Mon Seigneur Jésus, comme il sera doux de penser encore toute cette
journée à Vous!... Toutes mes journées doivent y être occupées:
travaillant, priant, parlant, toujours, sauf quand je dors, je prie et
je dois penser à Vous, Vous regarder, puisque Vous êtes là. Je le fais
bien mal, mais je désire tellement le mieux faire que j’espère y
parvenir par Votre grâce: faites-moi cette grâce!... Mais, aujourd’hui,
il faut non seulement faire cela, mais il ne faut faire que cela: non
seulement il faut Vous regarder, mais il faut ne pas faire autre chose
que Vous regarder! Quel bonheur, que Vous êtes bon de me le donner! Que
je suis heureux!...
Mon Dieu, me voici à Vos pieds dans ma cellule; il fait nuit, tout se
tait, tout dort. Je suis le seul, peut-être, en ce moment, à Nazareth à
Vos pieds... Qu’ai-je fait pour mériter ces grâces?... Merci, merci!...
Que je suis heureux! Je Vous adore profondément, mon Dieu, je Vous adore
de toute mon âme et je Vous aime de toutes les forces de mon cœur. Je
suis à Vous, à Vous seul, tout mon être est à Vous, il est à Vous
nécessairement, malgré moi, et il est à Vous volontairement, de tout mon
cœur; faites de moi ce qu’il Vous plaira: faites-moi faire cette
retraite comme il Vous plaira. «Soyez parfaits comme votre Père céleste
est parfait», me répondez-Vous... eh bien, mon Dieu, faites-la moi faire
le plus parfaitement possible, en Vous, par Vous, pour Vous. Amen.
Votre vie publique, mon Seigneur Jésus, que fut-ce?...
--Je tâche de sauver les hommes par la parole et les œuvres de
miséricorde, au lieu de me contenter de les sauver par la prière et la
pénitence comme je le faisais à Nazareth... Mon zèle des âmes paraît au
dehors...
«Cependant ma vie, tout en devenant très extérieure, garde une portion
de vie solitaire (souvent je me retire une nuit, quelques jours entiers
dans la solitude pour y prier) et reste une vie de _prière_, de
_pénitence_, de _recueillement intérieur_. Et, en dehors du temps
consacré à l’évangélisation..., une vie de _solitude_...
Cette vie fut une vie de _fatigue_; ces courses continuelles, ces longs
discours, ces retraites au désert, sans abri, n’allaient pas sans
grandes fatigues... de _souffrance matérielle_: l’intempérie des
saisons, les nuits sans abri, la nourriture prise irrégulièrement, selon
le temps laissé par les travaux, amenaient des souffrances; de
_souffrances morales_: l’ingratitude des hommes; leurs oreilles se
fermant à ma voix, leur mauvaise volonté, leur endurcissement, toutes
les misères humaines des corps et des âmes touchées du doigt chaque
jour; la vue du petit nombre des sauvés, du grand nombre des damnés; les
douleurs humaines; les souffrances des justes, celles de ma mère; la
vision grandissante et approchante de ma passion; les persécutions, les
inimitiés, répondant à mes paroles de salut, à mon amour offert à tous,
l’ingratitude surtout de «cette race infidèle et perverse», tout cela
faisait gémir mon Cœur tendre et compatissant...; de _persécution_,
j’étais persécuté partout et par tous, à Jérusalem et à Nazareth; on
voulait me lapider et me précipiter..., partout, dans les villes et les
villages, pharisiens, scribes, Sadducéens, Hérodiens, cherchaient à me
perdre, me tendaient des pièges, m’insultaient en secret et en public,
m’appelant possédé, démon, séducteur, imposteur, me dénonçant aux
prêtres..., les gentils me méprisaient comme ils méprisaient les
Israélites... En tous lieux, ma vie était menacée, soit par Hérode, soit
par les Pharisiens. J’étais obligé de fuir de lieu en lieu... Plusieurs
fois on voulut mettre la main sur Moi, et je ne me sauvai que par
miracle... Ce fut un temps de _courage_ contre les hommes, les reprenant
ouvertement de leurs fautes, les en châtiant même, démasquant en public
les hypocrites, proclamant la doctrine divine en face de ses ardents et
puissants contradicteurs, criant la vérité à la face d’une foule ameutée
qui la repoussait; faisant, au milieu du temple et des synagogues, les
œuvres mêmes pour lesquelles on m’accusait et me condamnait; avec quel
courage je parlais, dans le temple de Jérusalem, à tout ce peuple qui
avait sans cesse une pierre à la main pour me lapider, et dans ces
synagogues de Galilée où les Pharisiens grinçaient des dents contre Moi
et faisaient mille complots pour me perdre!...
«_Amour de la vérité_, je l’ai toujours eu, Moi qui suis la Vérité même,
mais comme je l’ai montrée en la répandant avec tant de zèle au milieu
de tant de périls et de peines, comme j’ai fait voir son prix!...
_Humilité_: j’ai été humble en me faisant baptiser par Jean..., humble
en défendant si souvent à mes apôtres de proclamer que j’étais le Fils
de Dieu; humble en cachant mes bienfaits, mes miracles; en disant si
souvent à ceux que je guérissais de n’en rien dire à personne; humble en
fuyant de ville en ville durant la persécution, Moi, le Tout-Puissant
qui, d’un mot, pouvait (et combien justement), anéantir mes ennemis...»