PÉNITENCE

Mon Seigneur, et mon Dieu, combien moi, si lâche, j’ai besoin que Vous

me parliez de la pénitence, que Vous me la fassiez aimer, que Vous me

montriez sa beauté, que Vous me fassiez voir combien elle est

indissolublement liée à Votre amour..., et puis que Vous me disiez ce

qu’il faut que je fasse..., et, enfin, que Vous m’aidiez à le faire!

--Mon enfant, nous avons déjà parlé de la pénitence. Voir sa beauté, tu

n’en as pas besoin... Ne te suffit-il pas de savoir que je l’ai faite

toute ma vie, que je l’ai pratiquée pendant toute ma vie cachée, que je

l’ai pratiquée dans ma vie publique comme l’Évangile le montre, que j’ai

jeûné pendant la sainte Quarantaine et que je suis mort sur la Croix?

Cet exemple ne suffit-il pas pour que tu entres de toutes tes forces

dans la pénitence, sans aucun autre motif, par pur amour et simple

besoin de m’imiter, de me ressembler, de partager ma vie, et surtout mes

peines?... Et si tu m’aimes si peu que mon exemple ne te suffit pas,

n’as-tu pas mes paroles? «Faites pénitence... Quand l’Époux ne sera plus

avec eux, ils jeûneront... Ce démon ne peut se vaincre que par la prière

et le jeûne...» Et si mes exemples et mes paroles te paraissent obscurs,

bien qu’ils soient clairs comme le jour, n’as-tu pas l’exemple de tous

mes saints? Tous sans exception peuvent te servir de commentaire et te

prouver que j’aime, j’aime, j’aime, je veux la pénitence... la

pénitence, mais dans les bornes de l’obéissance. Si tu es si tiède, si

tiède que tout cela ne te suffit pas, alors, regarde ce qu’est en

elle-même la pénitence...

«Chaque fois que tu te prives de quelque chose, si peu que ce soit, d’un

mouvement de curiosité, de regarder en l’air, de manger une bouchée de

plus, de chasser une mouche, de la moindre commodité, du moindre désir

de la volonté, d’un rien, si tu le fais pour l’amour de Moi, dans le

désir de m’offrir un sacrifice, tu m’offres un acte d’adoration et de

culte très élevés, qui m’est très agréable et m’honore beaucoup. A plus

forte raison, quand tu m’offres en sacrifice quelque chose qui te coûte

davantage, une forte humiliation, une forte pénitence, une dure veille,

un vœu difficile à observer...

«Ainsi, tu vois, par la somme merveilleuse d’honneur qu’on peut me

rapporter en faisant toutes ses actions en esprit de sacrifice, en

m’offrant du matin au soir toutes sortes de mortifications grandes et

petites, combien ceux qui m’aiment cherchent et désirent ma gloire,

m’offrent de sacrifices m’honorant du matin au soir... Ils n’ont pas

besoin, pour me glorifier, de prêcher, de sortir de leur cellule: il

leur suffit de se priver, de souffrir; toute privation, toute seconde de

souffrance, supportée en mon honneur et offerte à Moi, m’est une gloire,

un sacrifice d’agréable odeur... Comprends, maintenant, les

mortifications des saints, le désir de souffrir des âmes affamées de ma

gloire... Comprends combien ces âmes, si zélées pour la gloire de Dieu,

combien la mienne plus que toutes les autres, se jetaient dans la

pénitence du matin au soir, à toute heure, pour offrir à Dieu le plus de

gloire possible, Lui rapporter le plus de gloire possible... C’est dans

ce sens que Saint Paul a si bien pu dire: «Je n’ai connu que Jésus et

Jésus crucifié»... Toute ma vie a été souffrance volontaire parce que

toute ma vie a été désir dévorant de la gloire de Dieu, et que la

pénitence est un moyen de Le glorifier continuellement, d’une manière

admirable...

Comprends-tu maintenant pourquoi tu dois entrer dans la pénitence

jusqu’à t’y noyer (en restant dans l’obéissance pourtant)?

Puisqu’il n’y a pas besoin, pour qu’un acte soit un sacrifice, qu’on

l’offre au moment même comme tel, car il peut avoir été offert comme tel

d’avance; puisque tous les actes, toutes les paroles, toutes les bonnes

pensées même, auxquelles on s’arrête, peuvent être offerts à Dieu en

sacrifice, il n’est pas nécessaire, pour faire à Dieu une foule de

sacrifices chaque jour, d’y penser tout le long du jour et de se dire à

tout moment: «Faisons un sacrifice...» Il suffit d’offrir en esprit de

sacrifice à Dieu, en son honneur, toutes nos pensées, paroles ou actions

de la journée, nos mouvements, notre être, en Le priant que tout Lui

soit un sacrifice d’agréable odeur: nous serons ainsi une victime

perpétuelle et notre sacrifice durera tous les instants du jour.

Écrits spirituels de Charles de Foucauld · 第 57 / 139 题