4 juillet 1904. Amri (environ 450 km. d’In-Salah).

«Bien-aimé et si vénéré Père,

«La petite tournée[15] se poursuit sans incident, sans changement dans

les projets... Je vous l’ai dit, la présente promenade est toute

d’apprivoisement: M. Roussel se porte, avec son détachement, dans tous

les lieux où il sait qu’il y a de nombreux nomades, y installe son

campement au milieu des leurs, y passe quelques jours, de manière à bien

faire connaissance avec eux, à les apprivoiser, à les mettre en

confiance, en amitié le plus possible... Je l’accompagne, voyant ceux

qu’il voit, leur parlant avec lui, donnant des remèdes et de petites

aumônes, tâchant de lier connaissance et de leur faire comprendre que je

suis un serviteur du Bon Dieu et que je les aime... Je puis célébrer la

Sainte Messe chaque jour sous la tente... Le temps qui n’est pas donné à

la prière, au prochain, à la marche, au corps, est employé à l’étude du

tamahacq et à la traduction des Saints Évangiles en cette langue: celle

de saint Luc est à peu près finie...

[15] On va voir qu’il s’agit d’une de «ces tournées d’apprivoisement»

qu’avait inventées et d’abord guidées le général Laperrine.

Les indigènes nous reçoivent bien. Ce n’est pas sincère: ils cèdent à la

nécessité... Combien de temps leur faudra-t-il pour avoir les sentiments

qu’ils simulent? peut-être ne les auront-ils jamais. S’ils les ont un

jour, ce sera le jour qu’ils deviendront chrétiens... Sauront-ils

séparer entre les soldats et les prêtres, voir en nous des serviteurs de

Dieu, ministres de paix et de charité, frères universels? Je ne sais...

Si je fais mon devoir, Jésus répandra d’abondantes grâces, et ils

comprendront.

Au même,

Écrits spirituels de Charles de Foucauld · 第 133 / 139 题