5 _juillet_. Loi sur les brevets d'invention.

3 _août_. Loi qui accorde, à la veuve et aux enfants des auteurs

d'ouvrages représentés sur un théâtre, le droit garanti par le décret du

5 février 1810 à la veuve et aux enfants des auteurs d'écrits imprimés.

1845. 29 _avril_ (et 11 _juillet_ 1847). Loi sur le régime des

irrigations.

21 _juin_. Loi qui supprime les droits de vacation des juges de paix et

augmente leur traitement.

22 _juin_. Loi qui fixe le _maximum_ et le _minimum_ des versements dans

les caisses d'épargne.

15 _juillet_. Loi sur la police des chemins de fer.

18 _juillet_. Loi qui apporte règlement et adoucissement dans le régime

de l'esclavage aux colonies.

9 _août_ 1847. Une nouvelle loi ajoute aux mesures favorables de la loi

précédente, et institue des cours criminelles chargées de connaître des

crimes commis envers et par des esclaves.

1846. 3 _juillet_. Loi qui modifie le régime de postes en supprimant le

décime rural et en réduisant la taxe sur les envois de fonds.

Il suffit de parcourir cette simple nomenclature législative pour

reconnaître qu'il n'est aucune des grandes questions d'intérêt national

ou social, dont notre temps est avec raison préoccupé, qui n'ait été,

pour le gouvernement de 1830, l'objet d'une sérieuse attention et d'une

féconde activité.

Dans l'ordre politique, il a efficacement organisé et réglé la force

publique, le mode de sa formation, ses divers éléments, l'état de ses

officiers, la composition de ses états-majors[246]; et notre armée de

terre et de mer ainsi constituée a glorieusement suffi jusqu'ici à

toutes les missions, à toutes les épreuves auxquelles elle a été

appelée, aux campagnes de Crimée et d'Italie comme à la conquête de

l'Algérie.

[Note 246: Par les lois des 22 mars 1831, 22 mars 1832, 19 mai 1834, 9

août 1839 et 17 juin 1841.]

Le gouvernement de 1830 n'a pas donné moins de soin à la vie intérieure

de la France qu'à sa force au dehors: le principe électif, gage

nécessaire d'influence et de contrôle pour toute société, grande ou

petite, a été introduit dans l'administration des départements et des

communes, y compris celle de la ville de Paris[247]; et en même temps

que la liberté devenait ainsi un droit actif sur tous les points du

territoire comme au centre de l'État, la loi du 28 juin 1833 sur

l'instruction primaire, la loi du 21 mai 1836 sur les chemins vicinaux

et les deux lois du 11 juin 1842 et du 15 juillet 1845, l'une sur la

constitution du réseau général, l'autre sur la police des chemins de

fer, imprimaient partout, dans les campagnes comme dans les villes, un

mouvement permanent de progrès moral et matériel.

[Note 247: Par les lois des 21 mars 1831, 22 juin 1833, 20 avril 1834,

18 juillet 1837 et 10 mai 1838.]

Dans l'ordre civil, nos divers codes ont reçu d'importantes réformes,

toutes dirigées vers l'efficacité pratique et l'adoucissement des lois,

la simplification des affaires, la garantie de la propriété et des

droits privés dans leurs rapports avec l'État[248].

[Note 248: Par les lois des 4 et 21 mars 1831, 7 juillet 1833, 7 avril

1837, 17 et 28 avril 1832, 25 mai 1835, 11 avril, 25 et 28 mai 1838, 8

mars 1840, 2, 14 et 25 juin 1841, 18 juin 1843, 3 mai, 5 juillet et 3

août 1844, 28 avril, 21 et 22 juin 1845.]

L'ordre moral n'a pas été plus négligé que l'ordre politique et l'ordre

civil: les caisses d'épargne, le travail des enfants dans les

manufactures, le sort des aliénés et les établissements consacrés à

cette triste misère humaine, l'état des prisons, l'abolition de la

traite des nègres, le régime de nos colonies, la condition des esclaves,

leurs rapports avec les maîtres, la préparation de l'abolition de

l'esclavage, l'abolition des loteries et des jeux, toutes les questions

où sont engagés soit l'état actuel, soit les longues espérances de

l'humanité dans les diverses conditions sociales[249], ont été abordées,

étudiées, débattues, quelques-unes résolues, toutes mises en état de

travail et de progrès.

[Note 249: Par les lois des 24 juin 1833, 4 mars 1831, 5 juin 1835, 21

mai 1836, 20 juin 1838, 22 mars 1841, 3 août 1844, 18 juillet 1845 Et 9

août 1847.]

Je n'ai fait entrer, dans ce tableau de l'activité législative du

gouvernement de 1830, que les lois adoptées, promulguées et mises en

vigueur pendant sa durée. Je n'ai voulu inscrire au compte définitif de

ce gouvernement que des faits accomplis et des résultats acquis. Je dois

cependant à sa mémoire quelque mention des travaux qu'il avait préparés

et livrés aux épreuves du régime constitutionnel dans les sessions

voisines de sa chute. L'instruction primaire et la situation des

instituteurs, l'instruction secondaire et la liberté d'enseignement,

l'enseignement du droit et celui de la pharmacie, l'exercice de la

médecine, la réforme des prisons et l'établissement du régime

pénitentiaire, les sociétés de secours mutuels, les caisses de retraite

pour la vieillesse, la réforme du système hypothécaire, la navigation

intérieure, le reboisement des montagnes, tous ces intérêts de l'ordre

moral, social, matériel, étaient l'objet de nombreux projets de loi

présentés aux Chambres, que leurs commissions étudiaient, et qu'elles

étaient près de discuter quand la révolution du 24 février renversa les

Chambres et la monarchie constitutionnelle elle-même. A ces témoignages

de l'activité législative je devrais joindre ceux de l'activité

administrative et les nombreuses mesures d'amélioration et de progrès

accomplies par ordonnances royales dans les services publics. Je n'en

citerai que deux, très-diverses quant à leur objet et à leur date, mais

empreintes, chacune à son tour, de l'une des deux idées qui ont

simultanément présidé au gouvernement de 1830. Le 27 août 1830, une

ordonnance du roi rendit au barreau français ses anciennes franchises en

reconnaissant à tout avocat inscrit au tableau le droit de concourir,

_par élection directe_, à la nomination des membres du conseil et du

bâtonnier de l'ordre, ainsi que le droit de plaider devant toutes les

cours et tous les tribunaux du royaume sans avoir besoin d'aucune

autorisation. Le 31 mai 1838, une ordonnance du roi régla le régime de

la comptabilité publique, d'une façon générale et destinée à maintenir

un ordre sévère dans cette branche de l'administration. Soit qu'il agît

de concert avec les Chambres ou par la Couronne seule, le Gouvernement

avait pour égale règle de conduite le soin de l'ordre et le respect de

la liberté.

Je passe de la législation politique et sociale, de 1830 à 1848, à

l'administration des finances durant la même époque, et j'en constate

pareillement les résultats en prenant pour point de comparaison, d'après

les comptes généraux et définitifs de cette administration, les deux

exercices de 1829 et de 1847, les derniers qui aient complétement

appartenu, le premier au gouvernement de la Restauration, le second au

gouvernement de 1830.

II

Administration des finances.

1° _Revenus ordinaires._

En 1829, les revenus ordinaires ont

été de 993,396,000 fr.

En 1847, ils ont été de 1,342,809,354

L'accroissement des revenus ordinaires

de 1829 à 1847 a donc été de 349,413,354

Savoir:

1° Sur les contributions directes de 94,000,560 fr.

2° Sur les contributions indirectes de 243,317,400

3° Produits divers de toute nature. 12,095,394.

Aucun impôt nouveau n'a été créé durant cette époque. J'indiquerai tout

à l'heure les augmentations qu'ont reçues quelques-uns des impôts déjà

établis.

L'accroissement du revenu public est provenu:

--Sur les contributions directes: 1° de l'addition faite en 1832 au

principal de la contribution personnelle et mobilière et de la taxe des

portes et fenêtres, qui a ajouté environ 11 millions aux ressources de

l'État et 5 millions à celles des départements; 2° de l'application de

la loi des finances de 1835 qui soumit à l'impôt les bâtiments

nouvellement construits et en déchargea les bâtiments démolis; 3° du

développement des centimes additionnels départementaux.

--Sur les contributions indirectes, l'accroissement du produit a été

presque uniquement le résultat du progrès continu de l'aisance générale

et de la richesse nationale. Quelques élévations de tarifs ont influé,

dans une certaine mesure, sur la plus-value des produits de

l'enregistrement; mais cette plus-value a été beaucoup plus que

compensée par des dégrèvements considérables, savoir: 1° par une

réduction de 30 millions opérée en 1830 sur l'impôt des boissons; 2° par

une réduction de 12,792,000 fr. sur le revenu des douanes, réduction

amenée par les abaissements de tarifs de 1830 à 1836; 3° par une

réduction d'un million sur le produit des postes.

--Sur les produits divers de toute nature, l'accroissement de 12,095,000

fr. a eu lieu malgré la réduction de 18,000,000 amenée par l'abolition

de la loterie et des jeux, et malgré la suppression de la rétribution

universitaire qui avait produit, en 1844, 1,982,000 fr.

Ces réductions réunies, toutes opérées par les plus justes motifs, ont

imposé au Trésor un sacrifice annuel de 63,000,000.

Si donc le revenu public ordinaire avait été perçu en 1847 sur les mêmes

bases qu'en 1829, il aurait reçu un accroissement bien plus considérable

que celui qu'il a effectivement atteint et que je viens de rappeler.

2° _Dépenses ordinaires._

En 1829, les dépenses ordinaires ont

été de 1,014,914,000 fr.

En 1847, elles ont été de 1,452,226,564

De 1829 à 1847 l'accroissement des

dépenses ordinaires a donc été de 437,312,564 fr.

Les causes de cet accroissement ont été:

1° Les dépenses occasionnées par la conquête et l'occupation de

l'Algérie. Ces dépenses ont toujours été comprises dans les dépenses

ordinaires de l'État. De 1830 au 31 décembre 1847, elles se sont élevées

à plus d'un milliard. Dans les derniers exercices de 1830, elles

grevaient le budget annuel des dépenses ordinaires de plus de 100

millions.

2° Les armements, les approvisionnements militaires et l'extension des

cadres de l'armée nécessités par les circonstances politiques, d'abord

au début du gouvernement de 1830, ensuite en 1840; les inondations et la

crise de la cherté alimentaire en 1846 et 1847.

3° Le développement naturel et nécessaire, quoique modéré et lent, des

divers services publics. J'en consigne ici les détails les plus

importants.

_Ministère de la Justice et des Cultes._

Le budget de la justice qui était en

1829 de 19,588,000 fr.

s'est élevé en 1847 à 27,457,724

Cette augmentation de 7,869,724 fr. est provenue: 1° de l'amélioration

des traitements de la magistrature, principalement dans les degrés

inférieurs; 2° de la suppression des vacations des juges de paix

remplacées par une addition à leur traitement fixe; 3° de

l'accroissement des frais de justice criminelle.

Le budget des cultes était en 1829 de 35,481,000 fr.

Il s'est élevé en 1847 à 39,367,395

La construction ou la restauration d'édifices diocésains, les

subventions accordées pour la construction ou la restauration d'édifices

paroissiaux, la création des succursales et des vicariats, l'érection

d'un certain nombre de cures inamovibles, les améliorations apportées

dans les traitements des desservants catholiques et des pasteurs

protestants, les traitements des ministres israélites et autres frais de

culte inscrits pour la première fois au budget sous le gouvernement de

1830, ont déterminé cette augmentation de 3,886,395 fr.

_Ministère de l'Instruction publique._

Le budget de ce ministère était en

1829 de 7,292,000 fr.

Il s'est élevé en 1847 à 19,269,438

L'augmentation de 11,787,438 fr. a eu pour causes: 1° le rétablissement

de la cinquième classe de l'Institut (Académie des sciences morales et

politiques); 2° la création de nouvelles facultés dans les départements

et de nouvelles chaires dans les facultés existantes, au Collége de

France et au Muséum d'histoire naturelle; 3° le développement des écoles

de pharmacie rattachées pour la première fois au budget de l'instruction

publique; 4° le rétablissement de l'École normale supérieure; 5°

l'institution de quatorze nouveaux colléges royaux et l'augmentation des

encouragements accordés aux études et aux travaux scientifiques et

historiques; 6° enfin et surtout la grande extension du service de

l'instruction primaire organisée par la loi du 28 juin 1833. Je

n'insiste pas sur les résultats de cette loi; ils sont trop positivement

constatés et trop universellement reconnus pour qu'il me convienne de

m'y arrêter. Je ne signalerai qu'un fait. En 1832, avant la loi du 28

juin 1833, il y avait en France 42,092 écoles primaires, communales ou

privées, et dans ces écoles 1,935,624 élèves, garçons ou filles. Au 1er

janvier 1848, sous l'influence de la loi du 28 juin 1833, le nombre des

écoles primaires s'était élevé à 63,028, et celui des élèves à

3,530,135. Ainsi, dans l'espace de quatorze ans, l'instruction primaire

avait acquis 20,936 écoles et 1,594,511 élèves de plus.

_Ministère de l'Intérieur._

Ce budget était en 1829 de 53,370,000 fr.

Il s'est élevé en 1847 à 142,465,747

L'augmentation de 89,096,747 fr., dont il faut déduire 66,000,000 de

dépenses départementales, est due aux notables améliorations morales et

matérielles apportées dans le régime des prisons, au développement des

lignes télégraphiques, à la conservation des monuments historiques, aux

subventions allouées aux ponts à péage des chemins vicinaux, aux

nouvelles allocations accordées aux établissements de bienfaisance et

aux beaux-arts, aux dépenses de la garde nationale, etc., etc.

_Ministère de l'Agriculture et du Commerce._

Ce budget était en 1829 de 10,177,000 fr.

Il s'est élevé en 1847 à 14,015,000

Cette augmentation d'environ 4 millions a été appliquée aux

encouragements à l'agriculture, aux pêches maritimes, au Conservatoire

des arts et métiers, aux établissements thermaux et sanitaires, aux

secours pour inondations et au développement des haras.

_Ministère des Travaux publics._

Ce budget était en 1829 de 33,397,000 fr.

Il s'est élevé en 1847 à 69,474,765

Cette forte augmentation a eu pour cause les nombreux travaux publics

entrepris et exécutés sur le budget ordinaire de l'État, l'ouverture des

lacunes et les rectifications des routes royales, l'amélioration de la

navigation intérieure, la construction ou l'agrandissement des ports

maritimes, les réparations et les constructions de monuments publics et,

par une conséquence nécessaire, le développement des cadres du personnel

des ponts et chaussées et des mines.

Pour l'achèvement du seul port de Cherbourg, le gouvernement de 1830 a

dépensé, de 1830 à 1848, 49,123,695 fr., somme très-supérieure à celles

qu'ont dépensées pour ce grand travail les divers gouvernements qui y

ont concouru depuis son origine jusqu'à son achèvement (1783-1867).

_Ministère de la Guerre._

Ce budget était en 1829 de 214,367,000 fr.

Il s'est élevé en 1847 à 349,310,950

Les dépenses de l'Algérie figurent dans cette augmentation pour plus de

104 millions. Un accroissement d'effectif de 17 à 18,000 hommes sur

l'effectif de 1829, une amélioration de solde et d'entretien pour les

soldats et les grades inférieurs, l'extension des écoles régimentaires

et les changements dans la proportion des armes ont déterminé le surplus

de l'augmentation.

_Ministère de la Marine._

Ce budget était en 1829 de 72,935,000 fr.

Il s'est élevé en 1847 à 133,732,030

Les trois principales causes qui ont amené cette augmentation de 60

millions ont été: 1° la création de services qui n'existaient pas au

budget du département de la marine en 1829, tels que l'infanterie de

marine, la gendarmerie maritime et les gardes maritimes; 2° les

améliorations introduites, comme pour l'armée de terre, dans la

condition, la nourriture et la solde des officiers, sous-officiers,

soldats, matelots et ouvriers; 3° le développement de nos forces

navales, soit par les armements, soit par les travaux maritimes;

développement rendu nécessaire par la conquête de l'Algérie, par le

progrès du commerce extérieur, par nos nouveaux établissements

lointains, et par le rôle de plus en plus important que la marine est

appelée à jouer pour l'extension et la protection de l'activité et des

intérêts nationaux dans toutes les parties du monde.

Je résume, d'après ces faits et ces chiffres, les résultats de

l'administration des revenus et des dépenses ordinaires, de 1830 à 1848:

1° Aucune création d'impôts nouveaux. Nulle autre augmentation des

impôts existants en 1830 que l'addition de 16,000,000 au principal de la

contribution personnelle et mobilière et de la taxe des portes et

fenêtres, quelques élévations de tarifs dans les droits d'enregistrement

et les centimes additionnels votés par les conseils généraux.

2° Réduction de 63,000,000 d'impôts divers, savoir:

30 millions sur l'impôt des boissons.

12 millions sur les douanes.

1 million sur les droits de poste.

18 millions pour l'abolition de la loterie et des jeux.

2 millions par l'abolition de la rétribution universitaire.

Total 63 millions.

3° Malgré ces réductions de taxes diverses, l'augmentation progressive

des produits des contributions indirectes, augmentation amenée par la

seule puissance de la prospérité publique et du travail national, a

apporté dans les revenus ordinaires de l'État, de 1829 à 1847, un

accroissement d'environ 244 millions.

4° Ainsi, réduits d'une part et accrus de l'autre, les revenus

ordinaires ont suffi, de 1838 à 1848: 1° à l'acquittement de toutes les

dépenses ordinaires de l'État, y compris celles qu'ont entraînées la

conquête et l'occupation de l'Algérie et les armements extraordinaires

nécessités en 1830 et en 1840 par les circonstances politiques; 2° à de

nombreuses et importantes améliorations apportées dans tous les services

publics, de l'ordre moral comme de l'ordre matériel, de la guerre comme

de la paix, et au profit de toutes les classes de citoyens.

Ce résultat est incontestable aujourd'hui. Tous les comptes du

gouvernement de 1830 ont été l'objet de règlements législatifs, et le

déficit du dernier exercice (1847) n'a laissé, pour toute la durée de ce

gouvernement, qu'un découvert de 13,762,000 fr.

Je dois reconnaître que, dans les premières années de son existence,

pour subvenir aux frais inséparables de toute révolution, le

gouvernement de 1830 a eu recours à des ressources extraordinaires: il a

aliéné des bois de l'État; il a annulé des rentes rachetées par

l'amortissement, et il a fait appel au crédit jusqu'à concurrence de

290,000,000 fr. Mais, à partir de 1833, non-seulement ses ressources

ordinaires lui ont suffi; elles ont de plus fourni, aux travaux publics

extraordinaires qu'il a entrepris et accomplis, des voies et moyens

très-considérables. C'est le grand fait qui me reste à constater.

III

TRAVAUX PUBLICS.

Je persiste, pour ce résumé des travaux publics de 1830 à 1848, dans

l'ordre que j'ai adopté pour le résumé de l'administration générale des

finances. J'indique d'abord la somme et la nature des fonds qui ont été

affectés à cet emploi.

Ces fonds ont été puisés à des sources diverses:

1° Dans les ressources ordinaires des budgets. De 1830 à 1847, dans tous

les budgets ordinaires, des crédits ont été ouverts pour des travaux

publics extraordinaires. Ces crédits sont épars dans les budgets de

l'intérieur, des travaux publics, de la guerre et de la marine. Ils se

sont élevés à 328,135,000 fr.

2° Les réserves de l'amortissement, ou budget extraordinaire créé par la

loi du 17 mai 1837, ont été la seconde source ouverte à

l'accomplissement des travaux publics extraordinaires. Sous le

gouvernement de 1830, l'amortissement de la dette publique a constamment

fonctionné; mais les fonds que le crédit public avait portés et

soutenait au-dessus du pair, le 5, le 4 1/2 et le 4 p. % ne pouvaient

continuer à être amortis sans imposer au Trésor une perte considérable.

La dotation et les rentes rachetées appartenant à chacun de ces fonds

n'étaient donc plus employées en achats nouveaux, et constituaient un

fonds provisoirement disponible auquel on donna le nom de _réserves de

l'amortissement_. Ce fut ce fonds que la loi du 17 mai 1837 affecta aux

travaux publics extraordinaires. Il leur a fourni 225,624,000 fr. Il

faut remarquer que ces 225,624,000 fr. avaient été produits par les

revenus ordinaires de l'État, et ne peuvent être rangés parmi les

ressources extraordinaires.

3° Les emprunts soit en rentes, soit en dette flottante, ont été la

troisième des ressources affectées aux travaux publics extraordinaires.

J'en indique la date et le montant.

1° La loi du 27 juin 1833 autorisa l'émission de 5 millions de rentes 5

p. %, en prononçant l'annulation d'une même quantité de rentes sur

celles qui avaient été rachetées par l'amortissement. Cette émission a

produit 93,852,000 fr.

2° La loi du 25 juin 1841 autorisa une émission de rentes 3 p. %, qui

s'éleva à 12,810,245 fr. de rente et qui a produit 450,000,000 fr.

3° La loi du 11 juin 1842, qui établit le réseau général de nos chemins

de fer, ordonna que les dépenses des travaux qui devaient rester à la

charge de l'État seraient provisoirement supportées par la dette

flottante. Au 31 décembre 1847, les avances s'élevaient à 441,000,000 fr.

Le 10 novembre 1847, un emprunt en rentes 3 p. % (9,966,777 fr. de

rentes), autorisé par une loi du 11 août précédent, avec affectation aux

travaux publics extraordinaires, produisit 250,000,000 qui devaient

réduire d'autant le chiffre de la dette flottante. Cette somme ne

pourrait, sans un double emploi évident, être comprise parmi les

ressources extraordinaires créées pour les grands travaux publics. Sur

ces 250,000,000, une somme de 82,000,000 déjà versés se trouvait, le 24

février 1848, dans l'encaisse du Trésor, et les versements qui restaient

à effectuer (168,000,000) ont été reçus par le gouvernement de la

République.

Au moment de sa chute, le gouvernement de 1830 possédait, pour faire

face à sa dette flottante de 441,000,000 fr.:

1° Les ressources provenant des travaux exécutés à l'aide de cette

dette flottante, savoir les remboursements dûs:

Par la compagnie du chemin de fer du Nord. 93,592,000 fr.

Par la compagnie du chemin de fer de Lyon. 42,000,000 fr.

Par la compagnie du chemin de fer de

Tours à Nantes, environ. 6,000,000 fr.

Par diverses compagnies pour prêts. 56,268,000 fr.

Pour le prix des terrains de l'ancien

hôtel des affaires étrangères, environ. 7,000,000 fr.

Total. 204,860,000 fr.

Les comptes successifs de l'administration des finances depuis 1848

constatent que ces ressources ont été réalisées.

2° A ces recouvrements qui devaient décharger d'autant la dette

flottante de 441 millions, il faut ajouter les réserves de

l'amortissement restées sans emploi, grâce à l'élévation constante du 5,

du 4 1/2 et du 4 p. % au-dessus du pair, réserves que la loi du 11 juin

1843 avait affectées à l'extinction des découverts du budget. Le 31

décembre 1847, ces réserves s'élevaient à 80 millions, et le découvert

du budget n'était plus alors, comme cela a été constaté, que de

13,762,000 fr. Les réserves de l'amortissement allaient donc devenir

disponibles, du moins en grande partie, et elles auraient pu être

affectées à la réduction de la dette flottante jusqu'à concurrence de

leur disponibilité.

Enfin, à la date du 31 décembre 1847, l'amortissement du 3 p. %, qui

n'avait pas été suspendu un seul jour, avait racheté 17,603,712 fr. de

rentes; et si on liquide à cette époque l'administration financière du

gouvernement de 1830, ces rentes rachetées avec ses revenus ordinaires

font incontestablement partie de son actif.

J'arrive à la conclusion qui découle de ces faits et de ces chiffres

scrupuleusement recueillis.

Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps (Tome 8) · 第 38 / 39 段