[8] Voir Abbé Max Caron: _Au pays de Jésus adolescent._ Paris, Haton,
1905, ch. VII.
«Je suis un vieux pécheur qui, au lendemain de sa conversion,--il y a
près de 20 ans,--a été attiré puissamment par Jésus à mener Sa vie de
Nazareth. Depuis lors, je m’efforce de L’imiter--bien misérablement,
hélas!--J’ai passé plusieurs années dans ce cher et béni Nazareth,
domestique et sacristain du couvent des Clarisses. Je n’ai quitté ce
lieu béni que pour recevoir, il y a cinq ans, les saints Ordres. Prêtre
libre du diocèse de Viviers, mes dernières retraites de diaconat et de
sacerdoce m’ont montré que cette vie de Nazareth, ma vocation, il
fallait la mener, non pas dans la Terre-Sainte tant aimée, mais parmi
les âmes les plus malades, les brebis les plus délaissées. Ce banquet
divin, dont je suis le ministre, il fallait le présenter, non aux
frères, aux parents, aux voisins riches, mais aux plus boiteux, aux plus
aveugles, aux âmes les plus abandonnées, manquant le plus de prêtres.
Dans ma jeunesse, j’avais parcouru l’Algérie et le Maroc: au Maroc,
grand comme la France, avec 10 millions d’habitants, aucun prêtre à
l’intérieur[9]; dans le Sahara algérien, sept ou huit fois grand comme
la France, et plus peuplé qu’on ne croyait autrefois, une douzaine de
missionnaires. Aucun peuple ne me semblant plus abandonné que ceux-ci,
j’ai sollicité et obtenu du T. R. P. Préfet apostolique du Sahara, la
permission de m’établir dans le Sahara algérien, et d’y mener, dans la
solitude, la clôture et le silence, dans le travail des mains et la
sainte pauvreté, seul ou avec quelques prêtres ou laïcs frères en Jésus,
une vie aussi conforme qu’on pourrait à la vie cachée du Bien-Aimé Jésus
à Nazareth... Je me suis établi, il y a 3 ans et demi, à Béni-Abbès,
dans le Sahara algérien, sur la frontière même du Maroc, tâchant, bien
misérablement, bien tièdement, d’y mener cette bénie vie de Nazareth.
Jusqu’à présent, je suis seul... «le grain de blé qui ne meurt pas reste
seul...» Priez Jésus pour que je meure à tout ce qui n’est pas Lui et Sa
volonté. Un petit vallon est ma clôture, d’où je ne sors que quand un
devoir très impérieux de charité me force--à défaut d’autre prêtre (le
prêtre le plus proche est à 400 kilomètres au Nord),--à porter Jésus en
quelque lieu. J’ai ainsi été obligé, en 1904, de voyager longtemps... Me
voici maintenant rentré dans ma clôture, au pied du divin Tabernacle,
pour y mener, sous les yeux du Bien-Aimé, une vie aussi semblable à
celle de la divine maison de Nazareth, que la misère de mon cœur me le
permet.
[9] Aujourd’hui, les Franciscains français et des religieuses du même
ordre ont commencé d’établir des postes de missionnaires et des
œuvres de charité au Maroc.