Mais, mademoiselle Angèle était fière, comme nous l'a appris la vieille
madame Morlaix, par conséquent elle était brave. La première émotion
calmée, elle se relève, et, quoique toute tremblante, elle court à une
petite table où elle a coutume de déposer une boîte phosphorique. Elle
allume sa lampe, et revient près du corps.
--Sainte-Marie, mère de Dieu, priez pour nous! s'écria-t-elle en
apercevant le sang qui inondait la face d'Alphonse; cet homme a été
assassiné! Au secours!
Mais Angèle n'a pas de voisin, son cri ne trouve pas d'écho.
Alors, maîtrisant ses craintes, elle prend son pot-à-l'eau, une
serviette, et, s'agenouillant à côté du blessé, commence de lui laver le
visage.
Les traits de l'inconnu sont pâles comme ceux d'un mort, ses yeux
fermés, ses lèvres décolorées, mais son pouls bat faiblement. La jeune
fille conçoit une espérance. Avec un peu de charpie, appliquée sur la
plaie, elle arrête l'effusion du sang, puis saisissant le flacon d'eau
de Cologne qui sert à ses ablutions, elle en humecte les lèvres du
patient et lui en frotte le front et les narines.
Longtemps ses efforts sont inutiles, mais le pouls monte insensiblement,
la chaleur ramène le coloris sur les joues de l'évadé, Angèle redouble
ses lotions et ses frictions, et enfin Alphonse ouvre à demi les
paupières, en murmurant:
--Où suis-je?