Mon Dieu, aidez-moi, assistez-moi, soufflez-moi... plus ma petite
retraite avance, plus je me sens impuissant, vide, plus je sens qu’il
faut que tout vienne de Vous... Dites-moi, mon Dieu, dans quelle
retraite je dois vivre?
--Dans celle où j’ai vécu dans ma vie cachée, mon enfant, ni plus ni
moins... Ma vie était très retirée..., ne te figure pas que l’habitude
de ma Mère et de Moi fût d’aller aux noces... Souviens-toi que ma Mère
et saint Joseph avaient embrassé tous deux la vie parfaite, tous deux la
virginité, et qu’ils vivaient dans le monde comme n’étant pas du
monde... C’étaient deux ouvriers, mais étaient-ce des ouvriers
ordinaires? Si Judith avait su vivre comme hors du monde, dans sa
demeure, combien plus eux! Si toute personne qui commence à m’aimer
s’éloigne du monde aussitôt, et vit dans une retraite de plus en plus
grande à mesure que son amour pour Moi devient plus grand, dans quelle
retraite devaient vivre mes saints Parents?... Lorsque j’entrai dans la
vie, j’entrai dans cet intérieur tout divin, où les journées se
passaient dans la contemplation continuelle, dans le jeûne, la prière et
le travail accompagné de prières: des âmes qui s’étaient fait cette vie,
qui ne respiraient que pour Dieu, dont toute la conversation était à ce
point dans les cieux, qui étaient l’une pour l’autre frères et non
époux, avaient su se faire une vie bien à part, bien solitaire, bien
retirée, dans ce petit Nazareth... J’entrai dans cette vie, et elle
devint la mienne... Ma présence resserra tous les liens qui unissaient
Marie et Joseph: pour être toujours avec leur Dieu, ils étaient toujours
ensemble; mais, plus que jamais, tout ce qui n’était pas leur Dieu
qu’ils avaient le bonheur de voir, leur pesait..., ayant un tel trésor,
ils le cachaient entre eux, ne le montraient pas sans nécessité aux
profanes qui ne le connaissaient pas, et traitaient leur Dieu comme un
homme... Moi qui ai dit: «Je ne suis pas du monde», Moi qui leur avais
inspiré cet amour de la retraite et qui l’inspire toujours à toutes les
âmes, dès qu’elles s’approchent de moi, je n’eus garde de choisir une
autre voie: j’entrai dans leur vie cachée, retirée, solitaire, et je m’y
plongeai avec eux...
«Quiconque aime, aime la solitude en compagnie de l’être aimé...
Quiconque aime Dieu, aime la solitude aux pieds de Dieu... Tous les
saints, sans exception, ont aimé la solitude, car tous m’ont aimé, et,
dès qu’on m’aime, on désire nécessairement être en tête-à-tête... On
doit aimer mon bien, ma consolation, ma gloire plus que tout, plus que
la joie d’être avec Moi; aussi, dès que ma volonté appelle ici ou là, il
faut courir, voler, abandonner toute solitude, se jeter parmi les
hommes; mais dès que ma volonté, mon avantage, n’ordonnent plus qu’on
soit mêlé aux hommes, il faut obéir à la loi de l’amour, et retourner à
la solitude; et plus on m’aime, plus on a soif d’être seul avec Moi,
plus on est capable de rester longtemps seul avec Moi, plus on se fait
une vie d’oraison solitaire...
«... Tant que Dieu ne nous commandait pas de prêcher, nous restions dans
notre solitude... Ne te figure donc pas une vie de famille entourée de
l’affection, des visites de nombreux amis et parents... non, rien de
cela; la vie de deux, de trois religieux unis en Dieu, pour mener
ensemble, dans une petite maison solitaire, une vie de recueillement, de
prière continuelle, de grande pénitence, de saintes lectures, de
contemplation continuelle; une vie de silence, la vie des âmes qui ne
sont pas de la terre, dont tout l’entretien est avec Dieu, toute la
conversation dans les cieux. Voilà ce que fut ma vie à Nazareth, une
retraite... Voilà ce que doit être la tienne... Recueillement, silence,
paix, entretien avec Dieu pendant tous les moments du jour et autant que
possible de la nuit; sortir de la maison le plus rarement possible et
seulement pour les choses indispensables; rester dehors le moins
possible; saluer tous ceux qu’on connaît, faire visage aimable à tous;
ne parler à personne, ou, si c’est nécessaire, le faire en le moins de
mots possible, mais toujours pleins de bonté et contenant quelque chose
qui fasse penser à Dieu et conduise à Lui...