Ce soleil est pluvieux, cet enfant est valétudinaire, et cette femme est

supposée ne faire usage de son esprit que pour dominer ou tromper son

mari.

On lit dans l'Histoire du Bas-Empire que l'empereur Théophile ne voulut

pas épouser la belle Icasie, dont il était fort épris, parce qu'elle lui

fit un jour une réponse si spirituelle qu'il en fut épouvanté.

«Une femme bel esprit, dit Jean-Jacques Rousseau, est le fléau de son

mari, de ses enfants, de ses amis, de ses valets, de tout le monde. De

la sublime élévation de son beau génie, elle dédaigne tous ses devoirs

de femme et commence toujours par se faire homme à la manière de Mlle de

Lenclos. Au dehors, elle est toujours ridicule et très-justement

critiquée, parce qu'on ne peut manquer de l'être sitôt qu'on sort de son

état et qu'on n'est point fait pour celui qu'on veut prendre. Toutes les

femmes à grands talents n'en imposent qu'aux sots. On sait toujours quel

est l'artiste ou bien l'ami qui tient la plume ou le pinceau quand elles

travaillent; on sait quel est le discret homme de lettres qui leur dicte

en secret leurs oracles. Toute cette charlatanerie est indigne d'une

honnête femme. Quand elle aurait de vrais talents, sa prétention les

avilirait. Sa dignité est d'être ignorée, sa gloire est dans l'estime de

son mari, ses plaisirs sont dans le bonheur de sa famille... Toute fille

lettrée restera fille quand il n'y aura que des hommes sensés sur la

terre.» (_Émile_, liv. V.)

_Quæris cur nolim te ducere, Galla? diserta es._

(Martial, XI, 20.)

On connaît cette pensée du vicomte de Bonald: «A un homme d'esprit il ne

faut qu'une femme de sens. C'est trop de deux esprits dans un ménage.»

Elle me rappelle la plaisante raison qu'allégua le troubadour Raymond de

Miraval à sa femme en la répudiant: «Tu rimes comme moi: c'est assez

d'un poëte dans un ménage.»

Mlle de Lespinasse disait: «Les femmes doivent être instruites, mais non

savantes.»

Le préjugé contre les femmes savantes ou _clergesses_, comme on les

appelait autrefois, était fort répandu dans le moyen âge, et les faisait

passer pour magiciennes et sorcières. On croyait qu'elles étaient

capables de faire éclore, par leur sueur, des monstres qui ne pouvaient

être détruits qu'à force d'eau bénite et d'exorcismes. Il existe sur ce

sujet diverses traditions plus absurdes les unes que les autres.

Marchangy, dans son _Tristan_, ch. XXVI, en cite une d'après laquelle

une femme savante de Ploujean (en Bretagne) aurait fait couver un œuf de

serpent d'où serait sorti un dragon volant à trois têtes, qui ne se

nourrissait que de sang humain.

L'opinion publique est aujourd'hui moins injuste pour les femmes qu'on

nomme _bas bleus_. Elle se contente de les signaler comme ridicules, en

faisant toutefois d'honorables exceptions en faveur de celles à qui on

ne peut refuser de vrais talents ni attribuer des manières excentriques.

Jamais habile femme ne mourut sans héritier.

C'est-à-dire que si le mari n'a pas assez de savoir-faire pour lui en

donner un, elle ne se fait pas scrupule de s'adresser à _la cour des

Aides_, qui lui fournit le vrai moyen de prévenir le cas de déshérence.

Ce proverbe est traduit de l'espagnol: _Muger aguda no muere sin

herederos_. On croit qu'il fut introduit dans notre langue par la

citation qu'en fit le comte de Grignaux au comte d'Angoulême, devenu

depuis François Ier, pour détourner ce prince de courtiser Marie

d'Angleterre, troisième femme de Louis XII.

Il se pourrait pourtant qu'il fût en France d'aussi vieille date qu'en

Espagne. Quoi qu'il en soit, l'idée qu'il exprime se retrouve chez

divers peuples, et il est probable qu'elle a suggéré à Shakespeare ces

paroles d'Yago à Desdémona dans le second acte d'_Othello_: «Femme belle

n'est jamais sotte. Elle aura toujours l'esprit de se faire un

héritier.»

Qui femme a, noise a.

Saint Jérôme dit: «_Qui non litigat cælebs est_. Celui qui n'a point de

dispute vit dans le célibat.» Ce qui paraît avoir été un proverbe de son

temps, inventé probablement par quelque moine. Ainsi, il est décidé par

l'autorité même d'un Père de l'Église que les querelles sont

inséparables de l'état de mariage. Mais est-ce avec raison que le tort

de ces querelles est imputé aux femmes seules, comme le fait entendre

cet autre proverbe formulé par Ovide: _Dos est uxoria lites_.

Consultez ces dames: elles répondront toutes qu'il appartient en entier

aux maris, qui ont voulu les charger des reproches qu'ils méritent

eux-mêmes. Après cela, tâchez de résoudre, si vous le pouvez, une

question qui divise le genre humain en deux opinions si tranchées. Le

plus sage est de croire que ces opinions sont également fondées.

Montaigne dit très-bien, à la fin du chapitre V du livre III de ses

_Essais_: «Il est bien plus aisé d'accuser un sexe que d'excuser

l'autre.»

Cependant, s'il fallait émettre son avis sur cette grave question, je

n'hésiterais pas à prononcer que les femmes ont plus souvent raison que

les hommes, en me fondant sur cette maxime chinoise, qui n'est pas moins

vraie à Paris qu'à Pékin: «Un mari ne connaît pas assez sa femme pour

oser en parler, et une femme connaît trop bien son mari pour pouvoir

s'en taire.»

La femme querelleuse est pire que le diable.

L'explication de ce proverbe se trouve dans ce distique latin d'un

auteur du moyen âge:

_Quid dæmone pejus?--Mulier rixosa: fugatur

Iste piis precibus fit, et hæc rabiosior illis._

Qu'y a-t-il de pire que le diable?--La femme querelleuse; car si l'on

a recours aux prières le diable s'enfuit, et la femme devient plus

enragée.

Salomon dit deux fois dans ses Proverbes (XXI, 9 et XXV, 24): «Il

vaudrait mieux être assis en un coin sur le toit de sa maison que de

rester avec une femme querelleuse sous le même toit.»

Dans un autre endroit il compare la femme querelleuse à un toit d'où

l'eau dégoutte toujours: _Tecta jugiter pestillantia litigiosa mulier_.

(Prov., XIX, 13.)

Le peuple dit: _La femme est comme la botte: la meilleure est celle qui

crie le moins._

On ne peut avoir en même temps femme et bénéfice.

Il y avait autrefois des bénéfices que, durant certains mois, les

collecteurs patrons étaient obligés de conférer aux gradués de

l'Université; mais ces gradués ne pouvaient y être nommés s'ils étaient

mariés; de là ce proverbe dont le sens était qu'on ne pouvait cumuler

deux avantages.

Les Italiens emploient dans un sens analogue cette facétieuse ironie:

«_Non si può avere la moglie ebbra e la botta piena._ On ne peut avoir

sa femme ivre et sa barrique pleine.»

Rien n'est pire qu'une méchante femme.

On disait au treizième siècle: _Le pire riens qui soit est une male

femme_, c'est-à-dire une méchante femme. Mais ce proverbe remonte

beaucoup plus haut. L'idée qu'il exprime se trouve dans l'_Iliade_ où

Agamemnon s'écrie: «O femmes, lorsque vous tournez au mal, les furies de

l'enfer ne sont pas plus méchantes.» En effet, dès qu'elles ont renoncé

à cette retenue qui est le premier mérite de leur sexe, il n'y a point

d'excès dont elles ne deviennent capables. C'est une vérité qu'ont mise

en évidence de grands poëtes tragiques dans la peinture qu'ils ont faite

des femmes perverses et cruelles. Voyez lady Macbeth, de Shakespeare;

Médée, Cléopatre et Rodogune, de P. Corneille.

M. V. Hugo, dans sa _Légende du beau Pécopin_, charmant épisode de ses

_Lettres sur le Rhin_, cite le proverbe suivant sur la méchanceté

féminine: _Les chiens ont sept espèces de rage, les femmes en ont

mille_.

Je ne sais quelles sont les sept espèces de rage des chiens, et encore

moins les mille des femmes.

Il y a plusieurs autres dictons grossiers où les femmes sont assimilées

aux chiens sous divers rapports, parmi lesquels ne figure point, on le

pense bien, celui de la fidélité. Je m'abstiens de les reproduire, car

ils ne peuvent donner lieu à aucune remarque susceptible de quelque

intérêt; mais je rappellerai qu'une telle assimilation existait dans le

langage proverbial des anciens. Elle avait été suggérée peut-être par

une tradition mentionnée dans une poésie de Simonide. Ce poëte dit que

Dieu forma la femme de la substance d'une chienne, et la fit semblable à

sa mère: _Mulierem ex cane fecit Deus, parenti suæ similem_. Ces mots

latins sont la traduction littérale du texte grec, dont le sens

allégorique n'a pas été expliqué par les commentateurs.

Il faut craindre sa femme et le tonnerre.

Voilà un rapprochement qui présente la femme comme un être bien

redoutable. L'est-elle donc à ce point?--Oui, s'il faut en croire

l'_Ecclésiastique_, qui a fait de sa méchanceté un portrait effrayant,

dont je ne citerai que ce trait analogue à notre proverbe: «_Non est ira

super iram mulieris._ (XXV, 23.) Il n'y a pas de colère qui surpasse la

colère de la femme.»

Virgile a dit: «On sait ce que peut une femme furieuse. _Notumque furens

quid fœmina possit._ (_Æneid._, V, 6.)

La conclusion morale à tirer du proverbe, c'est qu'il faut avoir pour sa

femme des procédés pleins de douceur; car plus son courroux est à

craindre, plus il importe à l'homme de ne pas le provoquer.

La femme est un mal nécessaire.

_Mulier malum necessarium_, proverbe de tous les temps et de tous les

lieux, pour signifier que l'homme ne peut se passer de la femme, et

qu'il doit s'appliquer à vivre avec elle aussi bien que possible

puisqu'il ne saurait vivre sans elle.

Un personnage de l'antiquité, qui avait épousé une femme presque naine,

s'en excusait en disant: «J'ai choisi le plus petit des maux.»

Femme barbue, de loin la salue, un bâton à la main.

C'était un préjugé assez généralement admis dans le moyen âge qu'une

femme qui avait de la barbe ne pouvait manquer d'être sorcière, et qu'il

fallait se garantir de l'approche de ce suppôt de Satan, en usant

d'abord de certains procédés poliment calculés pour ne pas l'irriter et

en recourant enfin à des moyens coercitifs, _si faire autrement ne se

pouvait_. C'est là précisément ce que recommande ce vieux dicton en

disant de _la saluer de loin, un bâton à la main_.

Dans un temps où tant de gens étaient accusés d'être sorciers par tant

d'autres qui certainement ne l'étaient pas, on ne se bornait point à

regarder la barbe chez les femmes comme un indice de sorcellerie, on se

figurait aussi que leur vieillesse en était un non moins manifeste,

lorsqu'elle offrait certain caractère de laideur, et de là est venue la

locution proverbiale de _vieille sorcière_, qui s'est conservée pour

désigner une femme vieille, laide et méchante. Cette qualification

injurieuse fut fondée, suivant Gerson, sur ce que les femmes vieilles

ont toujours eu plus de penchant à la superstition que les jeunes

(_Tract. contra superstitios, dierum observat._), ce qui ne veut pas

dire que les jeunes en soient exemptes; car la superstition abonde dans

tout cœur féminin, s'il faut en croire Martin de Arlès, qui a remarqué,

dans son _Traité des superstitions_, que le nombre des sorcières a été

en tout temps bien plus considérable que celui des sorciers.--Joignez à

cela l'observation suivante faite par M. E. Pelletan: «La femme tourne

aisément à la sorcellerie. Le jésuite Paul Leyman, envoyé comme

inquisiteur en Allemagne pour y brûler des multitudes de sorciers,

explique ainsi, dans son _Malleus maleficarum_, cette incorrigible

condescendance de la femme à la volonté de Satan:--Le nom de femme,

dit-il, vient de _mulier_, tendre; _mulier_ vient de _mollis_, qui a

engendré, à son tour, _malleabilis_, malléable; or, par cela même que la

femme est malléable, elle est facile à pétrir, et le diable a toujours

la main fourrée dans le pétrin.» (Feuilleton de la _Presse_, 31 janvier

1850.)

Lactance avait donné de _mulier_ une étymologie, semblable quant au

fond, qui était reçue chez les Latins. On lit dans son traité intitulé:

_De l'ouvrage de Dieu_, ch. XVII: «_Mulier_ vient de _mollities_, et

signifie la faiblesse et la mollesse.»

Femme qui prend se vend, femme qui donne s'abandonne.

Ce proverbe, qu'on divise quelquefois en deux, est une sentence émanée

des anciennes cours d'amour. Il n'a une juste application qu'en matière

de galanterie, pour signifier que la femme qui reçoit des présents d'un

homme met son honneur en danger, et que celle qui fait des présents à un

homme est tout à fait vile et déshonorée. J.-J. Rousseau a dit de cette

dernière: «La femme qui donne est traitée par le vil qui reçoit comme

elle traite le sot qui donne.»

Gabriel Meurier rapporte, dans son _Trésor des sentences_, ce distique

proverbial, qui propose une excellente règle de conduite:

Fille, pour son honneur garder,

Ne doit ni prendre ni donner.

Une femme ne cèle que ce qu'elle ne sait pas.

C'est-à-dire qu'une femme est incapable de garder un secret. Mais cela

doit s'entendre d'un secret qui lui est confié et non d'un secret qui

lui appartient en propre; car elle cache toujours très-bien ce qu'il lui

importe personnellement de cacher; par exemple, son indiscrétion ne va

presque jamais jusqu'à révéler son âge, pour peu que cet âge dépasse le

chiffre de la première jeunesse, et _si l'on veut la faire mentir à coup

sûr, il n'y a qu'à le lui demander_, comme le dit un proverbe qu'on

trouvera commenté dans ce recueil.

La conclusion à tirer de ce proverbe, c'est qu'il ne faut confier aux

femmes que les choses dont on désire que le public soit instruit.

Les Orientaux conseillent de se tenir en garde contre les trahisons

attribuées, à tort ou à raison, à la langue féminine, en disant: _Si la

femme est mauvaise, méfie-toi d'elle; si elle est bonne, ne lui confie

rien._

A qui Dieu veut aider sa femme lui meurt.

Ce proverbe paraît être une allusion à l'histoire de Job, dont Dieu fit,

dit-on, mourir subitement la femme, quand il le délivra de tous ses

maux, et lui rendit sa belle existence; car il jugeait impossible que le

saint homme pût redevenir complétement heureux en conservant sa mauvaise

compagne. Ce fait, qui ne se trouve point mentionné dans le texte sacré,

est de tradition juive, et il doit être considéré comme une de ces

fables imaginées par les rabbins pour expliquer et corroborer l'esprit

de la Bible généralement hostile aux filles d'Ève.

Nous avons encore ce proverbe singulier sur l'avantage qu'un _mari bien

marri_ croit retirer de la mort de sa femme: _A qui perd sa femme et un

denier c'est grand dommage de l'argent_. Les Italiens disent de même:

_Chi perde la sua moglie e un quattrino, ha gran perdita del quattrino_.

Deuil de femme morte

Dure jusqu'à la porte.

Trop souvent, hélas! il ne va guère plus loin, et quelquefois même il y

a lieu de soupçonner qu'il n'irait pas jusque-là s'il n'était accompagné

du mécontentement que peut causer encore la présence de la morte. C'est

un dernier effet de l'antipathie conjugale à laquelle cette contrariété

semble communiquer une apparence de douleur, et voilà pourquoi l'on

accuse les maris d'être toujours pressés de faire enterrer leurs femmes.

On connaît le mot de celui qui ordonna de porter la sienne au cimetière

au moment même où elle venait d'expirer. Comme on lui représentait que

le corps était encore tout chaud: «Faites ce que je dis, s'écria-t-il en

colère: elle est assez morte comme cela.»

Ci-gît ma femme. Ah! qu'elle est bien,

Pour son repos et pour le mien!

Cette épitaphe épigrammatique passée en proverbe a été faussement

attribuée à Piron; elle est du jurisconsulte Jacques du Lorens, connu

par un recueil de satires imprimé en 1624. Nicolas Bourdon, poëte latin,

ami de l'auteur, la reproduisit dans ce distique assez joliment tourné

qu'on a pris à tort pour l'original:

Clausa sub hoc tumulo conjux jacet. O bene factum!

Nam requiesco domi, dum requiescit humi.

Bientôt après elle fut traduite en anglais, en italien et en plusieurs

autres langues, qui en firent comme la nôtre la devise de tout mari

joyeux d'avoir enterré sa femme.

La chandelle se brûle, et cette femme ne meurt point.

Dicton usité par plaisanterie parmi le peuple de Paris, en parlant d'une

chose qui se fait attendre ou d'une espérance qui tarde à se réaliser.

On prétend qu'il fut, dans le principe, un mot d'impatience échappé à un

certain mari qui, témoin de l'agonie de sa femme, se désolait de la voir

durer plus longtemps que la chandelle bénite, allumée, selon l'usage, au

chevet du lit de l'agonisante.

Ce n'est rien, c'est une femme qui se noie.

Mauvaise plaisanterie de quelque Sganarelle. Celui de Molière en fait

une de la même espèce. Lorsque la suivante de Célie l'appelle en

s'écriant: «Ma maîtresse se meurt!» il lui répond:

... Quoi! ce n'est que cela.

Je croyais tout perdu de crier de la sorte.

Un proverbe espagnol venge le beau sexe de l'injustice du nôtre. Une

femme y dit: «_No es nada, sino que matan a mi marido._ Ce n'est rien,

c'est mon mari que l'on tue.»

Je partage le sentiment exprimé par La Fontaine dans les vers du début

de sa fable intitulée _la Femme noyée_.

Je ne suis pas de ceux qui disent: _Ce n'est rien,

C'est une femme qui se noie_;

Je dis que c'est beaucoup, et ce sexe vaut bien

Que nous le regrettions, puisqu'il fait notre joie.

(Liv. III, fable XVI.)

Il est permis de battre sa femme, mais il ne faut pas l'assommer.

Ce proverbe a été originairement une formule de droit coutumier.

Plusieurs anciennes chartes de bourgeoisie autorisaient les maris, en

certaines provinces, à battre leurs femmes, même jusqu'à effusion de

sang, pourvu que ce ne fût pas avec un fer émoulu et qu'il n'y eût point

de membre fracturé. Les habitants de Villefranche, en Beaujolais,

jouissaient de ce brutal privilége qui leur avait été concédé par

Humbert IV, sire de Beaujeu, fondateur de leur ville. Quelques

chroniques assurent que le motif d'une telle concession fut l'espérance

qu'avait ce seigneur d'attirer un plus grand nombre d'habitants,

espérance qui fut promptement réalisée.

On trouve dans l'_Art d'aimer_, poëme d'un trouvère, la recommandation

suivante: «Garde-toi de frapper ta dame et de la battre. Songe que vous

n'êtes point unis par le mariage, et que, si quelque chose en elle te

déplaît, tu peux la quitter.»

La chronique bordelaise, année 1314, rapporte ce fait singulier: «A

Bordeaux, un mari, accusé d'avoir tué sa femme, comparut devant les

juges et dit pour toute défense: «Je suis bien fâché d'avoir tué ma

femme; mais c'est sa faute, car elle m'avait grandement irrité.» Les

juges ne lui en demandèrent pas davantage, et ils le laissèrent se

retirer tranquillement, parce que la loi, en pareil cas, n'exigeait du

coupable qu'un témoignage de repentir.

Un de ces vieux almanachs qui indiquaient à nos aïeux les actions qu'ils

devaient faire jour par jour donne, en plusieurs endroits,

l'avertissement que voici: «Bon battre sa femme en hui.»

Cette odieuse coutume, qui se maintint légalement en France, suivant

Fernel, jusqu'au règne de François Ier, paraît avoir été fort répandue

dans le treizième siècle; mais elle remonte à une époque bien plus

reculée. Le chapitre 131 des _Lois anglo-normandes_ porte que le mari

est tenu de châtier sa femme comme un enfant si elle lui fait infidélité

pour son voisin. _Si deliquerit vicino suo tenetur eam castigare quasi

puerum._

Mahomet permet aussi aux musulmans de battre leurs épouses lorsqu'elles

manquent d'obéissance. (_Koran_, IV, 38.)

Un canon du concile tenu à Tolède, l'an 400, dit: «Si la femme d'un

clerc a péché, le clerc peut la lier dans sa maison, la faire jeûner et

la châtier, sans attenter à sa vie, et il ne doit pas manger avec elle

jusqu'à ce qu'elle ait fait pénitence.»

Il fallait que ce concile eût des raisons bien graves pour rendre cette

décision. Sans cela, des ministres de la religion chrétienne, qui a tant

fait pour l'émancipation et la dignité des femmes, auraient-ils pu

concevoir la pensée de les soumettre à une pénalité si brutale et si

dégradante? N'auraient-ils pas été conduits, au contraire, par l'esprit

de cette religion où tout est douceur et charité, à proclamer le

principe de la loi indienne du code de Manou, qui dit dans une formule

pleine de délicatesse et de poésie: «Ne frappe pas une femme, eût-elle

commis cent fautes, pas même avec une fleur.»

Remarquons, du reste, que le droit de battre n'a pas toujours appartenu

aux maris exclusivement. La dame noble qui avait épousé un roturier

pouvait lui infliger la correction avec des verges, toutes les fois

qu'elle le jugeait convenable.

Rœderer dit dans son _Histoire de François Ier_: «Plusieurs monuments

attestent que le règne de ce prince fut l'époque où le sexe, non content

de se soustraire à la barbarie qui autorisait les maris, les obligeait

même à corriger les épouses infidèles, établit encore l'usage plus

révoltant qui autorisa les femmes infidèles ou fidèles à corriger et à

battre leurs maris.»

Jean Belet, dans son _Explication de l'office divin_, parle d'un

singulier usage de son temps: «La femme, dit-il, bat son mari à la

troisième fête de Pâques, et le mari bat sa femme le lendemain. Ce

qu'ils font pour marquer qu'ils se doivent la correction l'un à l'autre

et empêcher qu'ils ne se demandent, en ce saint temps, le devoir

conjugal.»

La raison pour laquelle les époux devaient s'abstenir du devoir

conjugal, non-seulement pendant les fêtes de Pâques, mais pendant les

autres fêtes et les dimanches, était fondée sur une superstition qui

leur faisait craindre que les enfants procréés ces jours-là ne fussent

noués, contrefaits, épileptiques ou lépreux. Cette superstition existait

dès le sixième siècle. (Voyez Grégoire de Tours, _de Mirac._, S.

Martini, lib. II, cap. XXIV.)

Les prêtres païens prescrivaient aussi la continence pendant les jours

consacrés aux fêtes d'Isis, comme nous l'apprennent Ovide et Properce:

le premier, dans la huitième élégie du livre Ier _des Amours_, et le

second dans la trente-cinquième élégie de son livre II, où il se plaint

de la longue séparation que cette déesse a imposée à des cœurs si

brûlants de se réunir.

_Quæ dea tam cupidos toties divisit amantes._

Battre sa femme ne lui ôte folle pensée.

Proverbe traduit du roman _Battre molher non li tol fol consire_.

Arlequin a beau dire que les femmes ressemblent aux côtelettes, qui

deviennent plus tendres quand elles sont bien battues, il faut se défier

de cette tendresse qu'elles font paraître après les mauvais traitements;

car ce n'est presque toujours qu'une feinte sous laquelle elles cachent

des projets de vengeance. La brutalité des maris ne sert qu'à les rendre

pires, et ceux-ci n'ont rien de mieux à faire que de _prendre patience

en enrageant_. Je les engage dans leur propre intérêt à méditer

sérieusement cet autre proverbe fort raisonnable: _Celui qui frappe sa

femme est comme celui qui frappe un sac de farine: tout le bon s'en va,

et le mauvais reste._

Il faut toujours que la femme commande.

C'est un vers du joli conte de Voltaire intitulé: _Ce qui plaît aux

dames_. Mais ce vers n'est que la reproduction d'un proverbe antique,

rapporté dans le _Zend-Avesta_, où une femme, sommée par les Mages de

dire ce que chaque femme désire le plus, leur répond: «Être aimée et

soignée de son mari, _être maîtresse de la maison_,» réponse pour

laquelle ces prêtres indignés la font mourir sous leurs coups.

Nous avons aussi le proverbe rimé:

Femme veut en toute saison

Être maîtresse en sa maison.

Le désir le plus vif et l'étude la plus constante des femmes, de mère en

fille, depuis que le monde existe et dans tout pays, c'est donc d'être

maîtresses. Elles ont, pour y parvenir, une tactique merveilleuse, qui

ne se trouve presque jamais en défaut. Les hommes civilisés ne savent

pas y résister, et le droit du plus fort dont ils se glorifient n'est

rien en comparaison du droit du plus fin dont elles ne se vantent pas.

Un vieux Minnesinger, dans un accès de gynécomanie poétique, a cherché à

montrer par une allégorie singulière que la femme est réellement la

maîtresse. Il l'a représentée assise sur un trône superbe, avec une

constellation de douze étoiles pour couronne et la tête de l'homme pour

marchepied.

Proverbes sur les femmes, l'amitié, l'amour et le mariage · 第 2 / 25 段