Deux mois s'écoulèrent sans qu'Angèle reçut une réponse à sa lettre.
La jeune fille était fort inquiète; ses parents adoptifs la voyaient
dépérir chaque jour, et déjà ils regrettaient les soins dont ils avaient
entouré le fugitif, quand, un matin, Angèle arriva chez eux toute
joyeuse.
--Il m'a écrit! il m'a écrit! cria-t-elle en entrant.
--Ah! fit le charretier avec une expression radieuse qui prouvait qu'il
était soulagé d'un grand poids.
--J'savais qu'i n'était pas malhonnête en toute, c'te jeunesse, dit la
mère Morlaix.
--Voici sa lettre, reprit Angèle; elle est longue; voulez-vous que je
vous la lise?
--Comme de raison, répliqua la bonne femme.
--Il est à Saint-Jean-de-Terre-Neuve, dit Angèle.
--A Saint-Jean-de-Terre-Neuve!
--Oui, il est allé surveiller une pêche pour le compte de l'armateur qui
l'emploie. Mais je vais vous lire la lettre.
La mère Morlaix et son fils se rapprochèrent de leur protégée, laquelle,
tirant de son corsage un paquet de papiers assez volumineux, commença
d'une voix claire et musicale.