Cela signifie que la foi promise par une femme est aussi fug

PROVERBES

SUR

LES FEMMES

L'AMITIÉ

L'AMOUR ET LE MARIAGE

RECUEILLIS ET COMMENTÉS

PAR

M. QUITARD,

Auteur du _Dictionnaire des Proverbes_

NOUVELLE ÉDITION

CONSIDÉRABLEMENT AUGMENTÉE

PARIS

GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS

6, RUE DES SAINTS-PÈRES, 6

1889

PARIS.--IMPRIMERIE CHARLES BLOT, RUE BLEUE, 7.

AVIS DES ÉDITEURS

La PREMIÈRE ÉDITION de ce Livre, tiré à plusieurs milliers

d'exemplaires, est entièrement épuisée depuis quelques années. Celle que

nous publions aujourd'hui, d'après les nombreuses demandes qui nous ont

été adressées, n'est pas une reproduction pure et simple de la

précédente. Outre les retouches et les additions que l'auteur a faites à

l'ancien texte, cette édition comprend une assez grande quantité

d'articles inédits, et non moins instructifs qu'amusants par la variété

des traditions, des usages, des origines et des documents précieux

qu'elle contient. Grâce à toutes ses améliorations, cet ouvrage est

devenu plus nouveau et plus amusant; et nous sommes fondés à espérer que

le public voudra bien l'accueillir avec la même faveur dont il a honoré

celui dont il est le corrigé et le complément.

AVERTISSEMENT

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Il y a longtemps que je m'occupe DES PROVERBES, considérés comme

expression des mœurs et des coutumes nationales. J'en ai publié, en

1842, un dictionnaire qui a obtenu quelque succès en France et à

l'étranger. Depuis, j'ai revu et considérablement augmenté ce premier

travail, dont j'ai inséré de nombreux fragments inédits dans mes _Études

historiques, littéraires et morales sur les proverbes français_, etc.

Il m'a paru piquant de détacher encore de mon manuscrit les proverbes,

maximes et dictons relatifs aux Femmes, à l'Amitié, à l'Amour et au

Mariage, et de former, en leur donnant des développements nouveaux, une

sorte de blason proverbial de ces quatre objets, sur lesquels on n'a

cessé et on ne cessera jamais d'écrire.

Je n'ai point voulu suivre l'exemple des auteurs qui se sont amusés à

faire des archives de satire et de scandale contre le beau sexe. J'ai

dit de lui le bien comme le mal avec une liberté consciencieuse, et j'ai

tenu à respecter mon sujet. J'espère donc qu'il ne désapprouvera point

les vérités que ce petit livre lui présente, vérités sérieuses quoique

sous une forme parfois plaisante et vive.

Puisse le public, de son côté, l'accueillir avec la même indulgence que

mes publications précédentes.

PROVERBES

SUR

LES FEMMES

Il faut trente qualités à une femme pour être parfaitement belle.

C'est ce qu'a dit le premier l'auteur d'un vieux livre français

intitulé: _De la Louange et de la Beauté des dames_, où il a résumé

trois par trois en dix triades, les trente choses qui, suivant lui,

constituent la perfection, la beauté idéale de la forme féminine telle

que fut, dit-on, celle d'Hélène.

Corniger a mis le texte français en dix-huit vers latins, qui ont été

insérés par Jean Nevizan dans sa _Forêt nuptiale_ et qui débutent ainsi:

_Triginta hæc habeat quæ vult formosa vocari.

Fœmina sic Helenam fama fuisse refert._

«La femme qui veut être reconnue belle doit avoir les trente qualités

que la renommée attribue à Hélène.»

Vient ensuite l'énumération de ces trente qualités dont nous donnons la

traduction tirée du conte de Saintine intitulé: un _Rossignol pris au

trébuchet_:

Trois choses blanches: la peau, les dents et les mains;

Trois noires: les yeux, les sourcils et les cils;

Trois rouges: les lèvres, les joues et les ongles;

Trois longues: le corsage, les cheveux et les cils;

Trois larges: la poitrine, le front et les hanches;

Trois étroites: la bouche, la ceinture et le cou-de-pied;

Trois grosses: le bras, le mollet et ***;

Trois arquées: la taille, le nez et les sourcils;

Trois rondes: le sein, le cou et le menton;

Trois petites: le pied, la main et l'oreille.

Il faut choisir une femme avec les oreilles plutôt qu'avec les yeux.

Il faut considérer la bonne réputation plutôt que la beauté de celle

qu'on veut prendre pour épouse. Ne regarder qu'à la beauté dans le choix

d'une épouse, c'est vouloir, comme disait la reine Olympias, _se marier

pour les yeux_, ou, suivant une expression dont Corneille s'est servi:

_épouser un visage_.

_Heirathe das Weib, nicht die Gestalt_ (prov. allemand). _Épouse la

femme, non la figure._

On lit dans les _Préceptes de mariage_ de Plutarque:

«Il ne faut pas se marier au gré de ses yeux seulement, ni au rapport de

ses doigts, comme font aucuns qui comptent sur leurs doigts combien leur

femme leur apporte en mariage, et ne considèrent pas premièrement si

elle est conditionnée de sorte qu'ils puissent vivre heureux avec elle.»

Lamothe le Vayer dit que le sommeil dans lequel Dieu plongea notre

premier père, au moment où il voulut lui donner une compagne, est un

avis de nous défier de notre vue et de prendre une femme les yeux

fermés.

Fille honnête et morigénée

Est assez riche et bien dotée.

Cette maxime rimée est prise de la réponse que fit Bias, l'un des sept

sages de la Grèce, à quelqu'un qui lui demandait quelle était la

meilleure dot d'une fille. C'est une vie pudique, dit le philosophe. La

demande et la réponse ont été renfermées dans cet hexamètre du poète

Ausone:

_Quæ dos matronæ pulcherrima?--Vita pudica._

«Diamant qui n'a point de tache est toujours bien enchâssé. Il en est de

même d'une fille: elle est assez noble et assez riche si elle est

chaste, modeste et vertueuse.» (Maxime chinoise.)

_Gratia super gratiam mulier sancta et pudorata._ (_Ecclesiastic._,

XXVI, 19.) «La femme sage et pudique a une grâce au-dessus de toute

grâce.»

Maison faite et femme à faire.

Il faut acheter une maison toute faite, afin de ne pas être exposé aux

inconvénients et aux dépenses qu'entraîne la bâtisse, et il faut prendre

une jeune femme dont le caractère ne soit pas entièrement formé, afin de

pouvoir la façonner sans peine à la manière de vivre qu'on veut lui

faire adopter.

Les Anglais disent dans le même sens: _A horse made and a wife to

make._--_Cheval fait et femme à faire._

Il faut être le compagnon et non le maître de sa femme.

Traduction littérale du proverbe roman:

_De sa molher cal estre

Lo companho no lo maestre._

Il faut que l'autorité d'un mari sur sa femme soit celle de la raison.

Il doit s'appliquer à la diriger par de sages conseils, non par des

prescriptions rigoureuses, être pour elle un guide bienveillant, non un

dominateur tyrannique.

_La nature a soumis la femme à l'homme, mais la nature ne connaît point

d'esclaves._ (Prov. chinois.)

«Il faut, dit Plutarque dans ses _Préceptes de mariage_, que le mari

domine la femme, non comme le seigneur fait son esclave, ains (mais)

comme l'âme fait le corps, par une mutuelle dilection et affection dont

il est lié avec elle, et en lui complaisant et la gratifiant.»

On lit dans une interprétation talmudique du passage de la Genèse sur la

création d'Ève: «Si Dieu eût voulu que la femme devînt le chef de

l'homme, il l'eût tirée de son cerveau; s'il eût voulu qu'elle fût son

esclave, il l'eût tirée de ses pieds. Il voulut qu'elle fût sa compagne

et son égale, en conséquence il la tira de son côté.» Ce que saint

Thomas a redit, en l'amplifiant de cette manière: «Dieu a créé ainsi la

première femme d'abord par égard pour la dignité de l'homme, afin que

l'homme fût lui seul le principe de toute espèce, comme Dieu est le seul

principe de tout l'univers. En second lieu, la femme n'a pas été créée

de la tête de l'homme, afin que l'on sache qu'elle ne doit pas dominer

l'homme en maîtresse de l'homme; en troisième lieu, elle n'a pas été

créée des pieds de l'homme, afin que l'on sache qu'elle ne doit pas être

méprisée de l'homme comme la servante et l'esclave de l'homme; mais elle

a été créée du côté de l'homme, du cœur même de l'homme, afin que l'on

sache qu'elle doit être aimée par l'homme comme la moitié de l'homme, la

compagne de l'homme, l'égale de l'homme.»

Ce passage de saint Thomas a été traduit et cité par le P. Ventura dans

un sermon.

Les Arabes prétendent que Dieu ne voulut point tirer la femme de la tête

de l'homme, de peur qu'elle ne fût coquette, ni de ses yeux, de peur

qu'elle ne jouât de la prunelle, ni de ses oreilles, de peur qu'elle ne

fût curieuse, ni de ses mains, afin qu'elle ne touchât point à tout, ni

de ses pieds, afin qu'elle n'aimât pas trop à courir. Il la tira de la

côte, de l'innocente côte d'Adam; et, malgré tant de précautions,

ajoutent-ils malicieusement, elle eut un peu de tous ces défauts à la

fois.

Rien n'est meilleur qu'une bonne femme.

_Nil melius mulier bona._ Ce texte latin, dont le proverbe est la

traduction littérale, se trouve dans un recueil de sentences morales en

vers latins, qu'Abélard composa pour l'instruction de son fils.

Mais Hésiode avait dit avant Abélard: «Il n'est aucun bien préférable à

une bonne femme.»

Le trouvère Chardy, dans le _Petit Plet_, poëme publié au treizième

siècle, emploie cette autre sentence analogue: _Une bonne femme est le

plus grand bienfait de la Providence._

_Qui invenit mulierem bonam, invenit bonum, et hauriet jucunditatem a

Domino._ (Salomon, _Prov._, XXVIII, 22.) «Qui a trouvé une bonne femme a

trouvé le bien par excellence, et il a reçu du Seigneur une source de

joie.»

_Mulieris bonæ beatus vir: numerus enim annorum illius duplex._

(_Ecclesiastic._, XXVI, 1.) «Heureux le mari d'une bonne femme, car le

nombre de ses années est doublé.»

Ce qui fait entendre, par contre, que la vie du mari d'une mauvaise

femme est diminuée de moitié.

«La femme, dit Shakespeare, est un mets digne des dieux quand le diable

ne l'assaisonne pas.»

Qui de femme honnête est séparé, d'un don divin est privé.

Proverbe qui paraît avoir été inspiré par ce passage de

l'Ecclésiastique: «La bonne conduite de la femme est un don de Dieu.

_Disciplina illius datum Dei est._» (XXVI, 17.)

Une femme honnête est vraiment un _don divin_, et il n'y a point de plus

grand malheur pour un mari que d'en être séparé, car il perd avec elle

un sage conseil dans ses entreprises, une douce consolation dans ses

chagrins, une heureuse assistance dans ses infirmités, une source

d'agréments et de joie dans toutes les situations de la vie. Et quel

trésor sur la terre pourrait valoir cette fidèle amie, cette tendre

bienfaitrice ou plutôt cette providence de tous les instants: «Un pareil

trésor, dit Salomon, est plus précieux que ce qu'on va chercher au loin

et aux extrémités de la terre. _Procul et de ultimis finibus pretium

ejus._» (Prov., XXXI, 10.)

La femme fait la maison.

Tout irait mal dans une maison sans la femme, la femme sensée, bien

entendu. C'est elle qui en est vraiment le génie tutélaire et qui en

fait la prospérité, en y établissant l'ordre moral et matériel par sa

sagesse, par sa surveillance, par son application aux détails du ménage

et par une foule de soins que le mari ne saurait prendre aussi bien

qu'elle.

Ce proverbe, auquel on ajoute souvent une contrepartie, en disant _la

femme fait ou défait la maison_, existe depuis les temps les plus

reculés. Il se retrouve dans les paroles suivantes de Salomon: _Sapiens

mulier ædificat domum suam: insipiens exstructam quoque manibus

destruet._ (_Prov._, XIV, 1.) «La femme sage bâtit sa maison: l'insensée

détruira de ses mains celle même qui était déjà bâtie.»

On lit dans le _Manava-Dharma Sastra_, ou livre de la loi de Manou: _La

femme, c'est la maison_, et dans un poëte indien: _La femme, c'est la

fortune._

Les Allemands ont ce proverbe: _Die Haus Ehre liegt am Weib._ «L'honneur

de la maison est à la femme.»

La plus honnête femme est celle dont on parle le moins.

«Les anciens, dit Jean-Jacques Rousseau, dans sa lettre à d'Alembert,

avaient, en général, un très-grand respect pour les femmes; mais ils

marquaient ce respect en s'abstenant de les exposer au jugement du

public, et croyaient honorer leur modestie en se taisant sur leurs

autres vertus. Ils avaient pour maxime que le pays où les mœurs étaient

les plus pures était celui où l'on parlait le moins des femmes, et que

la femme la plus honnête était celle dont on parlait le moins.» C'est

sur ce principe qu'un Spartiate, entendant un étranger faire de

magnifiques éloges d'une dame de sa connaissance, l'interrompit en

colère: «Ne cesseras-tu point, lui dit-il, de médire d'une femme de

bien?» De là venait aussi que, dans leur comédie, les rôles d'amoureuses

et de filles à marier ne représentaient jamais que des esclaves ou des

filles publiques.»

Quoique nous n'ayons point pour les femmes le même respect que les

anciens, nous n'en avons pas moins adopté la maxime proverbiale dont ils

se servaient, comme d'une espèce de _criterium_ qui leur faisait

reconnaître le degré d'estime qu'ils devaient à chacune d'elles. Il y a

même dans notre langue une expression vulgaire qui vient à l'appui de

cette maxime: c'est l'expression _faire parler de soi_. Quand elle

s'applique à une femme, elle emporte toujours une idée de blâme, tandis

qu'elle se prend généralement dans un sens d'éloge quand elle se

rapporte à un homme. _Cette femme fait parler d'elle_ est une phrase qui

signifie que cette femme donne lieu à de mauvais propos sur son compte

par une conduite répréhensible. _Cet homme fait parler de lui_ se dit

ordinairement pour exprimer que cet homme se distingue par ses talents

ou par ses belles actions.

_La femme la mieux louée est celle dont on ne parle pas._ (Prov.

chinois.)

La maxime qui veut que la femme la plus honnête soit celle dont on parle

le moins a été attribuée par quelques-uns à Périclès, par quelques

autres à Thucydide, quoique celui-ci ne la cite que comme un mot de

Périclès, et par Synésius à Osiris. Elle a été désapprouvée par

Plutarque au début de son traité _Des vertus des femmes_. «Il me semble,

dit-il, que Gorgias estoit plus raisonnable, qui vouloit que la

renommée, non le visage de la femme, fût connue de plusieurs.»

La bonne femme n'est jamais oisive.

Si elle l'était, elle ne serait pas la bonne femme, c'est-à-dire celle

qui se dévoue à la pratique de tous ses devoirs avec lesquels l'oisiveté

_mère des vices_ est incompatible; car, suivant une maxime de Pythagore

«le phénix est une femme oisive et sage à la fois.»

Notre proverbe est l'expression d'une pensée qui domine dans le portrait

que Salomon a tracé de la _femme forte_ ou vertueuse. Voici ce portrait

où l'on verra la réunion des qualités qui devaient constituer le

caractère de la femme par excellence dans les mœurs primitives:

«Qui trouvera la femme forte? Elle est plus précieuse que ce qui

s'apporte de l'extrémité du monde.

»Le cœur de son mari met sa confiance en elle, et il ne manquera point

de dépouilles.

»Elle lui rendra le bien et non le mal pendant tous les jours de sa vie.

»Elle a cherché la laine et le lin, et elle a travaillé avec des mains

sages et ingénieuses.

»Elle est comme le vaisseau d'un marchand qui apporte de loin son pain.

»Elle se lève lorsqu'il est encore nuit: elle a partagé le butin à ses

domestiques et la nourriture à ses servantes.

»Elle a considéré un champ, et l'a acheté; elle a planté une vigne du

fruit de ses mains.

»Elle a ceint ses reins de force, et elle a affermi son bras.

»Elle a goûté, et elle a vu que son trafic est bon; sa lampe ne

s'éteindra point pendant la nuit.

»Elle a porté sa main à des choses fortes, et ses doigts ont pris le

fuseau.

»Elle a ouvert sa main à l'indigent; elle a étendu ses bras vers le

pauvre.

»Elle ne craindra point pour sa maison le froid ni la neige, parce que

tous ses domestiques ont un double vêtement.

»Elle s'est fait des meubles de tapisserie; elle se revêt de lin et de

pourpre.

»Son mari sera illustre dans l'assemblée des juges, lorsqu'il sera assis

avec les sénateurs de la terre.

»Elle a fait un linceul et l'a vendu, et elle a donné une ceinture au

Chananéen.

»Elle s'est revêtue de force et de beauté, et elle rira au dernier jour.

»Elle a ouvert sa bouche à la sagesse, et la loi de clémence est sur sa

langue.

»Elle a considéré les sentiers de sa maison, et elle n'a point mangé son

pain dans l'oisiveté.

»Ses enfants se sont levés et ont publié qu'elle était très-heureuse,

son mari s'est levé, et il l'a louée.

»Beaucoup de filles ont amassé des richesses; mais vous (ô femme forte)

les avez toutes surpassées.

»La grâce est trompeuse, et la beauté est vaine: la femme qui craint le

Seigneur est celle qui sera louée.

»Donnez-lui du fruit de ses mains, et que ses propres œuvres la louent

dans l'assemblée des juges.»

(_Proverbes_, ch. XXXI, trad. de Le Maistre de Sacy.)

Prends le premier conseil d'une femme, et non le second.

Les femmes jugent mieux d'instinct que de réflexion: elles ont l'_esprit

prime-sautier_, suivant l'expression de Montaigne; elles savent pénétrer

le secret des cœurs et saisir le nœud des intrigues et des affaires avec

une merveilleuse sagacité, et les soudains conseils qu'elles donnent

sont presque toujours préférables aux résultats d'une lente méditation.

C'est pour cela sans doute que les peuples celtiques leur attribuaient

le don des oracles, et leur accordaient une grande influence dans les

délibérations politiques. Ils disaient que _si la raison de l'homme

vient de la vie et de la science, celle de la femme vient de Dieu_.

Les Hébreux, les Grecs et les Romains pensaient aussi que les femmes

avaient des lumières instinctives qui leur venaient d'en haut. La

Sulamite de Salomon, la Diotime de Platon et l'Égérie de Numa attestent,

chez eux, l'existence de ce préjugé auquel l'Inde ne fut peut-être pas

étrangère, comme le prouve le drame de Sacontala.

Les Chinois croient que les secondes vues chez les femmes ne valent pas

les premières, et ils disent, par un proverbe semblable au nôtre: _Les

premiers conseils des femmes sont les meilleurs, et leurs dernières

résolutions sont les plus dangereuses._

Ce que femme veut Dieu le veut.

Il n'y a pas moyen de résister à la volonté de la femme. Ce qu'elle veut

doit s'accomplir comme si Dieu le voulait.

En attribuant ainsi à l'opiniâtre vouloir du beau sexe une force égale à

la puissance divine, on n'a fait que prêter une nouvelle forme à une

pensée fort ancienne qu'on trouve dans ce passage des _Troyennes_

d'Euripide: «Toutes les folles passions des mortels sont pour eux autant

de Vénus;» et dans le 185e vers de l'_Énéide_ de Virgile, liv. IX:

_Sua cuique deus fit dira cupido._

Chacun se fait un dieu de son brûlant désir.

Les Latins avaient deux proverbes analogues, qu'ils appliquaient aux

hommes comme aux femmes: «_Nobis animus est deus._ Notre esprit est un

dieu pour nous.» «_Quod volumus sanctum est._ Ce que nous voulons est

saint et sacré.» Le premier est rapporté en grec par Plutarque, et le

second est cité par saint Augustin.

On connaît ce vers charmant de La Chaussée:

Ce que veut une femme est écrit dans le ciel.

Il est issu de notre proverbe comme une fleur de sa tige.

Le crayon de Grandville a illustré ce proverbe d'un dessin qui offre une

scène de la vie privée. On y voit un marchand tenant un cachemire, un

mari lisant la facture avec une espèce de contorsion qui signifie que

madame doit renoncer au précieux tissu, et celle-ci, pressant sur son

sein le bras du Père Éternel, dont le geste commande la soumission au

mari récalcitrant. Toutes les circonstances sont très-bien

caractérisées, tous les détails sont rendus fort joliment; mais il est à

regretter que l'artiste n'ait point songé à placer dans un coin le

diable en tapinois, riant du Père Éternel qui a la bonhomie de soumettre

sa volonté à celle de la femme.

Il n'est plus fort lien que de femme.

Il est presque impossible de se détacher d'une femme qu'on aime. L'amant

dépité contre sa maîtresse a beau jurer de la fuir; tous les serments

que sa bouche prononce sont démentis par son cœur. Une attraction

invincible le ramène sans cesse vers elle. Les efforts qu'il a faits

pour relâcher les nœuds qui l'enlacent n'ont servi qu'à les resserrer

davantage, et le voilà plus que jamais livré, corps et âme, à celle dont

les regards si ravissants, les sourires si gracieux, les paroles si

pleines de charme et les caresses si enivrantes, lui donnent, dans sa

captivité, un bonheur qu'il n'eut pas dans son indépendance.

Le proverbe: _Il n'est plus fort lien que de femme_, s'applique aussi au

lien conjugal que tant de _maris bien marris_ se plaignent de ne pouvoir

rompre.

La plus belle femme (ou la plus belle fille) ne peut donner que ce

qu'elle a.

Pour dire que, lorsqu'une personne fait tout ce qu'elle peut, il ne faut

pas lui demander davantage.

Ce proverbe n'est pas juste sous tous les rapports; car en amour une

femme donne plus que ce qu'elle accorde, puisque c'est l'imagination qui

fait le prix de ce qu'on reçoit. Ses faveurs _ont plus que leur réalité

propre_, suivant l'heureuse expression de Montesquieu. Voltaire a

très-bien dit aussi: «L'amour est l'étoffe de la nature que

l'imagination a brodée.»

Stendhal a exprimé la même idée par cette comparaison ingénieuse: «Aux

mines de sel de Saltzbourg, on jette, dans les profondeurs abandonnées

de la mine, un rameau d'arbre effeuillé par l'hiver; deux ou trois mois

après, on le retire couvert de cristallisations brillantes: les plus

petites branches, celles qui ne sont pas plus grosses que la patte d'une

mésange, sont garnies d'une infinité de diamants mobiles et

éblouissants; on ne peut plus reconnaître le rameau primitif.

«C'est ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opération de l'esprit

qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de

nouvelles perfections.»

«C'est, dit-il encore, cet ensemble d'illusions charmantes qu'on se fait

sur l'objet aimé que j'appelle cristallisation.»

Il n'est attention que de vieille femme.

Une jeune femme ne s'occupe guère que d'elle-même. Elle est enivrée de

sa beauté au point de croire qu'elle n'a pas besoin d'autre séduction

pour régner sur les hommes. Mais il n'en est pas de même d'une femme qui

commence à vieillir. Elle sent que son empire ne peut plus se maintenir

par des charmes qu'elle voit s'altérer chaque jour. Elle sacrifie sa

vanité aux intérêts de son cœur; elle s'applique à fixer l'homme qu'elle

aime par les attraits de la bonté; elle est toujours aux petits soins

pour lui plaire, et il n'y a point de douces prévenances, de délicates

attentions qu'elle ne lui prodigue.

Ce proverbe s'entend aussi de certaines fonctions domestiques confiées

aux femmes. Il est reconnu qu'une vieille femme s'en acquitte plus

soigneusement qu'une jeune. Par exemple: elle est bien meilleure

garde-malade, car elle ne cherche pas autant à prendre ses aises et ne

craint pas que la privation de sommeil lui donne un teint pâle avec des

yeux battus.

La femme est toujours femme.

C'est-à-dire toujours faible, toujours légère, toujours inconstante,

etc.; tel est le jugement qu'en porte Virgile:

... Varium et mutabile semper

Fœmina.

(_Æneid._, IV, 569.)

Ce que François Ier répétait dans le premier vers de ce distique inscrit

par lui sur le panneau d'une fenêtre de Chambord:

Toujours femme varie,

Est bien fol qui s'y fie.

Shakespeare s'écriait: «_Frailty, thy name is Woman_. Fragilité, ton nom

est femme.»

Est-il permis de douter de la vérité proverbiale affirmée par un roi et

par deux grands poëtes?--Pourquoi pas? répondent les femmes: la parole

royale, jadis réputée infaillible, n'a plus de crédit aujourd'hui, et

les paroles des poëtes n'en ont jamais eu. Un d'eux a dit, et il faut

l'en croire, qu'ils réussissaient mieux dans la fiction que dans la

vérité.

La femme est un oiseau qu'on ne tient que par le bout de l'aile.

La glose, qu'on joint quelquefois au texte comme partie intégrante,

ajoute que cet oiseau s'envole au premier instant et ne laisse qu'une

plume dans la main de celui qui croyait le garder. C'est-à-dire, sans

figure, que la femme est un être excessivement volage, qu'elle ne donne

jamais sur elle de prise assurée et qu'elle ne peut être retenue dans

aucun lien d'amour. Je n'ose dire qu'il en soit ainsi, quoique

l'inconstance paraisse démontrée par une myriade d'exemples dont je n'ai

pu trouver la vérité contestée dans aucune des apologies du beau sexe:

mais je m'abstiendrai de dire le contraire tant que je verrai des ailes

à l'oiseau.

Foi de femme est plume sur l'eau.

Cela signifie que la foi promise par une femme est aussi fugitive que la

trace d'une plume sur l'eau, ce qui est pris du trait suivant d'une

épigramme de Catulle:

... Mulier cupido quod dicit amanti,

In vento et rapida scribere oportet aqua.

Ce que dit une femme à son crédule amant doit s'écrire sur le vent ou

sur l'onde rapide.

Ce qui a beaucoup d'analogie avec le mot de Pittacus: «Les deux choses

les plus changeantes sont le cours des eaux et l'humeur des femmes.»

Un proverbe des Scandinaves dit: _Ne vous fiez point aux promesses de la

femme, car son cœur a été fait tel que la roue qui tourne._ Comparaison

qui se retrouve appliquée à l'insensé dans ce verset de

l'Ecclésiastique: _Præcordia fatui quasi rota carri, et quasi axis

versatilis cogitatus illius_ (XXXIII, 5). «Le cœur de l'insensé est

comme la roue d'un char, et sa pensée comme l'essieu mobile.»

Les Orientaux expriment une idée analogue par cette triade proverbiale:

_L'amitié des grands, le soleil d'hiver et les serments d'une femme sont

trois choses qui n'ont point de durée._

Les Espagnols ont ce proverbe qu'ils emploient dans le même sens que le

nôtre: _Quien prende el anguila por la cola y la mujer por la palabra

bien puede decir que no tiene nada._--_Qui prend l'anguille par la queue

et la femme par la parole, peut bien dire qu'il ne tient rien du tout._

Un poëte, Alexandre Soumet, a mis dans la bouche de l'Antechrist, roi

des enfers, les vers suivants contre l'inconstance et la perfidie des

femmes:

O femmes! sous nos pas embûche si profonde,

Flot le plus orageux de l'océan du monde,

Pour vous livrer son sort qu'il faut être insensé!

Le désespoir habite où la femme a passé.

Artisans de malheur entre tout ce qu'on aime,

De la déception votre charme est l'emblème,

Et votre doux regard, sur nos fronts arrêté,

Est déjà le rayon de l'infidélité.

A tout rêve nouveau vous vous laissez conduire;

Autant que le démon l'ange peut vous séduire.

Vos regrets n'ont qu'une heure. On voit briller vos pleurs

Moins longtemps à vos yeux que la rosée aux fleurs;

En vain à consoler la pitié vous invite,

Près des grands dévouements vos pieds froids passent vite!

Sœurs de l'ingratitude et reines de l'oubli,

Vos cœurs dans la constance ont toujours défailli.

(_Divine Épopée_, ch. IX.)

L'amour d'une femme est un sable mouvant sur lequel on ne peut bâtir que

des châteaux en Espagne.

Ce mot proverbial est un trait d'_humour_ de bon aloi. Tout y frappe et

y surprend agréablement l'esprit. Les idées et les expressions en sont

ingénieuses; leur assortiment est bien entendu; leur progression est

habilement calculée pour amener naturellement et sans disparate le trait

final qu'il serait difficile de prévoir: circonstance qui le rend bien

plus piquant.

Il ne faut pas se fier à femme morte.

Voilà une fameuse hyperbole proverbiale! elle est traduite du texte

latin: _Mulieri ne credas, ne mortuæ quidem_; lequel est lui-même

traduit du grec. Diogénien, grammairien qui vivait sous l'empereur

Adrien, dit dans son recueil de proverbes qu'elle fut imaginée par

allusion à la funeste aventure d'un jeune homme qui, étant allé visiter

le tombeau de sa marâtre, fut écrasé par la chute d'une colonne élevée

sur ce tombeau.

Les Anglais expriment la même défiance envers les femmes, en disant que

le diable assoupit rarement leurs mensonges dans la fosse: _Seldom lies

the devil dead in a ditch._

Si la femme était aussi petite qu'elle est bonne, il suffirait d'une

feuille de persil pour lui faire un habillement complet et une couronne.

Manière originale et comique de classer la bonté de la femme parmi les

infiniment petits. J'ai entendu citer quelquefois, en Provence, cette

plaisanterie proverbiale, qui est également usitée en Italie, et je ne

saurais dire avec certitude dans lequel des deux pays elle a pris

naissance; mais comme elle me paraît remonter au delà du treizième

siècle, je serais tenté de croire qu'elle a été imaginée par quelque

troubadour qui aura voulu s'égayer aux dépens du sexe dans quelque

sirvente satirique.

Femme rit quand elle peut et pleure quand elle veut.

La femme a peu d'occasions de rire, et elle en a beaucoup de pleurer;

mais, par compensation, elle sait tourner ces dernières à son avantage,

et il faut bien croire que les larmes lui plaisent, puisqu'elle en

répand à volonté. Ovide prétend que la facilité des larmes chez les

femmes est le résultat d'une étude spéciale.

_Ut flerent oculos erudiere suos._

«Elles ont instruit leurs yeux à pleurer.»

Larmes de femme, assaisonnement de malice.

Ce proverbe, littéralement traduit du latin: _Muliebres lacrymæ

condimentum malitiæ_, signifie que lorsqu'une femme veut vous servir un

plat de son métier, elle y met ses larmes en guise de sauce.

On lit dans les distiques de Dyonisius Caton:

_Tum lacrymis struit insidias quum fœmina plorat._

La femme qui pleure dresse des embûches au moyen de ses larmes.

Les Italiens disent: _Due sorte di lagrime negli occhi delle donne, una

di dolore, altra d'inghanni. Deux sortes de larmes dans les yeux des

femmes, l'une de douleur et l'autre de tromperie._ Ils disent encore:

_Le donne sono simili al coccodrillo: per prendere l'uomo piangono e

presso lo divorano. Les femmes sont semblables au crocodile: pour

prendre l'homme, elles pleurent, et une fois pris, elles le dévorent._

Caresses de femme, caresses de chatte.

La chatte est un animal égoïste et perfide. Elle ne nous caresse pas,

elle se caresse à nous, suivant l'expression de Rivarol, et dans ce

manége, qui n'a que de douces apparences, elle nous fait sentir ses

griffes acérées, sorties tout à coup du velours qui les recouvre. S'il

fallait en croire le proverbe, la femme, à qui l'on suppose une nature

féline, agirait de même, dans des vues personnelles et artificieuses.

Elle ne chercherait auprès de l'homme que son propre intérêt et son

propre plaisir; elle ne lui prodiguerait ses aimables cajoleries que

pour déguiser les trahisons qu'elle médite contre lui. Cette accusation,

qu'on prétend justifier par quelques faits particuliers, est

généralement fausse et odieuse. J'en dis autant de la maxime suivante

des Grecs rapportée par Stobée: «Rien n'est plus dangereux qu'une femme

lorsqu'elle emploie les caresses.»

De telles incriminations sont détruites par leur exagération même. Il

faut être sans cœur pour redouter un guet-apens dans les témoignages

d'amour qu'on reçoit d'une belle, et pour supposer des griffes satanées

aux mains satinées qu'elle tend à nos baisers.

La femme sait un art avant le diable.

Il faut que cet art soit de notoriété publique pour que son nom ait pu

être supprimé dans le texte proverbial sans donner à personne l'embarras

de le deviner. Est-il quelqu'un, en effet, qui ait besoin de consulter

la glose pour savoir que c'est l'art de tromper? La glose dit que la

femme la plus innocente est plus habile pour tromper que le diable le

plus malin.

Je n'examinerai point si cette glose n'est pas pire que le texte, et

s'il n'y a pas beaucoup à rabattre de cette opinion, si accréditée parmi

les hommes, que la femme est un être pétri de ruse, de fausseté et de

malice, qui met tout son esprit à ne pas se laisser deviner, pour mieux

assurer le succès de ses artifices, et dont on ne doit attendre que

d'amères déceptions. Je me borne à rapporter l'accusation publique

formulée par le proverbe, sans prétendre la juger, et je laisse au beau

sexe le soin d'y répondre, ce qu'il ne manquera pas de faire; car

_jamais femme_, dit-on, _n'a gâté sa cause par son silence_.

L'homme est de feu, la femme d'étoupe, le diable vient qui souffle.

Et sous le souffle du diable, le feu de l'homme se communique à la femme

d'autant plus vite que la matière dont on la dit formée est plus

inflammable. En un instant tous deux brûlent à l'unisson, et le diable,

qui ne veut pas laisser leur combustion incomplète, continue à souffler

de toute sa force, jusqu'à ce qu'il les ait bien enflammés. N'allez pas

croire pourtant qu'ils soient réduits en cendres.

Il n'est à l'époque présente

Aucun amant, aucune amante

Dont l'amour cause le trépas;

Ils ont tous un cœur d'amiante

Que le feu ne consume pas.

Et puis, le diable est obligé d'exercer son métier de souffleur sur tant

de millions de couples, qu'il ne peut s'arrêter longtemps sur le même.

Encore un moment, et vous allez voir celui qui se débat au milieu de

l'incendie en sortir aussi frais que s'il venait de prendre un bain

froid.

Ainsi le veut la nature qui, toujours soigneuse d'entretenir la durée

par la modération, ne souffre pas que rien de violent soit durable, et

ramène de l'excès qui détruit à la retenue qui conserve.

Qu'ils sont nombreux ces incendiés qui ont été rejetés tout à coup de

l'enfer de feu dans l'enfer de glace!

Ce que diable ne peut, femme le fait.

La femme a de plus puissants moyens que le diable pour séduire et perdre

les hommes: combien d'hommes, en effet, qui avaient eu la force de

résister à leurs penchants criminels, ont fini par y succomber lorsque

l'influence d'une femme est venue peser sur eux! Voyez les drames

terribles qui se dénouent dans les cours d'assises: les catastrophes

n'en sont-elles pas déterminées presque toujours par cette fatale

influence?

Ce proverbe, qui était, je crois, un des axiomes de Méphistophélès, est

traduit de ce texte latin du moyen âge: _Quod non potest diabolus mulier

evincit_.

Le renard en sait beaucoup, mais une femme amoureuse en sait davantage.

La femme, ou la fille la plus simple, est toujours fort habile dans les

affaires qui intéressent son cœur. On dirait que l'amour lui donne la

faculté de tout voir. Rien ne lui échappe. Elle sait mettre à profit

tout ce qui lui est favorable et tourner à son avantage les

circonstances les plus compromettantes. Rien de subtil et d'exercé comme

son instinct. Elle trouve mille expédients mieux imaginés les uns que

les autres pour se tirer d'embarras; elle agit avec adresse et

résolution dans des conjonctures où l'homme le plus fin tâtonne et

délibère, et elle atteint le but quand celui-ci consulte encore sur les

moyens d'y arriver.

La femme est une araignée.

C'est-à-dire qu'elle prend l'homme dans ses piéges comme l'araignée

enlace le moucheron dans sa toile. Cette métaphore proverbiale, usitée

au quinzième siècle, n'est pas gracieuse, mais elle paraît juste, et son

défaut de délicatesse est compensé par son énergie. Notons, d'ailleurs,

que la dénomination d'araignée n'avait alors rien d'ignoble. Louis XI

était appelé dans un sens élogieux l'_Araignée universelle_, à cause de

son travail incessant à ourdir la toile dont il occupait le centre et

dont il étendait partout les fils.

L'œil de la femme est une araignée.

Cette variante du proverbe précédent ne s'applique guère qu'à une femme

âgée dont l'œil, embusqué dans sa patte d'oie, reluque ardemment

quelques jouvenceaux, comme l'araignée, tapie dans son réseau, guette

quelque moucheron. Celle-ci n'est pas plus avide que l'autre d'avoir une

proie à dévorer.

Prends femme, Jean, et dors tant que tu voudras, car elle saura bien te

réveiller.

Les Orientaux disent: _Que celui qui ne sait pas se donner d'occupation

prenne femme._ Mais leur proverbe est bien moins piquant que le nôtre,

formé plaisamment d'une succession de traits inattendus, dont le dernier

fait ressortir la naïveté malicieuse d'une manière vraiment comique.

Fou est le jaloux qui tente de garder sa femme.

Ce proverbe se trouve en langue romane dans le poëme de Flamenca:

Bien es fols gilos que s'esforsa

De gardar moillier.

Le conte suivant, rapporté avec quelques variantes de détails, dans

plusieurs recueils étrangers, notamment dans les _Veillées allemandes_

de Grimm, démontre fort bien l'extrême difficulté de garder une femme.

Un homme, qui se défiait de la fidélité de la sienne, appela un démon

familier de sa connaissance et lui dit: «Mon bon ami, je vais faire un

voyage, et je veux te confier la garde de mon honneur conjugal, pendant

mon absence. Me promets-tu de ne laisser approcher aucun galant de ma

maison?--Volontiers,» répondit le diable, ne prévoyant pas à quelle rude

corvée il s'engageait; et le mari se mit en route, un peu rassuré sur

les craintes dont il était assiégé. Mais il sortait à peine de la ville,

que sa femme, pressée de se donner du bon temps avec ses amoureux, les

avait déjà invités à venir tour à tour auprès d'elle. Le fidèle gardien

chercha d'abord à faire manquer ces rendez-vous par toute sorte

d'artifices. Bientôt après, sentant que son génie inventif n'y suffisait

point, il entra en fureur et jura de traiter sans pitié tous les

imprudents qui s'obstineraient à le contrarier. En effet, il assomma le

premier qu'il surprit, noya le second dans une mare, enterra le

troisième sous un tas de fumier, fit sauter le quatrième par la fenêtre,

etc., etc., etc. Cependant, la dame était sur le point de tromper sa

vigilance, lorsque le mari revint. «Ami, lui dit le diable tout

essoufflé de fatigue, reprends la garde de ton logis; je te rends ta

femme telle que tu me l'as laissée: mais à l'avenir, choisis un autre

surveillant; je ne veux plus l'être, j'aimerais mieux garder tous les

pourceaux de la forêt Noire que de forcer une femme d'être fidèle malgré

sa volonté.»

Les Provençaux disent: _Vourië mai tenir un panier dë garris qu'uno

fillo dë vingt ans._ «Il vaudrait mieux tenir un panier de souris qu'une

fille de vingt ans.»

Une bonne femme est une mauvaise bête.

J'ai honte de rapporter ce grossier dicton, mais il tient à une

circonstance nécrologique qui mérite d'être connue, et qui prouve,

d'ailleurs, qu'il est gratuitement injurieux. Le seigneur des Accords

nous apprend, dans son _Chapitre des notes_, qu'il est né de

l'interprétation faite par les mauvais plaisants du monogramme lapidaire

M. B., qui signifie _Mulier Bona_ (femme bonne), et auquel ces messieurs

ont voulu faire signifier _Mala Bestia_ (mauvaise bête).

J'ajouterai que ce monogramme, qu'on inscrivait jadis sur les tombeaux

des femmes, a donné lieu aussi à cet autre dicton: _Les bonnes femmes

sont toutes au cimetière._

Bonne femme, mauvaise tête,

Bonne mule, mauvaise bête.

Encore un dicton qui tient à l'interprétation que nos pères, grands

amateurs de rébus, ont donnée abusivement au monogramme M. B. (_Mulier

Bona_) dans lequel ils ont vu _Mula Bona_ (mule bonne), tout aussi bien

que _Mala Bestia_, ce qui a fait dire, en combinant les trois versions:

_Une bonne femme et une bonne mule sont deux mauvaises bêtes._ A la

vérité, le dicton: _Bonne femme, mauvaise tête; bonne mule, mauvaise

bête_, n'indique la prétendue similitude des deux êtres que par un

simple rapprochement, au lieu de la marquer en termes exprès; mais la

réticence a été malignement calculée pour mieux attirer l'attention sur

l'entêtement de la femme, auprès duquel n'est pas même compté celui de

la mule, qui passe pourtant pour la bête la plus têtue. C'est un trait

décoché avec une habileté perfide contre la tête féminine. Malgré cela,

il ne reste pas moins impuissant que tous les autres traits auxquels

cette tête a été destinée à servir de but. Elle est, dit-on, à l'épreuve

de toutes les atteintes, par la faveur spéciale de Satan, toujours

attentif à la conservation de son plus cher ouvrage; car sachez bien que

Satan en a été le fabricateur. Ce n'est pas moi qui le dis; c'est un

grave docteur _in utroque jure_. On lit dans le livre savant et curieux

intitulé: _Sylva nuptialis_ (la Forêt nuptiale), composé par Jean

Nevizan, professeur de droit à Turin, au commencement du seizième

siècle: «Dieu se plut à former dans la femme toutes les parties du corps

qui sont douces et aimables; mais pour la tête, il ne voulut pas s'en

mêler, et il en abandonna la façon au diable. _De capite noluit se

impedire, sed permisit illud facere dæmoni._»

Les impertinents prétendent que ce fait est hors de doute, attendu que

l'ouvrage porte la marque de l'ouvrier.

La femme ne doit pas apporter de tête dans le ménage.

Le mot _tête_ se prend pour _entêtement_, volonté opiniâtre, dans ce

vieux proverbe qui correspond très-exactement, par le sens et par

l'expression, à la maxime latine du moyen âge: «_Mulier non debet esse

proprii capitis._ La femme ne doit pas avoir une tête à elle,»

c'est-à-dire ne doit pas agir d'après sa propre tête.

C'est assez d'une seule tête chez un couple conjugal. S'il y en avait

deux, elles ne sauraient compatir ensemble, car deux têtes de cette

espèce ne sont pas de celles qui puissent réaliser le symbole proverbial

des _deux têtes dans un bonnet_. Elles se choqueraient sans cesse comme

les têtes de deux béliers furieux, et Dieu sait quels graves accidents

il en résulterait pour l'une et pour l'autre. Il faut donc que la femme

renonce à la sienne, qu'elle se soumette à l'autorité raisonnable de son

mari, et qu'elle n'ait d'autre volonté que la volonté de son mari.

Les Danois disent: _Heureux ménage, lorsque la femme est sans volonté et

qu'elle consulte son mari._

La bonne femme est celle qui n'a point de tête.

Je crois que ce proverbe n'est qu'une variante du précédent. Mais au

lieu de s'entendre au figuré, il s'entend presque toujours au propre.

Cette scandaleuse acception, qu'y attachent les mauvais plaisants, est

provenue d'une singulière anecdote que j'ai racontée dans mes _Études

sur le langage proverbial_, et que M. Édouard Fournier, dans un savant

et spirituel article sur mon ouvrage, a redite en termes nouveaux que je

vais lui emprunter, persuadé que les lecteurs auront probablement plus

d'agrément à lire sa rédaction qu'à relire la mienne.

«Je ne répète, a-t-il dit, le proverbe, avec son commentateur, que pour

le réfuter comme lui, et prouver, à votre plus grande gloire, mesdames,

que son origine est un contre-sens.

»Au seizième siècle, pour dire _renommée_, on disait _fame_, du latin

_fama_, d'où cette expression: bien ou mal _famé_.

»Ainsi, parlant de la renommée, Ronsard a écrit dans la quatrième hymne

de son livre Ier:

Mais la _fame_ qui vole et parle librement...

»Les marchands qui ont toujours eu la manie de mettre sur leur enseigne

une _bonne renommée_, qu'ils n'ont pas toujours, firent peindre

au-dessus de leur boutique la bavarde déesse avec ces mots: _A la bonne

fame_.

»Les peintres, qui savaient leur Virgile, n'avaient pas manqué de

représenter la Renommée comme le demande le poëte, dans le 117e vers du

quatrième livre de l'_Énéide_, c'est-à-dire la tête complétement perdue

dans les nuages, _inter nubila_. De là vint l'erreur. En voyant cette

déesse sans tête, avec ces mots sous ses pieds: _A la bonne fame_, on

crut à une épigramme. Ce qui n'était, encore une fois, qu'un

contre-sens, devint une malice qui court encore.»

Le cerveau de la femme est fait de crème de singe et de fromage de

renard.

Bouffonnerie excessivement drôlatique pour faire entendre que la femme

n'a pas de cerveau, puisque les deux animaux, types de malice et de

ruse, avec lesquels ce dicton veut la montrer apparentée de nature, ne

fournissent point les substances dont il suppose que son cerveau est

composé. C'est un trait facétieux de l'_humeur gauloise_, en prenant le

mot _humeur_ dans le sens qu'il avait autrefois et que les Anglais

donnent à leur mot _humour_ qu'ils ont pris du nôtre.

Corps de femme et tête de diable.

Notre-Seigneur Jésus-Christ et saint Pierre se promenaient un soir, à la

nuit tombante, dit une vieille légende populaire. Ils entendirent des

cris qui annonçaient une grande querelle. Le Fils de Dieu ordonna à son

apôtre d'aller au plus vite à l'endroit d'où partaient ces cris et d'y

faire régner la paix. L'apôtre y courut, et y vit une femme aux prises

avec le diable. Il s'efforça de les séparer et de les mettre d'accord,

mais il eut beau faire et dire, le diable et la femme le repoussèrent et

leur dispute continua plus opiniâtre. Indigné de voir son autorité ainsi

méconnue, il ne put maîtriser un mouvement de colère et, tirant son

glaive, il coupa la tête à l'un et à l'autre. Puis il retourna auprès de

son divin maître, à qui il raconta ce qu'il venait de faire. Le Seigneur

lui reprocha vivement cette action criminelle et le renvoya auprès de

ses victimes, afin de rajuster la tête de chacune d'elles au corps dont

elle avait été séparée. Saint Pierre repartit en toute hâte, désireux de

réparer le mal. L'obscurité était déjà un peu épaisse quand il arriva.

Il retrouva à tâtons les deux têtes, les remit de même en leur place et,

les ayant entendues recommencer aussitôt la dispute, il se retira,

persuadé que rien ne manquait à son opération. Cependant ce merveilleux

rebouteur avait fait une étrange méprise: prenant une tête pour l'autre,

il avait adapté celle de la femme au cou du diable et celle du diable au

cou de la femme. De là le dicton: _Corps de femme et tête de diable_.

La femme et la poule se perdent pour trop courir.

«Tout le malheur des hommes, a dit Pascal, répété par Mme de Sévigné,

vient d'une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans

une chambre.» Tout le malheur des femmes vient aussi de ne pas savoir se

tenir à la maison. En prenant des _habitudes trottières_, elles

s'exposent à rencontrer fréquemment des séducteurs qui les perdent,

comme les poules des renards qui les croquent. Ce proverbe, commun à

presque tous les peuples modernes, est fondé sur une observation qui

remonte à la plus haute antiquité où l'on avait pour maxime que _la

femme doit être sédentaire_, ce qu'on exprimait encore sous forme

symbolique, en réduisant en cendre l'essieu du char d'hyménée sur le

seuil de la maison de l'époux, lorsque l'épouse y faisait son entrée

avec lui, après la cérémonie nuptiale.

On sait que Phidias avait voulu rappeler cette maxime en sculptant pour

les Éliens une statue de Vénus, dont le pied posait sur la carapace

d'une tortue.

Alciat a fait de cette statue l'emblème de la femme vertueuse. «O belle

Vénus, dit-il, que signifie cette tortue que vous pressez sous un pied

délicat?--C'est une leçon que Phidias a voulu donner aux personnes de

mon sexe. Il leur conseille, par cet emblème, de rester toujours

attachées à leur maison comme la tortue, sans jamais y faire plus de

bruit qu'elle.»

Temps pommelé et femme fardée

Ne sont pas de longue durée.

Le temps est pommelé lorsqu'il y a des couches de ces petits nuages

blancs qui ressemblent à des flocons de laine et qui sont appelés, en

quelques endroits, par une métaphore assez heureuse, les _éponges du

ciel_. Ce signe, paraît-il quand il fait beau, c'est une preuve que les

vapeurs se condensent; se montre-t-il quand il fait mauvais, c'est une

preuve qu'elles se divisent, et, dans les deux cas, il indique un

changement prochain dans l'état de l'atmosphère.--Le fard est un

cosmétique pernicieux à la peau. Les femmes qui en font usage sont

flétries bien promptement, et c'est là tout ce qu'elles gagnent à

vouloir _mettre sur leur visage plus que Dieu n'y a mis_, comme dit le

troubadour Pierre de Resignac ou Ricignac.--On lit à ce sujet dans la

_Somme_ de maître Drogon de Hautvillers, chanoine de Reims et professeur

de droit civil, que «leurs visages sont des masques derrière lesquels

sont cachées les figures que Dieu leur a données, et que c'est à elles

que s'adresse cette apostrophe de saint Jérôme: «Par quelle audace

levez-vous vers le ciel des visages que le Créateur ne reconnaît

point[1]?»

[1] J'ai tiré ce fragment de maître Drogon d'un plus long fragment que

M. Charles d'Héricault a cité dans son commentaire sur les œuvres de

Coquillart.

Antoine Lasale, traducteur de Bacon, dit que, selon toute apparence, ce

sont les femmes laides qui ont imaginé le fard, pour masquer tout à la

fois et leur propre laideur et les agréments des belles.

Le poëte Brébeuf a composé cent cinquante épigrammes sur une femme

fardée. Je n'y ai vu, en général, que l'abus de l'esprit contre l'abus

du fard.

Il y a deux variantes de ce proverbe qu'on a converti en triade, en y

ajoutant, tantôt _feu de bourrée_ et tantôt _pomme ridée_, qu'on

intercale entre _temps pommelé_ et _femme fardée_.

Les dames parisiennes se fardaient beaucoup au dix-huitième siècle. Un

étranger, à qui l'on demanda ce qu'il pensait de leurs charmes, répondit

sans façon: «Je ne me connais pas en peinture.»

Soleil qui luisarne au matin,

Enfant qui est nourri de vin

Et femme qui parle latin

Ne viennent pas à bonne fin.

Proverbes sur les femmes, l'amitié, l'amour et le mariage · 第 1 / 25 段