XIII

Mais, mademoiselle Angèle était fière, comme nous l'a appris la vieille

madame Morlaix, par conséquent elle était brave. La première émotion

calmée, elle se relève, et, quoique toute tremblante, elle court à une

petite table où elle a coutume de déposer une boîte phosphorique. Elle

allume sa lampe, et revient près du corps.

--Sainte-Marie, mère de Dieu, priez pour nous! s'écria-t-elle en

apercevant le sang qui inondait la face d'Alphonse; cet homme a été

assassiné! Au secours!

Mais Angèle n'a pas de voisin, son cri ne trouve pas d'écho.

Alors, maîtrisant ses craintes, elle prend son pot-à-l'eau, une

serviette, et, s'agenouillant à côté du blessé, commence de lui laver le

visage.

Les traits de l'inconnu sont pâles comme ceux d'un mort, ses yeux

fermés, ses lèvres décolorées, mais son pouls bat faiblement. La jeune

fille conçoit une espérance. Avec un peu de charpie, appliquée sur la

plaie, elle arrête l'effusion du sang, puis saisissant le flacon d'eau

de Cologne qui sert à ses ablutions, elle en humecte les lèvres du

patient et lui en frotte le front et les narines.

Longtemps ses efforts sont inutiles, mais le pouls monte insensiblement,

la chaleur ramène le coloris sur les joues de l'évadé, Angèle redouble

ses lotions et ses frictions, et enfin Alphonse ouvre à demi les

paupières, en murmurant:

--Où suis-je?

La fille du pirate · 第 27 / 127 题