Fête du S. Sacrement 1901.--Notre-Dame des Neiges.
«_Quis?_ (qui?) Celui qui doit suivre, imiter Jésus, le Sauveur, le Bon
Pasteur venu «porter le feu sur la terre», et «sauver ce qui était
perdu».
_Ubi?_ (où?) Là où c’est le plus parfait. Non pas où il y aurait le plus
de chances humaines d’avoir des novices, des autorisations canoniques,
de l’argent, des terrains, des appuis, non; mais là où c’est le plus
parfait en soi, le plus parfait d’après les paroles de Jésus, le plus
conforme à la perfection évangélique, le plus conforme à l’inspiration
de l’Esprit Saint, là où Jésus irait...: à la brebis la plus égarée, au
frère de Jésus le plus malade; aux plus délaissés, à ceux qui ont le
moins de pasteurs, à ceux qui sont assis dans les plus épaisses
ténèbres, dans l’ombre de la mort la plus profonde; aux plus captifs du
démon, aux plus aveugles, aux plus perdus. D’abord aux infidèles
mahométans et païens du Maroc et des pays limitrophes de l’Afrique du
Nord.
_Quibus auxiliis?_ (avec quel aide?) Jésus seul: car «cherchez le
royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par
surcroît»; et «si vous demeurez en Moi, et si mes paroles demeurent en
vous, tout ce que vous demanderez se fera».--Jésus n’a donné aucun aide
à Ses apôtres: si je fais leurs œuvres, j’aurai leurs grâces.
_Cur?_ (Pourquoi?) C’est ainsi que je puis le plus glorifier Jésus, le
plus L’aimer, Lui obéir, L’imiter... C’est à cela que me poussent
l’Évangile, l’attrait, mon directeur... Pour faire connaître Jésus, le
Sacré-Cœur, la Sainte Vierge, à des frères de Jésus qui ne Le
connaissent pas, nourrir de la Sainte Eucharistie des frères de Jésus
qui ne l’ont jamais goûtée; baptiser des frères de Jésus encore esclaves
du démon; apprendre l’Évangile, l’histoire de Jésus, les vertus
évangéliques, la douceur du sein maternel de l’Église, à des frères de
Jésus qui n’en ont jamais entendu parler.
_Quando?_ (Quand?) _Maria abiit in montana cum festinatione_[10]: quand
on est plein de Jésus, on est plein de charité; donc: dès que je serai
raisonnablement prêt, et que, l’Esprit de Dieu soufflant, mon directeur
me dira: «Partez»...
[10] Marie... s’en alla en toute hâte au pays des montagnes (Saint
Luc).
... Ne vaut-il pas mieux aller d’abord en Terre Sainte? _Non._ Une seule
âme a plus de prix que la Terre Sainte entière, et que toutes les
créatures sans raison réunies. Il faut aller, non là où la terre est la
plus sainte, mais où les âmes sont dans un plus grand besoin...
Toute cette élection n’est-elle pas un effet et une tentation de
l’amour-propre et de l’orgueil? Non: car son effet en cette vie sera,
non la consolation ni l’honneur, mais beaucoup de croix et
d’humiliations: «Ou tu en seras méprisé, ou j’en serai glorifié, des
deux manières, tu y gagnes.» (Notre-Seigneur à sainte Thérèse.)
Quelle est la preuve que cette élection exprime la volonté de Dieu? Ces
deux paroles de Jésus: «Suivez-moi...» et: «Lorsque vous donnerez à
dîner... n’invitez ni vos amis, ni vos frères, ni vos parents, ni vos
voisins qui sont riches... Mais lorsque vous faites un festin, appelez
les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles.» (St Luc, XIV,
12-13.)