6 novembre 1897.

Mon Seigneur et mon Dieu, quelle douce journée: c’est Vous, mon Seigneur

Jésus, qui serez aujourd’hui le sujet de mes méditations...

Oui, mon Dieu, Vous êtes constant, fidèle, Vous me continuez Vos grâces,

Vos Saints et Vos Anges continuent à m’aider... il n’y a que moi qui ne

m’aide pas; Vous me poussez au bien et Vous me comblez de grâces, tout

m’y aide au ciel et sur la terre!... Moi seul, je mets obstacle par ma

lâcheté, ma faiblesse, ma tiédeur...

* * * * *

L’Incarnation a sa source dans la bonté de Dieu... Mais, une chose

apparaît d’abord, si merveilleuse, si étincelante, si étonnante, qu’elle

brille comme un signe éblouissant: c’est l’humilité infinie que contient

un tel mystère... Dieu, l’Être, l’Infini, le Parfait, le Créateur, le

Tout-Puissant, immense, souverain Maître de tout, se faisant homme,

s’unissant à une âme et à un corps humain, et paraissant sur la terre

comme un homme et le dernier des hommes...

* * * * *

Et l’estime du monde, qu’est-ce? Convenait-il que Dieu la cherche?

Voyant le monde des hauteurs de la divinité, tout y est égal à Ses yeux:

le grand, le petit, tout est également fourmi, ver de terre...

Dédaignant toutes ces fausses grandeurs qui sont, en vérité, de si

extrêmes petitesses, Dieu n’a pas voulu s’en revêtir... Et comme Il

venait sur la terre et pour nous racheter et pour nous enseigner, et

pour Se faire connaître et aimer, Il a tenu à nous donner, dès Son

entrée dans ce monde, et pendant toute Sa vie, cette leçon du mépris des

grandeurs humaines, du détachement complet de l’estime des hommes... Il

est né, Il a vécu, Il est mort dans la plus profonde abjection et les

derniers opprobres, ayant pris une fois pour toutes tellement la

dernière place que nul n’a jamais pu être plus bas que Lui... Et s’Il a

occupé avec tant de constance, tant de soin cette dernière place, c’est

pour nous instruire, pour nous apprendre que les hommes et l’estime des

hommes ne sont rien, ne valent rien; qu’il ne faut pas mépriser ceux qui

occupent les plus basses des plus basses conditions; que les plus

pauvres, les plus abjects ne doivent pas s’attrister de leur bassesse:

ils sont près de Dieu, près du Roi des rois de ce monde; c’est pour nous

apprendre que notre conversation n’étant pas de ce monde, nous ne devons

faire aucun cas de la figure de ce monde..., mais ne vivre que pour ce

royaume des cieux que le Dieu-Homme voyait dès ici-bas par la vision

béatifique, et que nous devons considérer sans cesse des yeux de la foi,

marchant en ce monde comme si nous n’étions pas de ce monde, sans souci

des choses extérieures, ne nous occupant qu’à une chose: à regarder, à

aimer notre Père Céleste, et à faire Sa volonté...

_Résolutions._--Dans mes pensées, mes paroles, mes actions, soit pour

moi, soit pour le prochain, ne faire _aucun cas de la grandeur, de

l’illustration, de l’estime humaine, mais estimer autant les plus

pauvres que les plus riches_... Faire autant de cas du dernier ouvrier

que du prince, puisque Dieu a paru comme le dernier ouvrier... _Pour

moi, chercher toujours la dernière des dernières places_, pour être

aussi petit que mon Maître, pour être avec Lui, pour marcher derrière

Lui, pas à pas, en fidèle domestique, fidèle disciple, et, puisque dans

Sa bonté infinie, incompréhensible, Il daigne me permettre de parler

ainsi, en fidèle frère, en fidèle épouse...

_En conséquence, arranger ma vie de manière à être le dernier, le plus

méprisé des hommes_, pour la passer avec mon Maître, mon Seigneur, mon

Frère, mon Époux, qui a été l’abjection du peuple, et l’opprobre de la

terre, «un ver et non un homme...»

Vivre dans la _pauvreté_, l’_abjection_, la _souffrance_, la solitude,

le délaissement, pour être, dans la vie, avec mon Maître et mon Frère,

mon Époux, mon Dieu, qui a vécu ainsi toute sa vie et m’en donne un tel

exemple dès sa naissance.

Écrits spirituels de Charles de Foucauld · 第 36 / 139 题