Mais en France, aucune de nos anciennes églises n'a conservé, que nous

sachions, de chaires à prêcher, ou pupitres pouvant en tenir lieu,

antérieurs au XVe siècle. L'usage, à partir du XIIe siècle surtout,

était, dans nos églises du Nord, de disposer à l'entrée des choeurs des

jubés, sur lesquels on montait pour lire l'épître et l'Évangile et pour

exhorter les fidèles, s'il y avait lieu (voy. JUBÉ). Toutefois ces

prédications, avant l'institution des frères prêcheurs, ne se faisaient

qu'accidentellement. Jacques de Vitry, écrivain du XIIIe siècle, dit

«que Pierre, chantre de Paris, voulant faire connaître les talents

extraordinaires de Foulques, son disciple, le fit prêcher en sa présence

et devant plusieurs habiles gens dans l'église de Saint-Severin; et que

Dieu donna une telle bénédiction à ses sermons, quoiqu'ils fussent d'un

style fort simple, que même tous les sçavans de Paris s'excitoient les

uns les autres à venir entendre le prêtre Foulques, qui preschoit,

disoient-ils, comme un second saint Paul.. Ces faits sont d'environ l'an

1180...[324]» Il est probable que, dans ces cas particuliers, les

prédicateurs se plaçaient dans une chaire mobile disposée en quelque

lieu de l'église pour la circonstance. La chaire n'était alors, ainsi

que l'indique la fig. 1[325], qu'une petite estrade en bois fermée de

trois côtés par un garde-corps recouvert sur le devant d'un tapis.

Mais, au XIIIe siècle, quand les ordres prêcheurs se furent établis pour

combattre l'hérésie et expliquer au peuple les vérités du christianisme,

la prédication devint un besoin auquel les dispositions architectoniques

des édifices religieux durent obéir. Pour remplir exactement ces

conditions, les dominicains, les jacobins entre autres, bâtirent des

églises à deux nefs, l'une étant réservée pour le choeur des religieux

et le service divin, l'autre pour la prédication (voy. ARCHITECTURE

MONASTIQUE, fig. 24 et 24 bis). Alors les chaires devinrent fixes et

entrèrent dans la construction. Elles formaient comme un balcon saillant

à l'intérieur de l'église, porté en encorbellement, accompagné d'une

niche prise aux dépens du mur, et ordinairement éclairée par de petites

fenêtres; on y montait par un escalier pratiqué dans l'épaisseur de la

construction. La nef sud de la grande église du couvent des jacobins de

Toulouse possédait, à son extrémité occidentale, une chaire de ce genre

à laquelle on montait par un escalier s'ouvrant en dehors de l'église

dans le petit cloître; nous en avons vu encore les traces, quoique la

saillie du cul-de-lampe eût été coupée et la niche bouchée. C'est ainsi

qu'étaient disposées les chaires des réfectoires des monastères,

destinées à contenir le lecteur pendant les repas des religieux. L'une

des plus anciennes et des plus belles chaires de réfectoire qui nous

soient conservées est celle de l'abbaye Saint-Martin-des-Champs; nous en

donnons ici (2) le plan, (2 bis) la coupe, et (3) l'élévation

perspective.

On remarquera la disposition ingénieuse de l'escalier montant à cette

chaire: pratiqué dans l'épaisseur du mur, il n'est clos du côté de

l'intérieur que par une claire-voie; mais pour éviter que la charge du

mur au-dessus n'écrasât cette claire-voie, le constructeur a posé un arc

de décharge A qui vient la soulager, et, afin que cet arc ne poussât pas

à son arrivée en B, les deux premiers pieds-droits C C de la claire-voie

ont été inclinés de façon à opposer une butée à cette poussée.

Aujourd'hui on trouverait étrange qu'un architecte se permit une

pareille hardiesse; incliner des pieds-droits! On lui demanderait d'user

d'artifices pour obtenir ce résultat de butée sans le rendre apparent;

au commencement du XIIIe siècle, on n'y mettait pas autrement de

finesses.

Sauval cite la chaire du réfectoire de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés,

bâti par Pierre de Montereau, comme un chef-d'oeuvre en ce genre. Elle

était, dit-il, «portée sur un gros cul-de-lampe, chargé d'un grand cep

de vigne coupé et fouillé avec une patience incroyable[326].» Lebeuf parle

aussi de la chaire du réfectoire de Saint-Maur-des-Fossés, comme étant

remarquable et «revêtue de dix images ou petites statues de saints d'un

travail antique, mais grossier[327].» Les exemples de ces chaires de

réfectoires ne sont pas rares; elles sont toujours disposées à peu près

comme celle représentée fig. 2 et 3.

En 1109, un morceau considérable de la vraie croix fut rapporté de

Jérusalem à Paris par la voie de terre, en traversant la Grèce, la

Hongrie, l'Allemagne et la Champagne. Il fut provisoirement déposé à

Fontenet-sous-Louvre, puis transporté en grande pompe à Saint-Cloud pour

y être gardé jusqu'au premier d'août, jour désigné pour sa réception

solennelle dans la cathédrale de Paris. Il y eut une grande affluence de

peuple dans la plaine de Saint-Denis pendant la translation de cette

précieuse relique de Fontenet à Saint-Cloud, pour la voir passer. Depuis

lors, tous les ans, le second mercredi du mois de juin, le morceau de la

vraie croix était rapporté dans la plaine située entre la Chapelle,

Aubervilliers et Saint-Denis, afin d'être exposé à la vénération des

fidèles, trop nombreux pour pouvoir être reçus dans la cathédrale.

«Au sortir de Notre-Dame, dit l'abbé Lebeuf[328], on passoit au cimetière

de Champeaux, dit depuis des Innocens. Après une pause faite en ce lieu,

et employée à quelques prières pour les morts, l'évêque commençoit la

récitation du Pseautier qui étoit continuée jusqu'au lieu indiqué

(ci-dessus) _usque ad indictum_. Là, après une antienne de la croix,

l'évêque ou une autre personne en son nom, étant au haut d'une tribune

dressée exprès, faisoit un sermon au peuple: après quoi le même prélat,

aidé de l'archidiacre, donnoit la bénédiction à toute la multitude avec

la croix apportée de Paris, se tournant d'abord à l'orient d'où cette

relique est venue, puis au midi vers Paris, ensuite au couchant, et

enfin au septentrion du côté de Saint-Denis...»

Cet exemple de prédication en plein air n'est pas le seul. Saint Bernard

prêcha, monté sur une estrade, du haut de la colline de Vézelay, devant

l'armée des croisés rassemblés dans la vallée d'Asquin, en présence de

Louis le Jeune. La chaire du prédicateur n'était alors qu'une petite

plate-forme sans garde-corps; car, au milieu d'un vaste espace, en plein

air, le prédicateur devait être vu en pied; sa posture dans une boîte

semblable à nos chaires eût été ridicule[329].

Les prédications en plein air étaient fréquentes au moyen âge et

jusqu'au moment de la réformation. Les prédicateurs se retirèrent sous

les voûtes des églises quand ils purent craindre de trouver parmi la

foule assemblée des contradicteurs. Ceux qui se seraient permis de

provoquer un scandale au milieu d'un champ ou sur une place publique,

n'osaient et ne pouvaient le faire dans l'enceinte d'une église.

Nous trouvons encore des chaires élevées dans les cloîtres et cimetières

pendant les XIVe et XVe siècles, et même sur la voie publique tenant à

l'église. Le cloître de la cathédrale de Saint-Dié en contient une en

pierre, placée vers le commencement du XVIe siècle, et que nous donnons

figure 4. Ce petit monument est recouvert par un auvent également en

pierre, destiné à garantir le prédicateur contre les ardeurs du soleil

et surtout à rabattre la voix sur l'assistance: car, pour les chaires

élevées en plein air ou dans les églises, on sentit bientôt la nécessité

de suspendre au-dessus du prédicateur un plafond pour empêcher la voix

de se perdre dans l'espace; cet appendice de la chaire prit le nom

d'abat-voix.

À l'un des angles de l'église Saint-Lô, sur la rue, on trouve encore une

de ces chaires extérieures en pierre, dont la porte communique avec un

escalier intérieur, et qui est recouverte d'un riche abat-voix terminé

en pyramide[330]. Cette chaire date de la fin du XVe siècle. Mais c'est

particulièrement pendant le XVIe siècle et au moment de la réformation

que l'on établit des chaires dans la plupart des églises françaises. La

prédication était, à cette époque, un des moyens de combattre l'hérésie

avec ses propres armes; on plaça les chaires dans les nefs (ce qui ne

s'était pas fait jusqu'alors), afin que le prédicateur se trouvat au

milieu de l'assistance. Les cathédrales de Strasbourg et de Besançon ont

conservé des chaires en pierre de cette époque; celle de Strasbourg

particulièrement est d'une excessive richesse et du travail le plus

précieux. Son abat-voix est couronné par une pyramide chargée de détails

et découpures infinies; ce monument est d'ailleurs, comme composition et

ornementation, d'un assez mauvais goût, se rapprochant du style adopté

en Allemagne à la fin de l'ère ogivale.

Bientôt on cessa de faire des chaires en marbre ou en pierre; on se

contenta de les établir en bois, en les adossant et les accrochant même

parfois aux piliers.

Nous ne saurions donner à nos lecteurs des chaires dont la construction

remonterait aux XIIIe et XIVe siècles, par la raison qu'il n'y en avait

point alors dans les églises se rapprochant de la forme adoptée depuis

le XVIe siècle. Ce meuble est cependant aujourd'hui indispensable, et si

les architectes des XIIe et XIIIe siècles eussent dû exécuter des

chaires, ils leur auraient certainement donné des formes parfaitement en

harmonie avec leur destination et les matériaux employés, marbre,

pierre, métal ou bois. En l'absence de tout document, nous croyons

devoir nous abstenir, laissant à chacun le soin de satisfaire à ce

nouveau programme.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 2 bis.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Note 322: _Rational ou Manuel des divins offices_, par

Guill. Durand, évêque de Mende, chap. Ier, parag. XXXIII.

XIIIe siècle. Trad. Barthélemy.]

[Note 323: L'escalier est du XVIe siècle. Cette chaire est

placée dans le choeur et non dans la nef.]

[Note 324: _Hist. de la ville et du diocèse de Paris_, par

l'abbé Lebeuf, t. I, p. 160.]

[Note 325: _Le Miroir historial._ Manusc. de la Bib. imp., n°

6731. XVe siècle. Prédic. de saint Paul.]

[Note 326: _Hist. de Paris_, Sauval, t. I, p. 341.]

[Note 327: _Hist. de la ville et du diocèse de Paris_, par

l'abbé Lebeuf, t. V, p. 154. Ce réfectoire datait du XIVe

siècle.]

[Note 328: _Hist. de la ville et du diocèse de Paris_, t.

III, p. 253.]

[Note 329: En Italie, certaines prédications en plein air se

font encore sur des estrades; les gestes et la pose de

l'orateur produisent alors un grand effet, pour peu qu'il

soit doué de quelque talent.]

[Note 330: Ce monument est reproduit dans le grand ouvrage de

MM. Taylor et Nodier, _France pittoresque_.]

CHAIRE, s. f. Siége épiscopal (_cathedra_). Dans les églises primitives,

le siége de l'évêque était placé au fond de l'abside, derrière l'autel

(voy. CATHÉDRALE). Cette disposition existe encore dans quelques

basiliques italiennes; on la retrouve conservée dans la cathédrale de

Lyon, le sanctuaire étant fermé et dépourvu de collatéraux. Le siége de

l'abbé, dans les églises abbatiales antérieures au XIIe siècle, était

placé de la même manière. Ces chaires étaient généralement fixes (c'est

pourquoi nous nous en occupons ici), en marbre, en métal, en pierre ou

en bois, et se reliaient à des bancs ou stalles disposés de chaque côté

le long des murs de l'abside. Nous possédons encore en France quelquès

exemples, en petit nombre, de ces meubles fixes tenant à la disposition

architectonique du sanctuaire; seulement ils ont été déplacés. Nous

avons vu encore en Allemagne une de ces chaires absidales en pierre,

demeurée en place, quoique mutilée, dans la cathédrale d'Augsbourg. Le

style de ce monument, fort ancien[331], n'est pas tellement particulier au

pays d'outre-Rhin que nous ne puissions le considérer comme appartenant

à l'époque carlovingienne d'Occident.

Nous croyons donc devoir donner cette chaire (1), l'un des plus anciens

meubles fixes que possède l'architecture romane du Nord. Sa forme se

rapproche beaucoup de celle des chaises antiques que possèdent les

musées d'Italie et de France.

Dans la sacristie de l'église de l'ancien prieuré de Saint-Vigor près

Bayeux, il existe une chaire en marbre rouge autrefois placée au fond du

sanctuaire. Le nouvel évêque venait s'asseoir dans cette chaire la

veille de son entrée à Bayeux. De là, le prélat, avant son

intronisation, donnait sa première bénédiction au peuple, revêtu de ses

habits pontificaux[332], puis s'acheminait à cheval, processionnellement,

vers la ville.

On voit dans l'église Notre-Dame-des-Dons, cathédrale d'Avignon, la

chaire en marbre blanc veiné qui était autrefois fixée au fond du

sanctuaire; elle est aujourd'hui posée à la droite de l'autel, et sert

encore, nous le croyons, de siège épiscopal. Cette chaire date du XIIe

siècle; elle est fort belle comme composition et travail (2). D'un côté

est sculpté le lion de saint Marc, de l'autre le boeuf de saint Luc. On

sent encore l'influence antique dans ce meuble, comme dans

l'architecture de la Provence à cette époque. Mais il existe une chaire

en pierre, du XIIIe siècle, conservée dans la cathédrale de Toul, et

connue sous le nom de chaire de saint Gérard, dont la forme ainsi que

les détails sont étrangers aux traditions antiques. Les accoudoirs sont

composés avec ce respect pour les usages ou les besoins qui caractérise

les arts de cette époque. La sculpture est franche, parfaitement à

l'échelle de ce petit monument, riche sans être chargée. Il est

difficile de rencontrer une composition à la fois plus simple et mieux

décorée[333]. Des coussins épais étaient naturellement posés sur la

tablette de ces meubles.

«Au fond du sanctuaire de la cathédrale de Reims, dit M. Didron dans ses

_Annales archéologiques_[334], derrière le maître autel, on voyait, avant

1793, un siége en pierre, haut d'un mètre soixante-dix centimètres, et

large de soixante-dix centimètres. C'est là qu'on intronisait les

nouveaux archevêques. Ce monument de Reims s'appelait la chaire de saint

Rigobert... Dans cette chaire, on plaçait, pendant la vacance du siége

archiépiscopal, la crosse la plus ancienne de tout le trésor de la

cathédrale. Par là, saint Nicaise, saint Remi, saint Rigobert ou même

Hincmar, auxquels cette crosse pouvait avoir appartenu, étaient censés

gouverner le diocèse en attendant la nomination d'un nouvel archevêque.»

On suspendait au-dessus de la chaire épiscopale un dais en étoffe; mais

plus tard, pendant les XIVe et XVe siècles, ces dais entrèrent dans la

composition même du monument, et furent faits comme eux en pierre ou en

bois. Il existe encore, dans l'église Saint-Seurin ou Saint-Severin de

Bordeaux, une chaire épiscopale en pierre de la fin du XIVe siècle,

ainsi complétée d'une façon magnifique (3). Au centre du dais, sur le

devant, entre les deux gâbles, est sculptée une mitre d'évêque soutenue

par deux anges. Le siége et les accoudoirs sont délicatement ajourés.

Les quatre pieds-droits qui supportent le dais étaient autrefois décorés

de statuettes, aujourd'hui détruites. Deux autres figures devaient être

placées également sur deux consoles incrustées dans la muraille, sous le

dais, au-dessus du dossier. Cette chaire est aujourd'hui déplacée; elle

était autrefois fixée au fond du sanctuaire, suivant l'usage.

En Normandie, en Bretagne, et plus fréquemment en Angleterre, on voit,

dans les sanctuaires des églises dépourvues de bas-côtés, des siéges

ménagés dans l'épaisseur de la muraille, à la gauche de l'autel, et

formant une arcature renfoncée, sous laquelle s'asseyaient l'officiant

et ses deux acolytes. Ces chaires à demeure sont quelquefois de hauteurs

différentes, comme pour indiquer l'ordre hiérarchique dans lequel on

devait s'asseoir. Le _Glossaire d'Architecture_, de M. Parker d'Oxford,

en donne un assez grand nombre d'exemples, depuis l'époque romane

jusqu'au XVIe siècle. Nous renvoyons nos lecteurs à cet excellent

ouvrage. En France, ces sortes de siéges sont fort rares, et il est

probable que, dès une époque assez reculée, on les fit en bois, ou tout

au moins indépendants de la construction, comme celui que nous donnons

(fig. 3). Ces chaires, ou _formes_ anglaises, se combinent ordinairement

avec la piscine; dans ce cas, il y a quatre arcatures au lieu de trois,

la piscine étant sous la travée la plus rapprochée de l'autel.

Mais à la fin du XVe siècle, on établit de préférence les chaires

épiscopales, les trônes, à la tête des stalles du choeur, à la gauche de

l'autel (voy. STALLE).

Dans les salles capitulaires, il y avait aussi, au milieu des sièges, la

chaire du président du chapitre, de l'évêque ou de l'archevêque. À

Mayence, on voit encore une de ces chaires qui date du XIIe siècle, dans

la salle carrée attenante au cloître de la cathédrale.

On donnait aussi le nom de chaires, pendant le moyen âge et jusqu'au

XVIIe siècle, aux stalles des religieux ou des chapitres.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Note 331: Nous le croyons du IXe siècle. Le siége, son appui

et son socle sont sculptés dans un seul bloc; les lions

tiennent des rouleau dans leurs pattes de devant.]

[Note 332: Voir le _Bullet. monument._, pub. par M. de

Caumont, 1847, p. 528.]

[Note 333: Voir dans les _Annales archéol._, t. II, p. 175,

une gravure de cette belle chaire.]

[Note 334: T. II, p. 175.]

CHAMBRE, s. f. Pièce retirée dans un palais, un hôtel ou une maison,

destinée à recevoir un lit. Par suite de cette destination, on donna le

nom de _chambre_ aux salles dans lesquelles le roi tenait ou pouvait

tenir un lit de justice; aux salles dans lesquelles, chez les grands,

était placé le dais sous lequel s'asseyait le seigneur lorsqu'il

exerçait ses droits de justicier; on appelait ces chambres: _chambre du

dais_, _chambre de parement_.

La grand'chambre du Palais à Paris avait été bâtie par Enguerrand de

Marigny, sous Philippe le Bel[335]; elle fut richement décorée en

1506[336].

Jean sans Peur, duc de Bourgogne, fit faire, dans l'hôtel d'Artois,

après le meurtre du duc d'Orléans, une chambre «toute de pierres de

taille, pour sa sûreté, la plus forte qu'il put, et terminée de

machicoulis, où toutes les nuits il couchait[337].» Dans les donjons, il y

avait la chambre du châtelain, qui se trouvait toujours près du sommet

et bien munie; quelquefois même on ne pouvait y arriver que par des

couloirs détournés, ou au moyen d'échelles ou de ponts volants que l'on

relevait la nuit.

Les chambres des riches hôtels étaient somptueusement décorées.

Les solives des plafonds en étaient sculptées, peintes et dorées; les

fenêtres garnies de vitraux et de volets quelquefois doubles, ajourés de

fines découpures et pleins; les parements tendus de tapisseries, les

lambris en bois travaillés avec art et se reliant à des bancs fixes

(banquiers) garnis de dossiers en étoffe et de coussins; le pavé de

carreaux de terre cuite émaillée avec tapis; une grande cheminée,

souvent avec bas-reliefs sculptés, armoiries peintes, occupait l'un des

côtés: elle était accompagnée de ses accessoires, de tablettes latérales

pour poser un flambeau, quelquefois d'une petite fenêtre s'ouvrant près

de l'un des jambages ou sous le manteau même de la cheminée, pour voir

le dehors en se chauffant; de ses écrans et escabeaux. Les portes

perdues derrière la tapisserie étaient étroites et basses. Le lit, placé

perpendiculairement à la face opposée à la cheminée, était large, garni

de courtines et d'un dais à gouttières; il se trouvait ordinairement

plus rapproché d'un mur que de l'autre, de façon à laisser un petit

espace libre qu'on appelait la ruelle. Quelquefois, dans l'ébrasement

profond de l'une des fenêtres, on plaçait une volière et des fleurs, car

les oiseaux devenaient les compagnons ordinaires des femmes nobles, dont

les distractions, hormis les grandes fêtes publiques, étaient rares. Une

chaire (chaise à dossier) se trouvait au fond de la ruelle; un dressoir,

une petite table, des escabeaux et carreaux pour s'asseoir, complétaient

l'ameublement (voy. le _Dictionnaire du Mobilier_).

«Adonc est li sires levé

Et est entrez dedenz sa chambre

Qui tote estoit ovrée à l'ambre.

N'a el monde beste n'oisel

Qui n'i soit ovré à cisel,

Et la procession Renart

Qui tant par sot engin et art,

Que rien a fere n'i lessa

Cil qui si bel la conpassa.

Qu'en li séust onques nomer[338].

. . .

Nous donnons (1) un plan d'une de ces chambres privées, que l'on avait

le soin, autant que faire se pouvait, de placer à l'angle des bâtiments

et de mettre, par ce moyen, en communication avec une tourelle qui

servait de boudoir ou de cabinet de retraite. La disposition que nous

indiquons ici se retrouve fréquemment, à quelques détails près, dans les

châteaux des XIIIe, XIVe et XVe siècles. En A est le lit, en B la ruelle

avec sa chaire C et ses carreaux D; en E le dressoir, en F des bancs

fixes, bahuts destinés à contenir la garderobe; en G la cheminée avec sa

petite fenêtre H et sa tablette I; en K les portes, en L la tourelle, en

M la petite table avec son banc à dossier N, en O des escabeaux mobiles,

en X une armoire destinée au linge et aux objets de toilette. Les femmes

recevaient souvent le matin ou le soir couchées, et alors ce n'était que

les intimes et les membres de la famille qui étaient admis dans la

ruelle. Le jour, on recevait les visites sur le banc à plusieurs places

posé près de la cheminée; les hommes se tenaient sur les escabeaux ou

carreaux; les gens que l'on faisait attendre ou les inférieurs

s'asseyaient près de l'entrée sur les bancs bahuts. Les femmes de haut

rang tendaient leurs chambres en noir pendant les quinze premiers jours

de grand deuil et restaient couchées, les contrevents fermés. Pendant

leurs couches, les chambres étaient richement décorées, mais également

fermées et éclairées aux flambeaux[339]. Les époux, même dans les classes

élevées, n'avaient habituellement qu'une chambre; chez les bourgeois,

les enfants couchaient, pendant leurs premiers ans, dans des berceaux

que l'on plaçait tout à côté du lit dans la ruelle. Aussi ne trouve-t-on

qu'un petit nombre de chambres dans des maisons, même vastes, souvent

une seule; les familiers couchaient dans les galetas. Quand on recevait

un parent ou un étranger auquel on voulait faire honneur, les maîtres,

dans la bourgeoisie comme chez les paysans, abandonnaient leur chambre

et allaient coucher dans la salle, c'est-à-dire dans la grande pièce qui

servait à la fois de salon, de lieu de réunion et de salle à manger; ou

bien, ce qui arrivait souvent, on dressait un lit dans la chambre des

maîtres, et maîtres et étrangers couchaient dans la même chambre (voy.

HÔTEL, MAISON).

[Illustration: Fig. 1.]

[Note 335: Sauval, t. III, p. 8.]

[Note 336: Dubreul, liv. I.]

[Note 337: Sauval, t. II, p. 64.]

[Note 338: _Roman du Renart_, vers 22162 et suiv.]

[Note 339: _Les Honneurs de la Cour_. Aliénor de Poictiers,

XVe siècle.]

CHANCEL, s. m. _Canchel_, _chaingle_. Enceinte, clôture; le chancel du

choeur, pour la clôture du choeur d'une église; s'employait aussi comme

balustrade.

CHANFREIN, s. m. Arête abattue suivant un angle de 45 degrés. Dans

l'architecture du moyen âge, surtout à dater de l'époque ogivale, les

arêtes à la portée de la main, au lieu d'être laissées à angle droit,

sont souvent abattues. Les chanfreins sont très-fréquemment appliqués à

la charpente et à la menuiserie de cette époque (voy. BIZEAU, CHARPENTE,

MENUISERIE).

CHANTIER, s. m. Place vague, espace découvert sur lequel on dépose les

matériaux qui doivent servir à la construction d'un édifice (voy.

CONSTRUCTION). On désigne aussi par ce mot des pièces de bois que l'on

pose à terre horizontalement, pour isoler et soustraire à l'humidité du

sol des charpentes ou des planches, des tonneaux contenant des boissons.

CHANTIGNOLLE, s. f. Petite pièce de charpente qui sert à empêcher les

pannes de glisser sur l'arbalétrier. La pièce A (1) est une

chantignolle. La chantignolle est toujours assemblée dans l'arbalétrier

à tenon et mortaise et chevillée, pour éviter qu'elle ne se relève par

suite de la pression que la panne exerce sur sa partie supérieure.

Souvent, dans les charpentes de la période ogivale, les pièces

verticales sont moisées; mais, comme alors on n'employait pas de boulons

mais simplement des clefs de bois pour serrer les moises contre les

pièces moisées, on posait des chantignolles A sous ces moises pour que

leur poids ne fatiguât pas les clefs, ainsi que l'indique la fig. 2

(voy. CHARPENTE).

[Illustration: Fig. 1 et 2.]

CHAPE, s. f. _Crouste_. Vieux mot employé pour voûte, lieu voûté.

Aujourd'hui on entend par chape l'enduit que l'on pose sur l'extrados

d'une voûte pour le protéger. Toutes les voûtes ogivales étaient

couvertes d'une chape en mortier ou en plâtre. En cas d'incendie, cette

précaution suffit pour empêcher la braise de calciner l'extrados des

voûtes, surtout si la chape est en plâtre. Nous avons vu aussi des

chapes de voûtes faites en ciment de brique dans les édifices du

Languedoc. La chape a cet avantage encore de garantir les voûtes des

filtrations d'eau pluviale, lorsque les couvertures sont en mauvais état

ou lorsqu'on fait des réparations aux toitures. Sur les voûtes ogivales,

les chapes sont faites avec soin; elles étaient surtout destinées à les

garantir pendant le laps de temps qui s'écoulait entre leur achèvement

et le montage des charpentes. À cet effet, dans les reins des voûtes,

sont ménagées des cuillers en pierre avec gargouille extérieure, qui ne

servaient que pendant cet intervalle de temps et aussi dans le cas de

dégradations à la couverture[340] (v. GARGOUILLE, VOÛTE).

[Note 340: Ces gargouilles existent encore à la

Sainte-Chapelle du Palais sous les pignons des fenêtres, et à

Amiens; dans ce dernier édifice, ce sont des baies assez

grandes pour qu'un homme puisse y passer; ces baies

correspondent aux gargouilles qui desservent les chéneaux à

l'arrivée des arcs-boutants.]

CHAPELLE, s. f. «Dans Plusieurs endroits on appelle les prêtres, dit

Guillaume Durand[341], chapelains (_capellani_), car de toute antiquité

les rois de France, lorsqu'ils allaient en guerre, portaient avec eux la

chape (_capam_) du bienheureux saint Martin, que l'on gardait sous une

tente qui, de cette chape, fut appelée chapelle (_a capa, capella_). Et

les clercs à la garde desquels était confiée cette chapelle reçurent le

nom de chapelains (_capellani a capella_); et par une conséquence

nécessaire, ce nom se répandit, dans certains pays, d'eux à tous les

prêtres. Il y en a même qui disent que de toute antiquité, dans les

expéditions militaires, on faisait, dans le camp, de petites maisons de

peaux de chèvre qu'on couvrait d'un toit, et dans lesquelles on

célébrait la messe, et que de là a été tiré le nom de chapelle (_a

caprarum pellibus, capella_).»

La première de ces deux étymologies est établie sur un fait. La petite

cape que saint Martin revêtit après avoir donné sa tunique à un pauvre,

était religieusement conservée dans l'oratoire de nos premiers rois,

d'où cet oratoire prit le nom de _capella_. L'oratoire, depuis lors

appelé chapelle, se trouvait compris dans l'enceinte du palais royal[342].

Le nom de chapelle fut, par extension, donné aux petites églises qui ne

contenaient ni fonts baptismaux ni cimetières[343]; aux oratoires dans

lesquels on renfermait les trésors dès églises, des monastères, des

châteaux ou des villes[344], les chartes, les archives[345] des reliques

considérables; puis aux succursales, des paroisses, aux édicules annexés

aux grandes églises cathédrales, conventuelles ou paroissiales, et

contenant un autel, et même la cuve baptismale; aux oratoires élevés

dans l'enceinte des cimetières, sur un emplacement sanctifié par un

miracle ou par la présence d'un saint.

Nous diviserons donc cet article 1° en chapelles (saintes); 2° chapelles

ou oratoires de châteaux, d'évêchés; 3° isolées, des morts, votives; 4°

annexes d'églises; 5° chapelles faisant partie des églises, et

renfermées dans leur périmètre.

[Note 341: _Rational_, liv. II, chap. X, parag. 8.]

[Note 342: «Capella, postmodum appellata ædes ipsa, in qua

asservata est _capa, seu capella S. Martini_, intra Palatii

ambitum inedificata: in quam etiam præcipua Sanctorum aliorum

[Grec leiphana] illata, unde ob ejusmodi Reliquiarum

reverentiam ædiculæ istæ _sanctæ capellæ_ vulgo appellantur.»

Ducange, _Gloss_.]

[Note 343: _Ibid._ Joan. de Janua.]

[Note 344: _Ibid_.]

[Note 345: «Cancellaria: ita vero dicta qnod in Capella

Principis, seu oratorio Archivum, diplomata et regni

monumenta olim, ut hodie, asservarentur. In Francia enim

_Chartarum Regiarum_, ut vocant, thesaurus, in Sacra Capella

Parisiensi etiamnum asservatur.» (_Ibid_.)]

CHAPELLES (SAINTES). Dès les premiers siècles du christianisme, on avait

élevé un grand nombre d'oratoires sur les emplacements témoins du

martyre des saints. Ces oratoires se composaient le plus souvent d'une

crypte avec petite église au-dessus. «Lorsque les saincts Denis, Rustic,

et Eleuthère, souffrirent le martyre, dit Dubreul[346], une bonne dame

chrétienne nommée Catulle, demeuroit en un village, que l'on surnommoit

de son nom: laquelle ensevelit et enterra les corps des susnommés

martyrs en une petite chapelle (au-bas de la butte Montmartre), jusques

en laquelle (par grand mirâcle) sainct Denys avoit apporté sa teste

entre ses bras, après que l'on la luy eust tranchée, laquelle (chapelle)

fut rebastie du temps de saincte Geneviefve... Cette chapelle est

double, sçavoir la plus petite qui est presque dans terre, et l'autre

plus grande qui est érigée au dessus d'icelle. Mais au dessoubs de tout

ce bastiment il y avoit encore une chapelle ou cave sousterraine, qui

toutefois a demeurée incogneüe à nos pères jusques en l'an 1611...»

Cette disposition de chapelle double en hauteur demeure traditionnelle

pendant les premiers siècles du moyen âge. Nous la voyons conservée

encore dans la célèbre Sainte-Chapelle du Palais bâtie par saint Louis à

Paris; mais ce n'était pas avec l'intention de consacrer la chapelle

inférieure au dépôt des reliques. Au contraire, à Paris, c'est dans la

chapelle haute que la couronne d'épines, les morceaux de la vraie croix

et les saintes reliques recueillies par Louis IX furent déposés; la

chapelle basse était réservée aux familiers du palais et au public; elle

servit aussi de sépulture aux chanoines. De toutes les chapelles

palatines qui existaient en France, celle de Paris est aujourd'hui la

plus complète et l'une des plus anciennes. Elle fut commencée en 1242 ou

1245 et terminée en 1247, sur l'emplacement de deux oratoires, l'un bâti

en 1154 en l'honneur de Notre-Dame, l'autre bâti en 1160 sous le titre

de Saint-Nicolas. Jérôme Morand[347] prétend que c'est pour rappeler ces

deux fondations que la Sainte-Chapelle actuelle est double. Nous voyons

là plutôt l'influence de traditions antérieures, comme nous l'avons dit,

et surtout une nécessité commandée par la disposition même du palais.

Ainsi, la chapelle haute communiquait de plein pied avec les salles du

premier étage et les appartements royaux, tandis que la chapelle basse,

au niveau du sol extérieur, pouvait être abandonnée au public.

De tous temps, cet édifice, dû au maître Pierre de Montereau, fut

considéré avec raison comme un chef-d'oeuvre. Le roi saint Louis

n'épargna rien pour en faire le plus brillant joyau de la capitale de

ses domaines; et si une chose a lieu de nous étonner, c'est le peu de

temps employé à sa construction. En prenant les dates les plus larges,

on doit admettre que la Sainte-Chapelle fut fondée et complétement

achevée dans l'espace de cinq ans; huit cent mille livres tournois

auraient été employées à sa construction, à sa décoration et à

l'acquisition des précieuses reliques qu'elle renfermait. Si l'on

observe avec une scrupuleuse attention les caractères archéologiques de

la Sainte-Chapelle, on est forcé de reconnaître l'exactitude des dates

historiques. Le mode de construction et l'ornementation appartiennent à

cette minime fraction du XIIIe siècle. Pendant les règnes de

Philippe-Auguste et de saint Louis, les progrès de l'architecture sont

si rapides, qu'une période de cinq années y introduit des modifications

sensibles; or la plus grande unité règne dans l'édifice, de la base au

sommet. Ce n'est plus la fermeté un peu rude des sommets de la façade de

Notre-Dame de Paris (1230), et ce n'est pas encore, il s'en faut de

beaucoup, la maigreur des deux extrémités des transsepts de la même

église (1257).

Pierre de Montereau fut également chargé d'élever une chapelle dédiée à

la Vierge, dans l'enceinte de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Cette

chapelle avait été fondée, en 1245, par l'abbé Hugues; or les fragments

assez nombreux qui nous restent de cette construction[348] accusent une

certaine recherche, un travail déjà maigre dans l'ornementation et les

moulures, qui se rapproche de l'exécution du portail Saint-Étienne de

Notre-Dame de Paris et s'éloigne de celle de la Sainte-Chapelle; c'est

qu'en effet la chapelle de la Vierge de Saint-Germain-des-Prés n'avait

été achevée que sous l'abbé Thomas, mort en 1255. Il y avait donc cinq

années de différence environ entre la construction de la Sainte-Chapelle

du Palais et la chapelle de Saint-Germain-des-Prés; cette différence se

fait sentir dans le style des deux édifices; donc, la sainte-Chapelle du

Palais a dû être élevée en quatre ou cinq années au plus, puisqu'elle ne

laisse pas voir, même dans ses parties supérieures, cette tendance à la

recherche et à la maigreur. On nous pardonnera d'insister sur ce point;

nous désirons constater ainsi, une fois de plus, la rapidité avec

laquelle les maîtres des oeuvres construisaient leurs édifices au XIIIe

siècle, lorsqu'ils n'étaient pas entravés par le manque de ressources,

et détruire une opinion trop généralement accréditée, même parmi les

personnes éclairées, savoir: que les édifices de cette époque n'ont pu

être élevés qu'avec lenteur. Lorsqu'on parcourt la Sainte-Chapelle du

Palais, on ne peut concevoir comment ce travail, surprenant par la

multiplicité et la variété des détails, la pureté d'exécution, la

richesse de l'ornementation et la beauté des matériaux, a pu être achevé

pendant un laps de temps aussi court. De la base au faîte, elle est

entièrement bâtie en pierre dure de choix, liais cliquart; chaque assise

est cramponnée par des agrafes en fer, coulées en plomb; les tailles et

la pose sont exécutées avec une précision rare; la sculpture en est

composée et ciselée avec un soin particulier. Sur aucun point on ne peut

constater ces négligences, résultat ordinaire de la précipitation; et

cependant, telle qu'elle est aujourd'hui, la Sainte-Chapelle du Palais

est privée d'une annexe importante qui, à elle seule, était un monument:

nous voulons parler du trésor des chartes accolé à son flanc nord, bâti

et terminé en même temps qu'elle.

Nous donnons (1) le plan de la chapelle basse du Palais[349]. Un porche

précède la porte principale; un bas-côté étroit fait le tour du

vaisseau. L'architecte a dû l'établir pour ne pas être contraint ou de

trop élever le sommet de la voûte, ou de poser les naissances des arcs

près du sol. Il était commandé par la hauteur des sols des appartements

du premier étage, qui déjà existaient, et il tenait à placer le dallage

de la chapelle haute de plain-pied avec ces appartements et galeries.

Deux escaliers de service communiquent du rez-de-chaussée au premier

étage et au comble. La chapelle basse est éclairée par des fenêtres

occupant tout l'espace compris entre les formerets et l'appui décoré

d'une arcature, de sorte que ces fenêtres affectent la forme de

triangles dont deux côtés sont curvilignes; elles sont admirablement

composées pour la place (voy. FENÊTRE), et étaient autrefois garnies de

vitraux colorés ou en grisaille. Cette chapelle laisse voir de

nombreuses traces de peintures du XIIIe siècle[350], et, dans l'arcature,

des médaillons enrichis d'incrustations de verre avec dorures d'une

finesse rare, de gaufrures et de petites figures d'apôtres en bas-relief

sculptées dans un stuc autrefois peint. Le dallage de cette chapelle est

entièrement composé de pierres tombales. Au premier étage (fig. 2), un

porche précède le vaisseau, comme au rez-de-chaussée. Avant 1793, au

trumeau de la porte était adossée une statue du Christ bénissant et

tenant l'Évangile. Au-dessus, dans le linteau, était sculpté un Jugement

dernier, le Pèsement des âmes, et, dans le tympan, le Fils de l'Homme

montrant ses plaies, ayant la sainte Vierge à sa droite, saint Jean à sa

gauche, tous deux agenouillés comme à la porte centrale de la cathédrale

de Paris. Toutes ces sculptures ont été complétement détruites. Le

porche servait de communication, du côté du nord, avec les galeries du

paiais royal, et formait comme un vaste balcon couvert, de plain-pied

avec l'église. Lorsqu'on entre dans la Sainte-Chapelle haute, ce qui

frappe surtout, c'est l'extrême légèreté apparente de la construction.

Au-dessus d'une arcature très-riche, s'ouvrent de grandes fenêtres qui

occupent tout l'espace compris entre les contreforts sous les formerets

des voûtes; de sorte que la construction ne paraît consister qu'en

légers faisceaux de colonnes portant ces voûtes. Les vitraux qui

garnissent les fenêtres, à cause de leur puissante coloration, ne

laissent pas voir les contreforts extérieurs qui constituent à eux seuls

la solidité de l'édifice. L'arcature régnant sous les appuise des

grandes fenêtres repose sur un banc continu, et présente, dans des

quatre-feuilles, des scènes de martyres (voy. ARCATURE, fig. 8). Les

statues des douze apôtres, portées sur des culs-de-lampe, sont adossées

aux piliers. À l'abside, un édicule avec clôture fut élevé derrière

l'autel après la mort de saint Louis, pour porter la grande châsse

contenant les saintes reliques (voy. AUTEL, fig. 11 et 12). L'intérieur

de la Sainte-Chapelle était entièrement couvert de riches peintures et

de dorures avec incrustations de verres colorés et dorés. Mais les

vitraux forment certainement la partie la plus brillante de cette

décoration; ils sont, comme couleur et composition, d'une grande beauté,

quoique, dans l'exécution, on s'aperçoive de la précipitation avec

laquelle ils durent être fabriqués.

Nous présentons (3) la coupe transversale de la Sainte-Chapelle du

Palais, qui fera comprendre mieux qu'aucune description la construction

simple et hardie en même temps de ce charmant édifice.

Le plan 2 indique en A l'annexe, le trésor des chartes, avec le passage

B communiquant à la chapelle. Cet annexe était divisé en trois étages;

celui du rez-de-chaussée servait de sacristie à la chapelle basse; celui

du premier, de trésor et de sacristie à la chapelle haute; et le dernier

étage, auquel on arrivait par un escalier à vis, de dépôt des chartes.

Une autre porte de service, percée dans l'arcature en C, mettait la

galerie du nord longeant les premières travées en communication avec la

chapelle haute. Sous les deux fenêtres D D, deux renfoncements d'un

mètre environ de profondeur sur la largeur de la travée étaient les

places d'honneur réservées au roi et à la reine. Mais Louis XI, qui

probablement trouva ces places trop en évidence, fit bâtir en E un

réduit entre les contreforts, dans lequel il se retirait pour entendre

les offices; une petite ouverture biaise et grillée lui permettait de

voir l'autel sans être vu.

Sous Charles VII, des travaux importants vinrent modifier certaines

parties de la Sainte-Chapelle. Ce prince fit refaire la rose en pierre

et ses vitraux, les couronnements des deux escaliers et les crochets du

grand pignon. Déjà, au XIVe siècle, on avait changé la décoration des

pignons ou gâbles des fenêtres; des crochets dans le goût de cette

époque et des statues d'anges étaient venus remplacer les fleurons et

les crochets du XIIIe siècle. Charles VII fit également exécuter la

flèche en charpente recouverte de plomb qui surmontait le comble, ainsi

que les crêtes et décorations de la toiture. Nous ne savons pas si la

Sainte-Chapelle de saint Louis possédait une flèche; aucune vignette

antérieure au XVe siècle ne la représente, aucun texte n'en parle[351].

Le fait paraît douteux, car, contrairement aux habitudes des architectes

du XIIIe siècle, rien, dans la construction en maçonnerie, n'indique que

cette flèche ait dû être élevée. Peut-être quelque tour du palais, dans

le voisinage de la Sainte-Chapelle, tenait-elle lieu de clocher, Louis

XII, étant goutteux et ne pouvant monter à la Sainte-Chapelle par les

escaliers du palais qu'il n'habitait pas, fit faire le long du flanc sud

un vaste degré couvert par des voûtes et un comble. Ce degré était assez

doux pour que des porteurs pussent monter sa litière jusque sous le

porche. Les voûtes de cet escalier furent détruites par l'incendie de

1630[352], et remplacées par un appentis en charpente.

À l'imitation du roi de France, les grands vassaux de la couronne se

firent bâtir, dans leur résidence habituelle, une sainte chapelle, et le

roi lui-même en éleva quelques autres. Celle du château de

Saint-Germain-en-Laye est même antérieure de quelques années à celle du

Palais; son achèvement ne saurait ètre postérieur à 1240. Ce

très-curieux monument, fort peu connu, engagé aujourd'hui au milieu des

constructions de François Ier et de Louis XIV, est assez complet

cependant pour que l'on puisse se rendre un compte exact, non-seulement

de ses dimensions, mais aussi de sa coupe, de ses élévations latérales

et des détails de sa construction et décoration. La sainte chapelle de

Saint-Germain-en-Laye a cela de particulier qu'elle n'appartient pas au

style ogival du domaine royal, mais qu'elle est un dérivé des écoles

champenoise et bourguignonne.

Nous en donnons (4) le plan[353]. Conformément aux constructions

champenoises et bourguignonnes, les voûtes portent sur des piles

saillantes à l'intérieur, laissant au-dessus du soubassement une

circulation. La coupe transversale (5), faite sur le milieu d'une

travée, explique la disposition principale de cet édifice. Les formerets

A des voûtes, au lieu de servir d'archivoltes aux fenêtres, sont isolés,

laissent entre eux et les baies un espace B couvert par le chéneau. Les

fenêtres sont alors prises sous la corniche et mettent à jour tout

l'espace compris entre les contreforts. Si nous examinons la coupe

longitudinale (6), faite sur une travée, et (6 bis), faite sur la pile

intérieure en B C (voy. fig. 5), nous pourrons nous rendre un compte

exact du système de construction adopté. Les fenêtres n'étant plus

circonscrites par les formerets sont carrées; les tympans, étant ajourés

et faisant partie des meneaux, ne laissent comme pleins visibles que les

contreforts. À l'extérieur, chaque travée est conforme à la fig. 6 ter;

le monument tout entier ne consiste donc qu'en un soubassement, des

contreforts et une claire-voie fort belle et combinée d'une manière

solide; car les contreforts (très-minces) sont étrésillonnés par ces

puissants meneaux portant l'extrémité de la corniche supérieure et le

chéneau. Ces meneaux ne sont réellement que de grands châssis vitrés

posés entre des piles et les maintenant dans leurs plans.

Le système de la construction ogivale admis, nous devons avouer que le

parti de construction adopté à la sainte chapelle de Saint-Germain nous

semble supérieur à celui de la Sainte-Chapelle de Paris, en ce qu'il est

plus franc et plus en rapport avec l'échelle du monument. La richesse de

l'architecture de la Sainte-Chapelle de Paris, le luxe de la sculpture

ne sauraient faire disparaître des défauts graves évités à

Saint-Germain. Ainsi, à Paris, les contreforts, entièrement reportés à

l'extérieur, gênent la vue par leur saillie; ils sont trop rapprochés;

la partie supérieure des fenêtres est quelque peu lourde et encombrée de

détails; les gâbles qui les surmontent sont une superfétation inutile,

un de ces moyens de décoration qui ne sont pas motivés par le besoin. Si

l'effet produit par les verrières entre des piles minces et peu

saillantes à l'intérieur est surprenant, il ne laisse pas d'inquiéter

l'oeil par une excessive légèreté apparente. À Saint-Germain, on

comprend comment les voûtes sont maintenues par ces piles qui se

prononcent à l'intérieur. Les meneaux ne sont qu'un accessoire, qu'un

châssis vitré indépendant de la grosse construction. Ce petit passage

champenois ménagé au-dessus de l'arcature inférieure, en reculant les

fenêtres, donne de l'air et de l'espace au vaisseau; il rompt les lignes

verticales dont, à la Sainte-Chapelle de Paris, on a peut-être abusé.

Les fenêtres elles-mêmes, au lieu d'être relativement étroites comme à

Paris, sont larges; leurs meneaux sont tracés de main de maître, et

rappellent les beaux compartiments des meilleures fenêtres de la

cathédrale de Reims. Les fenêtres de la Sainte-Chapelle de Paris ont un

défaut, qui paraîtrait bien davantage si elles n'éblouissaient pas par

l'éclat des vitraux, c'est que les colonnettes des meneaux sont

démesurément longues et que les entrelacs supérieurs ne commencent qu'à

partir de la naissance des ogives (voy. FENÊTRE). Cela donne à ces

fenêtres une apparence grêle et pauvre que l'architecte a voulu

dissimuler à l'extérieur, où les vitraux ne produisent aucune illusion,

par ces détails d'archivoltes et ces gâbles dont nous parlions tout à

l'heure. À la chapelle de Saint-Germain, aucun détail superflu: c'est la

construction seule qui fait toute la décoration; et sans vouloir faire

tort à Pierre de Montereau, on peut dire que si l'architecte (champenois

probablement) de la chapelle de Saint-Germain eût eu à sa disposition

les trésors employés à la construction de celle de Paris, il eût fait un

monument supérieur, comme composition, à celui que nous admirons dans la

Cité. Il a su (chose rare) conformer son architecture à l'échelle de son

monument, et, disposant de ressources modiques, lui donner toute

l'ampleur d'un grand édifice. À la Sainte-Chapelle de Paris, on trouve

des tâtonnements, des recherches qui occupent l'esprit plutôt qu'elles

ne charment. À Saint-Germain, tout est clair, se comprend au premier

coup d'oeil. Le maître de cette oeuvre était sûr de son art; c'était en

même temps un homme de goût et un savant de premier ordre[354].

L'intérieur de ce monument était peint et les fenêtres garnies

probablement de vitraux. Inutile de dire que leur effet devait être

prodigieux à cause des larges surfaces qu'ils occupaient. Rien n'indique

qu'une flèche surmontât cette chapelle. On ne voit point non plus que

des places spéciales aient été réservées dans la nef, comme à la

Sainte-Chapelle du Palais, pour des personnages considérables. Il faut

dire que la chapelle de Saint-Germain-en-Laye n'était que le vaste

oratoire d'un château de médiocre importance. Tous les détails de ce

charmant édifice sont traités avec grand soin; la sculpture en est belle

et entièrement due à l'école champenoise, ainsi que les profils.

De riches abbayes voulurent aussi rivaliser avec le souverain en élevant

de grands oratoires indépendants de leur église. Nous avons dit que les

abbés de Saint-Germain-des-Prés chargèrent l'architecte Pierre de

Montereau de leur bâtir la chapelle de la sainte Vierge près de leur

réfectoire (voy. _Architecture monastique_, fig. 15). Les abbés étaient

seigneurs féodaux, et, comme tels, voulaient imiter ce que faisait le

suzerain dans ses domaines; beaucoup d'abbayes virent donc, vers le

milieu du XIIIe siècle, élever, dans leur enceinte, de grandes chapelles

isolées, dont la construction n'était pas toujours justifiée par un

besoin urgent. Le prieuré de Saint-Martin-des-Champs à Paris bâtit

aussi, vers cette époque, deux grandes chapelles, l'une dédiée à

Notre-Dame, l'autre à saint Michel.

Voici (7) le plan de la chapelle de la Vierge de l'abbaye

Saint-Germain-des-Prés[355], qui se distingue surtout de celui de la

Sainte-Chapelle du Palais par la disposition de ses voûtes, dont les

arcs ogives, s'il faut en croire un dessin de M. Alexandre Lenoir relevé

avant la destruction de ce beau monument, comprenaient deux travées, et

dont l'abside était plantée d'une façon peu conforme aux habitudes des

constructeurs du milieu du XIIIe siècle. Mais Pierre de Montereau avait

certainement, dans la construction de la chapelle de la Vierge, été

forcé de se renfermer dans une dépense assez peu élevée, relativement à

la dimension donnée à l'édifice. Ce genre de voûtes est moins

dispendieux que celui adopté pour la Sainte-Chapelle du Palais, et les

fragments des couronnements qui existent encore accusent une exécution

peu dispendieuse. L'abbaye Saint-Germain-des-Prés n'avait pas, telle

riche qu'elle fût, les ressources du roi de France. À ce point de vue,

la comparaison de ces deux édifices, élevés presque en même temps par le

même architecte, est intéressante.

Mais saint Louis ne fut pas le seul roi de France qui éleva des saintes

chapelles. Le vaste château de Vincennes, commencé par le roi Jean,

était achevé, au point de vue militaire, sous Charles V. Son fils

commença, sur de grandes proportions, la construction d'une sainte

chapelle, au milieu de son enceinte. Charles VI éleva le bâtiment vers

l'abside jusqu'aux corniches supérieures, dans la nef jusqu'aux

naissances des archivoltes des fenêtres, et sur la façade

jusqu'au-dessous de la rose. Les malheurs de la fin de ce règne ne

permirent pas de continuer l'édifice, qui resta en souffrance pendant un

siècle. François Ier reprit les constructions vers 1525, elles ne furent

achevées que sous Henri II. Les deux sacraires et le trésor à deux

étages annexés à la chapelle étaient terminés à la fin du XIVe siècle ou

au commencement du XVe. Deux époques bien distinctes ont donc concouru à

l'édification de la sainte chapelle de Vincennes, et cependant, au

premier abord, ce monument présente une grande unité. Les architectes de

la renaissance chargés de l'achever ont, autant qu'il était possible à

cette époque, cherché à conserver l'ordonnance de l'ensemble, le

caractère des détails. Il faut examiner la sculpture, reconnaître les

dégradations causées aux parties supérieures des constructions laissées

inachevées pendant un siècle, par les pluies et la gelée, pour trouver

les points de soudure des deux époques.

La fig. 8 donne le plan de la sainte chapelle de Vincennes[356], avec ses

annexes. Ce sont d'abord deux oratoires à double étage ayant vue sur le

sanctuaire par deux petites ouvertures biaises. À la suite, à droite, un

escalier conduisant à l'étage supérieur de l'oratoire, aux terrasses et

aux combles. À gauche, la sacristie avec son trésor, également à deux

étages, le trésor ayant, comme à la Sainte-Chapelle du Palais, la forme,

en plan et en élévation, d'une petite chapelle. Un escalier particulier

conduit au premier étage du trésor et au comble.

Il est vraisemblable que l'oratoire construit par Louis XI entre deux

des contreforts de la Sainte-Chapelle de Paris, pendant la seconde

moitié du XVe siècle, est une imitation de ceux de la sainte chapelle,

de Vincennes, cette disposition ayant paru plus commode que celle

adoptée par saint Louis, et ne consistant qu'en deux renfoncements dans

l'épaisseur de la muraille (voy. fig. 2, en D). Le roi, la reine se

trouvaient ainsi séparés des assistants, et voyaient le prêtre à l'autel

sans être vus.

À Vincennes, une tribune large est portée par une voûte au-dessus de

l'entrée; elle occupe toute la première travée. À Paris, cette tribune

n'est qu'une simple galerie d'un mètre de largeur tout au plus. Les

statues des apôtres et de quatre anges, derrière l'autel, étaient, à

Vincennes comme à Paris, adossées aux piliers, à la hauteur de l'appui

des fenêtres, supportées par des culs-de-lampe et surmontées de dais[357].

Les murs d'appui sous les meneaux n'étaient point décorés d'arcatures à

Vincennes, mais probablement garnis autrefois de bancs en bois avec des

tapisseries. Les fenêtres de l'abside ont seules conservé leurs vitraux,

qui sont peints, au XVIe siècle, par Jean Cousin et représentent le

Jugement dernier. Parmi les vitraux de la renaissance, ceux-ci peuvent

prendre le premier rang; ils sont bien composés et d'une belle

exécution. Le comble de la sainte chapelle de Vincennes, construit en

bois de chêne, est combiné avec une grande perfection; il ne fut jamais

surmonté que d'une flèche fort petite et simple, qui n'existe plus.

Voici (9) la coupe transversale de la sainte chapelle de Vincennes; si

elle couvre une superficie plus grande que celle de Paris, elle est loin

de présenter en coupe une proportion aussi heureuse. Sous clef, la

Sainte-Chapelle du Palais a un peu plus de deux fois sa largeur, tandis

que celle de Vincennes n'a, du sommet de la voûte au pavé, que les neuf

cinquièmes de sa largeur. À ce sujet, qu'il nous soit permis de faire

remarquer combien on se laisse entraîner à propager les erreurs les plus

faciles à constater cependant, lorsqu'on parle des édifices de l'époque

ogivale. On veut toujours que ces édifices affectent des proportions

élancées, et qu'ils aient des hauteurs exagérées relativement à leur

base; d'une part, on loue les architectes de ces temps d'avoir ainsi

accumulé des matériaux sur une base étroite; d'autre part, on les blâme.

Or ces monuments ne méritent ni cette louange ni ce blâme; les rapports

de leur hauteur avec leur largeur sont ceux que, de tous temps, on a

donnés aux édifices voûtés: une fois et demie, deux fois la largeur.

S'ils adoptent des proportions plus sveltes, c'est pour prendre des

jours au-dessus des collatéraux, lorsqu'ils en possèdent. Ce dont il

faut louer ou blâmer les architectes du moyen âge, suivant les goûts de

chacun, c'est d'avoir eu le mérite ou le tort de faire paraître les

intérieurs de leurs édifices beaucoup plus élevés qu'ils ne le sont

réellement.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Note 346: Dubreul, liv. IV, p. 1152. Édit de 1612.]

[Note 347: _Hist. de la Sainte-Chapelle roy._, par Jérôme

Marand, chanoine; Paris, 1790.]

[Note 348: La porte principale déposée dans le cimetière des

Valois à Saint-Denis; des gargouilles et portions de

couronnements déposés dans une cour d'une des maisons de la

rue de l'Abbaye, côté nord.]

[Note 349: Ce plan est à l'échelle de 0,0025 pour mètre,

ainsi que tous les plans suivants.]

[Note 350: Elle fut eu grande partie repeinte sous Louis

XIII.]

[Note 351: La flèche de Charles VII vient d'être rétablie

sous la direction de notre confrère M. Lassus (voy. FLÈCHE);

elle avait été brûlêe en 1630 et remplacée par une flèche

dans le goût de ce temps, qui fut détruite à la fin du

dernier siècle.]

[Note 352: Nous avons encore vu quelques restes de cet

escalier que les dernières restaurations ont fait

disparaître. Voy. les gravures d'Israël Sylvestre, le tableau

déposé au musée de Versailles représentant la visite de Louis

XV enfant au palais.]

[Note 353: À l'échelle de 0,0025 pour mètre. Nous devons ces

dessins à M. Millet, architecte du château de

Saint-Germain-en-Laye.]

[Note 354: La chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye

est aujourd'hui fort dénaturée; les contreforts ont été

revêtus, au XVIIe siècle, de placages dans le goût du temps;

le sol intérieur a été relevé de plus d'un mètre. L'arcature

a été détruite, ainsi que la balustrade extérieure. Cependant

nos dessins (sauf la décoration des contreforts, sur laquelle

nous n'avons aucune donnée) présentent rigoureusement

l'ensemble et les détails de cette belle construction. Des

fouilles faites avec intelligence par l'architecte M. Millet,

ont mis à nu les bases intérieures. Des fragments de

l'arcature et de la balustrade ont été retrouvés; les piles

ont été dégagées. Quant aux autres parties de l'édifice,

elles sont conservées, et la construction n'a subi aucune

altération. On ne saurait trop étudier cette chapelle, qui

nous paraît être un des exemples les plus caractérisés de cet

art du XIIIe siècle, au moment de sa splendeur. Si l'on avait

quelques doutes sur la date, il surfirait de comparer ses

profils et sa sculpture avec les profils et la sculpture des

monuments champenois du XIIIe siècle, pour être assuré que la

chapelle du château de Saint-Germain est contemporaine des

chapelles absidales de la cathédrale de Reims, des parties

inférieures du choeur de la cathédrale de Troyes, de la

chapelle de l'archevêché de Reims, constructions qui sont

antérieures à 1240. La corniche supérieure et la balustrade

dont on a retrouvé des fragments peuvent même remonter à

1230.]

[Note 355: À l'échelle de 0,0025 pour mètre.]

[Note 356: À l'échelle de 0,0025 pour mètre.]

[Note 357: Ces figures ont été brisées; leur trace est seule

visible, ainsi que les culs-de-lampe et des amorces des

dais.]

CHAPELLES DE CHATEAUX, D'ÉVÊCHÉS. Chaque seigneur féodal voulait

posséder, dans l'enceinte de son château, une chapelle, desservie par un

chapelain ou même par un chapitre tout entier. Ces chapelles ne furent

donc pas seulement de simples oratoires englobés dans l'ensemble des

constructions, mais de petits monuments presque toujours isolés, ayant

leurs dépendances particulières, ou se reliant aux bâtiments

d'habitation par une galerie, un porche, un passage. Très-fréquemment,

ces chapelles sont à double étage, afin de placer l'oratoire du maître

au niveau des appartements qui se trouvaient toujours au-dessus du

rez-de-chaussée, de séparer le seigneur et sa famille des domestiques et

gens à gages qui habitaient l'enceinte du château, et aussi par suite de

cette tradition dont nous avons parlé au commencement de cet article. Il

va sans dire que les évêques, dans l'enceinte du palais épiscopal,

avaient leur chapelle. L'évêque Maurice de Sully en avait élevé une à

Paris, à deux étages, du côté de la rivière, et qui existait encore

avant le sac de l'archevêché en 1831.

L'archevêché de Reims possède la sienne, qui est fort belle, à deux

étages, et dont la construction remonte à 1230 environ. Son

rez-de-chaussée, dont nous donnons le plan (10), est construit avec une

grande simplicité, tandis que le premier étage est richement décoré à

l'iniérieur par de fines sculptures. La fig. 11 présente le plan de ce

premier étage.

Suivant le mode de construction adopté en Champagne, les piles forment

saillie à l'intérieur, de façon à diminuer à l'extérieur la saillie des

contre-forts; ces piles, isolées de la muraille jusqu'à quatre mètres du

sol, donnent un étroit bas-côté autour de la chapelle et produisent un

charmant effet. Les murs sont décorés par une arcature posée sur un banc

continu, et les fenêtres ouvertes au-dessus de cette arcature sont sans

meneaux.

Voici (12) la coupe de ce petit édifice, d'une bonne exécution, et qui,

malgré les plus regrettables mutilations, passe avec raison pour un

chef-d'oeuvre; on y trouve, en effet, toutes les qualités à la fois

gracieuses et solides de la bonne architecture champenoise, et, à côté

de Notre-Dame de Reims, la chapelle de l'archevêché paraît encore une

des meilleures conceptions du XIIIe siècle.

Pendant l'époque romane, les chapelles de châteaux ou d'évêchés sont

géneralement d'une grande simplicité, comprenant une nef courte avec une

abside; quelquefois de petits bras de croix formant deux réduits pour le

châtelain et sa famille, des bas-côtés étroits accompagnent la nef, et

deux absidioles flanquent l'abside centrale. Telle était la chapelle du

château de Montargis (voy. CHATEAU).

Certains châteaux d'une grande importance possédaient deux chapelles;

l'une située dans la basse-cour pour les gens de service et la garnison,

l'autre au milieu des bâtiments d'habitation intérieurs pour le seigneur

du lieu. Cette disposition existait à Coucy, ainsi que le fait voir le

plan de Ducerceau[358]. La chapelle de la basse-cour paraît être de

l'époque romane; celle du château, dont le rez-de-chaussée est encore

visible, datait du commencement du XIIIe siècle; elle communiquait

directement, au premier étage, avec la grande salle; c'était un

admirable édifice, à en juger par les nombreux fragments qui jonchent le

sol autour des piles ruinées du rez-de-chaussée, quoique d'une

simplicité de plan peu ordinaire (voy. CHATEAU).

À dater du milieu du XIIIe siècle, la construction de la Sainte-Chnpelle

du Palais eùt une influence sur les chapelles seigneuriales, et son plan

servit de type. À l'exemple du saint roi, les fondateurs de chapelles

seigneuriales les décoraient de la façon la plus somptueuse, et

augmentaient leurs trésors de vases et d'ornements précieux. L'hôtel

Saint-Pol, à Paris, qui devint une des résidences les plus habituelles

des rois pendant les XIVe et XVe siècles, possédait une chapelle «dans

laquelle Charles V avoit fait placer des figures de pierre représentant

les apôtres, dit Sauval; Charles VI les fit peindre richement par

François d'Orliens, le plus célèbre peintre de ce temps-là; leurs robes

et leurs manteaux étoient rehaussés d'or, d'azur et de vermillon glacé

de fin sinople; leurs têtes, accompagnées d'un diadème (nimbe) rond de

bois, _que l'on avait oublié_, qui portoit un pied de circonférence,

brilloient encore d'or, de vert, de rouge et de blanc, le plus fin qui

se trouvât... Au Louvre, Charles V entoura encore la principale chapelle

de treize grands prophètes, qui tenoient chacun un rouleau dans un petit

clocher de menuiserie terminé d'une tourelle, où il fit mettre une

petite cloche: les vitres furent peintes d'images de saints et de

saintes couronnées d'un dais, et assises dans un tabernacle.»

Les oratoires tenant aux chapelles royales, comme ceux encore existant à

Vincennes, contenaient eux-mêmes des reliques, et étaient munis d'une

cheminée, de tapis et de prie-Dieu.

La chapelle de l'hôtel de Bourbon était une des plus riches parmi celles

des résidences princières à Paris. «Louis II (duc de Bourbon), dit

encore Sauval, comme prince dévot et libéral, prit un soin tout

particulier du bâtiment de la chapelle, aussi bien que de ses ornemens:

sa voûte rehaussée d'or, les enrichissements dont elle est couverte, ses

croisées qui l'environnent coupées si délicatement, ses vitres chargées

de couleurs si vives, dont elle est éclairée; enfin les fleurs de lis de

pierre qui terminent chacune de ses croisées, et si bien pensées pour la

chapelle d'un prince du sang, témoignent assés qu'il ne plaignoit pas la

dépense... Il fit faire à côté gauche de l'autel un oratoire de

menuiserie à claire-voie où il arbora quatre grands écussons; dans le

premier étoient gravées les armes de Charles VI à cause que cette

chapelle fut achevée sous son règne; celles de Charles, dauphin,

remplissoient le second; dans le troisième étoient les siennes; et dans

le dernier celles d'Anne, dauphine d'Auvergne, sa femme. C'est dans cet

oratoire que le roi se retire ordinairement pour entendre la messe.»

Ce n'est pas seulement à Paris qu'on déployait ce luxe de peinture et de

sculpture dans les chapelles particulières. Le château de Marcouci, dit

l'abbé Lebeuf, «possédait deux chapelles l'une sur l'autre, peintes

toutes deux; celle du rez-de-chaussée étoit dédiée à la sainte Trinité,

l'autre étoit au niveau du premier étage... À la voûte sont peints les

apôtres, chacun avec un article du symbole, et des anges qui tiennent

chacun une antienne de la Trinité notée en plein-chant. Sur les murs

sont les armes de Jean de Montaigu et celles de Jacqueline de la Grange,

sa femme; il y a aussi des aigles éployées et des feuilles de courge...»

On peut encore voir aujourd'hui la charmante chapelle de l'hotel de

Jacques Coeur, à Bourges, dont les voûtes sont peintes d'azur avec des

anges vêtus de blanc portant des phylactères, comme ceux du château de

Marcouci. Mais nous ne multiplierons pas les citations; il suffit de

celles-ci pour donner une idée de la recherche que l'on apportait dans

la décoration des chapelles privées pendant le moyen-âge.

Vers la fin du XVe et le commencement du XVIe seulement, on s'écarta

parfois du plan type de la Sainte-Chapelle de Paris, pour adopter les

plans à crois grecque[359], les rotondes avec croisillons[360], les salles

carrées[361] avec tribune pour le seigneur du lieu.

[Illustration: Fig. 10 et 11.]

[Illustration: Fig. 12.]

[Note 358: _Des plus excellens bastimens de France_.]

[Note 359: Voy. la chapelle du château d'Amboise.]

[Note 360: Anet.]

[Note 361: Écouen.]

CHAPELLES ISOLÉES, DES MORTS, VOTIVES. Beaucoup de nos grandes églises

conventuelles ne furent d'abord que des oratoires, successivement

agrandis par la munificence des rois ou de puissants seigneurs. Le sol

des Gaules, pendant les premiers temps mérovingiens, étaient couverts

d'oratoires bâtis souvent à la hâte, pour perpétuer le souvenir d'un

miracle et la présence d'un saint. Ces édicules furent le centre autour

duquel vinrent se fonder les premiers établissements monastiques. Plus

tard, des évêques, des abbés ou des seigneurs fondèrent des chapelles

autour de ces abbayes, dans le voisinage des églises, soit pour remplir

un voeu, soit pour y trouver un lieu de sépulture pour eux et leurs

successeurs. Saint Germain fit bâtir, près le portail de l'église

Saint-Vincent (Saint-Germain-des-Prés), une chapelle en l'honneur de

Saint Symphorien, et voulut y être enterré[362]. En 754, sous le règne de

Pépin, les restes de ce saint évêque furent transférés de cette chapelle

dans la grande église.

Le cardinal Pierre Bertrand fonda plusieurs chapelles, et, entre autres,

une, vers 1300, au couvent des Cordeliers, à Annonay, où fut enterrée sa

mère[363]. Philippe de Maisières, conseiller du roi Charles V, se retire

aux Célestins en 1380, sans toutefois prendre l'habit; il y mourut en

1405, dans «la même infirmerie qu'il avoit fait bastir à ses propres

cousts et déspens, avec une belle chapelle et un petit cloître pour

recréer les malades[364].» Les maisons d'asile, les maladreries, les

collèges et hôtels-Dieu possédaient des chapelles plus ou moins vastes,

mais toutes fort riches des dons des fidèles et, par conséquent,

décorées avec luxe et remplies d'ornements précieux. Des oratoires plus

modestes, et qui n'étaient souvent qu'une petite salle couverte d'un

comble en charpente ou d'une voûte en moellons surmontée d'un campanile

ou seulement d'un pignon percé d'une baie pour recevoir une cloche,

s'élevaient près d'un ermitage ou dans les passages difficiles des

montagnes, sur quelque sommet escarpé. Ces monuments isolés consacrés

par quelque tradition religieuse, ou élevés par suite d'un voeu, étaient

et sont encore, dans certaines provinces de France, en grande

vénération; on s'y rendait, processionnellement, un jour de l'année,

pour y entendre la messe; l'assistance se tenait dans la campagne,

autour du monument, et la porte ouverte laissait voir le prêtre à

l'autel. Ces chapelles sont souvent bâties sur des plans assez étranges,

imposés soit par les dispositions du terrain, comme la chapelle de

Saint-Michel du Puy-en-Velay, par exemple, soit par un souvenir, une

tradition, la présence d'un tombeau, les traces de quelque miracle,

peut-être même les restes d'un réticule antique. Il serait donc

difficile de classer ces monuments qui, la plupart d'ailleurs, n'ont

aucun caractère architectonique.

Nous devons cependant faire connaître à nos lecteurs quelques-unes de

ces étrangetés monumentales, et nous choisirons, parmi elles, les

exemples présentant des formes qui permettent de leur donner une date à

peu près certaine, ou qui sortent des données ordinaires.

La chapelle de Planès, dans le Roussillon, située à six kilomètres de

Mont-Louis, peut passer pour un de ces caprices de construction que l'on

rencontre en recueillant ces monuments élevés au milieu des déserts.

Elle se compose d'une coupole portée sur une base triangulaire et sur

trois grandes niches ou culs-de-four. Construite grossièrement en

moellons, il serait assez difficile de lui assigner une date précise.

Cependant le système de la bâtisse et la forme du plan ne nous

permettent pas de la regarder comme antérieure au XIIIe siècle.

Voici le plan (13) de cet édicule. La porte est percée en A près de l'un

des angles du triangle équilatéral. La fig. 14 présente sa vue

extérieure, et la fig. 15 sa coupe sur la ligne B C. À moins de supposer

que la chapelle de Planès ait été élevée en l'honneur de la sainte

Trinité, nous ne saurions expliquer la disposition trilobée du plan.

Quoi qu'il en soit, nous ne donnons cet exemple que comme une de ces

exceptions dont nous avons parlé.

Il existe, dans l'enceinte de l'abbaye de Montmajour près Arles, une

chapelle élevée sous le titre de la Sainte-Croix, et qui mérite toute

l'attention des architectes et archéologues. C'est un édifice composé de

quatre culs-de-four égaux en diamètre, dont les arcs portent une coupole

à base carrée; un porche précède l'une des niches qui sert d'entrée. En

voici (16) le plan. L'intérieur n'est éclairé que par trois petites

fenêtres percées d'un seul côté. La porte A donne entrée dans un petit

cimetière clos de murs. La chapelle de Sainte-Croix de Montmajour est

bien bâtie en pierres de taille, et son ornementation, très-sobre,

exécutée avec une extrême délicatesse, rappelle la sculpture des églises

grecques des environs d'Athènes. Sur le sommet de la coupole s'élève un

campanile. La fig. 17 présente l'élévation extérieure de cette chapelle,

et la fig. 18 sa coupe sur la ligne B C. L'intérieur est complétement

dépourvu de sculpture, et devait probablement être décoré par des

peintures. Nous voyons, dans cet édifice, une de ces chapelles des morts

que l'on élevait, pendant le moyen âge, au milieu ou proche des

cimetières, non point une église pouvant être utilisée pour le service

journalier d'une communauté, même provisoirement, ainsi que le suppose

M. Vitet[365]. Sa forme ni ses dimensions n'eussent pu permettre de

réunir, dans son enceinte, les moines d'une abbaye comme celle de

Montmajour, et de disposer les religieux d'une façon convenable près de

l'autel. Pourquoi, d'ailleurs, adopter un plan en forme de croix grecque

pour une église destinée aux religieux d'une abbaye qui doivent être

placés dans un choeur suivant un ordre hiérarchique et sur deux lignes

parallèles? Pourquoi cette absence presque totale de fenêtres? Pourquoi

cette porte latérale donnant sur un petit terrain clos de murs et

complétement rempli de tombes creusées dans le roc, si l'on ne veut voir

dans l'église Sainte-Croix de Montmajour la chapelle funéraire de

l'abbaye? Si, au contraire, nous admettons cette hypothèse, sa forme,

ses dispositions et sa dimension sont parfaitement expliquées. Les

moines apportent le mort, processionnellement; on le dépose sous le

porche; les frères restent en dehors. La messe dite, on bénit le corps

et on le transporte à travers la chapelle, en le faisant passer par la

porte latérale A pour le déposer dans la fosse. On traverse la chapelle

pour entrer dans le cimetière, qui cependant avait une porte extérieure.

Les seules fenêtres qui éclairent cette chapelle s'ouvrent toutes trois

sur l'enclos servant de champ de repos. La nuit, une lampe brûlait au

centre du monument, et, conformément à l'usage admis dans les premiers

siècles du moyen âge, ces trois fenêtres projetaient la lueur de la

lampe dans le charnier. Pendant l'office des morts, un frère sonnait la

cloche suspendue dans le clocher au moyen d'une corde passant par un

oeil, réservé, à cet effet, au centre de la coupole.

La chapelle Sainte-Croix de Montmajour fut bâtie en 1019[366]. Ce n'était

pas seulement dans le voisinage des cimetières particuliers, des

établissements religieux que l'on élevait des chapelles des morts. Tous

les charniers placés au milieu des villes ou près des églises

possédaient un oratoire; quelquefois même cet oratoire n'était qu'une

sorte de dais ou de pyramide en pierre portée sur des colonnes, laissant

des ajours entre elles, de manière à permettre à l'assistance de voir le

prêtre qui, le jour des Morts, disait la messe et donnait ainsi la

bénédiction en plein air.

Il existe encore une très-jolie chapelle de ce genre à Avioth (Meuse),

qui date du XVe siècle. Nous en donnons le plan (19), la coupe (20) et

la vue perspective (21)[367]. Cette chapelle est placée près de la porte

d'entrée du cimetière; elle s'élève sur une plate-forme élevée d'un

mètre environ au-dessus du sol; l'autel est enclavé dans la niche A,

fig. 19 et 20; à côté est une petite piscine. Au milieu de la chapelle

est placé un tronc en pierre B, d'une grande dimension, pour recevoir

les dons que les assistants s'empressaient d'apporter pour le repos des

âmes du purgatoire. La messe dite, le prêtre sortait de la chapelle,

s'avançait sur la plate-forme pour exhorter les fidèles à prier pour les

morts, et donnait la bénédiction. On remarquera que cette chapelle est

adroitement construite pour laisser voir l'officiant à la foule et pour

l'abriter autant que possible du vent et de la pluie. Au-dessus des

colonnes courtes, qui, avec leur base et chapiteau n'ont plus de deux

mètres de haut, est posée une claire-voie; sorte de balustrade qui porte

des fenêtres vitrées. Il est à croire que du sommet de la voûte pendait

un fanal allumé la nuit, suivant l'usage; la partie supérieure de la

chapelle devenait ainsi une grande lanterne (voy. LANTERNE des morts).

On trouve encore, dans quelques cimetières de Bretagne, de ces chapelles

ou abris pour dire la messe le jour des Morts.

Le petit monument, composé d'un mur d'appui avec un comble en pavillon

élevé sur quatre colonnes, que l'on voyait encore, à la fin du siècle

dernier, dans l'enceinte du charnier des Innocents à Paris, et qui se

trouve reproduit dans la _Statistique monumentale_ de M. Alb. Lenoir,

sous le nom de _Préchoir_, n'est autre chose qu'une de ces chapelles des

morts destinées à abriter le prêtre, le jour de la fête des Morts,

pendant la messe et la bénédiction[368].

[Illustration: Fig. 13.]

[Illustration: Fig. 14 et 15.]

[Illustration: Fig. 16.]

[Illustration: Fig. 17.]

[Illustration: Fig. 18.]

[Illustration: Fig. 19.]

[Illustration: Fig. 20.]

[Illustration: Fig. 21.]

[Note 362: Dubreul, _Antiq. de Paris_, 1, II.]

[Note 363: _Ibid._]

[Note 364: _Ibid.,_ 1 III.]

[Note 365: _L'Archit. byzant. en France_, réponse à M. Félix

de Verneilh, par M. L. Vitet. (_Journal des Savants_, janv.,

fév. et mai 1853.)]

[Note 366: Voy. des fragments de la charte de fondation de

cette chapelle et d'une histoire manuscrite de la ville

d'Arles, cités dans les _Notes d'un voyage dans le midi de la

France_, par M. Mérimée; pièces communiquées par M. C.

Lenormant.]

[Note 367: Nous devons ces dessins à l'obligeance de M.

Boeswilwald.]

[Note 368: Ce monument paraît remonter au XIVe siècle.]

CHAPELLES ANNEXES des grandes églises. Jusqu'au XIIIe siècle, les

églises les plus importantes ne possédaient qu'un petit nombre de

chapelles; les cathédrales elles-mêmes en étaient souvent dépourvues

(voy. CATHÉDRALE, ÉGLISE).

Lorsqu'au XIIIe siècle il se fut établi des modificatious importantes

dans les habitudes du clergé, que l'on sentit la nécessité de multiplier

les offices pour se conformer aux désirs des fidèles, qui ne pouvaient

tous, à une même heure, assister au service divin, ou pour satisfaire

les corps privilégiés qui voulaient avoir leur chapelle, leur église

particulière, on bâtit des chapelles plus ou moins vastes sur les flancs

ou à l'abside des grandes églises, dans leur voisinage, et en

communication avec elles. Les églises conventuelles avaient un choeur

fermé par des stalles et des jubés; l'assistance ne pouvait que

difficilement voir les offices. Les monastères bâtirent donc des

chapelles où les religieux ordinés pouvaient dire les offices pour les

fidèles en dehors du choeur clôturé. Quelquefois aussi, des chapelles

anciennes, en grande vénération, furent laissées près des églises

nouvelles. C'est ainsi que les religieux de Saint-Bénigne de Dijon

conservèrent la curieuse rotonde qui renfermait les reliques de ce saint

en reconstruisant leur nouveau choeur (voy. SÉPULCRE (saint)), et qu'une

chapelle à deux étages, qui date du Xe siècle, fut laissée debout, à la

fin du XIIe siècle, par les religieux qui rebâtirent l'église de

Neuwiller (Bas Rhin).

Cette chapelle, dont nous donnons le plan (22), était placée sous le

vocable du fondateur, saint Adelphe, et présente une disposition des

plus curieuses. C'est une petite basilique, à deux étages, dont le

rez-de-chaussée est voûté et le premier étage couvert par une charpente

apparente. Ce premier étage est presque de plain-pied avec le sanctuaire

de la grande église, tandis que le rez-de-chaussée est, relativement au

sol du choeur de l'église, une véritable crypte.

Nous en présentons (23) la coupe transversale[369].

Vers la fin du XIIIe siècle, on éleva, derrière l'abside de la grande

église abbatiale de Saint-Germer (près Gournay), une grande chapelle

copiée sur la Sainte-Chapelle haute de Paris, et communiquant avec le

sanctuaire de l'église au moyen d'une charmante galerie. Ce monument,

exécuté avec un grand soin, était décoré de vitraux en grisailles et de

peintures; son autel portait le beau retable en pierre peinte qui est

aujourd'hui déposé dans le musée de Cluny à Paris, et qui est un des

chefs-d'oeuvre de la statuaire de cette époque[370].

La cathédrale de Mantes, bâtie à la fin du XIIe siècle, ne posséda

aucune chapelle jusqu'au XIVe; à cette époque, on éleva contre le

bas-côté sud du choeur une belle chapelle, composée de quatre voûtes

retombant sur une pile centrale, mise en communication avec ce bas-côté

par l'ouverture de deux arceaux percés entre les anciennes piles.

Nous donnons (24) une vue extérieure de cette chapelle, l'un des

meilleurs exemples de l'architecture du commencement du XIVe siècle

qu'il y ait dans l'Île de France, et (25) une vue intérieure prise de

l'ancien bas-côté du XIIe siècle. Cette adjonction fut faite avec

adresse; en conservant les voûtes du bas-côté, dont les arcs A B sont

anciens, l'architecte du XIVe siècle remplaça la pile C en sous-oeuvre,

accola les deux piles d'entrée D D aux piles E du collatéral du XIIe

siècle, conserva les anciens contreforts F; et, supprimant celui qui

existait derrière la pile C, y substitua un arc aigu venant reporter le

poids des constructions supérieures sur la pile G. Une charmante

arcature décore l'appui des quatre grandes fenêtres dont les meneaux

offrent un dessin d'une pureté remarquable.

Les XIVe, XVe et XVIe siècles bâtirent à proximité, ou attenant aux

grandes églises, une quantité innombrable de chapelles; parmi les plus

belles, on doit citer la chapelle de la Vierge bâtie à l'abside de la

cathédrale de Rouen (XIVe siècle), les grandes chapelles élevées sur le

flanc sud de la cathédrale de Lyon et nord des cathédrales de Châlons et

de Langres (XVIe siècle).

CHAPELLES (comprises dans le plan général des églises). À quelle époque

précise des chapelles vinrent-elles entourer le sanctuaire des églises?

Il serait difficile, nous le croyons, de répondre d'une façon

catégorique à cette question dans l'état actuel des connaissances

archéologiques; nous n'essayerons même pas de la discuter; nous nous

bornerons à constater quelques faits. Mais, avant tout, nous devons dire

que nous ne donnons le nom de chapelles qu'aux absidioles plus ou moins

profondes et larges, circulaires, carrées ou à pans, qui s'ouvrent sur

les bas-côtés d'une église; nous rangeons les chapelles posées à

l'extrémité des bas-côtés, comme dans la fig. 22 de cet article, ou

celles qui s'ouvrent des deux côtés du sanctuaire sur les transsepts, au

nombre des absides secondaires. Or nous voyons des chapelles absidales

donnant sur le bas-côté qui pourtourne le sanctuaire, dans des églises

dont la construction remonte au IXe ou Xe siècle, comme, par exemple,

l'église de Vignory. Dans le centre de la France, nous trouvons des

chapelles absidales dès le Xe siècle[371]. L'église de Saint-Savin

(Poitou) nous donne cinq chapelles s'ouvrant dans le bas-côté du

sanctuaire (XIe siècle). L'église Saint-Étienne de Nevers (XIe siècle)

en présente trois; celle de Notre-Dame-du-Port de Clermont (XIe siècle),

quatre. Dans d'autres provinces, les chapelles absidales apparaissent

beaucoup plus tard. En Normandie, par exemple, les sanctuaires demeurent

longtemps, jusqu'à la fin du XIIe siècle, sans bas-côtés et, par

conséquent, sans chapelles absidales. En Bourgogne, nous ne les voyons

adoptées qu'au XIIe siècle. Les abbayes commencent, dans les provinces

du Nord et de l'Est, à élever des chapelles absidales dès le XIe

siècle[372]. Au XIIe siècle, elles se développent en nombre et en

étendue[373].

La cathédrale française, qui naît à la fin du XIIe siècle, semble

protester contre ce besoin de multiplier les autels. Érigée sous une

pensée dominante, l'unité, elle n'admet les chapelles qu'assez tard

(voy. CATHÉDRALE). Si nous les voyons poindre, au XIIe siècle, dans les

deux cathédrales de Noyon et de Senlis, c'est que ces deux monuments

s'élèvent sous l'influence évidente de l'église abbatiale de

Saint-Denis, et encore, à la cathédrale de Senlis, par exemple, dont la

construction n'est pas aussi directement soumise à celle de l'abbaye que

la construction de la cathédrale de Noyon, ces chapelles absidales osent

à peine se développer; elles ne forment en plan, à l'extérieur, qu'un

arc de cercle très-ouvert; elles peuvent difficilement contenir un petit

autel, et ne présentent qu'une faible excroissance en dehors du

périmètre du bas-côté. Bientôt, cependant, il y a réaction contre le

principe qui avait fait exclure les chapelles des cathédrales; on

augmente en nombre et en étendue d'abord celles de l'abside, puis on en

construit après coup le long des bas-côtés des nefs. Cet exemple est

suivi dans les églises paroissiales. Nous ne nous occuperons pas des

chapelles élevées entre les contreforts des bas-côtés des nefs, car

elles ne consistent réellement qu'en une voûte et une fenêtre; mais nous

essayerons de présenter une série de chapelles absidales en prenant les

types principaux classés par ordre chronologique, ou suivant leur

ordonnance.

Les chapelles absidales romanes ne consistent à l'intérieur qu'en une

demi-tour ronde voûtée en cul-de-four, percée d'une, de deux ou trois

fenêtres cintrées, simples, ou ornées de colonnettes des deux côtés de

l'ébrasement. Ces chapelles, destinées à être peintes, ne sont pas

décorées de sculptures. Quelquefois le soubassement reçoit une

arcature[374]. À l'extérieur, au contraire, elles sont enrichies de

moulures, de délicates sculptures et quelquefois d'incrustations de

pierres de diverses couleurs. Telles sont les chapelles absidales de

l'église de Notre-Dame-du-Port à Clermont, dont nous donnons (26) une

vue intérieure, et (27) une vue extérieure. Ces chapelles sont à double

étage, c'est-à-dire qu'elles règnent dans la crypte comme au

rez-de-chaussée; cela leur donne à l'extérieur une proportion

très-allongée, les voûtes de la crypte étant au-dessus du niveau du sol

extérieur afin d'obtenir des jours par de petites baies percées dans le

soubassement. Les deux figures 26 et 27 font voir que l'ordonnance des

chapelles est indépendante de celle du bas-côté. Les corniches ne sont

pas posées au même niveau. Cependant, à Notre-Dame-du-Port, la

différence du niveau entre la corniche du bas-côté et celle des

chapelles n'est pas telle, que la couverture en dalle de ces chapelles

ne dépasse l'arase de la corniche du bas-côté. Pour éviter le mauvais

effet des pénétrations des couvertures des chapelles sur les dallages du

collatéral, on a élevé les petits pignons A (fig. 27) qui arrêtent le

dallage des chapelles et masquent une couverture à deux égouts pénétrant

le dallage continu du bas-côté. Cela est adroitement combiné, quoique un

peu recherché; mais les dispositions les plus simples ne sont pas celles

qu'on adopte tout d'abord. Les formes primitives des chapelles absidales

romanes des provinces du centre et de l'Aquitaine varient peu; et si

nous avons choisi cet exemple, c'est qu'il est un des plus anciens et

des plus beaux. Les chapelles absidales de Notre-Dame-du-Port sont

encore empreintes d'un certain parfum de bonne antiquité qui leur donne

à nos yeux un caractère particulier. Ce n'est plus l'architecture

antique, mais ce n'est pas l'architecture romane du Nord et de l'Est.

D'où venait cet art, comment était-il né dans ces provinces centrales de

la France? Comment se fait-il que, dès le XIe siècle, il se distingue

entre tous les styles d'architecture des autres provinces par son

extrême finesse; par son exécution délicate, la pureté de ses profils et

l'harmonie parfaite de ses proportions? La façon dont est disposée la

décoration de l'extérieur de ces chapelles dénote un art arrivé à un

haut degré. La sculpture n'est pas prodiguée, elle est fine et cependant

produit un grand effet par son judicieux emploi. Les incrustations de

pierre noire (lave) entre les modillons et au-dessus des archivoltes des

fenêtres contribuent à donner de l'élégance à la partie supérieure de

ces chapelles, sans leur rien enlever de leur fermeté.

Lorsqu'au XIIe siècle on abandonne les voûtes en cul-de-four pour

adopter définitivement la voûte en arcs d'ogive, les constructeurs

profitent de ce nouveau mode pour agrandir les fenêtres des chapelles et

pour les orner de colonnes dégagées qui reçoivent les arcs et les

formerets. C'est d'après ce principe que sont construites les chapelles

de l'église abbatiale de Saint-Denis et celles de la cathédrale de Noyon

(milieu du XIIe siècle), dont nous avons présenté (28) l'aspect

intérieur. Quant aux chapelles de la cathédrale de Senlis, elles ne se

composent que de deux travées dont une seule est percée d'une fenêtre.

En voici (29) le plan, (30) la vue extérieure et (31) l'aspect

intérieur. À Noyon, l'arc doubleau d'entrée est plein cintre; à

Saint-Leu d'Esserent et à Senlis, il est ogival; cependant ces chapelles

sont construites à la même époque, ou peu s'en faut. Les chapelles de

Noyon sont décorées d'une petite arcature plein cintre, celles de Saint

Leu et de Senlis en sont dépourvues.

Il faut mentionner un fait important: soit que ces chapelles se

composent de deux travées, comme à Senlis, ou de quatre traviées, comme

à Noyon et à Saint-Leu, l'autel de chacune d'elles est placé suivant

l'axe du chevet, de façon à être toujours orienté, et, par conséquent,

dans l'une des travées latérales, ainsi que l'indique la fig. 31.

Cependant les chapelles absidales de l'église abbatiale de Saint-Denis

faisaient exception à cette règle; leurs autels étaient tous posés

perpendiculairement au rayon partant du centre du sanctuaire et formant

l'axe de chacune des chapelles. Dans les grandes églises de l'ordre de

Cluny et dans les cathédrales de l'Oise citées plus haut, bâties vers le

milieu du XIIe siècle, les chapelles absidales sont semi-circulaires;

elles sont carrées dans les églises de l'ordre de Citeaux. À Clairvaux,

à Pontigny, c'est un parti franchement adopté, et qui nous paraît

commandé par la règle de cet ordre, qui voulait que les constructions

monastiques se renfermassent dans les données les plus simples. En

effet, les chapelles circulaires entraînent des dépenses importantes,

parce qu'elles compliquent les constructions, nécessitent des

développements considérables de murs, exigent une main-d'oeuvre

dispendieuse, des couvertures difficiles à exécuter, des pénétrations,

des coupes particulières, et, par suite, un grand détail de précautions.

Les chapelles carrées, au contraire, ne font qu'ajouter une précinction

au bas-côté, ne demandent qu'un mur de clôture très-simple et des

couvertures qui ne sont que le prolongement de celles du collatéral de

l'abside; les contre-forts nécessaires à la buttée des voûtes

supérieures leur servent de murs de séparation; les voûtes composées de

deux arcs ogives se construisent plus économiquement que les voûtes

couvrant une surface semi-circulaire, une seule fenêtre les éclaire au

lieu de deux. Ces chapelles carrées ne sont donc réellement qu'un second

bas-côté divisé par des murs de refend construits suivant les rayons

partant du point centre du sanctuaire[375].

Les constructeurs de l'église de Pontigny (Yonne) voulurent cependant,

tout en se conformant à cette donnée de l'ordre, faire une concession au

goût du temps. Le choeur de cette église abbatiale, élevé pendant les

dernières années du XIIe siècle, conserve le principe des chapelles

absidales carrées à l'extérieur, tandis qu'à l'intérieur ces chapelles

sont plantées sur un polygone irrégulier.

Voici (32) le plan d'une de ces chapelles. La couverture ne tient pas

compte de cette forme polygonale; elle passe uniformément sur toutes,

laissant seulement les souches des arcs-boutants percer l'appentis. Nous

devons reconnaître toutefois qu'il y eut de l'indécision dans la façon

de couvrir les chapelles absidales de l'église de Pontigny, car les

filets solins des combles, ménagés sur les flancs des souches des

arcs-boutants, ne suivent pas la direction de ces combles, et donnent à

croire qu'on avait voulu faire, soit des combles brisés, soit un

appentis sur le bas-côté, pénétré par des combles à double pente avec

pignon sur chacune des chapelles. Ces tâtonnements, quant à la manière

de couvrir les chapelles absidales des églises monastiques, ne sont pas

seulement apparents à Pontigny. Il y avait là une difficulté qui,

évidemment, embarrassa longtemps les architectes des grandes églises

d'abbayes pendant les XIe et XIIe siècles. On arrivait à couvrir ces

chapelles par des procédés qui n'ont rien de franc et accusent une

certaine indécision. Cela est visible dans le choeur de l'église

Saint-Martin-des-Champs de Paris, dans le choeur de l'église de Vézelay,

où les couvertures des chapelles circulaires, au lieu d'être coniques,

forment une surface gauche qu'il n'était possible d'obtenir que par un

massif posé sur les voûtes. Dans les églises de l'Auvergne, du Poitou et

de l'Aquitaine, les chapelles absidales étant plus basses que le

collatéral, les couvertures venaient naturellement buter contre le mur

de ce collatéral, sous sa corniche; mais, dans l'Est et le Nord, on

voulut de bonne heure donner aux chapelles absidales la hauteur du

collatéral, et les constructeurs, après avoir arasé les corniches, ne

savaient plus trop comment couvrir ces surfaces inégales, et reculaient

devant les difficultés que présentent des pénétrations de combles en

charpente.

Dans l'Île de France et les provinces voisines, les églises de quelque

importance possédaient toutes, au-dessus des bas-côtés, une galerie

aussi large que lui, formant au premier étage un second collatéral.

Cette disposition permettait d'éviter les difficultés que nous venons de

signaler, puisque le mur de précinction de la galerie du premier étage

présentait une surface verticale assez haute pour permettre d'appuyer

une couverture contre elle. Ce que nous disons ici est parfaitement

expliqué par la vue extérieure des chapelles absidales de la cathédrale

de Senlis (fig. 30). Mais aussi ces chapelles n'avaient-elles qu'une

faible profondeur, et n'étaient-elles pas, à cause de leur exiguïté,

d'un usage commode.

Avant de passer outre, nous devons revenir sur ce que nous venons de

dire des chapelles absidales des églises du Poitou et de l'Aquitaine.

Dans ces provinces, les bas-côtés des églises ont à peu près la hauteur

du vaisseau principal (voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE, CATHÉDRALE), afin

de contrebuter la poussée des voûtes centrales; quoique ce mode eût

l'inconvénient d'empêcher d'ouvrir des jours au-dessus des collatéraux

sous les voûtes hautes, il avait l'avantage d'éviter la construction des

arcs-boutants, et de donner des bas-côtés fort élevés contre lesquels on

pouvait adosser des chapelles d'une bonne dimension comme diamètre et

hauteur, sans que leur couverture vînt dépasser le niveau des corniches

de ces collatéraux. La chapelle était alors une absidiole

semi-circulaire accolée à un mur élevé; elle était un appendice à

l'édifice, un édicule indépendant pour ainsi dire, ayant son ordonnance

particulière.

L'exemple pris sur le plus beau monument de ce genre qu'il y ait en

Saintonge, et que nous donnons (33), expliquera nettement ce qu'est la

chapelle absidale dans les églises romanes de l'Ouest. À Saintes, il

existe une charmante église du XIIe siècle, Saint-Euthrope, qui possède

une vaste crypte, ou plutôt une église basse, à rez-de-chaussée, sous le

choeur. L'abside de cette église est flanquée de trois chapelles dont

nous reproduisons l'aspect extérieur. Ces chapelles règnent dans la

crypte comme au niveau du choeur, ainsi que le fait voir notre gravure;

leurs fenêtres ne sont pas de la même dimension que celles du collatéral

A; elles sont plus petites. Les chapelles de Saint-Euthrope de Saintes

sont donc, comme nous le disions, un petit édifice accolé à un autre

plus grand. Si ce parti peut être adopté dans l'architecture romane de

l'Ouest, dont l'échelle n'est pas soumise à des proportions fixes, qui

ne tient pas compte de l'unité dans ses dispositions architectoniques,

il n'aurait pu être admis par les architectes des provinces du Nord à la

fin du XIIe siècle, alors que l'architecture ne se permettait plus ces

désaccords d'échelle, et que l'on revenait à des lois impérieuses

d'unité. D'ailleurs on n'avait pas, dans le Nord, cette ressource des

collatéraux élevés; il fallait les tenir assez bas pour pouvoir éclairer

largement le vaisseau central au-dessus de leur couverture. Force fut

donc, lorsqu'on voulut, au commencement du XIIIe siècle, ouvrir des

chapelles à l'abside des églises, de leur donner la hauteur des

bas-côtés et de les couvrir sans trop de difficultés, sans gêner

l'écoulement des eaux et sans nuire à l'ordonnance générale. On procéda

timidement d'abord; à Bourges, par exemple, les chapelles absidales ne

formèrent que des demi-tourelles attachées au bas-côté, couvertes par

des terrassons coniques en dalles[376]. À Chartres, les chapelles

absidales ne furent guère aussi que des niches couronnées par des

pavillons dallés. C'est en Champagne que les chapelles absidales

paraissent prendre, dès la fin du XIIe siècle, un développement

considérable. Le choeur de l'église Saint-Remy de Reims est contemporain

de celui de la cathédrale de Paris, c'est-à-dire qu'il dut être élevé

vers 1180; il y a même entre ces deux édifices une très-grande analogie.

Cependant les doubles bas-côtés du choeur de Notre-Dame de Paris

n'avaient pas de chapelles ou n'en possédaient que de très petites,

tandis qu'à Saint-Remy de Reims on voit apparaître autour de l'abside

une disposition particulière à la Champagne, disposition que nous

retrouvons amoindrie dans les chapelles du tour du choeur de Notre-Dame

de Châlons-sur-Marne, et qui consiste à ouvrir les chapelles sur le

bas-côté, de façon à ce que leur voûte soit inscrite dans un cercle.

Ainsi, à Saint-Remy de Reims (33 bis)[377], les chapelles absidales sont

parfaitement circulaires, voûtées au moyen de quatre arcs ogives, de

cinq formerets et de trois arcs doubleaux ouverts sur le bas-côté. Deux

colonnes A A séparent la chapelle du collatéral et complètent les huit

points d'appui sur lesquels reposent les quatre arcs ogives. Ces

chapelles, à l'extérieur, ne laissent voir qu'un segment de cercle assez

peu étendu, à cause de la saillie des gros contreforts qui les séparent

et sont destinés à contrebuter les arcs-boutants des voûtes hautes. Dans

l'axe, une chapelle beaucoup plus profonde B termine le chevet.

Au-dessus de l'arcature qui décore à l'intérieur le soubassement de ces

chapelles règne un passage traversant les piles qui portent les arcs;

les fenêtres occupent tout l'espace laissé entre ces piles et sont

terminées à leur sommet par des berceaux ogives concentriques aux

formerets. Les voûtes sont contrebutées par les piles formant

contreforts à l'intérieur. À Châlons-sur-Marne, les chapelles

présentent, à l'extérieur, des contreforts qui ne sont qu'une

demi-colonne cannelée terminée par une statue et un dais (voy.

CONTREFORT). Ce plan circulaire, les piles formant contreforts

intérieurs, les deux colonnes posées à l'entrée de la chapelle sur le

collatéral, et jusqu'aux demi-colonnes cannelées extérieures, sont des

dispositions qui rappellent encore l'architecture antique romaine. Son

influence, surtout apparente dans la Haute Marne, à Langres, et le long

de la Saône, se fait encore sentir jusqu'à Reims (ville qui possède

encore un monument antique), et même jusqu'à Chalons, pendant les

premières années du XIIIe siècle. Les chapelles absidales de la

cathédrale de Reims, élevées vingt ou vingt-cinq ans après celles de

l'église de Saint-Remy, sont évidemment dérivées de ces dernières. Mais

à la cathédrale de Reims, Robert de Coucy a supprimé les colonnes

isolées de l'entrée, et a donné à son plan plus d'ampleur.

Les chapelles absidales de la cathédrale de Reims méritent d'être

étudiées avec soin. Commencées sur un plan circulaire, comme celles de

Saint-Remy, elles deviennent polygonales au niveau de l'appui des

fenêtres; c'est la transition entre les deux systèmes roman et ogival.

Les architectes soumis aux principes de l'école ogivale reconnaissaient:

1° que les archivoltes des fenêtres percées dans un mur cylindrique

poussaient au vide; 2° que les meneaux ne pouvaient être établis

solidement qu'autant qu'ils se trouvaient dans un plan droit; que leur

taille, suivant un plan courbe, présentait des difficultés

insurmontables. Ainsi, en adoptant les meneaux comme châssis de fenêtres

et pour maintenir les vitraux, on se trouvait forcément entraîné à

abandonner la forme cylindrique dans les absidioles aussi bien que dans

les grandes absides. Mais la rencontre des meneaux avec les talus

circulaires du soubassement nécessitait des pénétrations compliquées, un

raccordement présentant certaines difficultés; on trouva bientôt plus

naturel de prolonger la forme polygonale jusqu'au sol. Pour nous

résumer, l'habitude des constructions romanes fait commencer, au XIIIe

siècle, des chapelles sur plan circulaire; le principe de la

construction adoptée fait renoncer au plan circulaire en construisant

les fenêtres, surtout lorsque celles-ci sont garnies de meneaux; ce

principe, une fois admis, fait abandonner la forme cylindrique même pour

les soubassements, et commande la forme polygonale ou prismatique dans

les plans des chapelles. Il y avait dans tout le système ogival des

données impérieuses qui forçaient ainsi les architectes, de déductions

en déductions, à l'appliquer avec plus de rigueur, quelle que fût la

force des traditions antérieures. Toutefois, à Reims, l'architecte sut

se tirer avec adresse du mauvais pas où il s'était engagé en fondant les

chapelles sur plan circulaire; mais la tentative de concilier les deux

systèmes ne fut guère renouvelée depuis; on avait fait là, évidemment,

ce que nous appelons une _école_[378].

Nous donnons (34) le plan inférieur d'une des chapelles absidales de la

cathédrale de Reims[379], et (35) le plan au niveau des fenêtres, qui

indique comment les meneaux viennent pénétrer le talus conique

couronnant le soubassement à l'extérieur. Suivant le mode champenois, il

existe une circulation au-dessus du soubassement décoré d'une arcature à

l'intérieur. Les fenêtres se trouvent ainsi, comme à Saint-Remy, comme à

la chapelle de l'archevêché de Reims, comme à la chapelle du château de

Saint-Germain-en-Laye, ouvertes dans un renfoncement produit par la

saillie intérieure des piles. À Reims, cependant, on ne retrouve pas le

formeret isolé de la fenêtre par un plafond portant le chéneau (ce qui

est du reste une disposition bourguignonne); c'est un ébrasement

concentrique au formeret qui sépare celui-ci de la baie. La fig. 36,

donnant la vue intérieure de l'une de ces chapelles, nous dispensera de

plus longues explications à ce sujet; elle fait voir le passage pratiqué

au-dessus de l'arcature et toute l'ordonnance intérieure. La proportion

de ces chapelles est des plus heureuses; leur aspect est solide, les

détails de la sculpture et les profils sont traités avec la plus rare

perfection. À l'extérieur, ces chapelles ne sont pas moins belles et

simples, et n'était la malencontreuse galerie à jour placée, vers le

milieu du XIIIe siècle, sur la corniche supérieure, dont le moindre

inconvénient est de faire paraître ces chapelles petites, on pourrait

les présenter comme un modèle parfait et complet d'architecture ogivale

primitive. La fig. 37 reproduit leur aspect extérieur. S'élevant

jusqu'au niveau supérieur du collatéral, elles sont couvertes par des

charpentes formant pavillons pyramidaux isolés, revêtues de plomb. Entre

ces pavillons et l'appentis recouvrant le bas-côté, est un beau chéneau

de pierre posé sur les arcs doubleaux d'entrée des chapelles, et

rejetant les eaux à travers les gros contreforts séparatifs, par des

canaux dans lesquels un homme peut entrer debout, et des gargouilles. Ce

canal principal est coupé en croix par un autre canal d'égale hauteur,

recevant les eaux des chéneaux posés sur la corniche du couronnement des

chapelles.

Malgré que les chapelles absidales de la cathédrale de Reims soient fort

bien composées, elles n'ont pas encore complétement abandonné les

traditions romanes; on en retrouve la trace dans le soubassement

circulaire, dans les piles saillantes à l'intérieur, dans ce bandeau

horizontal qui, couronnant l'arcature, coupe les colonnettes, et dans la

construction qui est quelque peu lourde. Si nous voulons voir des

chapelles absidales de l'époque ogivale arrivées à leur complet

développement, il faut nous transporter dans la cathédrale d'Amiens;

celles-ci sont d'autant plus intéressantes à étudier qu'elles ont servi

de type à toutes les constructions élevées depuis lors, entre autres

pour les chapelles des cathédrales de Beauvais, de Cologne, de Nevers,

de Séez, et, plus tard, de Clermont, de Limoges, de Narbonne, de

l'église de Saint-Ouen de Rouen, etc. Les chapelles absidales de la

cathédrale d'Amiens sont hautes, largement ouvertes et éclairées; leur

construction ne comporte exactement que le volume de matériaux

nécessaires à leur stabilité; elles sont aussi simplement conçues

qu'élégantes d'aspect.

Nous donnons (38) le plan d'une de ces chapelles pris au niveau des

fenêtres, (39) une vue intérieure, et (40) une vue extérieure. Trois

grandes verrières, qui n'ont pas moins de quatorze mètres de hauteur, et

l'arcature inférieure avec sa piscine, font toute leur décoration à

l'intérieur; les fenêtres, comme à la Sainte-Chapelle de Paris, occupent

tout l'espace compris entre cette arcature, les piles et les voûtes,

auxquelles leurs archivoltes servent de formerets. À l'extérieur, une

belle corniche à crochets et feuilles les couronne; les contreforts,

dont toute la saillie est reportée en dehors, reçoivent des archivoltes

abritant les fenêtres et dont l'épaisseur porte le chéneau supérieur.

Les bahuts de la charpente reposent directement sur les formerets des

voûtes. Il est impossible d'imaginer une construction voûtée plus simple

et plus sage. Les sommets des contreforts sont brusquement terminés par

des talus sur lesquels viennent se reposer des animaux, chevaux,

griffons et dragons. À la chapelle de la Vierge, ces animaux sont

remplacés par des rois de Juda (voy. AMORTISSEMENT). Nous ne pensons pas

que ce couronnement soit complet, car on aperçoit, au sommet des

contreforts, comme des assises recoupées, des _repentirs_, des

négligences qui marquent une certaine hâte de finir tant bien que mal,

et qui ne répondent pas à l'exécution soignée, précise des constructions

jusques et y compris la corniche. Ce qui nous confirme dans l'opinion

que les couronnements des contreforts des chapelles de la cathédrale

d'Amiens[380] n'ont pas été terminés comme ils avaient été projetés, ou

que l'incendie qui détruisit leur couverture, avant l'érection de la

partie haute du choeur, les ayant calcinés, ils furent refaits avec

parcimonie et à la hâte, c'est qu'à Beauvais et à la cathédrale de

Cologne particulièrement, les chapelles copiées sur celles d'Amiens

portent des pinacles très-élevés et dont la proportion élancée forme un

complément indispensable au bon effet de ces contreforts saillants et

minces, et plus encore, assurent leur parfaite stabilité par leur poids.

Il est intéressant de comparer ces deux édifices, Amiens et Cologne, qui

ont entre eux des rapports si intimes. Les chapelles absidales de

Cologne, comme celles d'Amiens, reposent sur un plateau circulaire qui

les inscrit et sert de base à tout le chevet; leur proportion est

pareille, les meneaux des fenêtres identiques. À Amiens, deux

gargouilles prises dans la hauteur du larmier rejettent les eaux des

chéneaux à chaque contrefort; à Cologne, c'est une seule gargouille

prise dans la hauteur de la corniche feuillue sous le larmier qui

remplit cet office. À Amiens, les balustrades refaites au XVIe siècle

devaient, nous le croyons, rappeler la balustrade de la Sainte-Chapelle

de Paris; à Cologne, la balustrade est semblable à celle de Beauvais.

Restent les sommets des contreforts, incomplets ou inachevés à Amiens,

terminés à Cologne, quelques années après la construction des chapelles,

vers le commencement du XIVe siècle, par de hauts pinacles à jour

renfermant des statues. Dans l'une comme dans l'autre de ces deux

cathédrales, les chapelles absidales sont couvertes par des pavillons en

charpente isolés et pyramidaux. À Beauvais, les couvertures des

chapelles étaient en dalles; mais il ne faut pas oublier que, dans ce

dernier monument, il y a un double triforium; et que l'architecte avait

voulu laisser à cette belle disposition toute son importance à

l'extérieur, et ne point la masquer par des combles.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 2 - (A suite - C) · 第 12 / 16 题