Mon Jésus, qui êtes si près de moi, inspirez-moi ce qu’il faut que je
pense de Votre vie cachée...
«Il descendit avec eux et alla à Nazareth, et Il leur était soumis»...
Il descendit, s’enfonça, s’humilia... ce fut une vie _d’humilité_: Dieu,
vous paraissez homme; homme, Vous Vous faites le dernier des hommes; ce
fut une vie _d’abjection_, jusqu’à la dernière des dernières places;
Vous descendîtes _avec eux_ pour y vivre de leur vie, de la vie des
pauvres ouvriers, vivant de leur labeur; Votre vie fut, comme la leur,
_pauvreté_ et _labeur_; ils étaient obscurs, Vous vécûtes dans l’ombre
de leur _obscurité_; Vous allâtes à _Nazareth_, petite ville perdue,
cachée dans la montagne, d’où «rien de bon ne sortait», disait-on;
c’était la retraite, l’éloignement du monde et des capitales, Vous
vécûtes dans cette _retraite_...
Vous _leur étiez soumis_, soumis comme un fils l’est à son père, à sa
mère; c’était une vie de _soumission_, de soumission filiale; Vous
obéissiez en tout ce qu’obéit un bon fils. Si un désir de Vos parents
n’était pas selon la vocation divine que Vous aviez, Vous ne
l’accomplissiez pas, Vous obéissiez «à Dieu plutôt qu’aux hommes», comme
quand Vous restâtes trois jours à Jérusalem; mais, sauf le cas où la
vocation que Vous aviez demandait que Vous ne Vous rendiez pas à leurs
désirs, Vous Vous y rendiez en tout, étant en tout le meilleur des fils,
et par conséquent, non seulement obéissant à leurs moindres désirs, mais
les prévenant, faisant tout ce qui pouvait leur faire plaisir, les
consoler, leur rendre la vie douce et agréable, tâchant de tout votre
cœur de les rendre heureux, étant le modèle des fils, et ayant toutes
les attentions possibles pour Vos parents, dans la mesure, bien entendu,
que permettait Votre vocation... Mais Votre vocation, c’était d’être
parfait et Vous ne pouviez pas ne pas être parfait, ô Fils Éternel, ô
Fils Dieu. Aussi, pendant ces trente années, fûtes-Vous le fils le plus
tendre, le plus prévenant, le plus soumis, le plus aimable, le plus
consolant, faisant tout le plaisir possible à Vos parents, les aidant,
les soutenant, les encourageant dans le labeur quotidien, en prenant
pour Vous la plus grande part possible pour les reposer, ne les
contredisant jamais à moins de nécessité pour la gloire de Dieu, et,
alors, avec quelle douceur, quelle bonté, quelle tendresse, qui rendait
la contradiction plus douce qu’un acquiescement, et la faisait comme une
rosée céleste, ayant toutes les attentions, les grâces, les
délicatesses, les prévenances, les amabilités qui rendent la vie si
douce quand elles sont faites par une belle âme!... n’omettant rien de
ce qui pouvait consoler Vos parents et faire, de leur petite maison, ce
qu’elle était: un ciel...
Voilà ce que fut Votre vie à Nazareth, ici, puisque j’ai l’infini
bonheur, la grâce incomparable de vivre dans ce Nazareth chéri! Merci!
merci!
_Votre vie était celle du modèle des fils, vivant entre un père et une
mère pauvres ouvriers._ C’était la moitié de Votre vie, celle qui
regarde la terre, tout en répandant sur le ciel un parfum céleste...
C’était la partie visible. La partie invisible, c’était la vie en Dieu,
la contemplation de tout instant. Vous travailliez, Vous consoliez vos
parents, Vous Vous entreteniez très tendrement et saintement avec eux,
Vous priiez avec eux durant le jour..., mais comme Vous priiez aussi
dans la solitude et l’ombre de la nuit, comme Votre âme s’exhalait en
silence!...
Toujours, toujours, Vous priiez, Vous priiez à tout instant, puisque
prier, c’est être avec Dieu et que Vous êtes Dieu; mais comme Votre âme
humaine prolongeait cette contemplation pendant les nuits, comme,
pendant tous les moments du jour, elle s’unissait à Votre divinité!...
Comme Votre vie était un épanchement continuel en Dieu, un regard
continuel vers Dieu; contemplation continuelle de Dieu, en tous Vos
instants!... Et qu’était cette _prière_, qui faisait la moitié de Votre
vie à Nazareth? C’était, d’abord et surtout _l’adoration_, c’est-à-dire
la _contemplation_, _l’adoration muette_ qui est la plus éloquente des
louanges «_Tibi silentium laus_»; cette admiration muette, qui renferme
la plus passionnée des déclarations d’amour, comme l’amour d’admiration
est le plus ardent des amours... Puis, secondairement, en second lieu et
prenant moins de temps, _l’action de grâce_: action de grâce, d’abord de
la gloire de Dieu, de ce que Dieu est Dieu, puis des grâces faites à la
terre et à toutes les créatures; le cri de _pardon_, pardon pour tous
les péchés commis contre Dieu, pardon pour ceux qui ne demandent pas
pardon; acte de contrition pour le monde entier, douleur de voir Dieu
offensé; la _demande_, demande de la gloire de Dieu, que Dieu soit
glorifié par toutes les créatures, que Son règne arrive parmi elles, que
Sa volonté se fasse en elles, comme parmi les anges, et que ces pauvres
créatures reçoivent, au spirituel et au temporel, tout ce dont elles ont
besoin et soient enfin délivrées de tout mal, en ce monde et dans
l’autre... Et que les grâces se répandent en particulier en abondance
sur ceux que la volonté divine a mis auprès de Jésus, autour de Lui: Sa
mère, Son père, Ses cousins, Ses amis, les âmes qui L’aiment, ceux qui
s’attachent à Lui...