Votre Passion, mon Dieu, voilà ce que Vous voulez que je médite: faites
Vous-même mes pensées; car toujours je suis impuissant devant de telles
visions!...
La Passion... quels souvenirs!... les soufflets et les coups des valets
des pontifes: «prophétise et dis qui t’a frappé»... le silence devant
Hérode et Pilate... la flagellation... le couronnement d’épines... le
chemin de la croix... le crucifiement... la Croix... «... Mon Père, je
remets mon âme entre Vos mains!...» Quelles visions, mon Dieu, quels
tableaux! _Quelles larmes_, si je Vous aime! _Quels remords_, si je
songe que c’est pour expier dignement mes péchés que Vous avez souffert
ainsi! _Quelle émotion_, si je songe que si Vous avez été au-devant de
ces tourments, si Vous les avez voulus, c’est aussi pour me prouver
Votre amour, pour me le déclarer à travers les siècles! Quel remords de
Vous aimer si peu! Quel remords _de faire si peu pénitence_ des péchés
pour lesquels Vous avez fait une telle pénitence! _Quel désir de Vous
aimer enfin_, à mon tour, et de Vous prouver mon amour par tous les
moyens possibles!... Quels sont ces moyens, mon Dieu, comment Vous
aimer; comment Vous dire que je Vous aime?... «Celui qui m’aime, c’est
celui qui fait mes commandements... Nul n’a un plus grand amour que
celui qui donne sa vie pour ce qu’il aime.» Faire Vos commandements,
«Mandata», c’est-à-dire accomplir non seulement les ordres, mais les
conseils, se conformer aux moindres avis, aux moindres exemples. Parmi
Vos conseils, un des premiers est de Vous imiter: «Suivez-moi... Celui
qui me suit ne marche pas dans les ténèbres... Je vous ai donné
l’exemple pour que, comme j’ai fait, vous fassiez aussi... Le serviteur
est parfait s’il est comme son maître.» _Suivre le plus exactement
possible tous Vos enseignements et Vos exemples pendant que nous sommes
en vie, et mourir pour Votre nom_, voilà le moyen de Vous aimer et de
Vous prouver que nous Vous aimons; c’est Vous-même qui nous le dites
dans l’Évangile, mon Dieu!... L’amour demande encore une chose, mon
Dieu, et l’Évangile me le dit aussi, non par Vos paroles, mais par
l’exemple de la Sainte Vierge, de sainte Magdeleine au pied de la Croix:
_Stabat Mater_. _La Compassion_, pleurer Vos douleurs... à la vérité
c’est une grâce: je ne puis, de moi-même, en face du spectacle de Votre
croix, tirer des gémissements de ce cœur de pierre, tant il est, hélas!
effroyablement endurci... mais je dois Vous demander du moins cette
compassion, et puisqu’elle Vous est due, je dois vous la demander pour
pouvoir Vous la donner... Je dois Vous demander tout ce que _je dois
Vous donner_...
Mon Dieu, puisque, dans les abîmes de Votre miséricorde, dans les
trésors de Vos mystérieuses et infinies bontés, Vous m’avez fait cette
grâce de vivre sous ce ciel et sur cette terre où Vous avez vécu, de
fouler ce sol que Vous avez foulé, et que Vous avez, hélas, arrosé de
Vos larmes, de Vos sueurs et de Votre sang, ne me laissez pas parcourir
sans larmes ces lieux témoins de Vos douleurs; ne me laissez pas baiser
sans larmes les traces de Vos pas à Gethsémani, sur la voie douloureuse,
au prétoire, au Calvaire; donnez-moi un cœur de chair au lieu de mon
cœur de pierre, et puisque Vous me faites cette grâce inouïe: me
permettre de baiser cette terre si sainte, faites-moi celle de la baiser
avec l’âme, le cœur, les larmes que Vous voulez que j’aie, que c’est mon
devoir d’avoir, ô mon Seigneur, mon Roi, mon Maître, mon Époux, mon
Frère, mon Bien-Aimé, mon Sauveur, mon Dieu!...
_Résolution._--_Demander, désirer et, s’il plaît à Dieu, souffrir le
martyre pour aimer Jésus du grand amour_...--Zèle des âmes, amour ardent
du salut des âmes qui, toutes, ont été rachetées d’un singulier
prix.--Ne mépriser personne, _mais désirer le plus grand bien de tous
les hommes_, puisque tous sont couverts, comme d’un manteau, du sang de
Jésus... _Faire mon possible pour le salut de toutes les âmes_, selon
mon état, puisque toutes ont coûté si cher à Jésus, et ont été tant
aimées de Lui et le sont encore! Être parfait, être saint, moi pour qui
Jésus a eu tant d’estime qu’Il a donné pour moi tout Son sang. _Avoir de
grands désirs de perfection, croire tout possible_ pour la gloire de
Dieu, quand mon confesseur me prescrit de faire une chose: comment Dieu
me refuserait-il une grâce, après avoir donné pour moi tout Son sang?
_Horreur infinie du péché et de l’imperfection qui y conduit_, puisque
cela a coûté si cher à Jésus... _Douleur des péchés des autres et de
voir Dieu offensé_, puisque le péché Lui cause une telle horreur, qu’Il
a voulu l’expier par de tels tourments... _Confiance absolue en l’amour
de Dieu, foi inébranlable dans cet amour_, qu’Il m’a prouvé en voulant
souffrir pour moi de telles douleurs... _Humilité_ en voyant tout ce
qu’Il a fait pour moi, et le peu que j’ai fait pour Lui...
_Désir des souffrances_, pour Lui rendre amour pour amour, pour
L’imiter, et n’être pas couronné de roses quand Il l’est d’épines, pour
expier mes péchés qu’Il a expiés si douloureusement, pour entrer dans
Son travail, m’offrir avec Lui, tout néant que je suis, en sacrifice, en
victime, pour la sanctification des hommes...