«C’est donc des âmes résolues à tous les sacrifices et n’ayant qu’une
soif: glorifier parfaitement Jésus en L’imitant et Lui obéissant
parfaitement, ce sont de telles âmes qui feront l’œuvre du Cœur de
Jésus, qui convertiront le Maroc, et, de cette victoire, iront à
d’autres victoires.
Si des prêtres-apôtres brûlant de cette soif, prêts à mourir avec et
pour Jésus, à manquer de tout avec et pour Jésus, veulent s’unir au
misérable qui vous écrit, pour tâcher d’imiter et glorifier Jésus,
qu’ils viennent ici, où j’ai les moyens nécessaires pour former une
petite avant-garde et la jeter sur le Maroc au premier jour.
Je demande humblement que les prêtres-apôtres prennent l’initiative de
la conversion du Maroc, et nomment immédiatement une commission choisie
parmi eux pour travailler à cette conversion...
_Œuvre de la Commission:_ S’efforcer d’attirer au Maroc de nombreux
établissements de prêtres, religieux et religieuses: d’abord des Pères
du T.-S. Sacrement et des Sœurs de Charité, des Trappistes, des
Chartreux, des Pères Blancs et des Sœurs Blanches.
Il y a lieu, dans les débuts, d’y porter plutôt les ordres purement
voués à l’adoration du T.-S. Sacrement et à la bienfaisance; à la
contemplation, l’hospitalité et les travaux rustiques, que les ordres
enseignants et prêchants. L’adoration de la divine Hostie prépare tout;
la bienfaisance et l’hospitalité, l’exemple des vertus évangéliques,
surtout les prières et la sainteté des serviteurs et servantes, et plus
encore le grand nombre de messes et de Tabernacles, commenceront l’œuvre
de la conversion... Cette période écoulée (elle s’écoulera d’autant plus
vite que les prêtres et religieux établis au Maroc seront plus
nombreux), jetez dans ce sillon tous les ordres enseignants et
prédicants: salésiens, jésuites, dominicains, carmes, sociétés
enseignantes, etc..., etc...
_Accueillir des secours pécuniaires_: Ce que je crois pouvoir faire de
meilleur pour la conversion du Maroc, c’est d’organiser une petite
légion de religieux voués, à la fois, à la contemplation et à la
bienfaisance, vivant très pauvrement du travail manuel, dont la règle
simple se résumerait en trois mots: adoration perpétuelle du T.-S.
Sacrement exposé, imitation de la vie cachée de Jésus à Nazareth, vie
dans les pays de mission. Cette petite légion serait une troupe
d’avant-garde, propre à se lancer sur le champ de ce Maroc et à y
creuser, aux pieds de la Sainte-Hostie et au nom du Sacré-Cœur de Jésus,
le premier sillon dans lequel se jetteront ensuite, au plus tôt, les
missionnaires prêchants... Dans cette intention, j’ai, il y a un an et
demi, avec l’encouragement de mon saint et bien-aimé évêque, Mgr Bonnet,
évêque de Viviers, demandé et obtenu du T. R. P. Préfet apostolique du
Sahara français, l’autorisation de me fixer sur un point de sa
Préfecture voisin de la frontière marocaine...
Béni-Abbès, petite oasis du Sahara à la frontière du Maroc, est le lieu
qui a paru le plus propice pour aborder le Maroc. Les populations
voisines semblent moins mal disposées que les autres...
A Noël dernier, je me suis senti si pressé de faire un pas en avant, que
j’ai cru obéir au Sacré-Cœur en appelant à la prière les âmes de qui je
puis espérer le concours, pour ouvrir, par une croisade de prière, la
guerre contre Satan. J’ai, dans la mesure du possible, humblement offert
le Maroc au Sacré-Cœur. J’ai prié la Bienheureuse Marguerite-Marie de
m’obtenir la grâce d’y célébrer, sous peu, le Saint Sacrifice.
Dès mon arrivée, j’ai noué des relations avec les indigènes et surtout
avec les Marocains. Quotidiennement, beaucoup d’indigènes viennent à la
Fraternité du Sacré-Cœur et, dans le nombre, il y a des Marocains.
J’espère pouvoir, dans un avenir prochain, aller avec quelques Marocains
dans leur pays... Je voudrais y aller, d’abord pour quelques jours, puis
pour quelques semaines, puis pour quelques mois et y acheter une petite
propriété, où se formerait une nouvelle Fraternité du Sacré-Cœur.
On irait ainsi de proche en proche. L’aumône, l’hospitalité, le rachat
et la libération des esclaves et, bien plus, les offrandes de la divine
Victime, concilieront les cœurs et ouvriront les voies à la prédication
ouverte. L’heure de la prédication ouverte sonnera d’autant plus vite
que cette avant-garde silencieuse sera plus fervente et plus
nombreuse...
Je suis seul, et cela m’embarrasse pour la petite pointe que j’espère
faire au Maroc dans quelques semaines, car il serait bien utile d’avoir
un compagnon d’élite pour assister ma misère, afin d’éviter toute
inconvenance ou profanation... Cela devrait tenter bien des âmes, car
c’est presque la gloire qui leur est offerte, les dangers étant
grands... Malgré mon désir d’avoir des compagnons, j’aime mieux rester
seul que d’en avoir qui ne soient vraiment appelés de Jésus et vrais
disciples de Son Cœur... J’ai demandé trois choses à ceux qui veulent
venir: 1º Être prêts à donner leur sang sans résistance; 2º Être prêts à
mourir de faim; 3º M’obéir, malgré mon indignité.
Au R. P. Guérin,