Le croira-t-on? ces trois mots épouvantèrent plus mademoiselle Angèle,
que sa chute à son entrée chez elle.
Elle recula, timide, palpitante, incapable d'articuler une réponse.
Tant qu'elle avait eu affaire à un être inanimé, sa pitié naturelle,
cet instinct qui invite toutes les femmes à secourir la faiblesse, avait
étouffé ses appréhensions pour guider son coeur et sa main. Mais quand
le blessé renaquit à la vie, la position changea. Mille pensées, mille
craintes envahirent le cerveau de la jeune fille. «Quel était cet homme?
d'où venait-il? Comment s'était-il introduit dans son domicile! Si
c'était un voleur, un meurtrier, un incendiaire!»
Cependant, Alphonse fit un mouvement:
--J'ai soif, dit-il, en essayant de se mettre sur son séant.
La frayeur d'Angèle augmenta; car elle s'aperçut alors seulement du
désordre qui régnait dans la toilette de l'étranger, dont les vêtements
déchirés étaient maculés de fange et de sang.
--J'ai soif, répéta Alphonse, qui était parvenu à fixer
perpendiculairement son coude au plancher et à placer sa tête dans le
creux de sa main; donnez-moi à boire.
Sa voix avait des inflexions si suppliantes, si douloureuses, qu'Angèle,
se reprochant la pusillanimité qu'elle venait de manifester, s'empressa
de lui offrir un verre d'eau. Un regard plein de gratitude la remercia
de ce service.
Le malade prit le verre, mais ses doigts affaiblis ne purent en
supporter le poids, et la gentille infirmière fut obligée de se baisser
pour l'aider à porter le vase à ses lèvres.