RÉCAPITULATION DES RÉSOLUTIONS

Embrasser l’humilité, la pauvreté, le délaissement, l’abjection, la

solitude, la souffrance avec Jésus dans Sa crèche; ne faire aucun cas de

la grandeur humaine, de l’élévation, de l’estime des hommes, mais

estimer autant les plus pauvres que les plus riches. Pour moi, chercher

toujours la dernière des dernières places, arranger ma vie de manière à

être le dernier, le plus dédaigné des hommes.

Quand je suis triste, découragé de moi, des autres, des choses, penser

que Jésus est glorieux, assis à la droite du Père pour toujours, et

jubiler de joie... Je puis encore, en ces moments, pour me baigner dans

cette joie, dire les mystères glorieux du Rosaire...

--[Jésus-Christ]: «En général, ne t’inquiète pas pour les petites

choses: brise tout ce qui est petit et tâche de vivre très haut, non par

orgueil, mais par amour...

«Il faut briser tout ce qui n’est pas Moi... te faire ici un désert où

tu sois aussi seul avec Moi que sainte Magdeleine était seule, au

désert, avec Moi. C’est par le détachement que tu parviendrais à cela,

c’est en chassant toutes ces petites pensées, tous ces infiniment petits

qui ne sont pas mauvais en eux-mêmes, mais qui finissent par disperser

du matin au soir ton esprit loin de Moi, au lieu que, du matin au soir,

il me devrait contempler...

«Regarde-Moi en travaillant pour Moi... regarde-Moi en priant,

regarde-Moi sans cesse, et donne à l’oraison ou à de saintes lectures

qui t’uniront à Moi et par lesquelles je te parlerai comme je parlais à

mes parents et à Magdeleine à Nazareth et à Béthanie, tout le temps

qu’il te sera possible... Quand on aime, on regarde sans cesse ce qu’on

aime, on regarde comme bien employé tout le temps employé à le

contempler et comme perdu tout le temps pendant lequel on ne le voit

pas... Ce temps seul semble compter... pendant lequel nous regardons la

seule chose qui, à nos yeux, ait de l’être... tout le reste étant pour

nous le vide et le néant... Fonds-toi en Moi, perds-toi en Moi, noie-toi

dans mon amour, pense au temps que je t’ai ordonné d’espérer et où tu

seras éternellement appuyé sur mon sein; et puisque je te permets, je te

dis de commencer dès maintenant à vivre d’une si douce vie, avec la

silencieuse Magdeleine, ma silencieuse Mère et le silencieux Joseph,

appuie avec eux ta tête sur mon sein et achève, dans cette douce

position et dans la douce vie de Nazareth, ton pèlerinage.»

Ne jamais perdre un instant, un seul instant de présence devant le Saint

Sacrement, quels que soient les difficultés morales ou matérielles, les

souffrances et les dangers à affronter pour cela: l’univers entier n’est

rien à côté du Maître de l’univers qui réside dans le Tabernacle.

* * * * *

_Être humble en pensées, paroles et actions._

Ne pas chercher ni aimer l’estime des hommes, mais aimer leur dédain.

Quand on aime on est humble, car on se trouve petit, néant à côté de ce

qu’on aime.

Quand on aime, on imite, et Jésus fut doux et humble de Cœur.

L’humilité est l’ornement de toutes les vertus et est nécessaire pour

qu’elles soient agréables à Dieu: l’orgueil les gâte toutes...

Faut-il tenir à être à Nazareth? Non, pas plus qu’au reste. Ne tenir à

rien qu’à la volonté de Dieu, à Dieu seul... Je dois trouver que c’est

une grande grâce d’habiter Nazareth, m’en estimer très heureux, en être

très reconnaissant, mais de l’attachement, non: dès que cela cesserait

d’être la volonté de Dieu, il faudrait me jeter à corps perdu, sans un

regard en arrière, où et à quoi Sa volonté m’appelle.

[Notre-Seigneur]: «Un des motifs pour lesquels j’ai voulu être plus

pauvre que le plus pauvre des ouvriers, c’est que je suis venu apprendre

aux hommes le mépris des honneurs, c’est que je suis venu apprendre le

mépris des biens de la terre et que je tenais à leur donner l’exemple de

la plus grande pauvreté, de la plus profonde abjection. Fais de même...

Tu as les mêmes motifs que Moi, y compris ce dernier, car il entre dans

ta vocation de crier l’Évangile sur les toits, non par ta parole, mais

par ta vie...

--Comment pourrai-je rendre à Dieu ce que je Lui dois, après avoir tant

reçu? Par l’amour, par l’obéissance à tout ce qu’Il veut de moi, car

l’obéissance est la marque de l’amour... par la perfection à remplir mes

devoirs, laquelle est renfermée dans l’obéissance parfaite; en

particulier par deux choses qui, au degré où je dois les offrir, sont de

conseil et non de commandement, mais qui sont particulièrement

amoureuses et signifient la tendresse et la flamme du cœur: ces deux

choses sont la ferveur des prières, qui forment mon bouquet de roses

quotidien, et la pénitence qui est le sacrifice, le don, le petit

calvaire quotidien, le parfum de myrrhe qu’on offre chaque jour au

Bien-Aimé pour l’embaumer... L’oraison et la pénitence doivent faire le

fond de ma vie, comme celle de Jésus à Nazareth, comme celle de sainte

Magdeleine à la Sainte Baume.

Ne pas avoir de joie, en vue de moi, des soulagements donnés au corps:

les recevoir avec joie en vue de Dieu, de Dieu seul, parce que Dieu le

veut, mais non par plaisir personnel. Par goût personnel, la volonté de

Dieu n’étant pas manifestée, préférer la pénitence, parce qu’elle offre

à Dieu un plus grand sacrifice, mais vouloir avant tout, avant tout, la

volonté de Dieu, car ce qui L’honore le plus, c’est qu’on fasse Sa

Volonté.

Il ne faut pas que le désir d’offrir le plus possible de sacrifices à

Dieu me fasse marcher dans la contrainte ni dans la tristesse... Avoir

la sainte liberté des enfants de Dieu, criant sans cesse: «_Abba

Pater_», et être dans la joie en Dieu... Ne pas m’arrêter pour une

frayeur instinctive, que le démon inspire toujours au commencement de

toutes les bonnes œuvres; «il agit par la peur», et cherche à détourner

de tout bien, en particulier de la pénitence, par la peur... «Dieu aime

celui qui donne avec joie»...

Écrits spirituels de Charles de Foucauld · 第 58 / 139 题