guerre et la chasse, et toujours elle se montrait sous le costume du
guerrier ou celui du chasseur. Ainsi tout bon gentilhomme devait être
inséparable de son épée et de son chien ou de son faucon, qu'il
regardait comme des attributs de sa dignité. Il lui était défendu par
des capitulaires de nos rois de s'en dessaisir, et même de les donner
pour prix de sa rançon, s'il venait à être fait prisonnier, défense
provenue sans doute par suite de l'opinion qui notait d'infamie celui
qui serait revenu du combat sans ses armes. Quoi qu'il en soit, il
attachait son honneur à ces objets comme à sa femme, et c'est à cette
raison qu'il faut rapporter l'origine du proverbe.
Il ne faut montrer ni sa bourse ni sa femme.
C'est-à-dire qu'il ne faut pas exposer par ostentation aux regards des
autres certains objets qu'on veut garder pour soi, attendu qu'une telle
exhibition, n'étant propre qu'à exciter leur envie, peut avoir une foule
d'inconvénients pour celui qui la fait. Ce proverbe est une variante de
cet autre cité par Franklin: _Celui qui montre trop souvent sa femme et
sa bourse s'expose à ce qu'on les lui emprunte._
La femme est la moitié de l'homme.
L'homme et la femme seraient incomplets l'un sans l'autre. Chacun d'eux
ne forme qu'une moitié de l'être humain, dont l'intégralité ne peut
résulter que de leur intime union. C'est une vérité morale aussi vieille
que le monde et universellement répandue. Elle remonte à notre premier
père, s'écriant, dans la joie de son cœur, à la vue de l'aimable
compagne que Dieu lui présentait: «Voilà l'os de mes os, et la chair de
ma chair. Elle s'appellera d'un nom qui marque l'homme, parce qu'elle a
été prise de l'homme. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa
mère, et s'attachera à sa femme; et ils seront deux dans une seule
chair.» (_Genèse_, ch. II, v. 23-24.)
Les Védas disent que _l'épouse est la moitié du corps de l'époux_ et
considèrent le mariage comme supprimant la dualité de l'un et de l'autre
pour les confondre dans une parfaite unité. Cet état a été fort bien
figuré par le _lingam_ primitif ou l'_yoni lingam_ de la théorie
hindoue, et par d'autres symboles analogues qu'il ne me paraît pas
convenable d'expliquer ici, ni même de désigner nominativement.
Le plus ingénieux de tous, sans contredit, est celui qu'on trouve dans
le _Sympose_ ou _Banquet_ de Platon. Suivant ce philosophe, l'homme et
la femme ne faisaient originairement qu'une même personne qu'il nomme
_androgyne_ (homme-femme). Cette créature bissexuelle était si parfaite
et si heureuse qu'elle excita la jalousie des dieux et des déesses. Par
leur ordre, Apollon la divisa en deux corps, et Mercure arrangea dans
ces corps les formes extérieures de leur individualité qui avaient été
un peu endommagées pendant l'opération du dédoublement. Depuis lors, les
moitiés disjointes ont une tendance invincible à se rapprocher pour
constituer l'androgyne. On les voit partout y travailler de toute leur
ardeur et de tous leurs efforts. Mais, hélas! elles ne sauraient y
parvenir, à moins d'un très-grand miracle. Tristes jouets d'une
continuelle méprise, elles sont à peu près comme ces enfants, changés en
nourrice, qui prennent une parenté de hasard à la place de la parenté de
nature. Des moitiés étrangères viennent presque toujours se substituer à
celles qui furent créées l'une pour l'autre. Le sort ennemi, afin
d'empêcher ces dernières de se rejoindre, ne leur permet pas de se
reconnaître, les fait errer comme ces ombres de Dante, qui vont sans
jamais s'arrêter, et les tient souvent séparées par des distances
incommensurables. De là l'excessive rareté des bonnes unions et
l'innombrable quantité des mauvaises.
N'oubliez pas cette allégorie, ô vous, pauvres êtres dédoublés, qui
aspirez à ressaisir cette portion de vous-mêmes dont l'absence vous
condamne à gémir, et surtout ne vous imaginez pas que vous pourrez la
retrouver à Paris. Il vaudrait peut-être mieux l'aller chercher aux
antipodes.
Femme (ou dame) qui moult se mire peu file.
Une femme qui met beaucoup de temps à sa toilette en emploie fort peu
aux occupations du ménage. Les Espagnols disent: _La mujer, cuanto mas
mira la cara, tanto mas destruye la casa_, ce qui est rendu exactement
par cet ancien jeu de mot proverbial:
Plus la femme mire sa mine,
Plus sa maison elle mine.
Il fut un temps où la principale occupation des dames était de filer. De
vieux portraits les représentent avec une quenouille attachée sur le
sein du côté gauche, et avec un miroir suspendu à leur ceinture du côté
droit. Elles ne quittaient guère ces deux attributs; ils étaient, pour
ainsi dire, les pièces essentielles de leur costume. Mais l'un faisait
tort à l'autre, et celui du travail devait être fréquemment négligé pour
celui de la coquetterie. Le dernier finit par l'emporter. Les dames
cessèrent de filer et se mirèrent tout à leur aise.
Jean de Caurres, auteur du seizième siècle, dit dans ses _Œuvres
morales_ que les courtisanes et _damoiselles masquées_[4] de son temps
portaient le miroir sur le ventre: «O bon Dieu! hélas! s'écrie-t-il, en
quel malheureux règne sommes-nous tombés de voir une telle dépravation
sur la terre, que nous voyons jusques à porter en l'église les miroirs
de macule pendants sur le ventre.» Il ajoute qu'un pareil usage tendait
à devenir général: «Si est-ce qu'avec le temps il n'y aura bourgeoise ne
chambrière qui par accoutumance n'en veuille porter.» Cependant cet
usage ne s'est pas conservé. Le beau sexe l'a jugé inutile depuis que
les moindres appartements ont été ornés de trumeaux et de glaces où il
peut se mirer et s'admirer de la tête aux pieds.
[4] On appelait _damoiselles masquées_ certaines dames qui, voulant
courir les aventures galantes sans être reconnues, se couvraient le
visage d'un masque de velours auquel on donna le nom de _loup_,
dérivé, non de _lupus_, mais de _lobus_, cosse.
La femme perd l'homme.
Salomon assimile l'homme entraîné par la femme qui l'a séduit au taureau
mené comme une victime au sacrifice: _Eam sequitur quasi bos ad
victimam._ (Prov., VII, 22.)
Saint Cyprien dit que les femmes sont des démons qui font entrer les
hommes en enfer par la porte du paradis.
Suivant un proverbe oriental: _Il faut craindre l'amour d'une femme plus
que la colère d'un homme._
On lit dans le _Furetériana_ le résumé suivant des principales
accusations des hommes contre les femmes: «Que de maux elles ont causés
dans le monde! Adam en a été séduit, Samson dompté. La sainteté de David
en a été troublée, Salomon en a perdu la sagesse. Ce fut une femme qui
fit renoncer saint Pierre à Notre-Seigneur. Elle fit plus d'effet sur
l'esprit de Job que le diable, qui ne put l'ébranler. Le poëte Codrus
disait que le ciel ne contenait pas tant d'étoiles ni la mer tant de
poissons que la femme a de fourberies cachées dans son cœur. Barthole
disait que toutes les femmes sont mauvaises, et qu'il n'est pas besoin
de faire des lois pour les bonnes femmes, parce qu'il n'y en a point.
Hippocrate nous assure que la malice est naturelle à la femme. L'auteur
de l'_Ecclésiastique_, aussi illustre en sagesse parmi les Hébreux que
Thalès en philosophie entre les Grecs, nous a laissé par écrit que la
source du péché nous est venue de la femme; qu'il vaudrait mieux
demeurer avec un lion ou avec un dragon qu'avec une mauvaise femme (ch.
XXV) et même que les crimes des hommes sont plus supportables que les
bienfaits des femmes: _Melior est iniquitas viri quam mulier
benefaciens_ (ch. XLII). Entre toutes les bêtes sauvages, dit saint
Chrysostome, il n'y en a point qui soit plus dangereuse que la femme.
Pandore répandit toute sorte de maux sur la terre; Hélène causa la mort
de tant de milliers d'hommes; Déjanire fit mourir Hercule son mari, un
des plus fameux héros qui aient jamais été; les Danaïdes et les filles
d'Egyptus tuèrent leurs maris en une nuit. Salomon dit qu'il a trouvé la
femme plus amère que la mort. De mille hommes, ajoute-t-il, il ne s'en
trouve qu'un de bon; mais, parmi toutes les femmes, il n'y en a pas une
de bonne. (_Ecclésiaste_, ch. VII.) Les chrétiens leur ont ôté le
maniement de l'Église, les philosophes ne les ont pas voulu admettre
dans la philosophie, les jurisconsultes leur ont défendu le barreau, les
mahométans les ont exclues du paradis et les ont mises au rang des
esclaves. Il serait cependant agréable de chanter les louanges de Dieu,
de philosopher, de plaider, d'être en paradis avec des femmes. Il faut
bien qu'il y ait de leur faute à tout cela.»
Oui, sans doute, il y a de leur faute; mais il y a beaucoup plus de
celle des hommes, qui sont presque toujours injustes, ingrats et
tyranniques envers elles, qui leur aigrissent et leur faussent le
caractère, qui les forcent à recourir à la ruse, à la dissimulation et à
la vengeance. Aussi ont-elles raison de retourner contre eux le
proverbe, en disant: _L'homme perd la femme._ Il la perd par son
indifférence, par son égoïsme, par sa défiance, par ses calomnies, par
ses outrages, enfin par une foule d'erreurs, d'inconséquences et de
torts de sa conduite anticonjugale. Ce n'est pas tout: non-seulement il
la perd, en ne l'aimant pas comme il devrait l'aimer; il la perd encore
en l'aimant d'une manière déraisonnable; car il arrive ordinairement que
plus un mari aime sa femme, plus il augmente les travers qu'elle peut
avoir; tandis que, au contraire, plus une femme aime son mari, plus elle
le corrige de ses défauts.
Je ne prétends pas m'ériger en apologiste enthousiaste de la femme, ni
rehausser son mérite en rabaissant celui de l'homme. Je conviens qu'elle
a aussi de nombreux défauts qui déparent ses qualités; mais je crois
qu'en général ses qualités lui appartiennent en propre et que ses
défauts lui viennent de nous. Il en est d'elle comme de ce rosier qui
croît sans épines, sur le sommet des hautes Alpes, et qui se hérisse de
pointes acérées quand il est cultivé dans nos jardins. En la faisant
descendre de la région élevée où elle se développerait sous de célestes
influences, en la plaçant dans un mauvais milieu, où elle est privée de
l'air pur dont elle a besoin; en lui donnant une culture trop
artificielle, et souvent en opposition avec ses aptitudes natives, nous
abâtardissons cette belle créature de Dieu, nous la rendons différente
d'elle-même, nous la transformons en un nouvel être presque entièrement
factice, tant nous sommes habiles à contrarier les facultés de sa nature
et à les vicier par le mélange de quelque élément de dégénération qui
les fait tourner à mal et produit des effets pernicieux, de même qu'une
certaine malignité de séve dans le rosier transplanté rend sa floraison
épineuse.
Ne nous en prenons donc qu'à nous si la femme a tant d'imperfections, et
n'ayons pas la sottise de les lui reprocher, au moins celles qu'elle a
contractées par notre faute. Il serait meilleur et plus juste de
chercher le bon moyen de l'en corriger, en commençant par nous corriger
nous-mêmes des vices qui les lui ont communiquées. Les deux sexes n'ont
pas été créés et ils ne s'unissent pas pour vivre en état de guerre
permanente. Leur serait-il impossible de terminer ou de rendre moins
dures des hostilités incompatibles avec le repos et la moralité de tous
deux?
Ah! si le mariage pouvait être ramené à cette confiance réciproque, à
cette entente cordiale, à cet échange délicieux de pensées et de
sentiments dont l'absence n'y laisse place qu'aux amertumes et aux
déceptions, combien cet état contribuerait à l'amélioration et au
bonheur de l'homme et de la femme! il est évident qu'il les rendrait
meilleurs, puisqu'ils y seraient affranchis des passions qui les
pervertissent, et plus heureux, parce qu'ils y jouiraient avec une
sécurité inaltérable de toutes les délices que pourrait leur donner un
amour épuré et devenu pour eux une vertu.
Qui décrira la suprême félicité de deux époux également animés du double
zèle de l'amour et du devoir, de l'amour qui fortifie le devoir, et du
devoir qui purifie l'amour!... Que de secrets merveilleux, de dons
célestes, la femme trouverait dans le fonds inépuisable de sa tendresse
plus délicate, plus ingénieuse, plus pénétrante que celle de l'homme,
pour le réjouir et l'enivrer de plus en plus! Elle lui donnerait un
nouveau paradis qui vaudrait bien celui qu'il l'accuse de lui avoir fait
perdre.
Mais pourquoi parler d'une chose impossible à réaliser? Le diable a
flétri cette prime fleur de nature qu'eut la femme dans l'Éden, et l'on
chercherait en vain à lui rendre son parfum et sa fraîcheur. Elle s'est
desséchée sous la mauvaise culture de l'homme. Il n'y a déjà plus dans
sa séve de vertu qui puisse la régénérer. Elle ressemble à l'arbre aux
fruits amers dont parle le grand poëte persan Ferdouci: «On aurait beau
planter cet arbre en paradis, l'arroser avec l'eau du fleuve de
l'éternité, humecter ses racines du miel le plus doux, il conserverait
toujours sa nature et ne cesserait de porter des fruits amers.»
J'abandonne cette thèse chimérique et je reviens au but que je me suis
proposé dans cet article. Il a été de démontrer l'injustice des
reproches que les hommes adressent aux femmes. Je crois avoir opéré
cette démonstration. Il ne me reste qu'à y joindre un corollaire: c'est
que toutes ces sottes accusations, à l'appui desquelles ils citent la
fable et l'histoire, sont inadmissibles au tribunal de la raison. La
fable ne prouve rien, et l'histoire prouve, au contraire, que les femmes
ont toujours fait moins de mal que les hommes.
Une maîtresse est reine, une femme est esclave.
Avis aux belles qui se flattent que l'Hymen leur laissera la royauté
qu'elles ont reçue de l'Amour, sans penser que l'Hymen et l'Amour sont
deux frères ennemis, et que l'Hymen n'est pas solidaire des engagements
de l'Amour.
Les vers suivants de Corneille, dans la tragédie de _Polyeucte_ (act.
Ier, sc. III), offrent l'explication de ce proverbe, qui forme lui-même
un vers heureux:
Lorsqu'ils ne sont qu'amants nous sommes souveraines,
Et jusqu'à la conquête ils nous traitent en reines;
Mais après l'hyménée ils sont rois à leur tour.
On a fait cette remarque de linguistique assez curieuse, c'est que
l'homme dit toujours _ma maîtresse_ pour désigner celle qu'il aime, et
que la femme ne donne jamais le nom de _maître_ à son amant. Elle sent
bien qu'en pareil cas le nom paraîtrait dérisoire, et elle le réserve
pour son mari, lors même qu'elle tient celui-ci sous sa domination
absolue.
Une femme et un almanach ne valent que pour une année.
Une femme avait un mari qui passait tout son temps dans sa bibliothèque;
elle alla l'y trouver un jour, et lui dit: «Monsieur, je voudrais bien
être un livre.--Pourquoi donc, madame?--Parce que vous êtes toujours
après.--Je le voudrais bien aussi, répliqua-t-il, pourvu que ce fût un
almanach dont on change chaque année.» C'est de cette répartie maritale
que les parémiographes font dériver le proverbe. Pour moi, je crois
qu'il a dû son origine à un usage historique d'après lequel les contrats
matrimoniaux ont pu être naturellement assimilés aux almanachs. Cet
usage, provenu sans doute de la polygamie autrefois fort commune chez
les Celtes, permettait de changer de femme. Le fait était assez fréquent
en Champagne dans le neuvième siècle. Il y fut prohibé par le concile
tenu à Troyes, en 878; mais l'autorité ecclésiastique ne parvint pas à
le faire cesser entièrement, ni en cette province ni en d'autres, où il
se maintint sous la protection de certain droit coutumier. C'est au pays
basque surtout que se pratiquait cette espèce de mariage temporaire,
comme nous l'apprend Jean d'Arérac dans son livre intitulé _Pandectes ou
Digestes du droit romain en français_ (ch. VI de la loy _De quibus_). La
même chose avait lieu dans les Hébrides et autres îles (_Martin's
Hebrides_, etc.). Elle existait encore, dans le pays de Galles, à la fin
du siècle dernier, si l'on en croit un article du _Moniteur_ de l'an IX.
On lit dans cet article: «Chez les Gallois, on distingue deux sortes de
mariages: le grand et le petit. Le petit n'est autre chose qu'un essai
que les futurs font l'un de l'autre. Si cet essai répond à leurs
espérances, les parents sont pris à témoin du désir que forment les
candidats de s'épouser. Si l'essai ne répond pas à l'idée qu'ils en
avaient conçue, les époux se séparent, et la jeune fille n'en éprouve
pas plus de difficultés pour trouver un mari.»
On sait que Platon, dans sa _République_, substituait aux mariages des
unions temporaires.
Qui sa femme n'honore,
Lui-même se déshonore.
Il faut avoir pour sa femme une tendresse décente et respectueuse, une
considération bienveillante et soutenue; car l'honneur d'une femme est,
en grande partie, l'ouvrage de son mari; et celui qui, violant ces
devoirs, fait déchoir la sienne du rang moral qu'elle doit occuper, se
flétrit et se dégrade lui-même.
On emploie dans un sens analogue cet autre proverbe beaucoup plus usité:
_C'est un vilain oiseau que celui qui salit son nid._
On peut compter sur la fidélité de son chien jusqu'au dernier moment, et
sur celle de sa femme jusqu'à la première occasion.
Ce proverbe est une conclusion rigoureuse qu'on a tirée des médisances
et des calomnies auxquelles la conduite des femmes a été de tout temps
exposée. S'il fallait en croire leurs détracteurs, il serait difficile
d'en trouver une seule qui laissât échapper l'occasion favorable d'être
infidèle. C'est une accusation odieuse qui se réfute par son exagération
même, et les femmes ne la méritent peut-être pas autant que les hommes.
Mais ceux-ci se sont réservé le privilége exclusif de n'imputer qu'à
elles seules les trahisons conjugales dont ils leur donnent souvent
l'exemple, et dont, en bonne justice, ils devraient être responsables.
S'ils espèrent gagner quelque chose à cela, qu'ils se détrompent, et
qu'ils sachent bien qu'à force de leur reprocher d'être trompeuses ils
les portent à devenir telles: car, en leur répétant sans cesse qu'ils
les croient incapables de garder la foi promise, ils ne sauraient
réussir à la leur rendre plus sacrée. Se figureraient-ils, par hasard,
qu'elles seront assez simples pour s'attacher, en pure perte, à
l'observation d'un devoir qu'elles n'accompliraient pas sans être
accusées de le violer? Ou bien se flatteraient-ils qu'elles voudront y
tenir par un prodigieux effort de l'esprit de contradiction qu'ils leur
supposent? Il est plus que probable qu'elles ne prendront pas des peines
inutiles pour les démentir, et qu'elles trouveront plus commode et plus
agréable de se venger d'eux en les traitant ainsi qu'ils le méritent. La
dépense en étant déjà faite, comme on dit, elles n'ont plus rien à
ménager.
Voilà le résultat ordinaire de la mauvaise opinion que les hommes se
font de la fidélité des femmes. Il est moins au détriment de ces dames
qu'à celui de ces messieurs. Les accusations qu'ils dirigent contre
elles sont des armes perfides qui leur tournent dans la main et les
blessent eux-mêmes, et, s'ils étaient mieux avisés, ils ne les
emploieraient pas. D'ailleurs, cette humeur guerroyante contre le sexe
n'est pas de bon ton, et ne peut que faire mal augurer de ceux qui s'y
livrent. Les jeunes gens feront bien de ne pas la prendre, et les maris
encore mieux de s'en défaire. En agissant ainsi, les premiers se
donneront un aimable relief de politesse et de galanterie qui leur
attirera quelque regard sympathique des belles, et les seconds éviteront
de mettre le comble au malheur de leur situation par un odieux ridicule:
car le monde est toujours prêt à soupçonner qu'un mari qui dénigre les
femmes doit être fort mécontent de la sienne, et qu'il tire secrètement
de l'infidélité de celle-ci, par une conclusion du particulier au
général, les arguments dont il se sert pour nier la vertu de toutes les
autres. Il a beau retrancher la trahison qu'il éprouve du nombre infini
des trahisons dont il les accuse, on ne voit que lui parmi tous les sots
derrière lesquels il se cache, et ses accusations ne paraissent que des
vengeances de Sganarelle.
La femme a été faite pour l'homme, et non l'homme pour la femme.
C'est ce qu'a dit saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens:
_Non est creatus vir propter mulierem, sed mulier propter virum_ (XI,
9), et ses paroles sont passées en proverbe pour signifier que la femme
doit être soumise à l'autorité de son mari. Mais l'apôtre n'a point
entendu que cette autorité pût être arbitraire et tyrannique, puisqu'il
a dit aussi, au chapitre VII de la même épître, que, si la femme
appartient au mari, de même le mari appartient à la femme, et que tous
deux ont des devoirs à remplir l'un envers l'autre.
C'est de l'observation de ces devoirs, réciproques et conformes à la
nature de chacun des époux, que dépendent et le bonheur de leur union et
le succès de la mission sociale qu'ils ont à poursuivre ensemble. Et
qu'on ne s'imagine pas que l'action de l'homme, pour atteindre ce double
but, soit supérieure à celle de sa compagne. On pourrait plutôt
démontrer que celle-ci l'emporte sur lui si l'on comparait les avantages
qui proviennent de leurs rôles respectifs. Mais il ne serait pas
rationnel d'attribuer, d'après ces avantages particuliers, la
prééminence à l'un des collaborateurs dans une œuvre qui est également
due à tous deux, et qui ne peut être accomplie qu'au moyen de l'entente
parfaite et des soins bien combinés de l'un et de l'autre. Admettons
donc qu'il y a parité de valeur entre eux dans leur coopération, en
reconnaissant toutefois que cette valeur résulte de qualités
différentes; car chaque sexe a les siennes propres, et l'on ne saurait
voir dans l'homme et la femme que des rapports et des différences, ainsi
que l'a remarqué J.-J. Rousseau, dont le passage suivant revient au
sujet que je traite.
«La raison des femmes est une raison pratique qui leur fait trouver
très-habilement les moyens d'arriver à une fin connue, mais qui ne leur
fait pas trouver cette fin. La relation sociale des sexes est admirable.
De cette société résulte une personne morale dont la femme est l'œil et
l'homme le bras, mais avec une telle dépendance l'une de l'autre que
c'est de l'homme que la femme apprend ce qu'il faut voir, et de la femme
que l'homme apprend ce qu'il faut faire. Si la femme pouvait remonter
aussi bien que l'homme aux principes, et que l'homme eût aussi bien
qu'elle l'esprit des détails, toujours indépendants l'un de l'autre, ils
vivraient dans une discorde éternelle, et leur société ne pourrait
subsister; mais, dans l'harmonie qui règne entre eux, tout tend à la fin
commune; on ne sait lequel met le plus du sien, chacun suit l'impulsion
de l'autre, chacun obéit, et tous deux sont les maîtres.» (_Émile_, liv.
V.)
La femme est un être qui s'habille, babille et se déshabille.
C'est-à-dire que les trois choses principales auxquelles la femme
consacre toute sa journée sont la toilette, la causerie et le sommeil,
car elle ne quitte guère ses atours que pour se mettre dans son lit, où
elle a grand besoin de se délasser, après tant d'heures si activement
employées à se parer et à donner de l'exercice à sa langue. Mais le
triple penchant attribué à la femme ne lui appartient pas exclusivement.
L'essence de cette nature féminine s'est si bien infusée dans le
caractère de certains hommes, qu'on n'y découvre presque plus rien de
viril, et notre jeu de mots proverbial s'applique aussi avec raison à
tout individu de cette espèce ridicule qui semble avoir abdiqué les
occupations sérieuses du sexe masculin pour copier sottement les usages
frivoles de l'autre sexe.
Femme est mère de tout dommage.
Tout mal en vient et toute rage.