avaient fait ouvrir la porte principale au nord de la nef romane; une
autre porte est percée dans le pignon du transsept nord. Le clocher de
l'église, qui datait du XIe siècle, s'élevait sur la première travée de
la nef et servait de défense, car il dominait la muraille de la cité,
qui, alors, passait au raz du mur occidental.
En A est le cloître; il reliait les bâtiments du chapitre et de l'évêché
à l'église. Des deux côtés du sanctuaire, entre les contreforts, sont
réservés deux petits sacraires qui ne s'élèvent que jusqu'au-dessous de
l'appui des fenêtres. Ces sacraires sont garnis d'armoires doubles
fortement ferrées et prises aux dépens du mur. Ils servaient de trésors,
car il était d'usage de placer, des deux côtés de l'autel principal des
églises abbatiales ou des cathédrales, des armoires destinées à contenir
les vases sacrés, les reliquaires et tous les objets précieux. À
Saint-Nazaire, on avait habilement profité des dispositions de la
construction pour établir d'une manière fixe ces sacraires qui, le plus
souvent, n'étaient que des meubles (voy. AUTEL).
Les cathédrales des diocèses de la France actuelle avaient tous, ou peu
s'en faut, reconstruit leurs cathédrales pendant les XIIe, XIIIe et XIVe
siècles; ceux dont l'oeuvre de reconstruction n'avait été commencée que
tardivement ne purent, la plupart, la terminer. Les guerres qui, pendant
la dernière moitié du XIVe siècle et le commencement du XVe,
ensanglantèrent le sol français, ne permirent pas de continuer ces
monuments tardifs. Ce fut seulement à la fin du XVe siècle et au
commencement du XVIe que l'on reprit les travaux. Alors, comme nous
l'avons dit en décrivant quelques-uns de ces grands édifices, on fit de
nouveaux efforts; à Troyes, à Auxerre, à Tours, à Évreux, à Rouen, à
Beauvais, à Limoges, à Bourges, à Nevers, etc., les évêques et les
chapitres consacrèrent des sommes considérables à parfaire des monuments
que le refroidissement du zèle des populations et les guerres avaient
laissés incomplets. Quelques cathédrales, en bien petit nombre, furent
commencées à cette époque. Le XVe siècle vit fonder la cathédrale de
Nantes, celles d'Auch, de Montpellier, de Rhodez, de Viviers; les
guerres religieuses du XVIe siècle firent de nouveau suspendre les
travaux.
Nous ne devons pas quitter ce sujet sans parler de la cathédrale d'Alby;
monument exceptionnel, tant à cause du principe de sa construction et de
ses dispositions particulières, que par la nature des matériaux
employés, la brique.
Nous donnons (50) le plan de la cathédrale d'Alby[280]. Déjà nous avons
parlé de deux cathédrales du midi de la France qui pouvaient, au besoin,
servir de forteresses: Narbonne et Béziers; ce parti est plus
franchement accusé encore dans l'église Sainte-Cécile d'Alby. La tour
occidentale est un véritable donjon, sans ouvertures extérieures à
rez-de-chaussée. Du côté méridional, une porte fortifiée se reliant à
une enceinte défendait l'entrée qui longeait le flanc de la cathédrale
et s'élevait au niveau du sol intérieur au moyen d'un large
emmarchement. Du côté du nord, des sacristies fortifiées reliaient la
cathédrale à l'archevêché, fort bien défendu par d'épaisses murailles et
un magnifique donjon.
Sainte-Cécile d'Alby, commencée vers le milieu du XIVe siècle, n'est
qu'une salle immense terminée par une abside et complétement entourée de
chapelles, polygonales au chevet, carrées dans la nef. Ces chapelles
sont prises entre les contreforts qui contrebuttent la grande voûte; à
deux étages, ces chapelles communiquent toutes entre elles, au premier
étage, par des portes percées dans les contreforts, et forment ainsi une
galerie. Ces chapelles du rez-de-chaussée sont, les unes voûtées en
berceau ogival, les autres en arcs d'ogives, irrégulièrement, ainsi que
l'indique le plan. Les voûtes du premier étage des chapelles sont toutes
en arcs d'ogives. Les contreforts, ou séparation des chapelles,
au-dessus du soubassement continu, se dégagent en tourelles flanquantes
dont la section horizontale donne un arc de cercle dont la flèche est
courte. Des fenêtres étroites et longues, percées seulement au premier
étage, dans les murs, entre les contreforts, éclairent le vaisseau.
La construction de cette église fut interrompue vers le commencement du
XVe siècle; les couronnements projetés, et qui certainement ne devaient
être qu'un crénelage, ne furent pas montés. Au commencement du XVIe
siècle, on se contenta de placer des balustrades aux différents étages
de la tour, de faire quelques travaux intérieurs, le porche sud, et la
clôture du choeur avec un jubé qui occupe la moitié du vaisseau, et
forme ainsi comme un bas-côté autour du sanctuaire. Ce grand édifice,
entièrement bâti en briques, excepté les meneaux des fenêtres, les
balustrades et la clôture du choeur qui sont en pierre, fut enduit à
l'intérieur, et complètement couvert de peintures de la fin du XVe
siècle et du XVIe[281].
La cathédrale d'Alby est certainement l'édifice ogival le plus imposant
des provinces du Midi; il est d'ailleurs original, et n'a pas subi,
comme Narbonne, Rhodez, Mende, Béziers, les influences du Nord. Il
dérive des églises de la ville basse de Carcassonne, de l'ancienne
cathédrale de Toulouse, monuments religieux sans bas-côtés, qui
n'étaient eux-mêmes qu'une application des constructions quasi-romaines
de Fréjus, de Notre-Dame des Dons d'Avignon, de la Major de Marseille,
églises rappellant le système de construction adopté dans la basilique
de Constantin à Rome.
Si la cathédrale d'Alby est un édifice ogival dans les moyens
d'exécution, il faut reconnaître qu'il est, comme disposition de plan,
comme structure, complétement roman et même antique. Le style ogival
n'est là qu'une concession faite au goût du temps, l'application d'une
forme étrangère, nullement une nécessité. La voûte de la cathédrale
d'Alby pourrait être un grand berceau plein-cintre, pénétré par les
petits berceaux transversaux fermant les travées entre les contreforts;
la stabilité de l'édifice n'eût rien perdu à l'adoption de ce dernier
système roman ou romain; et nous dirons même que les voûtes en arcs
d'ogives qui couvrent les travées entre les contreforts, à la hauteur de
la grande voûte, sont un non-sens; la véritable construction de ces
voûtes eût dû être faite en berceaux, bandés perpendiculairement à la
nef et portant sur ces contreforts. Ce parti eût été plus solide et
surtout plus logique.
C'est en étudiant les monuments qui ont admis les formes de
l'architecture ogivale sans en bien comprendre l'esprit, que l'on
reconnaît combien le style adopté, à la fin du XIIe siècle, dans le nord
de la France est impérieux; combien il se sépare nettement de tous les
autres modes d'architecture antérieurs.
L'architecture romane est multiple; dérivée du principe antique romain,
elle a pu pousser des rameaux divers, ayant chacun leur caractère
particulier; il n'en est pas et ne peut en être de même de
l'architecture ogivale; il n'y a qu'une architecture ogivale, il y a
dix, vingt architectures romanes. Nous voyons en Aquitaine, en Auvergne,
en Poitou, en Normandie, en Bourgogne, en Alsace, en Provence, en
Picardie, dans l'Ile de France, dans le Maine, en Champagne, des écoles
romanes qui se développent chacune dans leur propre sphère, bien
qu'elles soient filles de la même mère, comme les langues italienne,
française, espagnole se sont développées chacune de leur côté, quoique
dérivées du latin. Pourquoi? C'est que dans l'architecture romane, comme
dans l'architecture antique, la forme d'art, l'enveloppe ne dépend pas
absolument de la construction, du besoin à satisfaire; l'art est libre,
il ne dépend que de la tradition et de l'inspiration; il n'est pas une
déduction d'un principe absolu. Veut-on des exemples? Nous ne répéterons
pas ici ce qu'on a dit du temple grec, qui reproduit en pierre ou en
marbre une construction de bois; nous estimons trop ces maîtres dans
tous les arts, pour les accuser d'avoir ainsi manqué aux règles les plus
simples du bon sens, et par conséquent du bon goût; mais il est certain
que, dans l'architecture grecque, les _ordres_ prennent une importance,
comme art, qui domine l'architecte; l'art est le maître de son
imagination, plus fort que son raisonnement; aussi, que fait l'artiste?
Il fait tendre toutes les facultés de son esprit à perfectionner cette
forme qui l'étreint; ne pouvant l'assouplir, il la polit. Les Romains,
peu artistes de leur nature, prennent la forme de l'art grec pour
l'appliquer à des monuments qui n'ont aucun rapport avec les principes
de cet art. Ils trouvent des ordres; entre tous, ils adoptent volontiers
le plus riche; confondant, comme tous les parvenus, la richesse avec la
beauté, et ces ordres, dont l'origine est parfaitement rigoureuse et
définie, ils les appliquent au rebours de cette origine; les Romains
veulent des arcs et des voûtes; les Grecs ne connaissaient que la
plate-bande. On devrait conclure de ceci que les Romains ont trouvé ou
cherché une forme nouvelle propre à leur nouveau système de
construction; point. Les Romains prennent la forme grecque,
l'architecture grecque, les ordres grecs, et les plaquent, comme une
dépouille, contre leur construction; peu leur importe que la raison soit
choquée de ce contresens; ils sont les maîtres, mais ce sont des maîtres
qui font passer le besoin, la nécessité avant la satisfaction des yeux;
il leur faut de vastes monuments voûtés; ils les construisent d'abord,
puis, leur programme rempli, trouvant un art tout fait, ils s'en
emparent, et l'accrochent à leurs murailles comme on accroche un
tableau. Que ceux qui voudraient nous taxer d'exagération nous
expliquent comment, par exemple, on trouve, autour du Colysée, des
ordres complets avec leurs plates-bandes (des plates-bandes sur des
arcs!); dans l'intérieur des salles des Thermes, des ordres complets,
avec leurs corniches saillantes, sous des voûtes (des corniches
saillantes à l'intérieur, comme s'il pleuvait dans l'intérieur d'une
salle!). Il est évident que les Grecs, amants avant tout de la forme,
ayant trouvé cette admirable combinaison des ordres, étant parvenus,
guidés par un goût parfait, à donner à ces ordres des proportions
inimitables, se sont mis à adorer leur oeuvre et à lui sacrifier souvent
la nécessité et la raison; car, pour eux, le premier de tous les besoins
était de plaire aux sens; que les Romains, indifférents au fond en
matière d'art, mais désireux de s'approprier tout ce qui dans le monde
avait une valeur, ont voulu habiller leur architecture à la grecque,
croyant que l'art n'est qu'une parure extérieure qui embellit celui qui
la porte, quelle que soit sa qualité ou son origine.
L'habitude prise par les Romains de se vêtir des habits d'autrui a fini
par produire, on le conçoit facilement, les costumes les plus étranges.
L'architecture romane, dérivée de l'architecture romaine, n'ayant plus
même sous les yeux ces principes grecs pillés par les Romains, a
interprété les traditions corrompues de cent façons différentes. La
forme n'étant pas intimement liée à la matière, n'en étant pas la
déduction logique, chacun l'interprétait à sa guise. C'est ainsi que
l'art roman a pu, à son tour, s'emparer des lambeaux du vêtement romain,
sans en comprendre l'usage, puisqu'il n'était qu'une parure empruntée,
et arriver, dans les différentes provinces des Gaules, à former des
écoles séparées et qui pouvaient se diviser à l'infini. Il n'en est pas
ainsi de l'architecture qui, naît au XIIe siècle; fille du
_rationalisme_ moderne, chez elle le calcul précède l'application de la
forme; bien plus, il la commande, il la soumet; si, par ce besoin
naturel à l'homme, il veut qu'elle soit belle, il faut que ce soit
suivant la loi d'unité.
En entrant dans le domaine d'un autre art, nous pourrons peut-être nous
faire mieux comprendre... L'architecture antique, c'est la mélodie;
l'architecture du moyen âge, c'est l'harmonie. L'harmonie, dans le sens
que nous attachons à ce mot, c'est-à-dire l'arrangement et la
disposition des sons simultanés, était inconnue chez les anciens Grecs;
l'antiphonie, au temps d'Aristote, était seule pratiquée, c'est-à-dire
les octaves produits par des voix d'hommes et de femmes ou d'enfants
chantant la même mélodie. Ce ne fut que pendant les premiers siècles de
notre ère que l'usage des quartes et des quintes fut admis dans la
musique grecque, et encore l'échelle tonale de ses modes se prêtait si
peu aux sons simultanés, que la pratique de l'harmonie était hérissée de
difficultés et son emploi fort restreint. M. Vincent[282], malgré des
efforts persevérants pour découvrir les traces de l'harmonie chez les
Grecs, n'a encore pu arriver à aucun résultat concluant.
Dans l'Église latine, au contraire, l'harmonie n'a cessé de prendre des
développements rapides, et c'est principalement au moyen âge qu'il faut
rapporter l'invention et l'établissement des règles qui ont élevé cet
art à la plus merveilleuse puissance.
Dès l'époque de Charlemagne, on trouve des traces de l'art de combiner
les sons simultanés, et cet art s'appelle _organum_, _ars organandi_. Il
était réservé à Huchald, moine de Saint-Amand au Xe siècle, de donner
une grande impulsion à l'harmonie, en établissant des règles fixes et
fécondes. Aux diaphonies à mouvements semblables succéda, au XIe siècle,
la diaphonie à mouvements contraires et à intervalles variés, comme le
prouvent les ouvrages de Jean Cotton et d'autres auteurs. Enfin, pendant
les XIIe et XIIIe siècles, l'harmonie s'enrichit successivement de tous
les accords qui forment la base de la composition musicale moderne; et
les traités de Jean de Garlande, de Pierre Picard, de Jérôme de Moravie,
etc., prouvent surabondamment l'emploi, dans la symphonie, des tierces,
des quartes, des quintes, des sixtes, des septièmes même, la résolution
des intervalles dissonants sur des consonnances par mouvement contraire;
et bien plus encore, l'existence des notes de passage, du contrepoint
double et des imitations[283].
Or, s'il est deux arts qui peuvent être comparés, ce sont certainement
la musique et l'architecture; ils s'expliquent l'un par l'autre; ils ne
procèdent ni l'un ni l'autre de l'imitation de la nature; ils créent.
Pour créer, il faut calculer, prévoir, construire. Le musicien qui seul,
sans instruments, sans articuler un son, entend, la plume à la main et
le papier réglé devant lui, la composition harmonique la plus
compliquée, qui calcule et combine l'effet des sons simultanés;
l'architecte qui, à l'aide d'un compas et d'un crayon, trace des
projections sur sa planchette, et voit, dans ces tracés géométriques et
dans des chiffres, tout un monument, les effets des pleins et des vides,
de la lumière et des ombres; qui prévoit, sans avoir besoin de les
peindre, les mille moyens d'élever ce qu'il conçoit; tous deux, musicien
et architecte, sont bien forcés de soumettre l'inspiration au calcul.
Les peuples primitifs trouvent tous des mélodies; c'est la création
d'instinct, l'épanchement extérieur par les sons d'un sentiment; mais à
notre civilisation moderne seule appartient l'harmonie; c'est la
création voulue, préméditée, calculée, raisonnée de l'homme qui est
tourmenté par l'éternel «Pourquoi?» qui cherche, travaille, et veut, en
produisant un effet, en obtenant un résultat, que son labeur paraisse,
qu'on apprécie les efforts de sa raison et la science qu'il lui a fallu
déployer pour créer... Vanité!... soit; mais plus l'homme mordra au
fruit de l'arbre de la science, plus sa vanité croîtra; peut-être (Dieu
veuille que nous nous trompions!) le jour n'est-il pas éloigné où
l'amour de l'art sera remplacé par la vanité de l'art.
L'architecture grecque est une mélodie rhythmée; mais ce n'est qu'une
mélodie, admirable, nous en tombons d'accord. Enlevez d'une mélodie un
membre, ce qui restera n'en sera pas moins un fragment de mélodie;
enlevez un ordre d'un temple grec, ce sera toujours un ordre que vous
pourrez appliquer à un palais, à une maison, à un tombeau. D'un morceau
d'harmonie, d'une symphonie, retirez une partie, il ne reste rien,
puisque l'harmonie n'est telle que par la simultanéité des sons.
De même, dans un édifice ogival, toutes les parties se tiennent; elles
n'ont adopté certaines formes que par suite d'un accord d'ensemble. La
lecture de ce _Dictionnaire_ le prouverait; nous ne pouvons nous occuper
d'un détail de l'architecture ogivale, et expliquer sa fonction, qu'en
indiquant sa place, les circonstances qui ont imposé sa forme, sa raison
d'être, indépendamment du goût de l'artiste ou du style dominant. Le
même souffle moderne qui faisait substituer l'harmonie à la mélodie dans
la musique, faisait, au XIIe siècle, remplacer, dans l'architecture, les
traditions plus ou moins corrompues de l'art antique, par une succession
de combinaisons soumises à un principe absolu. Les cathédrales sont le
premier et le plus grand effort du génie moderne appliqué à
l'architecture, elles s'élèvent au centre d'un ordre d'idées opposé à
l'ordre antique. Et, pendant qu'on les construisait, les études de la
philosophie grecque, du droit romain, de l'administration romaine,
étaient en grande faveur.
Au XIIe siècle, l'esprit moderne prit à l'antiquité certains principes
de vérité éternelle pour se les approprier et les transformer. Au XVIe
siècle, on s'empara de la forme antique, sans trop se soucier du fond.
C'est donc une erreur, nous le croyons, de présenter, comme quelques
écrivains de notre temps ont voulu le faire, l'architecture née au XIIe
siècle comme une sorte de déviation de l'esprit humain; déviation
brusque, sans relations avec ce qui a précédé et ce qui doit suivre. Si
l'on prend la peine d'étudier sérieusement cet art, en mettant de côté
ces reproches banals engendrés par la prévention, répétés par tous les
esprits paresseux, on y trouvera, au contraire, développés avec une
grande énergie, les éléments de ce que nous appelons nos conquêtes
modernes, l'ordre général avec l'indépendance individuelle, l'unité dans
la variété; l'harmonie, le concours de tous les membres vers un centre
commun; la science qui s'impose à la forme; la raison qui domine la
matière; la critique enfin, pour nous servir d'un mot de notre temps,
qui veut que la tradition et l'inspiration soient soumises à certaines
lois logiques. Et ce n'est pas seulement dans la combinaison géométrique
des lignes de l'architecture ogivale que nous trouvons l'expression de
ces principes, c'est encore dans la sculpture, dans la statuaire.
L'ornementation et l'iconographie de nos grandes cathédrales du Nord se
soumettent à ces idées d'ordre, d'harmonie universelle. Ces myriades de
figures, de bas-reliefs qui décorent _la cathédrale_ composent un cycle
encyclopédique, qui renferme non-seulement toute la nature créée, mais
encore les passions, les vertus, les vices et l'histoire de l'humanité,
ses connaissances intellectuelles et physiques, ses arts et même ses
aspirations vers le bien absolu. Le temple grec est dédié au culte de
Minerve, ou de Neptune, ou de Diane; et, considérant ces divinités au
point de vue mythologique le plus élevé, on ne peut disconvenir qu'il y
a là comme un morcellement de la Divinité. Le temple de Minerve est à
Minerve seule; son culte ne satisfait qu'à un ordre d'idées. Le Grec qui
désire se rendre propices _les divinités_, c'est-à-dire la puissance
surnaturelle maîtresse de l'univers et de sa propre existence, doit
aller successivement sacrifier à la porte des douze dieux de l'Olympe;
il ne peut, à son point de vue, croire qu'un sacrifice fait à Cérès pour
obtenir de bonnes récoltes, lui rendra Neptune favorable, s'il doit
faire un voyage sur mer.
Nous admettons volontiers que les grands esprits du paganisme voyaient,
dans les différents mythes qu'ils adoraient, les qualités diverses et
personnifiées d'une puissance divine; mais, enfin, il fallait une
mélodie pour chacun de ces mythes. L'harmonie moderne ne pouvait entrer
dans le cerveau d'un Grec; elle n'avait pas de raisons d'exister; au
contraire, tout la repoussait. Avec le christianisme, l'idée du
morcellement des qualités de la divinité disparaît; en priant, le
chrétien implore la protection de Dieu pour lui, pour les siens, pour ce
qu'il possède, pour l'humanité tout entière; son Dieu embrasse l'univers
sous son regard. Or cette idée chrétienne, chose singulière, nous ne la
voyons matériellement développée qu'au XIIe siècle. Il semble que,
jusqu'à ce réveil de l'esprit moderne, la tradition païenne laissait
encore des traces dans les esprits, comme elle en laissait dans les
formes de l'architecture. Jusqu'au XIIe siècle, les églises, même
monastiques, conservent quelque chose du morcellement de la Divinité
antique. En voyant les nombreuses sculptures romanes qui décorent nos
monuments occidentaux, on ne sait trop comment rattacher ces imageries à
une idée commune. Les traditions locales, le saint vénéré, les tendances
ou l'histoire des populations, dirigent le sculpteur. L'Ancien et le
Nouveau Testament se mêlent aux légendes. Si nous nous trouvons dans une
église clunisienne, saint Antoine, saint Benoit, l'archange saint Michel
jouent un rôle important dans l'iconographie; on retrouve ces
personnages partout, en dedans et en dehors, sans qu'il soit possible
d'assigner un ordre hiérarchique à ces représentations. Tout cela est
entremêlé de figures d'animaux bizarres, et nous ne croyons pas que la
symbolique romane puisse jamais être claire pour nous, puisque saint
Bernard lui-même traitait la plupart de ces sculptures de monstruosités
païennes. Admettant, si l'on veut, que la fantaisie de l'imagier n'ait
pas été pour beaucoup dans le choix des sujets, toujours est-il que
chaque église, sauf certaines représentations invariables, possède son
iconographie propre.
Avec la cathédrale de la fin du XIIe siècle, surgit l'iconographie
méthodique; et, pour en revenir à notre comparaison musicale, chaque
sculpteur, en faisant sa partie, concourt à l'ensemble harmonique; il
est astreint à certaines lois dont il ne s'écarte pas, comme pour
laisser à la symphonie sa parfaite unité.
Beaucoup d'églises cathédrales, avant cette grande époque de l'art
français, se composaient de plusieurs églises et oratoires. Comme
premier pas vers l'unité, les évêques qui reconstruisent ces monuments,
aux XIIe et XIIIe siècles, englobent ces églises et ces chapelles dans
la grande construction; puis ils adoptent une iconographie dont nous
allons essayer de présenter sommairement le vaste et magnifique tableau.
Disons d'abord que les cathédrales qui nous donnent un ensemble de
sculptures à peu près complet sont les cathédrales de Paris, de Reims,
d'Amiens et de Chartres, toutes les quatre dédiées à la sainte Vierge.
Trois portes s'ouvrent à la base de la façade occidentale. Sur le
trumeau de la porte centrale est placé, debout, et bénissant de la
droite, tenant l'Évangile de la main gauche, le Christ homme[284]; ses
pieds reposent sur le dragon. Les douze apôtres sont rangés des deux
côtés contre les ébrasements[285]. Sur le socle du Christ est la figure de
David[286], ou les prophètes qui ont annoncé sa naissance, et les arts
libéraux[287] en bas-relief. Sous les apôtres sont sculptés, en
bas-relief, les vertus et les vices, chaque vertu placée au-dessus du
vice contraire[288]. Les quatre signes des évangélistes occupent les
angles des ébrasements[289]. On voit s'élever, sur les deux pieds-droits,
à la droite du Christ, les vierges sages; à la gauche, les vierges
folles[290]; au-dessous d'elles, un arbre feuillu, auquel sont suspendues
des lampes, du côté des vierges sages; du côté des folles, un arbre mort
frappé d'une cognée[291]. Le linteau, qui ferme la porte au-dessus du
trumeau, représente la résurrection, le pèsement des âmes et la
séparation des élus des damnés. Au-dessus, dans le tympan, le Christ au
jour du jugement, nu, montrant ses plaies; des anges tiennent les
instruments de la Passion; la Vierge et saint Jean à genoux implorent le
divin Juge[292]. Dans les voussures, des anges[293]; à la gauche du Christ,
les supplices des damnés; à la droite, les élus; puis les martyrs, les
confesseurs, les vierges martyres, les rois, les patriarches, ou des
prophètes, quelquefois un arbre de Jessé[294]. Des deux côtés de la porte,
l'Église et la Synagogue[295]. Le trumeau de l'une des deux portes
latérales est occupé par la statue de la Vierge tenant l'enfant
Jésus[296]; ses pieds portent sur le serpent à tête de femme. Sur le socle
est sculptée la création de l'homme et de la femme, et l'histoire de la
tentation[297]. Sur la tête de la Vierge, et lui servant de dais, l'arche
d'alliance, soutenue par des anges[298]. Des deux côtés, dans les
ébrasements, les rois Mages, l'Annonciation, la Visitation, la
Circoncision, David[299]. Sur le linteau de la porte, on voit les rois et
les prophètes[300], ou Moïse et Aaron et des prophètes[301]. Au-dessus, la
mort de la Vierge[302] ou son ensevelissement par les apôtres et
l'enlèvement de son corps par les anges[303]. Dans le tympan, son
couronnement[304]. Les voussures contiennent des anges, les rois ancêtres
de la Vierge, et les prophètes qui ont annoncé sa venue[305]. La
troisième porte est ordinairement réservée au saint patron du diocèse; à
Amiens, c'est saint Firmin qui occupe le trumeau; des deux côtés, dans
les ébrasements, viennent les représentants de l'ordre religieux dans
l'ancienne et la nouvelle loi; Aaron, Melchisedech et l'Ange; les
premiers prêtres martyrs, saint Étienne, saint Denis, etc.; quelquefois
des saints vénérés dans la localité, comme sainte Ulphe, saint Honoré et
saint Salve à Amiens. Les linteaux et tympans de ces portes, consacrées
au saint patron du diocèse, contiennent sa légende et l'histoire de la
translation de ses reliques[306]. Sur les soubassements ou les
pieds-droits de l'une de ces portes latérales sont sculptés, en
bas-relief, un zodiaque et les travaux de l'année[307]. À Amiens, sur les
faces des contreforts, en avant des trois portes, sont posées les
statues des prophètes, et, au-dessous, les prophéties dans des
médaillons; c'est comme une sorte de prologue aux scènes sculptées
autour des portes et qui tiennent à la nouvelle loi. Sur les façades des
grandes cathédrales du titre de sainte Marie, mère de Dieu, au-dessus
des portes, on voit une série de statues colossales de rois ancêtres de
la Vierge[308]. Ils assistent à sa glorification. Une galerie supérieure
reçoit la statue de la sainte Vierge entourée d'anges[309]. C'était de ce
balcon élevé qu'au Dimanche des Rameaux le clergé entonnait, en plein
air, le _Gloria_ devant le peuple assemblé sur le parvis. Le sommet du
pignon de la nef reçoit une statue du Christ bénissant, ou un ange
sonnant de la trompette, comme pour rappeler la scène du Jugement
dernier tracée sur le tympan de la porte centrale. Les sculptures des
portes nord et sud des transsepts sont ordinairement réservées aux
saints particulièrement vénérés dans le diocèse, ou, comme à Paris, du
côté sud, consacrent le souvenir de l'une des églises annexées à la
cathédrale avant sa reconstruction[310]. Autour de la cathédrale, sur les
contreforts, contre les parois des chapelles[311], des statues d'anges
tiennent les ustensiles nécessaires au service religieux, des
instruments de musique[312], comme pour indiquer que l'Église est un
concert éternel à la gloire de Dieu.
Nous ne pouvons ici entrer dans tous les détails de la statuaire de nos
grandes cathédrales du Nord; ce serait sortir du cadre déjà très-large
que nous nous sommes tracé. Nous avons seulement voulu faire comprendre
le principe d'unité qui avait dû diriger les sculpteurs. On a pu le
voir, par cet exposé sommaire, non contents de tracer l'histoire de la
naissance du Sauveur, les évêques voulaient, aux yeux de tous, établir
la généalogie de la Vierge, sa victoire sur le démon, sa glorification,
les rapports qui existent entre l'ancienne et la nouvelle loi par les
prophéties, et surtout frapper les imaginations par la représentation du
jugement dernier; de la récompense des bons et de la punition des
méchants. Comme épisodes de ce grand poëme, la parabole des vierges
sages, celle de l'enfant prodigue, quelquefois des scènes tirées de
l'Ancien Testament, la tentation et la chute d'Adam, la mort d'Abel, le
déluge, l'histoire de Joseph, de Job, celle de David, les principaux
exemples de la faiblesse, de la résignation ou du courage humain, de la
vengeance divine. Puis ces figures énergiques des vertus et des vices
personnifiés; puis, enfin, l'ordre naturel, les saisons, les éléments,
les travaux de l'agriculture, les sciences et les arts. L'iconographie
de la cathédrale, à l'extérieur, embrassait donc toute la création.
Dans l'église, la statuaire était remplacée par les peintures des
verrières; sur ces splendides tapisseries, on retrouvait, dans le
choeur, la passion de Jésus-Christ, les apôtres, les évangélistes et les
prophètes, les rois de Juda; dans la nef, les saints évêques. Les
fenêtres basses retraçaient aux yeux les légendes des saints, des
paraboles, l'Apocalypse, des scènes du jugement dernier. Celles de la
chapelle du chevet consacrée à la Vierge, son histoire, ses légendes,
l'arbre de Jessé, les prophéties, les sibylles. Le pavage venait à son
tour ajouter à la décoration en entrant dans le concert universel; au
centre de la nef était incrusté un labyrinthe (voyez ce mot), figure
symbolique, probablement, des obstacles que rencontre le chrétien et de
la patience dont il doit être armé; c'était au centre de ce labyrinthe
que les noms et les portraits des maîtres des oeuvres étaient tracés,
comme pour indiquer qu'ils avaient eu, les premiers, à traverser de
longues épreuves avant d'achever leur ouvrage. Sur les dallages des
cathédrales, on voyait aussi, gravés, des zodiaques[313], des scènes de
l'Ancien Testament[314], des bestiaires[315]. Si nous ajoutons, à ces
décorations tenant aux monuments, les tapisseries et les voiles qui
entouraient les sanctuaires, les jubés enrichis de fines sculptures, les
peintures légendaires des chapelles, les autels de marbre, de bronze ou
de vermeil, les stalles, les châsses, les grilles admirablement
travaillées, les lampes d'argent et les couronnes de lumière suspendues
aux voûtes, les armoires peintes ou revêtues de lames d'or renfermant
les trésors, les statues en métal ou en cire, les tombeaux, les clôtures
de choeur couvertes de bas-reliefs, les figures votives adossées aux
piliers, nous pourrons avoir une idée de ce qu'était la cathédrale, au
XIIIe siècle, un jour de grande cérémonie, lorsque les cloches de ses
sept tours étaient en branle, lorsqu'un roi y était reçu par l'évêque et
le chapitre, suivant l'usage, aussitôt son arrivée dans une ville.
Dépouillées aujourd'hui, mutilées par le temps et la main des hommes,
méconnues pendant plusieurs siècles par les successeurs de ceux qui les
avaient élevées, nos cathédrales apparaissent, au milieu de nos villes
populeuses, comme de grands cercueils; cependant elles inspirent
toujours aux populations un sentiment de respect inaltérable; à certains
jours de solennités publiques, elles reprennent leur voix, une nouvelle
jeunesse, et ceux mêmes qui répétaient, la veille, sous leurs voûtes,
que ce sont là des monuments d'un autre âge sans signification
aujourd'hui, sans raison d'exister, les trouvent belles encore dans leur
vieillesse et leur pauvreté[316].
[Illustration; Fig. 1.]
[Illustration; Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration; Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14, 15, 16, 17 et 17 bis]
[Illustration: Fig. 18 et 19]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21 et 21 bis.]
[Illustration: Fig. 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Illustration: Fig. 25.]
[Illustration: Fig. 26.]
[Illustration: Fig. 27.]
[Illustration: Fig. 28.]
[Illustration: Fig. 29.]
[Illustration: Fig. 30.]
[Illustration: Fig. 31.]
[Illustration: Fig. 32.]
[Illustration: Fig. 33.]
[Illustration: Fig. 34.]
[Illustration: Fig. 35.]
[Illustration: Fig. 36.]
[Illustration: Fig. 37.]
[Illustration: Fig. 38.]
[Illustration: Fig. 39.]
[Illustration: Fig. 40.]
[Illustration: Fig. 41.]
[Illustration: Fig. 42.]
[Illustration: Fig. 43.]
[Illustration: Fig. 44.]
[Illustration: Fig. 45.]
[Illustration: Fig. 46.]
[Illustration: Fig. 47.]
[Illustration: Fig. 48.]
[Illustration: Fig. 49.]
[Illustration: Fig. 50.]
[Note 177: Cathedra, proprie est sedes, seu sessio honestior
et augustior episcoporum in Ecclesia, cæteris aliorum
presbyterorum sedilibus excelsior: _Ut in mentem revocarent_,
inquit S. August. in _Psalm._ 126, _altiore se in loco,
tanquam in specula constitutos, quo oculorum acie pervigili,
atque indefessa, in tutelam gregis incumbant, tanto cæteris
virtute et probitate clariores, quanto magis essent sedis
honore ac sublimitate conspicui._ (Ducange, Gloss.)]
[Note 178: Il existe encore quelques-uns de ces siéges
épiscopaux. En Provence, à Avignon, on en voit un dans
l'église cathédrale; il est en marbre, et fut enlevé de sa
place primitive pour être rangé à la droite de l'autel. Dans
la cathédrale d'Augsbourg, le siége épiscopal est resté à sa
place, au fond de l'abside, comme ceux que l'on voit encore
dans les basiliques de Saint-Clément et de Saint-Laurent
(extra muros) à Rome (voy. CHAIRE).]
[Note 179: À Lyon, le trône épiscopal occupait encore, il y a
un siècle, le fond de l'abside de la cathédrale, et l'autel
était dépourvu de tout ornement au-dessus de la table; une
croix et deux flambeaux devaient seuls y être placés.]
[Note 180: Lettre 78.]
[Note 181: _Instit. de saint Louis_, p. 172. Le comte
Beugnot.]
[Note 182: _Instit. de saint Louis_. Le comte Beugnot.]
[Note 183: Voir, pour de plus amples détails, l'_Itinér.
archéol. de Paris_, par M. le baron de Guilhermy.--Paris,
1855.] [Note 184: L'échelle de ce plan, ainsi que de tous
ceux qui vont suivre, est de 0,001m pour mètre.]
[Note 185: La surface couverte de l'église de Notre-Dame de
Paris était de 4,370 mèt.; déduisant les pleins et le
sanctuaire, restait environ 3,800 mèt. à rez-de-chaussée,
pouvant contenir, en supposant les espaces laissés libres
pour les passages, 7,500 personnes.]
[Note 186: Ces galeries peuvent contenir 1500 personnes, en
supposant qu'elles soient placées seulement sur quatre
rangs.]
[Note 187: C'est en réparant les fenêtres hautes de la nef de
la cathédrale, pendant le cours de la campagne de 1854, que
nous avons découvert les roses s'ouvrant dans la nef
au-dessus de la galerie du premier étage, et éclairant le
comble de cette galerie. Des fragments de ces roses ont pu
être replacés dans la dernière travée de la nef et les deux
travées ouest du croisillon sud.]
[Note 188: Nous n'avons, pour donner ces dates, que le
caractère architectonique des constructions; mais, dans l'Ile
de France, les progrès sont si rapides, que l'on aperçoit,
dans un espace de dix ans, des changements assez sensibles
pour pouvoir, à coup sûr, fixer la date d'une construction.]
[Note 189: Époque de la construction de la Sainte-Chapelle.
Ces chapelles présentent des détails et des profils
identiques avec ceux de ce monument.]
[Note 190: Cette claire-voie est restée du côté nord,
derrière les couvertures de ces chapelles.]
[Note 191: Ce plan est le plan actuel, avec la sacristie
bâtie depuis 1845 à la place de l'ancien archevêché au sud.]
[Note 192: En 1160, on jette les fondements de la cathédrale
actuelle de Paris; en 1172, on projette la reconstruction de
celle de Bourges. L'évêque Étienne donne à Odon, clerc, cette
année 1172, une place située devant la porte de l'église,
pour y bâtir une maison, à la condition de rendre
l'emplacement «aussitôt que la construction de l'église
projetée l'exigera.» _La Cathédrale de Bourge_, par A. de
Girardot et Hip. Durand. Moulins, 1849.]
[Note 193: Nous avons enlevé de ce plan quelques chapelles
ajoutées le long du bas-côté de la nef pendant les XIVe et
XVe siècles.]
[Note 194: Nous avons entendu exprimer l'opinion que ces
portes étaient les restes, demeurés en place, d'une église du
XIIe siècle; il n'est pas besoin d'être très-familier avec
les détails de sculpture et les moulures des XIIe et XIIIe
siècles, pour reconnaître qu'à la porte B du sud, par
exemple, le trumeau portant la figure du Christ est du XIIIe
siècle, que les moulures de soubassements et quelques
colonnes servant de supports aux statues sont du XIIIe
siècle, tandis que les figures des ébrasements, les linteaux
et tympans sont du XIIe. C'est encore là, comme à Paris, une
collection de fragments précieux, un souvenir d'un édifice
antérieur qu'on a voulu conserver et enchâsser dans la
construction même. Du reste, comme à Paris, ces sculptures
méritaient bien cet honneur; elles sont de la plus grande
beauté.]
[Note 195: On a reproché, et on reproche chaque jour aux
architectes de cette époque, d'avoir conçu des édifices qui
n'étaient pas possibles; et, confondant les styles, les
époques, ne tenant pas compte de l'épuisement des sources
financières qui se tarirent au milieu du XIIIe siècle, on les
accuse de n'avoir pas su achever ce qu'ils avaient commencé.
Mais les architectes qui, en 1490, élevaient une cathédrale,
ne pouvaient supposer alors (tel était l'entraînement
général) que les moyens dont ils disposaient viendraient à
s'amoindrir. Lorsqu'ils ont pu, par hasard, terminer l'oeuvre
qu'ils avaient conçue, nous verrons avec quelle puissance de
moyens et avec quelle science soutenue ils l'ont fait. Déjà
l'exemple de la cathédrale de Paris que nous avons donné le
prouve; nous allons voir qu'il n'est pas le seul. Un fait
curieux fait comprendre ce que c'était que la construction
dune cathédrale au commencement du XIIIe siècle. Ce fait
étant plus rapproché de nous, bien connu, convaincra, nous le
croyons, les esprits les plus enclins au doute. La cathédrale
d'Orléans fut détruite de fond en comble par les protestants,
à la fin du XVIe siècle. Les Orléanais _voulurent_ avoir
non-seulement une cathédrale, mais _leur_ cathédrale, celle
qui avait été démolie, et pendant deux siècles ils
poursuivirent cette idée, malgré que le goût des
constructions ogivales ne fût guère de mode alors. La
cathédrale d'Orléans fut rebâtie, et ce n'est pas la faute
des populations si les architectes ne surent leur élever
qu'un monument bâtard. Certes, nous n'avons pas l'intention
de donner cet édifice comme un modèle d'architecture ogivale;
mais sa reconstruction est un fait moral d'une grande portée.
Orléans, la ville centrale de la France, avait seule
peut-être conservé, en plein XVIIe siècle, le vieil esprit
national; seule elle était restée attachée à _son monument_,
qui lui rappelait une grande époque, de grands souvenirs, les
premiers efforts de la société française pour se constituer.
Nous l'avons dit déjà, si les châteaux, si les abbayes furent
brûlés et dévastés en 1793, toutes nos grandes cathédrales
restèrent debout, et beaucoup même ne subirent pas de
mutilations.]
[Note 196: Ces usages ne furent guère abolis qu'à la fin du
XIIIe siècle. Jean de Courtenai, archevêque de Reims, donna,
en 1260, des lettres de réformation pour la cathédrale de
Laon, dans lesquelles on lit ce passage: «Ecclesiam quoque,
quæ domus orationis esse debet, locum negociationis fieri
prohibemus, nec in eadem rerum quarumlibet merces vendi,
causas audiri vel decidi volumus, seu mundana celebrari: imo
mundanis exclusis negotiis, solum ibidem divinum negotium
fiat.» _Cartul. Laudun., Essai sur l'égl. de N.-D. de Laon_,
par J. Marion, 1843.]
[Note 197: Tels sont, par exemple, les faits relatifs aux
fondations, que Suger dit avoir fait exécuter avec le plus
grand soin; or ces fondations sont aussi négligées que
possible: aux colonnes du choeur, qui auraient été rapportées
d'Italie, elles proviennent des carrières de l'Oise; aux
vitraux, dans la fabrication desquels il entra une quantité
considérable de pierres précieuses, saphirs, émeraudes,
rubis, topazes: or ces vitraux, dont nous possédons
heureusement de nombreux fragments, quoique fort beaux, sont,
bien entendu, en verre coloré par des oxydes métalliques. On
objectera peut-être que les fabricants chargés de faire ces
vitraux firent croire à Suger que, pour obtenir des verrières
d'une belle couleur, il fallait y jeter des pierres
précieuses; mais alors ces vitraux auraient donc été faits en
dehors de l'abbaye, et Suger se servait donc d'artistes
laïques? Nous sommes plus disposé à croire que ce récit est
une exagération. Suger, tel que nous le représente
l'histoire, ne parait pas être homme à se laisser tromper
d'une façon aussi grossière. On devait savoir, dans son
abbaye, comment se fabriquaient les vitraux.]
[Note 198: Ces plans sont tous à la même échelle, 0,001m pour
mètre. Il est entendu que lorsque nous parlons du côté sud,
c'est la droite que nous prétendons indiquer; du nord, c'est
la gauche pour celui qui regarde la planche, toutes les
cathédrales étant orientées de la même manière, sauf de
très-rares exceptions.]
[Note 199: _Monog. de l'égl. N.-D. de Noyon_, par M. L.
Vitet, 1845.]
[Note 200: La réunion des deux évêchés de Tournay et de Noyon
fut maintenue jusque vers 1135; à cette époque, les chanoines
de Tournay obtinrent une bulle qui prononçait la séparation
des deux diocèses et donnait à Tournay un évêque propre.]
[Note 201: Voyez la _Monog. de l'égl. N.-D. de Noyon_, par M.
L. Vitet, et l'atlas de planches, par M. D. Ramée; 1845.]
[Note 202: _Lettres sur l'hist. de France_, Aug. Thierry
(Lettre XVIII).]
[Note 203: _Essai hist. et archéol. sur l'égl. cathéd. de
N.-D. de Laon_, par J. Marion, 1843.]
[Note 204: Dom Bugnâtre.]
[Note 205: Dom Bugnâtre.]
[Note 206: _Regist. capit._]
[Note 207: _Idem._]
[Note 208: _Lettres sur l'Hist. de France_, par Aug. Thierry
(Lettre XV).]
[Note 209: _Monog. de la cathéd. de Noyon._]
[Note 210: Cette partie de la cathédrale de Laon est
aujourd'hui en pleine restauration, sous la direction de M.
Boeswiswald, architecte des monuments historiques. La
cathédrale de Laon n'est plus siége épiscopal depuis la
révolution; elle dépend du siége de Soissons.]
[Note 211: Nous comprenons la cathédrale de Bourges dans
cette période, parce qu'il y a lieu de présumer, en examinant
son plan, que les architectes du XIIIe siècle qui la
construisirent exécutèrent un projet antérieur, peut-être
celui qui avait été conçu dans la seconde moitié du XIIe
siècle.]
[Note 212: _Descript. de la cathéd. de Chartres_, par l'abbé
Bulteau, 1850.]
[Note 213: _Poëme des Miracles_, p. 27. (Jehan le Marchant.)]
[Note 214: Notre-Dame de Chartres fut dédiée seulement le 17
octobre 1260.]
[Note 215: Des fragments de ce jubé ont été découverts en
grand nombre sous le dallage; ils sont de la plus grande
beauté, et déposés aujourd'hui dans la crypte et sous la
chapelle Saint-Piat (voy. JUBÉ).]
[Note 216: La cathédrale de Chartres est bâtie en pierre de
Berchère; c'est un calcaire dur, grossier d'aspect, mais
d'une solidité à toute épreuve. Les blocs employés sont d'une
grandeur extraordinaire. Nous aurons l'occasion de revenir
sur ces détails (voy. ARC-BOUTANT, BASE, CONSTRUCTION,
PORCHE, PILIER, SOUBASSEMENT).]
[Note 217: Il est entendu que, pour le pignon nord, nous ne
parlons pas des deux portes percées vers le milieu du XIIIe
siècle.]
[Note 218: Seule, la porte centrale est ouverte aujourd'hui.]
[Note 219: Jean et Remi Legoix.]
[Note 220: Anquetil.]
[Note 221: «Le nécrologe du chapitre en la fondation de
l'obit de cet évesque le faict origenaire de la ville
d'Amiens, fort débonnaire et de grande estude, et croyrois
que c'est luy qui gist en marbre noir, tout au plus haut,
s'il faut ainsi dire, de l'église, vis-à-vis de la chapelle
paroissiale (la chapelle de la Vierge dans l'axe) justement
derrière le choeur, en mémoire qu'il acheva la summité
d'icelle...» _Antiquitez de la ville d'Amiens_. Adrian de la
Morlière, chan., 1627.]
[Note 222: L'inscription qui constate ce fait existe encore
sur la verrière haute située dans l'axe du choeur.]
[Note 223: De ces dépendances, il ne reste aujourd'hui que la
chapelle qui sert de grande sacristie; elle est décorée par
une belle tribune en bois sculpté de la fin du XVe siècle.
Une portion du cloître a été reconstruite depuis 1848, ainsi
que le petit bâtiment placé en D. Les restes anciens étaient
en ruine.]
[Note 224: Le plan de la cathédrale de Cologne terminée
couvre une surface de 8,900 m, environ; celui de la
cathédrale de Reims une surface de 6,650 mètres; celui de la
cathédrale de Bourges une surface de 6200 mètres; celui de la
cathédrale de Paris une surface de 5500 mètres.]
[Note 225: Voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 35, un ensemble
perspectif de cette coupe.]
[Note 226: Il est entendu que nous parlons ici de la nef de
la cathédrale d'Amiens telle qu'elle existait avant la
construction des chapelles du XIVe siècle. Cette adjonction
laisse d'ailleurs voir foute la disposition ancienne, et à
l'intérieur, dans le transsept, les fenêtres des bas-côtés
sont restées en place.]
[Note 227: L'architecture des chapelles absidales de la
cathédrale d'Amiens a la plus grande ressemblance avec celle
de la Sainte-Chapelle de Paris. Ce sont les mêmes profils,
les mêmes meneaux de fenêtres, le même système de
construction. L'arcature de la Sainte-Chapelle basse
reproduit celle des chapelles du tour du choeur d'Amiens.]
[Note 228: Il faut se rappeler que la nef était entièrement
élevée lorsque le choeur était à peine commencé.]
[Note 229: À l'échelle de 0,001m pour mètre, comme tous les
autres plans contenus dans cet article.]
[Note 230: La nef centrale, d'axe en axe des piles, porte, à
Amiens, 14m,60; à Beauvais, 15m,60.]
[Note 231: Voy. ARC-BOUTANT, fig. 61.]
[Note 232: Dans notre plan fig. 22, la teinte grise indique
les constructions du XVIe siècle, et le trait le projet de la
nef qui ne fut jamais mis à exécution.]
[Note 233: Voyez l'excellente _Notice_ de M. Félix de
Verneilh sur la _cathédrale de Cologne_, dans les _Annales
archéologiques_ de M. Didron, tirée à part; 1848. (Librairie
archeol. de M. V. Didron.)]
[Note 234: Comme tous les autres, ce plan est à l'échelle de
0,004m pour mètre.]
[Note 235: Dans le temps où l'on croyait très-sérieusement
faire en France de l'architecture romaine, on portait des
perruques colossales et des souliers à talons, des canons
couverts de rubans, des aiguillettes et des baudriers larges
de six pouces, nous n'y voyons pas de mal; mais on nous dit,
très-sérieusement aussi, lorsque nous croyons qu'on peut
tirer quelque chose de l'architecture française du XIIIe
siècle, et lorsque nous engageons les jeunes architectes à
l'étudier, pour combattre cette opinion et ce désir, que nous
ne nous habillons plus comme du temps de Philippe-Auguste.
Est-ce que nos habits se rapprochent davantage du costume
romain que de celui de Louis XIV?]
[Note 236: En 1845, il fallut rebâtir le pignon du transsept
sud qui s'était écroulé en partie; déjà, au XVe siècle, on
avait consolidé celui du nord. En 1849, il fallut étayer les
voûtes du choeur, et, depuis cette époque, des travaux de
reprise en sous-oeuvre des fondations ont été exécutés avec
une grande adresse; les chapelles furent restaurées, et on
reconstruit aujourd'hui toute la partie supérieure du
sanctuaire.]
[Note 237: Le haut choeur de l'église abbatiale de
Saint-Denis a la plus grande analogie avec le choeur de la
cathédrale de Troyes.]
[Note 238: Le choeur seul de cet édifice date du XIIIe siècle
(première moitié). La nef appartient, ainsi que les
chapelles, aux siècles suivants; la façade ne fut élevée
qu'au commencement du XVIe siècle.]
[Note 239: Ce plan est à 0,001m pour mètre. La cathédrale
d'Autun est mal orientée; l'abside est tournée vers le
sud-sud-est.]
[Note 240: Voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 20.]
[Note 241: Ce collatéral circulaire a été entouré, au XIVe
siècle, de chapelles informes; mais on retrouve facilement,
au-dessus des voûtes de ces chapelles, fort légèrement
construites, les dispositions primitives du bas-côté.]
[Note 242: Quoique la cathédrale d'Autun ait été bâtie en
excellents matériaux, bien appareillés, d'un fort volume, et
posés avec soin, le grand berceau ogival fit déverser les
murs latéraux immédiatement après le décintrage; on dut
soutenir ces murs par des arcs-boutants, qui furent refaits
ou rhabillés au XVe siècle. Il y a dix ans, il fallut
reconstruire les grandes voûtes en poterie et fer; elles
menaçaient ruine.]
[Note 243: À l'échelle de 0,001m pour mètre.]
[Note 244: Nous ne parlons pas des voûtes hautes du choeur et
de la nef qui, dans la cathédrale de Sens, furent refaites,
vers la fin du XIIIe siècle, à la suite d'un incendie.]
[Note 245: Il ne faut pas oublier que la cathédrale de
Canterbury avait conservé avec la France des relations
suivies. Lanfranc, Saint-Anselme, tous deux Lombards, tous
deux sortis de l'abbaye du Bec en Normandie, devinrent
successivement archevêques de Canterbury, primats
d'Angleterre. Saint Thomas Becket demeura longtemps à
Pontigny et à Sens; le trésor de cette cathédrale conserve
encore ses vêtements épiscopaux.]
[Note 246: La cathédrale de Canterbury est à doubles
croisillons; les croisillons de l'ouest dépendent de la
Basilique primitive; ceux de l'est appartiennent à la
construction commencée par Guillaume de Sens (voy. _The
architectural history of Canterbury cathedral_, par le
professeur Willis, auquel nous empruntons ce curieux passage,
que l'auteur a lui-même extrait de la chronique de Gervase).]
[Note 247: La seule partie contestable de cette restitution
serait la chapelle circulaire dans l'axe, remplacée par une
chapelle plus profonde élevée, après l'incendie, à la fin du
XIIIe siecle. Mais il y a tant d'analogie entre le chevet de
Canterbury et celui de Sens, que nous sommes fort disposés à
croire que la couronne de Becket n'est qu'une imitation d'une
chapelle semblable bâtie à Sens par le maître Guillaume,
avant son départ pour l'Angleterre. N'oublions pas que c'est
en 1168 que la cathédrale de Sens est terminée, et que c'est
en 1175 que Guillaume commence les constructions du choeur de
Canterbury. Nous renvoyons nos lecteurs, pour de plus amples
renseignements sur ce sujet, à l'excellent ouvrage déjà cité
du Profr Willis.]
[Note 248: Ce beffroi n'existe plus; il fut descendu, pour
cause de vétusté, il y a une dizaine d'années.]
[Note 249: À l'échelle de 0,001m pour mètre.]
[Note 250: _Mém. concern. l'hist. civ. et eccl. d'Auxerre_,
par l'abbé Lebeuf, 1848, t. I, p. 402 et suiv. Pour les
dispositions intérieures de l'édifice du XIIIe siècle, voyez
au mot CONSTRUCTION. Ces dispositions appartiennent
franchement à l'école bourguignonne.]
[Note 251: Au XIVe siècle, un collatéral circulaire et des
chapelles furent levées autour du sanctuaire de la cathédrale
de Châlons, et la nef fut presque entièrement reconstruite.
La partie occidentale de cette cathédrale date du dernier
siècle. Après un incendie qui causa les plus graves dommages
à cet édifice et qui détruisit la voûte du sanctuaire, une
restauration, entreprise sous le règne de Louis XIV, acheva
de dénaturer ce qui restait du monument du XIIIe siècle.
Cependant on peut encore facilement reconnaître le plan
primitif enté sur un édifice roman.]
[Note 252: La belle cathédrale d'Arras ne fut détruite que
depuis la révolution de 1792; elle existait encore au
commencement du siècle. Celle de Cambrai était l'oeuvre de
Villart de Honnecourt, ce maître dont nous avons parlé
plusieurs fois, l'ami de Robert de Coucy. Vienne possède un
modèle de cette cathédrale dépendant d'un plan en relief
enlevé, en 1815, du musée des Invalides, par les généraux
autrichiens.]
[Note 253: Ce plan est à l'échelle de 0,001m pour mètre. Il
est entendu que nous n'avons eu, pour le tracé de l'abside
principale, que des données fort vagues. Mais nous présentons
ce plan comme un type plutôt que comme un édifice
particulier.]
[Note 254: La position inusitée de ce clocher ne peut être
expliquée que par la détermination, prise à la fin du XIIIe
siècle, de ne pas étendre plus loin que les transsepts les
nouvelles constructions, et de conserver la nef romane
restaurée au XIIe siècle. Dans l'église primitive, dont nous
avons donné le plan fig. 34, le clocher unique devait être
posé sur les quatre piles de la croisée, suivant la méthode
normande. Démoli lorsqu'on refit le choeur, en renonçant à la
reconstruction totale, on ne trouva pas d'autre place pour
recevoir les cloches que l'extrémité du croisillon sud.]
[Note 255: De funestes restaurations furent entreprises sur
la façade et autour de la nef de la cathédrale de Séez, de
1818 à 1849; elles n'ont fait qu'empirer un état de choses
déjà fort dangereux. Des travaux, exécutés avec intelligence
et soin depuis cette époque, permettent d'espérer que ce
remarquable édifice pourra être sauvé de la ruine dont il est
menacé depuis longtemps.]
[Note 256: Voir le plan du premier étage de la cathédrale de
Chartres, où ce parti est largement développé.]
[Note 257: Par suite de ces constructions successives, faites
d'ailleurs en matériaux peu résistants, des écrasements si
graves se sont manifestés dans les quatre points d'appui,
sous l'énorme charge qu'ils ont à porter, qu'il a fallu
cintrer les quatre arcs doubleaux, étayer les piliers, et
procéder à la démolition des parties supérieures.]
[Note 258: La cathédrale de Bayeux possède encore, des deux
côtés du choeur, ses sacristies et salle de trésor, et, au
nord de la façade occidentale, une belle salle capitulaire du
XIIIe siècle (voy. SALLE CAPITULAIRE).]
[Note 259: Les chapelles de la nef présentent une disposition
si belle et si rare, que nous avons cru devoir les donner sur
ce plan, bien qu'elles dénaturent les dispositions
primitives. Ces chapelles sont mises en communication les
unes avec les autres à une hauteur de trois mètres environ,
par des claires-voies ou meneaux sans vitraux; c'est comme un
collatéral qui serait divisé par des cloisons transversales
peu élevées.]
[Note 260: Le portail des Libraires (nord) vient d'être
restauré par MM. Desmarets et Barthélemy, avec un soin et une
perfection qui font le plus grand honneur à ces deux
architectes.]
[Note 261: _Hist. de l'égl. cathéd. de Rouen_, 1696, Rouen.]
[Note 262: «Chacun sçait (dit Pommeraye dans son _Hist. de
l'égl. cathéd. de Rouen_, p. 35) qu'elle a eü ce nom à cause
de la permission que le cardinal Guillaume d'Estouteville
obtint pour les fidelles du diocèse de Roüen et d'Évreux
d'user de beurre et de laict pendant le carême... Robert de
Croismare (archevêque de Rouen) destina au bâtiment de cette
tour les deniers qui furent offerts par les fidelles pour
reconnoissance de cette faveur... La tour ne fut achevée
qu'en 1507...»]
[Note 263: À la suite de l'incendie de 1821, une partie de la
toiture des grands combles et les voûtes de la nef furent
refaites à neuf.]
[Note 264: Nous désignons ici l'ancienne cathédrale de
Périgueux et non la cathédrale actuelle, rétablie dans
l'église abbatiale de Saint-Front.]
[Note 265: Seule la tour du nord existe aujourd'hui.]
[Note 266: Nous devons ces dessins à notre ami, M. Abadie,
architecte de la cathédrale d'Angoulême, qui vient de
terminer avec autant de bonheur que de talent le démontage et
la reconstruction pièce par pièce de la belle tour dont nous
donnons la coupe.]
[Note 267: Voyez _L'Archit. byzantine en France_, par M.
Félix de Verneilh. Paris, 1851, p. 283 et suiv.]
[Note 268: Voyez le même ouvrage, et l'article ARCHITECTURE
RELIGIEUSE.]
[Note 269: Comme tous les autres plans, celui-ci est à
l'échelle de 0,001m pour mètre.]
[Note 270: En faisant quelques fouilles, M. Mallay,
architecte, a retrouvé exactement le plan de la cathédrale du
Xe au XIe siècle, dont les dispositions se rapportaient à
celles de toutes les églises romanes d'Auvergne.]
[Note 271: Deux tours qui subsistaient encore sur cette
façade, mais qui avaient été dénaturées depuis longtemps, ont
dû être démolies parce qu'elles menaçaient de s'écrouler.]
[Note 272: La nef de la cathédrale de Limoges resta inachevée
comme celle de la cathédrale de Clermont. À l'ouest (voy.
fig. 47), on a laissé subsister un débris de l'ancienne nef
romane et les soubassements de la tour du XIe siècle,
renforcés et surélevés au XIIIe et au XIVe siècle (voy.
CLOCHER).]
[Note 273: Ce choeur est à peu près aussi élevé que celui des
cathédrales de Beauvais et de Cologne.]
[Note 274: L'un des archevêques de Narbonne, pendant le
dernier siècle, voulut reprendre cette construction et élever
l'église au moins jusqu'à la première travée en avant des
transsepts; l'entreprise fut bientôt suspendue; les
constructions, reprises de nouveau il y a quinze ans, n'ont
fait qu'ajouter quelques assises à celles laissées en attente
à la fin du XVIIIe siècle. Dans notre plan, la teinte grise
indique les constructions dernières, et le trait le projet
probable.]
[Note 275: Cette nef dans oeuvre n'a pas moins de 24 mètres;
les voûtes sont en arcs d'ogives, portées sur des piles et
contrebuttées par des contreforts formant des travées
intérieures profondes ou des chapelles entre eux. Il est
probable que cette disposition était une de celles adoptées
dans ces provinces avant l'invasion du style français, après
les guerres des Albigeois.]
[Note 276: Aujourd'hui l'église de la Cité, le siége
épiscopal ayant, depuis le concordat, été transféré dans la
ville basse.]
[Note 277: Cette salle a été modifiée au XVe siècle. Le
tombeau de l'évêque Radulphe est placé dans la chapelle (voy.
TOMBEAU).]
[Note 278: Ce plan est à la même échelle que les autres,
0,001m pour mètre.]
[Note 279: La crypte romane de l'église cathédrale de
Limoges, qui existe encore et était placée sous le chevet,
n'arrive guère qu'au milieu du sanctuaire actuel. Les
fondations de la cathédrale romane de Clermont ne dépassent
pas la première travée du choeur.]
[Note 280: À l'échelle de 0,001m pour mètre.]
[Note 281: Voir la coupe de la cathédrale d'Alby, à l'article
ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 51.]
[Note 282: Membre de l'Institut.]
[Note 283: Si l'on doute de nos assertions, on peut consulter
l'excellent ouvrage de M. de Coussemaker sur cette matière,
et les travaux de M. Félix Clément, qui a bien voulu nous
fournir tous ces renseignements scientifiques (voy. les
_Annales archéol._ de M. Didron).]
[Note 284: Paris, Amiens, Chartres, portail méridional;
Reims, portail septentrional.]
[Note 285: _Idem._]
[Note 286: Amiens.]
[Note 287: Paris.]
[Note 288: Paris, Amiens. À Chartres, les vertus et les vices
sont sculptés sur les piles du porche méridional.]
[Note 289: Paris.]
[Note 290: Paris, Amiens, Sens.]
[Note 291: Amiens.]
[Note 292: Paris, Amiens, Reims, Chartres.]
[Note 293: Paris, Amiens, Reims, Chartres.]
[Note 294: Amiens.]
[Note 295: Paris.]
[Note 296: À Paris, la Vierge est à la porte de gauche, en
regardant le portail; à Amiens, à la porte de droite.]
[Note 297: Paris, Amiens.]
[Note 298: _Idem_.]
[Note 299: Amiens, Reims.]
[Note 300: Paris.]
[Note 301: Amiens.]
[Note 302: Paris.]
[Note 303: Amiens, Senlis.]
[Note 304: Paris, Amiens, Senlis, Reims.]
[Note 305: Amiens.]
[Note 306: Reims, portail septentrional; Amiens; Paris,
Meaux, portail méridional.]
[Footntoe 307: Paris, Reims, Amiens.]
[Note 308: À Paris, à Reims, à Amiens, on a voulu voir, dans
ces statues de rois, la série des rois de France; et cette
idée populaire date de fort loin, puisqu'elle est déjà
exprimée au XIIIe siècle. L'une de ces statues,
invariablement posée sur un lion, est alors prise pour Pepin.
Dans _les XXIII manières de vilains_, manuscrit qui date de
la fin du XIIIe siècle, on lit ce passage: «Li vilains
Babuins est cil ki va devant Notre-Dame à Paris, et regarde
les rois et dist: «Vés-la Pépin, vés-la Charlemainne.» Et on
li coupe sa borse par derière.» Nous ne voyons pas cependant
que les évèques qui, à la fin du XIIe siècle fixèrent les
règles générales de l'iconographie des cathédrales, aient
voulu représenter les rois de France sur les portails des
églises du titre de Sainte-Marie, mais bien plutôt les rois
de Juda; car rien ne rappelle l'histoire contemporaine dans
ces grands monuments, ou, quand par hasard, elle s'y montre,
ce n'est que d'une manière très-accessoire; le manuscrit cité
ici est une satyre et son auteur a bien pu d'ailleurs, en
faisant ainsi parler le badaud parisien devant le portail de
Notre-Dame de Paris, vouloir rappeler une erreur populaire.
Il nous parait bien plus conforme à l'esprit de l'époque
d'admettre que les statues des rois sont des rois de Juda,
puisqu'ils complètent, par leur présence, les représentations
des personnages qui participent à la venue du Christ. Le roi
toujours posé sur un lion, et tenant une croix et une épée,
ne peut ètre que David; l'autre roi, tenant également une
croix et un anneau, Salomon. D'ailleurs, avant le règne de
Philippe-Auguste, et mème jusqu'à celui de saint Louis, les
évèques ne pouvaient avoir, de la puissance royale, les idées
admises à la fin du XIIIe siècle. Il nous suffira, pour faire
comprendre ce qu'était, au XIIe siècle, un roi de France aux
yeux de l'évêque et du chapitre de Paris, de citer un fait
rapporté par un écrivain contemporain, Étienne de Paris.
«J'ai vu, dit-il, que le roi Louis (VII), qui voulait arriver
un jour à Paris, étant surpris par la nuit, se retira dans un
village des chanoines de la cathédrale appelé Creteil
(_Cristolium_). Il y coucha; et les habitants fournirent la
dépense. Dès le grand matin, on le vint rapporter aux
chanoines; ils en furent fort affligés et se dirent l'un à
l'autre: «C'en est fait de l'Église, les priviléges sont
perdus: il faut ou que le roi rende la dépense, ou que
l'office cesse dans notre église.» Le roi vint à la
cathédrale dès le mème jour, suivant la coutume où il étoit
d'aller à la grande église, quelque temps qu'il fit. Trouvant
la porte fermée, il en demanda la raison, disant que si
quelqu'un avoit offensé cette église, il vouloit la
dédommager. On lui répondit: «Vraiment, sire, c'est vous-même
qui, contre les coutumes et libertés sacrées de cette sainte
église, avez soupé hier à Creteil; non à vos frais, mais à
ceux des hommes de cette église: c'est pour cela que l'office
est cessé ici, et que la porte est fermée, les chanoines
étant résolus de plutôt souffrir toutes sortes de tourments
que de laisser de leur temps enfreindre leurs libertés.» Ce
roi très-chrétien fut frappé de ces paroles. «Ce qui est
arrivé, dit-il, n'a point été fait de dessein prémédité. La
nuit m'a retenu en ce lieu, et je n'ai pu arriver à Paris
comme je me l'étois proposé. C'est sans force ni contrainte
que les habitants de Creteil ont fait de la dépense pour moi;
je suis fâché maintenant d'avoir accepté leurs offres. Que
l'évêque Thibaud vienne, avec le doyen Clément, que tous les
chanoines approchent, et surtout le chanoine qui est prévôt
de ce village: si je suis en tort, je veux donner
satisfaction; si je n'y suis pas, je veux m'en tenir à leur
avis.» Le roi resta en prière devant la porte en attendant
l'évêque et les chanoines. On fit l'ouverture des portes; il
entra en l'église, y donna pour caution du dédommagement la
personne de l'évêque même. Le prélat remit en gage aux
chanoines ses deux chandeliers d'argent; et le roi, pour
marquer par un acte extérieur qu'il vouloit sincèrement payer
la dépense qu'il avait causée, mit de sa propre main une
baguette sur l'autel, laquelle toutes les parties convinrent
de faire conserver soigneusement, à cause que l'on avoit
écrit dessus, qu'elle étoit en mémoire de la conservation des
libertés de l'Église.» (_Hist. des Dioc. de Paris_, l'abbé
Lebeuf, t. XII.) Nous le demandons, est-il possible
d'admettre que, quarante ou cinquante ans après une scène de
ce genre, l'évêque et le chapitre de Paris eussent fait
placer, sur le portail de la cathédrale neuve, au-dessus des
trois portes, au-dessus du Christ, des statues colossales des
rois de France, quand on commençait à peine à se faire une
idée du pouvoir monarchique?]
[Note 309: A Paris. Autrefois à Amiens.]
[Note 310: On n'a pas oublié qu'à Paris l'une des deux
églises cathédrales était placée sous le titre de saint
Étienne. Le tympan de la porte sud retrace la prédication et
le martyre de ce saint, dont la statue était posée sur le
trumeau; dans les ébrasements étaient rangées les statues de
saint Denis, de ses deux compagnons, et de quelques autres
saints évêques du diocèse. La statue de saint Étienne se
voyait encore dans l'une des niches latérales de la façade.
Ce fut, en effet, pour bâtir cette façade que l'on détruisit
les restes de la vieille église de Saint-Étienne; et lors de
la construction de cette façade, le portail sud actuel
n'était point élevé.]
[Note 311: Reims.]
[Note 312: Paris, sur les pignons des fenêtres des chapelles
du choeur; Reims.]
[Note 313: Canterbury.]
[Note 314: Saint-Omer.]
[Note 315: Genève; Canterbury.]
[Note 316: Un jour quelqu'un nous dit, en parcourant
l'intérieur de Notre-Dame d'Amiens: «Oui, c'est fort beau:
mais c'est folie de vouloir conserver, quand même, ces
monuments d'un autre âge qui ne disent plus rien aujourd'hui;
vous pourrez galvaniser ces grands corps; la manie de
l'archéologie et du _gothique_ leur donnera quelques années
d'existence de plus; mais, cette mode passée, ils tomberont
dans l'oubli, au milieu de populations qui ont besoin de
chemins de fer, d'écoles, de marchés, d'abattoirs, de tout,
enfin, ce qui est nécessaire à la vie journalière.» A
quelques jours de là, une grande solennité publique appelait
dans la cathédrale un immense concours de monde; elle était
parée de quelques maigres tentures, son choeur étincelait de
lumières. Notre interlocuteur ne se souvenait plus de son
discours précédent; il s'écriait alors: «Vraiment, c'est bien
là le monument de la cité; tout ce qu'on peut faire pour
donner de l'éclat à une cérémonie publique n'a jamais cet
aspect imposant du vieux monument qui appelle toute la
population de la ville sous ses voûtes. Voyez comme cette
foule donne la vie à ce grand vaisseau si bien disposé pour
la contenir! Combien d'illustres personnages ont abrités ces
arceaux! Quelle idée merveilleuse d'avoir voulu et su élever
la cathédrale comme un témoin éternel de tous les grands
événements d'une cité, d'un pays; d'avoir fait que ce témoin
vit, parle, en présentant au peuple ces exemples tirés de
l'histoire de l'humanité, ou plutôt du coeur humain!» Pour un
peu, notre interlocuteur, entraîné par la grandeur du sujet,
nous eût accusé de froideur. Telle est aujourd'hui la
cathédrale française: aimée au fond du coeur par les
populations; tour à tour flattée et honnie par ceux qui sont
charmés de s'en servir, mais qui ne songent guère à la
conserver; occupée par un clergé sans ressources, et souvent
insouciant; énigme pour la plupart, dernier vestige des temps
d'ignorance, de superstition et de barbarie pour
quelques-uns, texte de phrases creuses pour ces rêveurs,
amateurs de poésie nébuleuse, qui ne voient qu'ogives
élancées vers le ciel, dentelles de pierre, sculpture
mystérieuse ou fantastique, dans des monuments où tout est
méthodique, raisonné, clair, ordonné et précis; où tout a sa
place marquée d'avance, et retrace l'histoire morale de
l'homme, les efforts persévérants de son intelligence contre
la force matérielle et la barbarie, ses épreuves et son
dernier refuge dans un monde meilleur.]
CAVALIER, s. m. On désigne ainsi un ouvrage en terre élevé au milieu des
bastions ou boulevards, pour en doubler le feu et commander la campagne.
Ce n'est guère qu'au XVIe siècle que l'on eut l'idée d'exécuter ces
ouvrages pour renforcer des points faibles ou pour dominer des fronts.
On en exécuta beaucoup, pendant les guerres de siége de cette époque, en
dedans des anciens fronts fortifiés du moyen âge, et on leur donnait
alors généralement le nom de plate-forme; ils présentaient comme une
suite de fortins détachés, possédant des feux de face et de flanc, avec
une pente douce du côté de la ville pour amener les pièces et pouvoir
les mettre en batteries. Les cavaliers étaient ou semi-circulaires ou
carrés. Les plus anciennes représentations de cavaliers se voient
figurées sur les bas-reliefs en marbre du commencement du XVIe siècle
qui garnissent les parois du tombeau de Maximilien, à Inspruck.
Voici (1) un de ces cavaliers copié sur l'un de ces bas-reliefs
représentant la ville d'Arras. Il est en portion de cercle, établi en
arrière d'un bastion A possédant un orillon avec deux batteries
découvertes C et une batterie casematée au niveau du fond du fossé. Le
cavalier B est revêtu et planté à cheval sur la gorge du bastion; il
commande ainsi les dehors, le bastion et les deux courtines voisines. La
fig. 2 nous montre un autre cavalier carré fermé sur ses quatre faces,
élevé au milieu d'un bastion dont les parapets sont munis de fascines et
de gabions. Ce cavalier est également revêtu, percé d'une porte; ses
parapets sont garnis de fascines. Cette seconde figure est copiée sur le
bas-relief représentant l'enceinte de la ville de Vérone.
Lorsque l'on éleva, au XVIe siècle, des bastions en avant des anciennes
enceintes du moyen âge, on conserva souvent, de distance en distance,
les tours les plus fortes de ces enceintes, en détruisant seulement les
courtines; on remplit ces tours de terre, on enleva leurs crénelages, et
on établit des plates-formes sur leur sommet pour recevoir une ou
plusieurs pièces de canon. Les tours furent ainsi converties en
cavaliers. Mais en France, ces dispositions ne furent prises
qu'accidentellement et pour profiter d'anciennes défenses, tandis qu'en
Allemagne, nous les trouvons, dès le XVIe siècle, érigées en système,
ainsi qu'on peut le voir encore à Nuremberg. Dans la fortification
moderne même, les Allemands n'ont pas renoncé aux tours isolées, bâties,
de distance en distance, en arrière des ouvrages extérieurs. À la
Rochelle, pendant les siéges que cette ville eut à subir à la fin du
XVIe siècle, des cavaliers en terre d'une grande importance furent
élevés en arrière des anciennes enceintes, et, étant armés de pièces à
longue portée, firent beaucoup de mal aux assiégeants.
Les cavaliers tiennent lieu aussi, dans certains cas, de traverses,
c'est-à-dire que leur élévation au-dessus des courtines et des bastions
empêche l'artillerie des assiégeants d'enfiler des ouvrages dominés du
dehors; ou bien, comme à Saint-Omer encore, au XVIIe siècle, du côté de
la porte Sainte-Croix (3), ils commandent au loin des plaines
s'abaissant vers les abords d'une place, et forcent l'assiégeant à ne
commencer ses travaux d'approche qu'à une grande distance. Ce cavalier
de la porte Sainte-Croix de Saint-Omer se composait d'une haute batterie
semi-circulaire revêtue A, protégée par un fossé plein d'eau: elle
doublait les feux du saillant E C de la ville le plus facilement
attaquable, et, au moyen du fossé qui l'entourait presque entièrement,
donnait aux assiégés une dernière défense assez forte pour arrêter
l'ennemi qui eût pu se loger dans le bastion saillant, et le forcer,
pour passer outre, de faire un nouveau siége. C'est encore là une
dernière trace du donjon du moyen âge.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
CAVE, s. f. Étage souterrain voûté, pratiqué sous le rez-de-chaussée des
habitations. De tout temps, les palais, les maisons ont été bâtis sur
caves. Les caves ont l'avantage d'empêcher l'humidité naturelle du sol
d'envahir les rez-de-chaussée des habitations, et procurent un lieu dont
la température égale, fraîche, permet de conserver des provisions de
bouche qui entreraient en fermentation si elles restaient exposées aux
changements de la température extérieure. Mais c'est surtout dans les
pays de vignobles que les caves ont été particulièrement pratiquées sous
les maisons. En Bourgogne, en Champagne, dans le centre et le sud-ouest
de la France, on voit des maisons anciennes, d'assez chétive apparence,
qui possèdent jusqu'à deux étages de caves voûtées, construites avec
soin, quelquefois même taillées dans le roc.
Pendant le moyen âge, les villes, étant entourées de murailles, ne
pouvaient s'étendre; il en résultait que les terrains réservés aux
constructions particulières, lorsque la population augmentait,
devenaient fort chers; on prenait alors en hauteur et sous le sol la
place que l'on ne pouvait obtenir en surface, et les caves étaient
quelquefois habitées. On y descendait ordinairement par une ouverture
pratiquée devant la façade sur la voie publique. Dans quelques villes de
province, et particulièrement en Bourgogne, on voit encore un grand
nombre de ces descentes de caves qui empiètent sur la rue, et sont
fermées par des volets légèrement inclinés pour faire écouler les eaux
pluviales (voy. MAISON).
CAVEL, s. m. Vieux mot qui signifie une cheville de bois, une _clef_
(voy. CLEF).
CÈNE (la). Dernier repas de Jésus-Christ entouré de ses apôtres. La Cène
est quelquefois sculptée sur les tympans des portes de nos églises du
moyen âge. On la voit figurée en bas-relief sur le linteau de la porte
occidentale de l'église abbatiale de Saint-Germain des Prés (XIIe
siècle). Une des plus belles représentations de la Cène se trouve sur le
linteau de la porte principale de l'église de Nantua (XIIe siècle).
Cette sculpture est fort remarquable; on ne voit à la table de
Jésus-Christ que onze apôtres; Judas est absent. Le nom de chaque apôtre
est gravé au-dessus de lui. Voici l'ordre dans lequel sont placés les
apôtres, en commençant par la gauche du spectateur: Simon, Taddæus,
Bartholomeus, Jacobus, Matheus, Petrus, (le Christ), Johannes, Andreas,
Jacobus, Philippus, Thomas. Saint Jean appuie sa tête sur la poitrine de
Notre-Seigneur. Dans le tympan au-dessus, on voit le Christ entouré des
quatre signes des évangélistes; mais ce bas-relief a été complétement
mutilé, ainsi que les anges qui garnissaient la première voussure. Sur
les chapiteaux qui portent les voussures, on voit, sculptés,
l'Annonciation, la Visitation, la naissance du Sauveur, le voyage des
Mages et l'Adoration des bergers et des Mages. Sur le linteau de la
porte de droite de la façade de Notre-Dame de Dijon (XIIIe siècle),
au-dessous du crucifiement sculpté dans le tympan, on voit aussi une
représentation de la Cène, malheureusement fort mutilée. La passion de
Notre-Seigneur est fréquemment représentée en sujets légendaires sur les
verrières des églises. La Cène ouvre la série de ces sujets, et l'apôtre
saint Jean, placé le plus souvent à la droite du Christ, y est encore
représenté incliné sur la poitrine de son maître. Dans les monastères,
on peignait souvent la Cène sur un des murs du réfectoire; mais nous
n'avons jamais pu rencontrer en France une seule de ces peintures
complète.
CERPELIÈRE, s. f. Vieux mot qui est employé comme cercle, enceinte
circulaire.
CHAFFAUT, s. m. Vieux mot dont on a fait _échafaud_. Chaffaut
s'employait principalement pour désigner un appentis, un hourd (voyez ce
mot). En Champagne, en Bourgogne, on dit encore chaffaut pour échafaud.
CHAÎNAGE, s. m. Ce mot s'applique aux longrines de bois, aux successions
de crampons de fer posés comme les chaînons d'une chaîne, ou même aux
barres de fer noyés dans l'épaisseur des murs, horizontalement, et
destinés à empêcher les écartements, la dislocation des constructions en
maçonnerie.
Les Romains et, même avant eux, les Grecs avaient l'habitude, lorsqu'ils
construisaient en assises de pierres de taille ou de marbre, de relier
les assises entre elles par de gros goujons de fer, de bronze ou même de
bois, et les blocs entre eux par des crampons ou des queues d'aronde.
Mais les Grecs et les Romains posaient les blocs de pierre taillés à
côté les uns des autres et les uns sur les autres saus mortier (voy.
JOINT, LIT). Le mortier n'était employé, chez les Romains, que pour les
blocages, les ouvrages de moellon ou de brique, jamais avec la pierre de
taille.
Dès l'époque mérovingienne, on avait adopté une construction mixte, qui
n'était plus le moellon smillé des Romains et qui n'était pas l'ouvrage
antique en pierre de taille: c'était une sorte de grossier blocage
revêtu de parements de carreaux de pierre assez mal taillés et réunis
entre eux par des couches épaisses de mortier (voy. CONSTRUCTION).
Du temps de César, les Gaulois posaient, dans l'épaisseur de leurs
murailles de défense, des longrines et des traverses de bois assemblées
entre les rangs de pierre. Peut-être cet usage avait-il laissé des
traces même après l'introduction des arts romains dans les Gaules. Ce
que nous pouvons donner comme certain, c'est que l'on trouve, dans
presque toutes les constructions mérovingiennes et carlovingiennes, des
pièces de bois noyées longitudinalement dans l'épaisseur des murs, en
élévation et même en fondation[317]. Ces pièces de bois présentent un
équarrissage qui varie de 0,12c. × 0,12c. à 0,20c. × 0,20c.
Jusqu'à la fin du XIIe siècle, cette habitude persiste, et ces chaînages
sont posés, comme nos chaînages modernes, à la hauteur des bandeaux
indiquant des étages, à la naissance des voûtes et au-dessons des
couronnements supérieurs. Les travaux de restauration que nous eûmes
l'occasion de faire exécuter dans des édifices des XIe et XIIe siècles
nous ont permis de retrouver un grand nombre de ces chaînages en bois,
assez bien conservés pour ne pas laisser douter de leur emploi. Dans la
nef de l'église abbatiale de Vézelay, qui date de la fin du XIe siècle,
il existe un premier chaînage de bois au-dessus des archivoltes donnant
dans les collatéraux, et un second chaînage, interrompu par les fenêtres
hautes, au niveau du dessus des tailloirs des chapiteaux à la naissance
des grandes voûtes. Ce second chaînage de bois offre cette particularité
qu'il sert d'attache à des crampons en fer destinés à recevoir des
tirants transversaux d'un mur de la nef à l'autre à la base des arcs
doubleaux. Ces tirants étaient-ils destinés à demeurer toujours en place
pour éviter l'écartement des grandes voûtes? nous ne le pensons pas. Il
est à croire qu'ils ne devaient rester posés que pendant la
construction, jusqu'à ce que les murs goutterols fussent chargés, ou
jusqu'à ce que les mortiers des voûtes eussent acquis toute leur dureté,
c'est-à-dire jusqu'au décintrage (voy. CONSTRUCTION).
Voici (1) comment sont posées les chaînes de bois et les grands crampons
ou crochets destinés à recevoir un tirant, en supposant les assises
supérieures enlevées; et (2) la coupe du mur avec la position du
chaînage A et du crochet en fer B sous le sommier des grands arcs
doubleaux.
En démolissant la tour de l'eglise abbatiale de Saint-Denis, qui datait
du milieu du XIIe siècle, on trouva, à chaque étage, un chaînage en bois
d'un fort équarrissage chevillé par des chevilles en fer aux retours
d'équerre, ainsi que l'indique la fig. 3, et noyé dans le milieu des
murs. La pourriture de ce chaînage formant un vide de près de 0,30 c. de
section dans l'épaisseur de la maçonnerie et sur tout son pourtour,
n'avait pas peu contribué à déterminer l'écrasement des parements
intérieurs et extérieurs. Des croix horizontales en bois venaient en
outre s'assembler dans les milieux des longrines, à chaque étage, comme
l'indique la fig. 4, et devaient relier les quatre trumeaux de la tour
entre les baies; mais ces croix, visibles à l'intérieur, avaient été
brûlées, au XIIIe siècle, avant la construction de la flèche.
Nous trouvons encore, pendant la première moitié du XIIIe siècle, des
chaînages en bois dans les constructions militaires et civiles. Le
donjon du château de Coucy laisse voir, à tous ses étages, au niveau du
sommet des voûtes, des chaînages circulaires en bois, de 0,30 × 0,25 c.
d'équarrissage environ, sortes de ceintures noyées dans la maçonnerie,
desquelles partent des chaînes rayonnantes également en bois, passant
sous les bases des piles engagées portant les arcs de la voûte et venant
se réunir au centre (voy. DONJON).
Cependant, à la fin du XIIe siècle déjà, on reconnut probablement le peu
de durée des chaînages en bois, car on tenta de les remplacer par des
chaînages en fer. La grande corniche à damiers qui couronne le choeur de
la cathédrale de Paris, et qui dut être posée vers 1195, se compose de
trois assises de pierre dure formant parpaing, dont les morceaux sont
tous réunis ensemble par deux rangs de crampons, ainsi que l'indique la
fig. 5. Cela constituait, au sommet de l'édifice, au-dessus des voûtes,
un puissant chaînage; mais ces crampons, en s'oxydant, et prenant, par
suite de cette décomposition, un plus fort volume, eurent pour effet de
fêler presque toutes ces pierres longitudinalement, et de faire, de
cette tête de mur homogène, trois murs juxtaposés.
En construisant la Sainte-Chapelle de Paris, Pierre de Montereau se
rapprocha davantage du système des chaînages modernes. Au niveau du
dessous des appuis des fenêtres de la chapelle haute, à la naissance des
voûtes et au-dessous de la corniche supérieure, il posa une suite de
crampons de 0,30 c. à 0,50 c. de longueur, qui, au lieu d'être scellés
dans chaque morceau de pierre, vinrent s'agrafer les uns dans les
autres, conformément à la fig. 6. Cette chaîne, posée dans une rigole
taillée dans le lit de l'assise, fut coulée en plomb. Le chaînage, au
niveau de la naissance de la voûte, se reliait, à chaque travée, à une
forte barre de fer de 0,05 c. d'équarrissage, passant au-dessus des
chapiteaux des meneaux à travers ceux-ci et faisant ainsi partie de
l'armature des vitraux. À mi-hauteur des fenêtres, il existe des barres
semblables, qui sont reliées entre elles dans l'épaisseur des piles. Ce
système de chaînage était certainement moins dangereux que celui employé
au sommet du choeur de la cathédrale de Paris; cependant il eut encore,
malgré la masse de plomb dont il est enveloppé, l'inconvénient de faire
casser un grand nombre de pierres. Pour donner une idée de la puissance
du gonflement du fer, lorsqu'il passe à l'état d'oxyde ou de carbonate
de fer, nous ferons observer que le chaînage placé au-dessous des appuis
des grandes fenêtres de la Sainte-Chapelle, en gonflant, souleva les
assises composant ces appuis et les meneaux qu'elles supportent, au
point de faire boucler ces meneaux et de les briser sur quelques points,
bien qu'ils soient d'une grande force.
Au XIIIe siècle, le fer ne se travaillait qu'à la main, et on ne
possédait pas des forges comme celles d'aujourd'hui, qui fournissent des
fers passés au cylindre, égaux et d'une grande longueur. Pierre de
Montereau eût pu cependant chaîner la Sainte-Chapelle au moyen de pièces
de fer d'une plus grande longueur que celles indiquées dans la fig. 6,
puisque, dans le vide des fenêtres, les traverses se reliant aux
chaînages ont plus de quatre mètres de long; mais il faut croire
qu'alors la difficulté de faire forger des fers de cette longueur et
d'une forte épaisseur était telle qu'on évitait d'en employer, à moins
de nécessité absolue.
Au XIVe siècle, on voit déjà de longs morceaux de chaînes en fer posés
dans les constructions. Nous citerons, entre autres exemples, la façade
de la cathédrale de Strasbourg, qui, de la base jusqu'à la hauteur du
pied de la flèche, est chaînée avec un grand soin à tous les étages, au
moyen de longues barres de fer plat bien forgées, noyées entre les lits
des assises; le choeur de l'ancienne cathédrale de Carcassonne, qui est
de même solidement chaîné au moyen de longues et fortes barres de fer
passant à travers les baies, et servant d'armatures aux vitraux;
l'église Saint-Ouen de Rouen, la cathédrale de Narbonne.
Les architectes du XIIIe siècle n'employèrent pas seulement les
chaînages à demeure, noyés dans les constructions, ils s'en servirent
aussi comme d'un moyen provisoire pour maintenir les poussées des arcs
des collatéraux sur les piles intérieures, avant que celles-ci ne
fussent chargées. Dans le choeur et la nef des cathédrales de Soissons
et de Laon, dans la nef de la cathédrale d'Amiens, dans le choeur de
celle de Tours, constructions élevées de 1210 à 1230, on observe,
au-dessus des chapiteaux portant les archivoltes et les voûtes en arcs
d'ogives des bas-côtés, entaillées dans le lit inférieur des sommiers,
des pièces de bois sciées au ras du ravalement; ces pièces de bois n'ont
guère que 0,12 c. × 0,12 c. d'équarrissage. Ce sont des tirants posés,
en construisant les voûtes, entre les cintres doubles sur lesquels on
bandait les archivoltes et les arcs doubleaux et laissés jusqu'à
l'achèvement de l'édifice, c'est-à-dire jusqu'au moment où les piles
intérieures étaient chargées au point de ne plus faire craindre un
bouclement produit par la poussée des voûtes des bas-côtés. On pouvait
ainsi, sans risques, décintrer ces voûtes, se servir des bois pour un
autre usage, et livrer même ces bas-côtés à la circulation. La
construction terminée, on sciait les tirants en bois.
La fig. 7[318] fera comprendre l'emploi de ce procédé fort ingénieux et
simple. On voit en A le bout du chaînage de bois scié; Ce moyen avait
été indiqué par l'expérience; beaucoup de piles intérieures d'églises,
bâties à la fin du XIIe siècle, sont sorties de la verticale,
sollicitées par la poussée des voûtes des bas-côtés avant l'achèvement
de la construction; car, pour interrompre le culte le moins longtemps
possible, à peine les bas-côtés étaient-ils élevés, on fermait les
voûtes, on les décintrait, on établissait un plafond sur la nef centrale
à la hauteur du triforium, et on entrait dans l'église.
À la cathédrale de Reims, dont la construction est exécutée avec un
grand luxe, on avait substitué aux chaînes provisoires en bois posées
sous les sommiers des arcs des piles des bas-côtés, des crochets en fer
dans lesquels des tirants en fer, portant un oeil à chaque extrémité,
venaient s'adapter; la construction chargée autant qu'il était
nécessaire pour ne plus craindre un bouclement des piles, on enleva les
tirants; les crochets sont restés en place. On retrouve les traces de
ces chaînages provisoires jusqu'à la fin du XIVe siècle.
Les chaînages en fer noyés dans la maçonnerie à demeure et dont nous
avons parlé plus haut étaient, autant que les ressources des
constructeurs le permettaient, coulés en plomb dans les scellements ou
les rigoles qui les renfermaient, quelquefois scellés simplement au
mortier. Nous avons vu aussi de ces chaînes scellées à leurs extrémités
et dans leur longueur au moyen d'un mastic gras qui paraît être composé
de grès pilé, de minium, de litharge et d'huile, ou dans un bain de
résine. Les tirants scellés par ce procédé, dans des édifices de la fin
du XIIIe siècle, se sont moins oxydés que ceux scellés au plomb ou au
mortier. La présence du plomb paraît même avoir hâté quelquefois la
décomposition du fer, surtout lorsque les chaînes sont placées au coeur
de la maçonnerie, loin des parements.
Pendant le XVe siècle, les constructeurs ont préféré souvent placer
leurs chaînes libres le long des murs, au-dessus des voûtes,
transversalement ou longitudinalement. On avait dû reconnaître déjà, à
cette époque, les effets funestes que produisait le fer noyé dans la
maçonnerie par les maîtres des oeuvres des XIIIe et XIVe siècles. Ces
chaînes libres sont ordinairement composées de barres de fer carré de
deux à six mètres de longueur, réunies à leurs extrémités par des
boucles et des clavettes, ainsi que l'indique la fig. 8[319]. On tendait
la chaîne fortement en frappant sur les clavettes, comme on le fait
aujourd'hui pour les chaînages dont les bouts sont assemblés à
_traits-de-Jupiter_.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2 et 3.]
[Illustration: Fig. 4 et 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Note 317: Il n'est pas besoin de dire que le bois a disparu,
et se trouve réduit en poussière; mais son moule existe dans
les maçonneries. Le bois, totalement privé d'air et entouré
de l'humidité permanente de la maçonnerie, est bientôt
pourri.]
[Note 318: De l'une des piles de la nef de la cathédrale
d'Amiens.]
[Note 319: Ce détail est copié sur le grand chaînage qui fut
placé, à la fin du XVe siècle, sur le sol du triforium de la
cathédrale d'Amiens pour arrêter le bouclement des quatre
piles de la croisée, fatiguées par la charge de la tour
centrale, avant l'incendie de cette tour.]
CHAINE. Pendant le moyen âge et jusque vers le commencement du XVIIe
siècle, il était d'usage de placer aux angles des rues, aux portes des
villes et des faubourgs, à l'entrée des ponts, des chaînes que l'on
tendait la nuit, ou lorsqu'on craignait quelque surprise. Ces chaînes,
fort lourdes, étaient scellées d'un bout à un gros anneau fixe et de
l'autre venaient s'accrocher à un crochet[320] ou à une barre de fer,
sorte de verrou garni d'un moraillon entrant dans une serrure que l'on
fermait à clef pour empêcher les premiers venus de détendre la chaîne.
Lorsque les chaînes étaient tendues dans une ville, il devenait
impossible à de la cavalerie de circuler; les piétons même se trouvaient
ainsi arrêtés à chaque pas[321]. Dans les rues, les maisons permettaient
de sceller les chaînes à leurs parois; mais sur les routes, à l'entrée
des ponts ou des faubourgs, en dehors des portes et passages, les
chaînes étaient attachées à des poteaux de bois avec contrefiches. Ces
supports étaient désignés sous le nom d'_estaques_. En temps de paix,
les portes des villes restaient souvent ouvertes la nuit, et on se
contentait de tendre les chaînes, attachées à l'extérieur, d'une tour à
l'autre. On voit encore, à la porte Narbonnaise de Carcassonne, la place
de la chaîne; elle était scellée d'un bout à la paroi de l'une des
tours; l'autre bout était introduit, par un trou pratiqué à cet effet,
dans la salle basse de la tour en face; on passait une barre de fer dans
le dernier chaînon, et, du dehors, il n'était plus possible de détendre
la chaîne. La fig. 1 explique cette manoeuvre très-simple.
[Illustration: Fig. 1.]
[Note 320: On voit encore un de ces grands crochets à l'angle
du mur sud de la cathédrale d'Amiens, près de la façade.]
[Note 321: «Deniers payez pour la coutence des kaisnes que on
a fait en aucunes rues.»--Compte de recette et dépense de
Valenciennes, année 1414.--Les chaînes nouvellement faites,
sans compter les anciennes; étaient au nombre de
quatre-vingt-treize.]
CHAÎNE (DE PIERRE). Dans la bâtisse on désigne, par chaînes, des piles
formées d'assises de pierre ou de matériaux résistants se reliant aux
maçonneries et ne présentant pas de saillies sur le nu des murs. On ne
trouve que rarement ce procédé employé dans les constructions du moyen
âge. Quand les murs sont en maçonnerie ordinaire, et qu'on veut les
renforcer par des points d'appui espacés plus résistants, la chaîne de
pierre forme presque toujours une saillie extérieure, et prend alors le
nom de contrefort. Cependant les constructions rurales, militaires ou
civiles, bâties avec économie présentent quelquefois des chaînes de
pierre noyées dans les murs et ne portant pas une saillie à l'extérieur,
mais formant un pilastre intérieur pour porter une poutre, une charge
quelconque. Alors, pour économiser les matériaux et pour éviter les
évidements, ces chaînes sont appareillées et posées ainsi que l'indique
la fig. 1; les pierres A formant boutisse, les pierres B parement
extérieur, les pierres C morceau du pilastre sans liaisons; ainsi de
suite de la base au sommet du mur.
Dans les constructions militaires de Normandie qui datent des XIIe et
XIIIe siècles, on rencontre des chaînes de pierre destinées à renforcer
des angles obtus lorsque les murs sont bâtis en moellons. Le donjon de
la Roche-Guyon en présente un exemple remarquable (voy. DONJON).
[Illustration: Fig. 1.]
CHAIRE A PRÊCHER, s. f. _Pupitre_. Sorte de petite tribune élevée
au-dessus du sol des églises, des cloîtres ou des réfectoires de
monastères, destinée à recevoir un lecteur ou prédicateur. Dans les
églises primitives, il n'y avait pas, à proprement parler, de chaires à
prêcher, mais deux ambons ou pupitres placés des deux côtés du choeur
pour lire l'épître et l'Évangile aux fidèles. On voit encore cette
disposition conservée dans la petite basilique de Saint-Clément à Rome
et dans celle de Saint-Laurent hors les murs. Dès le XIIe siècle,
cependant, il paraîtrait qu'outre les ambons destinés à la lecture de
l'épître et de l'Évangile, on avait aussi parfois, dans l'église, un
pupitre destiné à la prédication.
Guillaume Durand, dans son _Rational_, s'exprime ainsi à l'égard du
pupitre[322]: «Le pupitre placé dans l'église, c'est la vie des hommes
parfaits, et on l'appelle ainsi pour signifier en quelque sorte un
pupitre public ou placé dans un lieu public et exposé aux regards de
tous. En effet, nous lisons ces mots dans les Paralipomènes: «Salomon
fit une tribune d'airain, la plaça au milieu du temple, et, se tenant
debout dessus et étendant la main, il parlait au peuple de Dieu.» Esdras
fit aussi un degré de bois pour y parler, et lorsqu'il y montait, il
était élevé au-dessus de tout le peuple... On donne encore à ce pupitre
le nom d'_analogium_, parce qu'on y lit et qu'on y annonce la parole de
Dieu On... l'appelle aussi ambon, de _ambiendo_, entourer, parce qu'il
entoure comme d'une ceinture celui qui y monte.»
Mais le plus souvent c'était sur une estrade mobile que se tenait le
prédicateur lorsqu'une circonstance voulait que l'on exhortât les
fidèles réunis dans une église ou dans le préau d'un cloître.
Les églises italiennes ont conservé des chaires à prêcher d'une époque
assez ancienne, des XIIIe et XIVe siècles; elles sont en pierre, ou
plutôt en marbre, ou en bronze. Celle de la cathédrale de Sienne, qui
date du XIIIe siècle[323] est fort belle; elle est portée sur des colonnes
posées sur des lions, et son garde-corps est orné de bas-reliefs
représentant la Nativité. A Saint-Marc de Venise, les ambons placés à
droite et à gauche des jubés affectent la forme de chaires à prêcher et
sont composés de marbres précieux, de porphyre et de jaspe. On voit
également, dans l'église San-Miniato de Florence, dans la chapelle
royale de Palerme, des pupitres pouvant servir de chaires, placés à la
gauche de l'autel, à l'entrée du choeur.