«Bien-aimé et si vénéré Père,
«La petite tournée[15] se poursuit sans incident, sans changement dans
les projets... Je vous l’ai dit, la présente promenade est toute
d’apprivoisement: M. Roussel se porte, avec son détachement, dans tous
les lieux où il sait qu’il y a de nombreux nomades, y installe son
campement au milieu des leurs, y passe quelques jours, de manière à bien
faire connaissance avec eux, à les apprivoiser, à les mettre en
confiance, en amitié le plus possible... Je l’accompagne, voyant ceux
qu’il voit, leur parlant avec lui, donnant des remèdes et de petites
aumônes, tâchant de lier connaissance et de leur faire comprendre que je
suis un serviteur du Bon Dieu et que je les aime... Je puis célébrer la
Sainte Messe chaque jour sous la tente... Le temps qui n’est pas donné à
la prière, au prochain, à la marche, au corps, est employé à l’étude du
tamahacq et à la traduction des Saints Évangiles en cette langue: celle
de saint Luc est à peu près finie...
[15] On va voir qu’il s’agit d’une de «ces tournées d’apprivoisement»
qu’avait inventées et d’abord guidées le général Laperrine.
Les indigènes nous reçoivent bien. Ce n’est pas sincère: ils cèdent à la
nécessité... Combien de temps leur faudra-t-il pour avoir les sentiments
qu’ils simulent? peut-être ne les auront-ils jamais. S’ils les ont un
jour, ce sera le jour qu’ils deviendront chrétiens... Sauront-ils
séparer entre les soldats et les prêtres, voir en nous des serviteurs de
Dieu, ministres de paix et de charité, frères universels? Je ne sais...
Si je fais mon devoir, Jésus répandra d’abondantes grâces, et ils
comprendront.
Au même,