pour les femmes a des effets pernicieux sur le

moral de l'homme, et qu'elle fait souvent de lui, par l'usage immodéré

des coupables plaisirs qu'elle lui présente, un animal dégradé.

Êtes-vous pauvre, détournez-vous de ces plaisirs: ils coûtent plus cher

que les vrais besoins. Aspirez-vous à la gloire, détournez-vous-en de

même: ils vous la feraient prendre en pitié. Voulez-vous rester bon,

fuyez-les jusqu'au bout du monde: ils ne vous laisseraient pas de cœur.

Les femmes sont toutes fausses comme des jetons.

Les femmes veulent plaire à tout le monde, et, pour y parvenir, elles

sont obligées de jouer tant de personnages divers qu'il est bien

difficile qu'en s'essayant à un pareil manége elles ne deviennent pas

plus ou moins fausses. C'est sans doute sur cette observation

d'expérience qu'a été fondé le proverbe, qui est parfaitement vrai des

femmes coquettes, et qui ne l'est pas également des autres femmes. J'en

connais plusieurs qui méritent une honorable exception, et j'aime à

croire qu'elles ne sont pas les seules. Je n'oserais pourtant les

compter par douzaines, et je suis forcé de convenir, pour me conformer à

l'opinion la plus circonspecte, que les femmes, en général, ont, à des

degrés différents, une certaine dose de dissimulation et de mauvaise foi

qu'elles cachent sous de belles apparences de franchise et de sincérité,

de même que les jetons ne laissent pas voir le mauvais alliage dont ils

sont ordinairement composés sous la brillante dorure qui en décore les

surfaces.

Les femmes ne mentent jamais plus finement que lorsqu'elles disent la

vérité à ceux qui ne les croient pas.

Pourquoi cela? N'est-ce point parce que les femmes, en général, sont peu

sincères et ne font guère usage de la vérité que pour mieux tromper,

quand elles savent qu'on n'ajoutera pas foi à leur parole? On ne peut,

ce me semble, expliquer autrement ce malin proverbe qui fait si bien

ressortir leur fausseté jusque dans son contraire. Mais l'opinion qu'il

exprime est-elle parfaitement fondée? J'ai consulté là-dessus les

experts les plus compétents, dans l'espérance qu'ils me fourniraient de

bonnes raisons pour la combattre. Aucun d'eux jusqu'ici ne m'a répondu

selon mon désir, et je suis forcé d'attendre encore entre le pour et le

contre, n'ayant pas les preuves de l'un, et ne voulant pas admettre

celles de l'autre.

Je remarquerai seulement que, si le proverbe était aussi vrai qu'il est

ingénieux, les hommes ne sauraient éviter, soit en accordant, soit en

refusant leur confiance aux femmes, d'être réduits à une alternative

fâcheuse, signalée par cet autre proverbe: _Qui croit sa femme se

trompe, et qui ne la croit pas est trompé._

La vieillesse est l'enfer des femmes.

C'est ce que répétait la belle et spirituelle Ninon de Lenclos, qui

vécut, pour ainsi dire, sans vieillir, inspira une passion à l'âge de

quatre-vingts ans, et mourut à quatre-vingt-onze... Si elle sentait

cette cruelle vérité, combien plus doivent la sentir les autres femmes

qui n'ont pas, comme elle, des avantages propres à la leur rendre moins

sensible.

On lit parmi les maximes de Saint-Évremont: «L'enfer pour les femmes qui

ne sont que belles, c'est la vieillesse.» Est-ce de Ninon qu'il tenait

le mot, ou Ninon le tenait-elle de lui?

La vieillesse est pour les femmes pire que la boîte de Pandore: elle

renferme tous les maux, moins l'espérance.

La vieillesse a quelque chose de digne, d'imposant chez les hommes; mais

hélas! chez les femmes, elle est terrible, désespérante, et dénuée de

poésie. Elle ne fait d'elles que des ruines sans grandeur et sans

majesté.

Les femmes sont comme les énigmes, qui ne plaisent plus quand on les a

devinées.

Cette comparaison proverbiale existe dans beaucoup de langues comme dans

la nôtre, et elle a été employée par beaucoup d'écrivains qui

s'accordent à la regarder comme vraie. Cependant, malgré cette imposante

unanimité d'opinion, je ne puis me résoudre à penser avec eux que ces

aimables enchanteresses perdent à se faire connaître ce qu'elles gagnent

à se faire voir. Mais j'aurais besoin, je l'avoue, qu'elles voulussent

bien m'expliquer le soin extrême qu'elles prennent de ne pas se laisser

deviner, et l'antipathie décidée qu'elles ont contre ceux qui les

devinent. Sans cela, je crains de finir par dire comme les autres:

Les femmes de l'énigme offrent le caractère:

Sitôt qu'on les devine elles cessent de plaire.

Les femmes sont comme les paons dont les plumes deviennent plus belles

en vieillissant.

Le plumage des paons acquiert plus de lustre avec les années, et la

toilette des femmes devient plus brillante à mesure que leur jeunesse

diminue, car elles cherchent à suppléer, par les prestiges de l'art, aux

charmes naturels que chaque jour qui s'envole leur enlève. Comme elles

ne voient pas dans l'avenir de malheur plus grand que de cesser de

plaire, elles n'ont pas de désir plus vif ni d'intérêt plus pressant que

de paraître toujours jeunes et belles; et, dans le nombre infini de

celles qui peuvent conserver l'espoir d'en imposer sur leur âge, vous

n'en trouverez aucune qui dise de bonne foi, comme la belle-mère de

Ruth: «Ne m'appelez plus Noémi; nom qui signifie belle. _Ne vocetis me

Noemi, id est pulchram._» (Ruth, I, 20.)

Notre comparaison proverbiale s'applique particulièrement à ces vieilles

coquettes récrépies qui aiment à se pavaner sous les magnifiques livrées

de la mode, et prétendent éclipser les jeunes et jolies femmes par le

luxe de leur parure hors de saison.

Les femmes sont des paons dans les promenades, des pies-grièches dans

leur domestique, et des colombes dans le tête-à-tête.

On attribue à Fontenelle cette formule proverbiale qu'il n'est pas

nécessaire d'expliquer; mais en admettant qu'elle soit due à son esprit,

ce qui est douteux, il faut reconnaître que les parties dont elle se

compose existaient séparément avant lui dans une foule de locutions

analogues. Les femmes ont été assimilées à toutes sortes d'oiseaux sous

le rapport des mœurs et du caractère, et elles ont avec eux des

ressemblances assez frappantes pour faire penser qu'elles pourraient

être étudiées dans les volières aussi bien que dans les salons. Cette

étude morale formerait une nouvelle branche d'ornithologie comparée qui

ne serait pas moins intéressante que curieuse.

Les femmes qui sont anges à l'église sont diables à la maison.

Parce que, à la maison, elles trouvent toujours à redire à la conduite

de leurs maris, et les poursuivent de reproches continuels. Un d'eux,

pour s'affranchir des remontrances criardes de la sienne, qui

remplissait très-bien les deux rôles, souhaitait qu'elle eût l'église

pour unique domicile. Elle serait sainte, ajoutait-il, et moi

bienheureux.

On dit aussi de ces furies dévotes qu'_elles mangent les saints et

vomissent les diables_.

Vides chambres font dames (ou femmes) folles.

Vieux proverbe qui signifia primitivement que la misère fait oublier la

pudeur aux femmes, les entraîne à une conduite déréglée et les pousse

même à la plus honteuse prostitution, car le mot _folle_ y était mis

comme équivalent de _folles de leurs corps_, dénomination qu'on

appliquait autrefois aux femmes de mauvaise vie.

Ce proverbe s'emploie aujourd'hui pour dire que, lorsque les femmes

n'ont pas dans leur ménage les choses nécessaires, elles ne cessent de

quereller leurs maris dont l'avarice ou l'inconduite leur en impose la

privation.

Les dames à la grand'gorge.

On appelait ainsi les dames de la cour de François Ier, parce qu'elles

portaient des robes échancrées autour du sein qui, soutenu et relevé par

une riche bande d'étoffe nommée _gorgias_, s'étalait dans une complète

nudité.

Le clergé les réprimanda d'oser se montrer _sous les livrées de

l'impudicité_. Jean Polman, chanoine théologal de Cambrai, dans son

ouvrage intitulé le _Chancre ou Couvre-sein féminin_, leur reproche «de

piaffer les bras nus, à sein ouvert, et à tetins découverts».

Le père Gardeau, Génovefain, fit contre elles plusieurs prédications où

il prit pour texte les versets 16 et 17 du chapitre III d'_Isaïe_

annonçant aux filles d'Israël que Dieu les rendra chauves parce qu'elles

vont la tête levée, la gorge nue et l'œil tourné à la galanterie.

Un autre prédicateur, dit-on, leur recommandait d'avoir toujours sur

leur gorge un fichu de toile de Hollande, et de repousser les mains

téméraires des amants qui tenteraient de l'enlever, car, ajoutait-il,

«quand la Hollande est prise, adieu les Pays-Bas!» Malgré tout ce que le

clergé put faire et dire contre cette mode indécente, elle se maintint

sous plusieurs règnes.

C'est probablement pour ridiculiser la polémique dont elle avait été

l'objet que Rabelais, dans son facétieux catalogue de la librairie ou

bibliothèque de Saint-Victor, s'est amusé à imaginer et à classer une

ordonnance universitaire sous ce titre fort drôlatique: _Decretum

universitatis Parisiensis super gorgiasitatem muliercularum ad

placitum._ (Liv. II, ch. VII.) «Décret de l'Université de Paris sur la

_gorgiagiste_ (étalage de la gorge) des jeunes femmes selon leur bon

plaisir.»

Trois femmes font un marché.

C'est-à-dire qu'elles échangent entre elles autant de paroles qu'il s'en

échange dans un marché. Le proverbe italien associe une oie aux trois

femmes: _Tre donne e una oca fan un mercato._

On trouve dans le recueil de Gabriel Meurier: _Deux femmes font un

plaid, trois un grand caquet, quatre un plein marché._

Les Auvergnats disent d'une manière pittoresquement hyperbolique: _Les

femmes sont faites de langue comme les renards de queue_; et l'on peut

les en croire, car ils doivent être impartiaux, attendu qu'ils ne sont

_ni hommes ni femmes, mais bons Auvergnats_, d'après un dicton qui

circule depuis quelques années.

Il y a dans tous les pays du monde des proverbes qui s'accordent à

reprocher au beau sexe une intarissable loquacité. Je m'abstiens de les

rapporter, regardant comme inutile la peine que je prendrais à

transcrire ces témoignages trop nombreux d'un défaut sur lequel lui-même

semble avoir passé condamnation. Il vaut mieux rechercher quelles sont

les principales causes de ce défaut.

Fénelon les a signalées dans les deux phrases suivantes:

«Les femmes sont passionnées dans tout ce qu'elles disent, et la passion

fait parler beaucoup.

»Une autre chose contribue beaucoup aux longs discours des femmes, c'est

qu'elles sont artificieuses et qu'elles usent de longs détours pour

arriver à leur but.»

Montesquieu considérait leur bavardage comme une suite nécessaire de

leur inoccupation. «Les gens qui ont peu d'affaires, disait-il, sont de

très-grands parleurs: moins on pense, plus on parle. Ainsi les femmes

parlent plus que les hommes; à force d'être oisives, elles n'ont point à

penser.»

C'est, je crois, la même idée que les Chinois ont voulu exprimer dans ce

proverbe: _La langue des femmes croît de tout ce qu'elles ôtent à leurs

pieds._

Les femmes ont des langues de la Pentecôte.

C'est-à-dire des langues de feu. L'allusion n'a pas besoin d'être

expliquée; car personne ne peut ignorer que le Saint-Esprit descendit en

langues de feu sur les disciples de Jésus-Christ, le jour de la

Pentecôte, et leur communiqua ainsi le don des langues pour les mettre

en état d'aller prêcher la vérité évangélique chez tous les peuples de

la terre.

La glose nous avertit qu'il ne faut pas conclure de ce proverbe que tout

ce que disaient les femmes soit paroles d'évangile, car les langues

envoyées par l'Esprit-Saint ne descendirent pas sur elles, et celles

qu'elles ont n'en sont que des contrefaçons faites par l'esprit malin.

L'abbé Guillon disait, en usant d'une expression tirée d'un proverbe

fort connu: «L'enfer est pavé de langues de femmes.»

La langue des femmes est leur épée, et elles ne la laissent pas

rouiller.

Proverbe que nous avons reçu des Chinois qui, du reste, ne se bornent

pas à une telle plaisanterie sur l'intempérance de la langue féminine,

car un de leurs livres classiques met le babil fatigant au nombre des

sept causes de divorce que les maris peuvent alléguer pour se

débarrasser de leurs femmes.

Les Allemands ont fait une addition grossière à ce proverbe, ils disent:

«_Die Weiber führen das Schwerd im Maule, darum muss man sie auf die

Scheide schlagen._ Les femmes portent l'épée dans la bouche; c'est

pourquoi il faut frapper sur la gaîne.»

Les Anglais conseillent et emploient un moyen qu'ils jugent plus

efficace pour faire taire les femmes; c'est de leur mettre la _bride du

silence_. Si vous ignorez ce que c'est, le _Morning-Herald_ va vous le

dire. On lit, dans un de ses numéros de la fin de mai 1838, que le

magistrat de police de Straffort, jugeant une femme dont la loquacité

résistait à tous ses avertissements, lui fit appliquer cette bride que

le journaliste appelle une _machine ingénieuse_ et décrit ainsi: «Elle

consiste en un cercle de fer ceignant la tête d'une oreille à l'autre,

et en une plaque transversale du même métal, laquelle descend du front

jusqu'à la bouche qu'elle tient close, de manière à empêcher la langue

de fonctionner. Cette _ingénieuse machine_ se ferme sur le derrière de

la tête.» Le journaliste ajoute qu'il serait bon que chaque tribunal eût

sa _bride de silence_ pour la montrer comme épouvantail et pour en faire

usage au besoin.

On peut juger par un pareil fait de l'esprit de galanterie qui doit

régner chez nos voisins d'outre-Manche, et se former une idée des

licences que les magistrats se permettent quelquefois sans scrupule en

ce pays de liberté.

La langue des femmes ne se tait pas, même lorsqu'elle est coupée.

Ce proverbe, hyperbolique à l'excès, est traduit de ce texte latin:

_Lingua mulierum nequidem excisa silet_, qu'ont employé quelques

écrivains du moyen âge. Je crois qu'il est d'origine grecque, car il se

trouve pour la première fois dans la première épître de saint Grégoire

de Nazianze, qui l'a peut-être inventé. L'idée qu'il exprime a beaucoup

d'analogie avec une plaisanterie d'Ovide qui raconte que la langue d'une

bavarde, arrachée de son palais, s'agitait par terre en parlant

toujours. Étrange effet de l'habitude!

La rage du babil est-elle donc si forte

Qu'elle doive survivre en une langue morte?

Les Allemands disent d'une manière fort originale: «_Einer todten Frau

der muss man die Zunge besonders todt schlagen._ A femme trépassée il

faut tuer la langue en particulier.»

Un auteur facétieux a prétendu que la langue, chez les femmes, n'est pas

l'unique instrument des paroles, et que les bonnes commères ne

resteraient pas muettes quand même elles seraient privées de cet organe.

Il cite à l'appui de cette assertion l'exemple d'une jeune fille

portugaise qui, étant née sans langue, n'en jasait pas moins du matin au

soir. Ce qui donna lieu au distique suivant de je ne sais quel savant en

_us_:

_Non mirum elinguis mulier quod multa loquatur,

Mirum cum lingua quod taceat mulier._

Voici une imitation française de ce distique:

Il se peut que sans langue une femme caquette,

Mais non qu'en ayant une elle reste muette.

Femmes ne sont pas gens.

Cet impertinent proverbe est traduit littéralement du provençal: _Frémos

noun soun gens._ Je le crois dérivé de cette ancienne maxime de

jurisprudence: _Mulier non habet personam_, par laquelle on déclarait

que la femme n'était pas une personne devant la loi, c'est-à-dire

qu'elle devait rester toujours mineure et dépendante.

J'avais d'abord conjecturé qu'il était provenu d'un autre fait auquel il

s'ajuste assez bien; je le regardais comme une allusion probable à la

thèse soutenue au second concile de Mâcon, le 23 octobre 585, par un

évêque qui prétendait que le mot _homme_, dans la généralité de son

acception, ne comprenait pas la femme, ce qu'un autre réfuta par divers

passages de l'Écriture sainte où ce mot est employé pour désigner les

deux sexes, notamment par le verset de la Genèse qui dit que _Dieu créa

l'homme, mâle et femelle_, et par les versets de l'Évangile dans

lesquels le fils de Dieu est appelé le _Fils de l'homme_, quoiqu'il ne

soit que le fils de la femme quant à son humanité. Le concile, après une

assez longue discussion, décida: _Mulieres esse homines_, que les femmes

étaient hommes, c'est-à-dire qu'elles faisaient partie du genre

humain[7].

[7] C'est ainsi qu'un ami de Cicéron l'engage, dans une lettre, à se

consoler de la mort de sa fille Tullie, «parce qu'elle est née

homme,» _quia homo nata est_.

On a trouvé fort ridicule que les pères de ce concile se soient arrêtés

à l'examen d'une thèse si étrange; mais c'est faute de comprendre les

motifs assez graves qu'ils ont eus pour cela. Ils se proposaient, en

agissant ainsi, d'empêcher, par l'autorité suprême d'une décision

ecclésiastique, la propagation d'une fausse idée, renouvelée d'Aristote.

Ce philosophe, sur la parole duquel on jurait alors, avait prononcé,

comme un oracle, que c'était d'une erreur de la nature que provenait la

femme, créature incomplète, ouvrage manqué, résultat de l'imperfection

de la matière impuissante à parvenir au sexe parfait, c'est-à-dire à

produire l'homme, qu'on verrait naître seul dans un ordre de choses

meilleur. Et son opinion était entrée en partie dans l'esprit de

quelques théologiens du quatrième siècle, qui se figuraient que Dieu, au

grand jour de la résurrection générale, ne ferait revivre la femme qu'en

la changeant en homme.

Ce fut, tout porte à le penser, un partisan de cette déraisonnable

opinion aristotélique et théologique à la fois qui en saisit

l'assemblée: elle obtint l'appui de plusieurs autres qui cherchèrent à

la faire prévaloir dans des vues plus politiques encore que religieuses.

Ils espéraient que, si elle était canoniquement proclamée, elle

deviendrait un moyen puissant de détruire l'influence de deux reines

contemporaines généralement détestées, Frédégonde et Brunehaut, qui

dirigeaient les affaires publiques au gré de leurs passions et de leurs

caprices.

De ce qu'on dit des femmes, il n'en faut croire que la moitié.

Proverbe dont on ne fait l'application qu'en parlant des aventures qu'on

leur attribue. «De ces choses-là, suivant l'historien Mézerai, on en

compte toujours plus qu'il n'y en a, et il y en a toujours beaucoup plus

qu'on n'en sait.» Phrase non moins spirituelle que malveillante, à

laquelle ressemble beaucoup cette autre de Sénac de Meilhan: «On débite

un grand nombre d'histoires fausses sur les femmes, mais elles ne sont

qu'une faible compensation des véritables, qu'on ignore.»

Les Italiens ont un proverbe analogue d'après lequel, en matière de

galanterie, tout peut se croire et rien ne peut se dire: _In materia di

lussuria, si può creder tutto, ma dirne nulla._

Si les femmes étaient d'argent, elles ne vaudraient rien à faire

monnaie.

Parce qu'on suppose qu'elles garderaient sous cette nouvelle forme le

caractère indélébile de fausseté que les mauvais plaisants leur

attribuent, et que par conséquent elles ne produiraient qu'une monnaie

de mauvais aloi ou une fausse monnaie. C'est ainsi que j'ai entendu

expliquer ce proverbe par une femme de beaucoup d'esprit, qui se

plaisait à le citer en riant.

Je n'oserais contester positivement cette explication, dont je laisse la

responsabilité à son auteur. Cependant je doute que ce soit la fausseté

des femmes qu'on ait eu particulièrement en vue en formulant le

proverbe. Il y a chez elles d'autres défauts qui, non moins que

celui-là, ont pu en suggérer l'idée; et c'est peut-être par allusion à

l'inconsistance et au mauvais alliage que ces défauts réunis produisent

dans leur nature, qu'on a dit qu'_elles ne vaudraient rien à faire

monnaie_, en sous-entendant ces mots: _parce qu'elles ne seraient pas

malléables._

Proverbes sur les femmes, l'amitié, l'amour et le mariage · 第 6 / 25 段