BALUSTRADE, s. f. _Chancel, Gariol_. Le nom de balustrade est seul
employé aujourd'hui pour désigner les garde-corps à hauteur d'appui, le
plus souvent à jour, qui couronnent les chéneaux à la chute des combles,
qui sont disposés le long de galeries ou de terrasses élevées, pour
garantir des chutes. On ne trouve pas de balustrades extérieures
surmontant les corniches des édifices avant la période ogivale, par la
raison que jusqu'à cette époque les combles ne versaient pas leurs eaux
dans des chéneaux, mais les laissaient égoutter directement sur le sol.
Sans affirmer qu'il n'y ait eu des balustrades sur les monuments romans,
ne connaissant aucun exemple à citer, nous nous abstiendrons. Mais il
convient de diviser les balustrades en balustrades intérieures, qui sont
destinées à garnir le devant des galeries, des tribunes, et en
balustrades extérieures, disposées, sur les chéneaux des combles ou à
l'extrémité des terrasses dallées des édifices.
Ce n'est guère que de 1220 à 1230 que l'on établit à l'extérieur des
grands édifices une circulation facile, à tous les étages, au moyen de
chéneaux ou de galeries, et que l'on sentit, par conséquent, la
nécessité de parer au danger que présentaient ces coursières, étroites
souvent, en les garnissant de balustrades; mais avant cette époque, dans
les intérieurs des églises ou de grandes salles, on établissait des
galeries, des tribunes, dont l'accès était public, et qu'il fallait par
conséquent munir de garde-corps. Il est certain que ces garde-corps
furent souvent, pendant l'époque romane, faits en bois; lorsqu'ils
étaient de pierre, c'était plutôt des murs d'appui que des balustrades.
La tribune du porche de l'église abbatiale de Vézelay (porche dont la
construction peut être comprise entre 1150 et 1160), est munie d'un mur
d'appui que nous pouvons à la rigueur classer parmi les balustrades, ce
mur d'appui étant décoré de grandes dents de scie qui lui donnent
l'aspect d'un couronnement plus léger que le reste de la construction
(1). Les galeries intérieures des deux pignons du transept de la même
église, construit pendant les dernières années du XIIe siècle ou au
commencement du XIIIe, possèdent de belles balustrades pleines ou bahuts
décorés d'arcatures, sur lesquels sont posées les colonnettes de ce
triforium. Nous donnons ici (2) la balustrade de la galerie sud, dont le
dessin produit un grand effet.
Mais on ne tarda pas, lorsque l'architecture prit des formes plus
légères, à évider les balustrades; un reste des traditions romanes fit
que l'on conserva pendant un certain temps les colonnettes avec
chapiteaux dans leur composition. Les balustrades n'étaient que des
arcatures à jour, construites au moyen de colonnettes ou petits piliers
espacés, sur lesquels venait poser une assise évidée par des arcs en
tiers-point. Les restes du triforium primitif de la nef de la cathédrale
de Rouen (1220 à 1230) présentent à l'intérieur une balustrade ainsi
combinée, se reliant aux colonnes portant la grande arcature formant
galerie, afin d'offrir une plus grande résistance (3). On concevra
facilement, en effet, qu'une claire-voie reposant sur des points d'appui
aussi grêles, ne pouvait se maintenir sur une grande longueur, sans
quelques renforts qui pussent lui donner de la rigidité. Mais c'est
surtout à l'extérieur des monuments que les balustrades jouent un rôle
important à partir du XIIIe siècle, car, ainsi que nous l'avons dit plus
haut, c'est à dater du commencement de ce siècle que l'on établit des
chéneaux et des galeries de circulation à tous les étages. Les
balustrades exécutées pendant cette période présentent une extrême
variété de formes et de constructions. La nature de la pierre influe
beaucoup sur leur composition. Là où les matériaux étaient durs et
résistants, mais d'un grain fin et faciles à tailler, les balustrades
sont légères et très-ajourées; là où la pierre est tendre, au contraire,
les vides sont moins larges, les pleins plus épais. Leur dimension est
également soumise aux dimensions des matériaux, car on renonça bientôt
aux balustrades composées de plusieurs morceaux de pierre placés les uns
sur les autres, comme n'offrant pas assez d'assiette, et on les évida
dans une dalle posée en délit. En Normandie, en Champagne, où la pierre
ne s'extrait généralement qu'en morceaux d'une petite dimension, les
balustrades sont basses et n'atteignent pas la hauteur d'appui (1 m,00
au moins). Dans les parties de la Bourgogne où la pierre est très-dure,
difficile à tailler, et ne s'extrait pas facilement en bancs minces, les
balustrades sont rares et n'apparaissent que fort tard, lorsque
l'architecture imposa les formes qu'elle avait adoptées dans le domaine
royal, à toutes les provinces environnantes, c'est-à-dire vers la fin du
XIIIe siècle. Les bassins de la Seine et de l'Oise offraient aux
constructeurs des qualités de matériaux très-propres à faire des
balustrades; aussi est-ce dans ces contrées qu'on trouve des exemples
variés de cette partie importante de la décoration des édifices. Comme
l'usage de scier les bancs en lames minces n'était pas pratiqué au XIIIe
siècle, il fallait trouver dans les carrières des bancs naturellement
assez peu épais, pour permettre d'exécuter ces claires-voies légères. Le
cliquart de Paris, le liais de l'Oise, certaines pierres de Tonnerre et
de Vernon, qui pouvaient s'extraire en bancs de 0,15 à 0,20 centimètres
d'épaisseur, se prêtaient merveilleusement à l'exécution des balustrades
construites en grands morceaux de pierre posés de champ et évidés.
Partout ailleurs les architectes s'ingénièrent à trouver un appareil
combiné de manière à suppléer à l'insuffisance des matériaux qu'ils
possédaient, et ces appareils ont eu, comme on doit le penser, une
grande influence sur les formes adoptées. Il en est des balustrades
comme des meneaux de fenêtres, comme de toutes les parties délicates de
l'architecture ogivale des XIIIe et XIVe siècles: la nature de la pierre
commande la forme jusqu'à un certain point, ou du moins la modifie. Ce
n'est donc qu'avec circonspection que l'on doit étudier ces variétés,
qui ne peuvent indifféremment s'appliquer aux diverses provinces dans
lesquelles l'architecture ogivale s'est développée.
Dans l'Ile de France, une des plus anciennes balustrades que nous
connaissions est celle qui couronne la galerie des Rois de la façade
occidentale de la cathédrale de Paris; elle appartient aux premières
années du XIIIe siècle (1215 à 1225) comme toute la partie inférieure de
cette façade (4). Avant la restauration du portail, cette balustrade
n'existait plus qu'au droit des deux contreforts extrêmes, ainsi qu'on
peut s'en assurer[67]; elle est construite en plusieurs morceaux, au
moins dans la partie à jour, et se compose d'une assise portant les
bases, de colonnettes posées en délit avec renfort par derrière, et
d'une assise de couronnement évidée en arcatures, décorées de fleurettes
en pointes de diamant. Il existe encore sur les galeries intermédiaires
des tours du portail de la Calende à la cathédrale de Rouen une
balustrade du commencement du XIIIe siècle, de même construite par
morceaux superposés (5). Ici les colonnettes reposent directement sur le
larmier de la corniche formant passage, et laissent entre elles les eaux
s'écouler naturellement sans chenal. Ce n'est guère que vers 1230 que
l'on établit des chéneaux conduisant les eaux dans des gargouilles;
jusqu'alors les eaux s'égouttaient sur le larmier des corniches, comme à
la cathédrale de Chartres à la chute des grands combles; mais ces
balustrades, composées de petits piliers ou colonnettes isolées et
scellées sur le larmier, conservaient difficilement leur aplomb. Les
constructeurs avaient tenté quelquefois de les réunir à leur base au
moyen d'une assise continue évidée par dessous pour l'écoulement des
eaux, ainsi qu'on peut le voir à la base du haut choeur nord de la
cathédrale de Chartres (6); mais ce moyen ne faisait que rendre le
quillage plus dangereux en multipliant les lits, et ne donnait pas à ces
claires-voies la rigidité nécessaire pour éviter le bouclement; on dut
renoncer bientôt aux colonnettes ou petits piliers isolés réunis
seulement par l'assise supérieure continue, et on se décida à prendre
les balustrades dans un seul morceau de pierre; dès lors les colonnettes
avec chapiteaux n'avaient pas de raison d'être, car au lieu d'une
arcature construite, il s'agissait simplement de dresser des dalles
percées d'ajours affectant des formes qui ne convenaient pas à des
assises superposées. C'est ainsi que le sens droit, l'esprit logique qui
dirigeaient les architectes de ces époques, leur commandaient de changer
les formes des détails, comme de l'ensemble de leur architecture, à
mesure qu'ils modifiaient les moyens de construction. Dans les
balustrades construites, c'est-à-dire composées de points d'appui isolés
et d'une assise de couronnement, on remarquera que la partie supérieure
des balustrades est, comparativement aux points d'appuis, très
volumineuse. Il était nécessaire en effet de charger beaucoup ces points
d'appui isolés pour les maintenir dans leur aplomb. Quand les
balustrades furent prises dans un seul morceau de pierre, au contraire,
on donna de la force, du pied à leur partie inférieure, et de la
légèreté à leur partie supérieure, car on n'avait plus à craindre alors
les déversements causés par la multiplicité des lits horizontaux. Les
balustrades des grandes galeries de la façade et du sommet des deux
tours de la cathédrale de Paris sont taillées conformément à ce principe
(7); leur pied s'empatte vigoureusement et prolonge le glacis du larmier
de la corniche; un ajour en quatre-feuilles donne une décoration
continue qui n'indique plus des points d'appuis séparés, mais qui laisse
bien voir que cette décoration est découpée dans un seul morceau de
pierre; un appui saillant, ménagé dans l'épaisseur de la pierre, sert de
larmier et préserve la claire-voie. Aux angles, la balustrade de la
grande galerie est renforcée par des parties pleines ornées de gros
crochets saillants et de figures d'animaux, qui viennent rompre la
monotonie de la ligne horizontale de l'appui (voy. ANIMAUX). La
balustrade extérieure du triforium de la même église, plus légère parce
qu'elle couronne un ouvrage de moindre importance, est encore munie de
l'empattement inférieur nécessaire à la solidité. Cet empattement, pour
éviter les dérangements, est posé en feuillure dans l'assise du larmier
(8). Il ne faudrait pas cependant considérer les principes que nous
posons ici comme absolus; si les architectes du XIIIe siècle étaient
soumis aux règles de la logique, ils n'étaient pas ce que nous appelons
aujourd'hui des _rationalistes_; le sentiment de la forme, l'à-propos
avaient sur leur esprit une grande prise, et ils savaient au besoin
faire plier un principe à ces lois du goût qui, ne pouvant être
formulées, sont d'autant plus impérieuses qu'elles s'adressent à
l'instinct et non au raisonnement. C'est surtout dans les accessoires de
l'architecture commandés par un besoin et nécessaires en même temps à la
décoration, que le goût doit intervenir et qu'il intervenait alors.
Ainsi, en cherchant à donner à leurs balustrades prises dans des dalles
découpées l'aspect d'un objet taillé dans une seule pièce, il fallait
que ces parties importantes de la décoration ne vinssent pas, par leur
forme, contrarier les lignes principales de l'architecture. Si les
ajours obtenus au moyen de trèfles ou de quatre-feuilles juxtaposés
convenaient à des balustrades continues non interrompues par des
divisions verticales rapprochées, ces ajours produisaient un mauvais
effet lorsqu'ils se développaient par petites travées coupées par des
pinacles ou des points d'appui verticaux; alors il fallait en revenir
aux divisions multipliées et dans lesquelles la ligne verticale était
rappelée, surtout si les balustrades servaient de couronnement supérieur
à l'architecture. D'ailleurs les divisions des ajours de balustrades par
trèfles ou quatre-feuilles étaient impérieuses, ne pouvaient se rétrécir
ou s'élargir à volonté; si une travée permettait de tracer cinq
quatre-feuilles par exemple, une travée plus étroite ou plus large de
quelques centimètres dérangeait cette combinaison, ou obligeait le
traceur à laisser seulement aux extrémités de sa travée de balustrade
une portion de trèfle ou de quatre-feuilles; ce qui n'était pas d'un
heureux effet. Les divisions de balustrades par arcatures verticales
permettaient au contraire d'avoir un nombre d'ajours complets, et il
était facile alors de dissimuler les différences de largeur de travées.
Nous ferons comprendre facilement par une figure ce que nous disons ici.
Soit A B (9) une travée de balustrade comprenant trois quatre-feuilles;
si la travée suivante A C est un peu moins longue, il faudra que l'un
des trois ajours soit en partie engagé. Mais si la travée A B (9 bis)
est divisée en cinq arcatures, la travée A C pourra n'en contenir que
quatre, et l'oeil, retrouvant des formes complètes dans l'une comme dans
l'autre, ne sera pas choqué. Les divisions verticales permettent même
des différences notables dans l'écartement des axes, sans que ces
différences soient appréciables en exécution; leur dessin est plus
facile à comprendre dans des espaces resserrés qui ne permettraient pas
à des combinaisons de cercle de se développer en nombre suffisant, car
il en est de l'ornementation architectonique comme des mélodies, qui,
pour être comprises et produire tout leur effet, doivent être répétées.
La balustrade supérieure de la nef et du choeur de Notre-Dame de Paris,
exécutés vers 1230, est divisée par travées inégales de largeur, et
c'est conformément à ce principe qu'elle a été tracée (10). De distance
en distance, au droit des arcs-boutants et des gargouilles, un pilastre
surmonté d'un gros fleuron sépare ces travées, sert en même temps de
renfort à la balustrade, et maintient le déversement qui, sans cet
appui, ne manquerait pas d'avoir lieu sur une aussi grande longueur[68].
Mais que l'on veuille bien le remarquer, si cette balustrade a quelque
rapport avec celles qui, peu d'années auparavant, étaient construites
par assises, on voit cependant que c'est un évidement, un ajour percé
dans une dalle et non un objet construit au moyen de morceaux de pierre
superposés; cela est si vrai, que l'on a cherché à éviter dans les
ajours les évidements à angle droit qui peuvent provoquer les ruptures.
Le pied des montants retombe sur le profil du bas, non point
brusquement, mais s'y réunit par un bizeau formant un empattement
destiné à donner de la force à ce pied et à faciliter la taille (11). On
voit ici en A la pénétration des montants sur le profil formant traverse
inférieure, et en B la naissance des trilobes sur ces montants. Si les
formes sont nettement accusées, si les lignes courbes sont franchement
séparées des lignes verticales, cependant, soit par instinct, soit par
raison, on a cherché à éviter ici toute forme pouvant faire supposer la
présence d'un lit, d'une soudure. Mais, nous le répétons, les artistes
de ce temps savaient, sans renoncer aux principes basés sur la raison,
faire à l'art une large part, se soumettre aux lois délicates du goût.
Si nous croyons devoir nous étendre ainsi sur un détail de
l'architecture ogivale qui semble très-secondaire, c'est que, par le
fait, ce détail acquiert en exécution une grande importance, en tant que
couronnement. L'architecture du XIIIe siècle veut que la balustrade
fasse partie de la corniche; on ne saurait la plupart du temps l'en
séparer; sa hauteur, les rapports entre ses pleins et ses vides, ses
divisions, sa décoration, doivent être combinés avec la largeur des
travées, avec la hauteur des assises et la richesse ou la sobriété des
ornements des corniches. Telle balustrade qui convient à tel édifice et
qui fait bon effet là où elle fut placée, semblerait ridicule ailleurs.
Ce n'est donc pas _une_ balustrade qu'il faut voir dans un monument,
c'est _la_ balustrade de ce monument; aussi ne prétendons-nous pas
donner un exemple de chacune des variétés de balustrades exécutées de
1200 à 1300, encore moins faire supposer que telle balustrade de telle
époque, appliquée à tel édifice d'une province, peut être appliquée à
tous les édifices de cette même époque et de cette province. Nous voyons
ici (fig. 10) une balustrade exécutée de 1230 à 1240. Cette balustrade
est posée sur une corniche d'un grand édifice, où tout est conçu
largement et sur une grande échelle. Aussi ses espacements de
pieds-droits sont larges, ses trilobes ouverts, pas de détails; de
simples bizeaux, des formes accentuées pour obtenir des ombres et des
lumières vives et franches, pour produire un effet net et facile à
saisir à une grande distance. Or, voici qu'à la même époque, à cinq ans
de distance peut-être, on élève la Sainte-Chapelle du Palais, édifice
petit, dont les détails par conséquent sont fins, dont les travées, au
lieu d'être larges comme à la cathédrale de Paris, sont étroites et
coupées par des gâbles pleins surmontant les archivoltes des fenêtres.
L'architecte fera-t-il la faute de placer sur la corniche supérieure une
balustrade lâche, qui par les grands espacements de ses pieds-droits
rétrécirait encore à l'oeil la largeur des travées, dont on saisirait
difficilement le dessin, visible seulement entre des pinacles et pignons
rapprochés? Non pas; il cherchera, au contraire, à serrer l'arcature à
jour de sa balustrade, à la rendre svelte et ferme cependant pour
soutenir son couronnement; il obtiendra des ombres fines et multipliées
par la combinaison de ses trilobes, par des ajours délicats percés entre
eux; il fera cette balustrade haute pour relier les gâbles aux pinacles
(12), et pour empêcher que le grand comble ne paraisse écraser la
légèreté de la maçonnerie, pour établir une transition entre ce comble,
ses accessoires importants et la richesse des corniches et fenêtres;
mais il aura le soin de laisser à cette balustrade son aspect de dalle
découpée, afin qu'elle ne puisse rivaliser avec les fortes saillies, les
ombres larges de ces gâbles et pinacles. Dans le même édifice,
l'architecte doit couronner un porche couvert en terrasse par une
balustrade. Prendra-t-il pour modèle la balustrade du grand comble?
Point; conservant encore le souvenir de ces belles claires-voies du
commencement du XIIIe siècle, composées de colonnettes portant une
arcature ferme et simple comme celle que nous avons donnée (fig. 4);
comprenant que sur un édifice couvert d'une terrasse il faut un
couronnement qui ait un aspect solide, qui prenne de la valeur autant
par la combinaison des lignes et des saillies que par sa richesse, et
qu'une dalle plate percée d'ajours avec de simples bizeaux sur les
arêtes ne peut satisfaire à ce besoin de l'oeil, il élèvera une
balustrade ornée de chapiteaux supportant une arcature découpée en
trilobes, refouillée, dont les ombres vives viendront ajouter à l'effet
de la corniche en la complétant, à celui des pinacles en les reliant
(13). Mais nous sommes au milieu du XIIIe siècle; et si la balustrade du
porche de la Sainte-Chapelle est un dernier souvenir des primitives
claires-voies construites au moyen de points d'appui isolés supportant
une arcature, elle restera, comme construction, une balustrade de son
époque, c'est-à-dire que les colonnettes reliées à leur base par une
traverse, et les arcatures trilobées, seront prises dans un même morceau
de pierre évidé. La tablette d'appui A sera seule rapportée. C'est ainsi
qu'à chaque pas nous sommes arrêtés par une transition, un progrès qu'il
faut constater, et que nous devons presque toujours rendre justice au
goût sûr de ces praticiens du XIIIe siècle qui savaient si bien tempérer
les lois sèches et froides du raisonnement par l'instinct de l'artiste,
par une imagination qui ne leur faillait jamais.
Longtemps les balustrades furent évidemment l'un des détails de
l'architecture ogivale sur lesquels on apporta une attention
particulière; mais il faut convenir qu'à la fin du XIIIe siècle déjà, si
elles présentent des combinaisons ingénieuses, belles souvent, on ne les
trouve plus liées aussi intimement à l'architecture; elles sont parfois
comme une oeuvre à part ne participant plus à l'effet de l'ensemble, et
le choix de leurs dessins, de leurs compartiments ne paraît pas toujours
avoir été fait pour la place qu'elles occupent. La balustrade supérieure
du choeur de la cathédrale de Beauvais en est un exemple (14);
l'alternance des quatre-feuilles posés en carré et en diagonale est
heureuse; mais cette balustrade est beaucoup trop maigre pour sa place,
les ajours en sont trop grands, et, de loin, elle ne prête pas assez de
fermeté au couronnement. Sous cette balustrade, la corniche, bien que
délicate, paraît lourde et pauvre en même temps. Nous retrouvons cette
combinaison de balustrades, amaigrie encore, au-dessus des chapelles de
l'église de Saint-Ouen de Rouen (15). Les défauts sont encore plus
choquants ici, malgré que cette balustrade, en elle-même, et comme
taille de pierre, soit un chef-d'oeuvre de perfection; mais, étant
placée sur des côtés de polygones peu étendus, elle ne donne que quatre
ou cinq compartiments; leur dessin ne se comprend pas du premier coup,
parce que l'oeil ne peut saisir cette combinaison alternée, qui serait
heureuse si elle se développait sur une grande longueur. L'excessive
maigreur de cette balustrade lui donne l'apparence d'une claire-voie de
métal, non d'une découpure faite dans de la pierre. Du reste, à partir
de la fin du XIIIe siècle, on ne rencontre plus guère de balustrades
composées d'une suite de petits montants avec arcature; on semble
préférer alors les balustrades formées de trèfles, de quatre-feuilles,
de triangles, ou de carrés posés sur la pointe avec redents, comme celle
qui couronne le choeur et la nef de la cathédrale d'Amiens. Nous avons
fait voir comme à la Sainte-Chapelle du Palais on avait heureusement
rompu les lignes inclinées des gâbles couronnant les fenêtres par une
balustrade à points d'appui verticaux très-multipliés (voy. fig. 12),
comme on avait tenu cette balustrade haute pour qu'elle ne fût pas
écrasée par l'élévation des pinacles et gâbles. Cette balustrade,
indépendante de ces pinacles et gâbles, passe derrière eux, ne fait que
s'y appuyer; elle leur laisse toute leur valeur, et parait ce qu'elle
doit être: une construction légère, ayant une fonction à part, et
n'ajoutant rien à la solidité de la maçonnerie, pouvant être supprimée
en laissant à l'édifice les formes qui tiennent à sa composition
architectonique. On ne s'en tint pas longtemps à ces données si sages.
De 1290 à 1310, on construisait à Troyes l'église de Saint-Urbain. Les
fenêtres supérieures du choeur de ce remarquable édifice sont surmontées
de gâbles à jour qui viennent, non pas comme à la Sainte-Chapelle de
Paris, faire saillie sur la corniche de couronnement et son chéneau,
mais qui les pénètrent. Et telle est la combinaison recherchée de cette
construction, que les deux pentes de ces gâbles et les cercles
appareillés dans les écoinçons portent cette corniche formant chéneau
comme le feraient des liens en charpente. Il y avait à craindre que ces
gâbles à jour qui n'étaient pas reliés au mur, et cette corniche-chéneau
qui reposait seulement sur la tête de ce mur, sans être retenue dans sa
partie engagée par une forte charge supérieure, ne vinssent à se
déverser en dehors. Le constructeur imagina de se servir de la
balustrade pour maintenir ce dévers (16); et voici comment il s'y prit.
Il faut dire d'abord qu'entre chaque travée s'élève un contre-fort avec
pinacle bien relié à la masse de la construction; prenant ce pinacle ou
contre-fort comme point fixe (il l'est en effet), l'architecte fit ses
demi-travées de balustrades A d'un seul morceau chacune, et, ayant eu le
soin de poser ses pinacles sur un plan plus avancé que celui dans lequel
se trouvent les gâbles, il maintint le sommet de ceux-ci en les
étrésillonnant avec les balustrades, ainsi que l'indique le plan (16
bis). Soit B le pinacle rendu fixe par sa base portant chéneau fortement
engagée dans la construction, et C C les têtes des gâbles; les
demi-travées de balustrades B C étant d'un seul morceau chacune, et
formant en plan un angle rentrant en C, viennent étrésillonner et butter
les têtes des gâbles C C, de manière à rendre impossible leur
déversement en dehors. Mais pour rendre sa balustrade à jour
très-rigide, tout en la découpant délicatement, l'architecte de
Saint-Urbain la composa d'une suite de triangles chevauchés réunis par
leurs côtés, et formant comme autant de petits liens inclinés se
contre-buttant mutuellement de manière à éviter les chances de rupture.
C'était là, il faut le dire, plutôt une combinaison de charpente qu'une
construction de maçonnerie; mais il faut dire aussi que la pierre à
laquelle on imposait cette fonction anormale est de la pierre de
Tonnerre, d'une qualité, d'une fermeté et d'une finesse extraordinaires,
qui lui donnent, une fois taillée, l'aspect du métal. Certes, cela était
ingénieux et bien raisonné comme appareil; il était impossible de
dominer la matière d'une façon plus complète que ne le fit avec succès
le savant architecte de Saint-Urbain (voy. CONSTRUCTION); mais pour ne
parler que de la balustrade dont il est ici question, cette suite de
petits triangles semblables aux grands triangles formés par les gâbles
est fâcheuse au point de vue de l'art. L'oeil est tourmenté par ces
figures géométriques semblables mais inégales; l'harmonie qui doit
résulter, non de la similitude des diverses parties d'un édifice, mais
de leur contraste, est détruite. Ici, comme dans toutes les formes de
l'architecture adoptées à partir de cette époque, le raisonnement, la
combinaison géométrique prennent une place trop importante; le
sentiment, l'instinct de l'artiste disparaissent étouffés par la
logique. L'amour des détails, les raffinements dans leur application
vinrent encore ôter aux balustrades leur sévérité de formes. Les
architectes du XIIIe siècle, mus par ce sentiment d'art qu'on retrouve à
toutes les belles époques, avaient compris que plus les membres de
l'architecture sont d'une petite dimension, et plus leurs formes veulent
être largement composées, afin de ne pas détruire l'aspect de grandeur
que doivent avoir les édifices; car en multipliant les détails sans
mesure, on rapetisse au lieu de grandir l'architecture. Si parfois, au
XIIIe siècle, dans quelques monuments exécutés avec un grand luxe, on
s'était permis de faire des balustrades très-riches par leur combinaison
et leur sculpture, sentiment de la grandeur apparaissait toujours, et
les détails ne venaient pas détruire les masses; témoin la balustrade
qui couronne le passage réservé au-dessus de la porte sud de Notre-Dame
de Paris (17), élevée en 1257. Il est impossible de grouper plus
d'ornements et de moulures sur une balustrade, et cependant on remarque
qu'ici Jean de Chelles, l'auteur de ce portail, avait compris que
l'excès de richesse prodigué sur un petit espace pouvait détruire
l'unité de sa composition, car il avait eu le soin de relier cette
balustrade aux divisions générales de l'architecture par des colonnettes
engagées qui viennent la pénétrer et la forcer, pour ainsi dire, à
participer à l'ensemble de la décoration[69]. Aussi raffinés, mais moins
adroits, les architectes du XIVe siècle arrivèrent promptement à la
maigreur ou à la lourdeur (car ces deux défauts vont souvent de
compagnie dans les compositions d'art), en surchargeant les balustrades
de profils et de combinaisons plus surprenantes que belles. Ils
cherchèrent souvent des dispositions neuves et ne se contentèrent pas
toujours de la claire-voie percée dans une dalle de champ, et couverte
par un appui horizontal. Parmi ces nouvelles formes, nous devons citer
les crénelages. Les créneaux avec leurs merlons se découpaient vivement
au sommet des édifices, et donnaient déjà, par leur simple silhouette,
une décoration. On se servit parfois, pendant le XIVe siècle, de cette
forme générale, pour l'appliquer aux balustrades. C'est ainsi que fut
couronnée la corniche supérieure du choeur de la cathédrale de
Troyes[70]. Cet exemple de balustrade crénelée ne manque pas
d'originalité, mais il a le défaut de n'être nullement en harmonie avec
l'édifice; nous ne le donnons d'ailleurs que comme une exception (18).
Les merlons de cette balustrade crénelée sont alternativement pleins et
à jour; les appuis des créneaux sont tous à jour. Derrière chaque merlon
plein est un renfort A qui donne du poids à l'ensemble de la
construction et retient son dévers. On remarquera que cette balustrade
est composée d'assises de pierre d'un assez petit échantillon, et cela
vient à l'appui de ce que nous avons dit au commencement de cet article:
que les matériaux et leurs dimensions exerçaient une influence sur les
formes données aux balustrades. Et, en effet, à Troyes on ne se
procurait que difficilement alors des pierres basses, mais longues et
larges, propres à la taille des balustrades à jour posées en délit. Il
fallait les faire venir de Tonnerre; elles devaient être chères, et ces
réparations faites au XIVe siècle à la cathédrale de Troyes sont
exécutées avec une extrême parcimonie. À l'église Saint-Urbain de la
même ville, presque contemporaine de ces restaurations de la cathédrale,
mais où la question d'économie avait été moins impérieuse, nous avons
vu, au contraire, comme l'architecte avait profité de la qualité et de
la dimension des pierres de Tonnerre, pour faire des balustrades minces
et composées de grands morceaux.
Il n'est pas rare de trouver dans les édifices du commencement du XIVe
siècle des balustrades pleines, décorées d'un simulacre d'ajour. C'est
surtout dans les pays où la pierre, trop tenace ou trop grossière, ne se
prêtait pas aux dégagements délicats des redents, et ne conservait pas
ses arêtes, que ces sortes de balustrades ont été adoptées. Dans la
haute Bourgogne, par exemple, où le calcaire est d'une qualité ferme et
difficile à évider, on ne fit des balustrades à jour que fort tard, et
lorsque le style d'architecture adopté en France envahissait les
provinces voisines, c'est-à-dire vers le commencement du XIVe siècle; et
même alors les tailleurs de pierre se contentèrent-ils souvent de
balustrades pleines, de dalles posées de champ, décorées de
compartiments se détachant sur un fond. C'est ainsi qu'est taillée la
balustrade qui surmonte les deux chapelles du transept de l'église
Saint-Bénigne de Dijon (18 bis). Le cloître de l'église cathédrale de
Béziers, dont la construction date des premières années du XIVe siècle,
est couronné d'une balustrade composée de la même manière comme
compartiments et comme appareil, ce qui est motivé par la nature
grossière de la pierre du pays, qui est un calcaire alpin poreux, tenant
mal les arêtes. Seulement ici (18 ter) l'appui forme recouvrement, il
est rapporté sur le corps de la balustrade. L'assise d'appui, taillée
dans une pierre d'un grain plus serré, protége les dalles de champ, et
(fait qui doit être noté) cet appui porte une dentelure, sorte
d'amortissement fleuronné couronnant la balustrade. Celle-ci, étant
pleine, terminait lourdement les arcades du cloître; sa ligne
horizontale se détachant sur le ciel (car ce cloître est couvert par une
terrasse), reliait mal les pinacles qui terminent les contre-forts; et
c'est évidemment pour rompre la sécheresse de cette ligne horizontale, à
laquelle la balustrade pleine n'apportait aucun allégement, que fut
ménagée cette dentelure supérieure. On trouve plusieurs exemples de ces
balustrades fleuronnées, même lorsque celles-ci sont à jour, dans
quelques églises de Bretagne, surtout pendant les XVe et XVIe siècles
(voy. fig. 27). Ce qui caractérise les balustrades exécutées pendant le
XIVe siècle, c'est l'adoption du système de panneaux de pierre percés
chacun de leur ajour, séparés par un montant le long du joint, et
recouverts d'un appui les reliant tous ensemble. Si l'appareil y
gagnait, la succession de divisions verticales séparant chacun des
panneaux juxtaposés ôtait aux balustrades l'aspect qu'elles avaient au
XIIIe siècle, d'un couronnement continu, d'une sorte de frise à jour,
laissant aux lignes horizontales leur simplicité calme; nécessaire dans
des monuments de cette étendue pour reposer les yeux, que les divisions
régulières verticales, trop répétées, fatiguent bientôt.
Les architectes étaient conduits à sacrifier l'art au raisonnement; ils
perdaient cette liberté qui avait permis à leurs prédécesseurs de mêler
les inspirations du goût aux nécessités de la construction ou de
l'appareil. L'exercice de la liberté dans les arts n'appartient qu'au
génie, et le génie avait fait place au calcul, aux méthodes, dès le
commencement du XIVe siècle, dans tout ce qui tenait à l'architecture.
Nous donnons ici (19) un exemple d'une balustrade exécutée en panneaux
de pierre, tiré du bras de croix méridional de l'ancienne cathédrale de
la cité de Carcassonne. La construction de cette balustrade remonte à
1325 environ. Il faut dire cependant que les formes des balustrades
adoptées par les architectes du XIIIe siècle furent longtemps employées;
on les amaigrissait, ainsi que nous l'avons vu dans l'exemple présenté
dans la fig. 18, on les surchargeait de moulures et de redents évidés;
mais le principe était souvent conservé; toutefois, on préférait les
formes anguleuses aux formes engendrées par des combinaisons de
demi-cercles; les courbes brisées étaient en honneur; et des voûtes, des
fenêtres, elles pénétraient jusque dans les plus menus détails de
l'architecture. Le simple bizeau qui, au XIIIe siècle, était seul
destiné à produire des jeux d'ombre et de lumière dans les balustrades,
parut trop simple, lorsque tous les membres de l'architecture se
subdivisèrent à l'infini; on le doubla par un temps d'arrêt, et les
balustrades eurent deux plans de moulures; l'un donnait la forme
générale, le _thème_, le second était destiné à former les redents, la
_broderie_. Un exemple est nécessaire pour faire comprendre l'emploi de
ce nouveau mode.
Voici (20) la balustrade qui couronne la corniche du choeur de l'église
que nous venons de citer, la cathédrale de Carcassonne[71]. La forme
génératrice de cette balustrade, le _thème_, pour nous servir d'un mot
qui rend parfaitement notre pensée, est une suite de triangles
équilatéraux curvilignes.
Si nous examinons la coupe sur A B de cette balustrade, nous voyons que
le bizeau C est divisé par un arrêt résultant d'une petite coupe à angle
droit D. Cette coupe produit un listel, parallèle à la face de la
balustrade. C'est ce listel qui dessine les redents E, et le second
membre du bizeau qui leur donne leur modelé. Mais les parties pleines de
l'architecture, les points d'appui, se perdaient de plus en plus sous
les subdivisions des moulures, des colonnettes; les meneaux des fenêtres
s'amaigrissaient chaque jour sous la main de constructeurs; les
balustrades chargées de ce double bizeau taillé suivant un angle de 45
degrés, et de ce listel du second plan, recevaient trop de lumière;
elles paraissaient lourdes comparativement aux autres membres de
l'architecture, dont les plans renfoncés découpaient seulement quelques
lignes fines de lumière, sur des ombres larges. Dès lors on renonça aux
bizeaux coupés suivant un angle de 45 degrés dans le profil des
balustrades, et l'on voulut avoir des plans plus vivement accusés. Soit
(21) fig. A: si le rayon lumineux B C tombe sur le bizeau E F, lui étant
parallèle, il le frisera et ne produira qu'une demi-teinte. Mais si,
fig. D, le bizeau E F donne un angle moindre de 45 degrés, le même rayon
lumineux B C laissera toute la partie E F dans une ombre franche. Les
balustrades étant composées presque toujours de petites courbes, la
lumière frappe sur une grande partie des surfaces fuyantes; pour obtenir
des ombres larges, il était donc nécessaire de rapprocher, autant que
possible, la coupe de ces surfaces fuyantes de la ligne horizontale,
afin de les dérober à la lumière; et comme on ne donne de la finesse aux
parties éclairées que par l'opposition d'ombres larges, que les parties
éclairées, dans les formes de l'architecture, comptent seules, et
qu'elles produisent, suivant la largeur ou la maigreur de leurs
surfaces, la lourdeur ou la finesse, les architectes, voulant obtenir la
plus grande finesse possible dans la coupe des balustrades, arrivèrent à
dérober de plus en plus les surfaces fuyantes aux rayons lumineux. À la
fin du XIVe siècle déjà, ils avaient entièrement renoncé aux bizeaux
qui, sur quelques points, par le glissement de la lumière, donnaient
toujours des demi-teintes, et ils les remplaçaient par des profils
légèrement concaves (22) qui donnent plus d'ombre et découpent plus
vivement les plans. Mais alors ils amaigrissaient tellement les dalles à
jour, qu'elles n'offraient plus de solidité; pour remédier à cet
inconvénient, ils leur donnèrent plus d'épaisseur, et les balustrades
qui, en moyenne, au XIIIe siècle, n'avaient guère que 0,12 centimètres
d'épaisseur dans leur partie à jour, prirent jusqu'à 0,20 centimètres.
Par l'effet de la perspective, ces balustrades, vues de bas en haut ou
de côté, présentaient de si larges surfaces de champ, qu'elles
laissaient à peine voir les ajours. Il fallut encore dissimuler ce
défaut, et, pour y arriver, on profila les balustrades en dedans comme
en dehors. On avait voulu d'abord dérober à la lumière les surfaces
fuyantes des épaisseurs pour obtenir des ombres accentuées; par ce
dernier moyen, on dérobait une partie de ces surfaces aux yeux (23).
On nous pardonnera la longueur d'une théorie qu'il nous a paru
nécessaire d'exposer, afin de faire comprendre les motifs des diverses
transformations que l'on fit subir aux balustrades jusqu'au XVe siècle.
Nous l'avons dit déjà, et nous le répétons, cet accessoire de
l'architecture du moyen âge est d'une grande importance; il a préoccupé
nos anciens architectes, et cela avec raison.
Une balustrade de couronnement complète heureusement ou gâte un édifice,
selon qu'elle est bien ou mal composée, qu'elle est ou n'est pas, dans
son ensemble et ses détails, à l'échelle des divers membres
architectoniques de cet édifice, qu'elle aide ou contrarie son système
général de décoration. Une balustrade bien liée à la corniche qui lui
sert de base, en rapport de proportions avec le monument qu'elle
couronne, qui rappelle ses formes de détail sans les reproduire à une
plus petite échelle, dont les divisions font valoir les dimensions de ce
monument, est une oeuvre assez rare pour qu'il soit permis de croire que
c'est là un des écueils de l'architecture du moyen âge, et pour qu'il
soit nécessaire d'étudier avec grand soin les quelques beaux exemples
qui nous sont restés.
L'adoption du système de panneaux divisés à chaque joint par des
montants verticaux dans l'appareil des balustrades fit quelquefois
ajouter des terminaisons en forme de fleurons ou d'aiguilles sur ces
montants, car les architectes du XIIIe siècle et, à plus forte raison,
du XIVe siècle n'admettaient pas dans les formes de l'architecture un
montant vertical d'une certaine largeur sans le couronner par quelque
chose. Pour eux, le _pilastre_ venant se perdre dans une moulure
horizontale était un membre tronqué. Mais c'est au commencement du XVIe
siècle surtout que les balustrades à panneaux séparés par des montants
verticaux le long du joint, furent adoptées sans exception. Les
compartiments à jour dont elles se composaient ne permettaient plus, par
la complication de leur forme, un autre appareil.
Pendant le XVe siècle, les balustrades à panneaux se rencontrent
fréquemment, mais ne sont pas les seules. Ce sont alors les losanges,
les triangles rectilignes qui dominent dans la composition des
balustrades. Il faut remarquer que ces formes se prêtaient mieux à
l'assemblage d'ajours en pierre, étaient plus solides que les formes
curvilignes; et au XVe siècle, l'architecte était surtout appareilleur.
Un morceau de balustrade, taillé suivant la fig. 24, présentait beaucoup
de résistance et s'assemblait facilement par les extrémités A B.
L'appui, souvent d'un autre morceau, recouvrait et reliait ces
claires-voies. Lorsque, pendant le XVe siècle, les balustrades étaient
composées de panneaux, les montants verticaux étaient parfois saillants
en forme de petits contre-forts, ainsi que l'indiquent les fig. 25 et
26.
Ce fut aussi pendant le XVe siècle que l'on eut l'idée de sculpter dans
les ajours des balustrades, des attributs, des pièces principales
d'armoiries[72]. Nous donnons (25) des panneaux de la balustrade
couronnant la nef de la cathédrale de Troyes, et dans lesquels les
tailleurs de pierre du XVe siècle ont figuré alternativement les clefs
de saint Pierre et des fleurs de lis. La balustrade refaite, au XVe
siècle, à la base du pignon de la Sainte-Chapelle du Palais, à Paris,
présente également, dans chacun de ses panneaux, une belle et grande
fleur de lis inscrite dans un cercle (26). Un grand K couronné tenu par
deux anges se détache au milieu de cette balustrade; c'est le chiffre ou
la première lettre du nom de Charles VII (Karolus), qui la fit refaire
(voy. CHIFFRE). La balustrade de l'oratoire, bâti par Louis XI sur le
flanc sud du même édifice, porte également un grand L couronné. Cet
usage de placer des chiffres, des lettres dans les balustrades fut assez
généralement adopté à la fin du XVe siècle et au commencement du XVIe;
le château de Blois porte, sur la façade élevée par François Ier, des
balustradès dans lesquelles on voit des F couronnées et des salamandres.
On alla même jusqu'à y sculpter de grandes inscriptions à jour, comme au
choeur de l'église de la Ferté-Bernard près du Mans, comme au château de
Josselin en Bretagne, sur les balustrades duquel on lit la devise: A
PLUS (27)[73].
Dans l'architecture civile de la fin du XVe siècle et du commencement du
XVIe, on fit souvent aussi des balustrades aveugles qui n'étaient, sous
les appuis des fenêtres, que des bandeaux larges formant une riche
décoration. Telles étaient les balustrades qui réunissaient les alléges
des fenêtres du premier étage de l'hôtel la Trémoille à Paris (28),
balustrades qui sont toutes variées soit comme dessin, soit comme
division; car il n'est pas rare de trouver une grande variété dans la
composition d'une même balustrade de la fin du XVe siècle et du
commencement du XVIe.
Lorsque le goût de l'architecture romaine antique eut effacé, vers le
milieu du XVIe siècle, les derniers vestiges des formes adoptées par le
moyen âge dans les détails de l'architecture, on se complut à faire des
balustrades composées d'ordres réduits. Il existe une balustrade de ce
genre à la base du pignon de la petite église de Belloy près Beaumont;
c'est une suite de colonnettes doriques surmontées d'une corniche à
denticules avec soffites sculptés entre les chapiteaux. À Saint-Eustache
de Paris, on voit des balustrades formées de petits pilastres doriques
ou composites séparés par des arcades portées sur des pieds-droits avec
leurs impostes[74]. Mais cette succession de lignes verticales données
par les colonnettes ou pilastres rapprochés prenait trop d'importance
dans l'ensemble de la décoration, et avait l'inconvénient de rappeler en
petit les grandes divisions et décorations de l'architecture alors en
honneur; c'était là un défaut majeur, qui ne manqua pas de frapper les
architectes de la renaissance; on voulut rendre aux balustrades leur
_échelle_, et pour que les colonnettes formant la partie principale de
leur décoration ne parussent pas un diminutif des ordres de
l'architecture, on leur donna un galbe particulier, qui les fait
ressembler à un potelet de bois tourné au tour. Les profils de ces
supports se divisent en bagues, gorges, panses, etc. Quelquefois même
les renflements des colonnettes ainsi galbées furent décorés de
sculptures; celles-ci prirent dès lors le nom de balustres qui leur est
resté. Peu à peu ces balustres s'alourdirent et arrivèrent à ce profil
bizarre qui rappelle la forme d'un flacon avec son goulot, et dont la
réunion, comprise entre des pilastres et de lourds appuis, couronne
assez désagréablement depuis le XVIIe siècle la plupart de nos édifices.
Il faut croire que ces morceaux de pierre tournés parurent être la
dernière expression du goût, car, une fois adoptés, les architectes ne
se mirent plus en frais d'imagination pour composer des balustrades en
harmonie avec leur architecture; que celle-ci fut simple ou riche, plate
ou accusant de fortes saillies, basse ou élevée, religieuse ou civile,
la balustrade fut toujours la même ou peu s'en faut, bien que les
architectes du XVIIe siècle aient prétendu la diviser en balustrade
toscane, ionique, corinthienne, etc. On ne se contenta pas d'en placer
là où le besoin demandait une barrière à hauteur d'appui, on s'en servit
comme d'un motif de décoration. Rien cependant n'autorisait, dans
l'architecture romaine antique que l'on voulait imiter, un pareil abus
de la balustrade, ni comme emploi ni comme forme. Il faut dire même que
la corniche saillante de l'entablement romain porte mal ces rangées de
morceaux de pierre tournés, posés à l'aplomb de la frise, et qui, par
leur retraite, n'indiquent pas la présence du chéneau. La balustrade de
l'architecture du moyen âge, posée sur l'arête supérieure du glacis du
larmier portant le chéneau, est non-seulement un garde-corps pour ceux
qui passent dans ces chéneaux, mais elle arrête la chute des tuiles ou
des ardoises, et est une sécurité pour les couvreurs qui sont obligés de
poser des échelles sur la pente des combles lorsqu'il est nécessaire de
les réparer; elle fait partie de la corniche, car le glacis du larmier
demande un couronnement; tandis que la balustrade moderne, posée sur
l'entablement romain, à l'aplomb de la frise, est un grossier
contre-sens, puisque, d'après la configuration de cet entablement, le
chéneau se trouverait en dehors de la balustrade et non en dedans.
Aussi, jamais les architectes Romains, qui possédaient cette qualité
précieuse qu'on appelle le sens-commun, n'ont eu l'idée bizarre de
placer des balustrades sur les corniches supérieures de leurs édifices,
faites pour porter les premières tuiles des combles.
Nous ne devons pas omettre de parler des balustrades de bois fréquemment
employées pendant les XVe et XVIe siècles. Quant aux balustrades en
métal, il en est fait mention dans le mot GRILLE. C'est à l'intérieur
des édifices ou à couvert qu'étaient posées les balustrades de bois. Le
peu d'exemples qui nous restent de ces claires-voies à hauteur d'appui,
antérieures au XVIe siècle, sont d'une grande simplicité; ce sont
presque toujours de petits potelets assemblés haut et bas dans deux
traverses, ainsi que le démontre la fig. 29, copiée sur une balustrade
du XVe siècle, posée encore aujourd'hui le long du triforium de l'église
paroissiale de Flavigny (Côte-d'Or). Au XVIe siècle, la forme des
balustres tournés convenait parfaitement aux balustrades de bois;
c'était le cas de l'employer et les architectes ne s'en firent pas faute
(voy. MENUISERIE).
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2 et 3.]
[Illustration: Fig. 4 et 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9 et 9 bis.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 18 bis.]
[Illustration: Fig. 18 ter.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]
[Illustration: Fig. 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24 et 25.]
[Illustration: Fig. 26.]
[Illustration: Fig. 27.]
[Illustration: Fig. 28.]
[Illustration: Fig. 29.]
[Note 67: Cette balustrade est rétablie aujourd'hui sur
toute la longueur de la façade, et remplace celle qui avait
été refaite au XIVe siècle et qui tombait en ruine.]
[Note 68: Cette balustrade n'appartient pas à la
construction première de la nef, qui remonte à 1210 au plus
tard; elle a été refaite vers 1230, lorsque après un incendie
la partie supérieure de la nef fut complétement remaniée et
rhabillée (voy. CATHÉDRALE).]
[Note 69: Il n'existe plus que deux fragments de cette
charmante balustrade sur les deux contreforts du portail,
mais ces fragments indiquent clairement la disposition de
l'ensemble. La richesse de cette balustrade est motivée par
l'extrême délicatesse des parties d'architecture qu'elle
accompagne et couronne.]
[Note 70: Le choeur de la cathédrale de Troyes fut
construit de 1240 à 1250, mais tous les couronnements
extérieurs furent refaits au XIVe siècle.]
[Note 71: Toutes les fois que nous aurons à parler des
édifices du XIVe siècle, on ne s'étonnera pas si nous mettons
en première ligne la cathédrale de Carcassonne, qui est un
chef-d'oeuvre de cette époque, et qui comme style appartient
à l'architecture du Nord.]
[Note 72: Voir l'hôtel de Jacques Coeur à Bourges, sur
les balustrades duquel on a sculpté des coeurs, des
coquilles, et cette devise «A VAILLANS RIENS IMPOSSIBLE.»]
[Note 73: Cete baluslrade est taillée dans des dalles de
granit; elle est surmontée d'une dentelure présentant des
couronnes et des fleurons alternés.]
[Note 74: Voy. _L'Église Saint-Eustache à Paris_, par
Victor Calliat. Paris, 1850.]
BANC, s. m. Il n'était pas d'usage, avant la fin du XVIe siècle, de
placer dans les églises, des chaises ou bancs en menuiserie pour les
fidèles. Les femmes riches qui se rendaient à l'église se faisaient
suivre de valets qui portaient des pliants et coussins pour s'asseoir et
se mettre à genoux. Le menu peuple, les hommes, se tenaient debout ou
s'agenouillaient sur les dalles. À Rome, dans presque toute l'Italie et
une partie de l'Allemagne catholique, encore aujourd'hui, on ne voit
aucun siége dans les églises. Mais quand, au XVIe siècle, des prêches se
furent établis sur toute la surface de la France, les réformistes
placèrent dans leurs temples des bancs séparés par des cloisons à
hauteur d'appui destinés aux fidèles. Le clergé catholique, craignant
sans doute que la rigidité de la tradition ancienne ne contribuât encore
à éloigner le peuple des églises, imita les réformistes et introduisit
les bancs et les chaises. L'effet intérieur des édifices sacrés perdit
beaucoup de sa grandeur par suite de cette innovation; et pour qui a pu
voir la foule agenouillée sur le pavé de Saint-Pierre de Rome ou de
Saint-Jean-de-Latran, cet amas de chaises, ou ces bancs cellulaires de
nos églises françaises, détruisent complétement l'aspect religieux des
réunions de fidèles. Il n'y avait autrefois, dans nos églises, de bancs
que le long des murs des bas-côtés ou des chapelles; ces bancs formaient
comme un soubassement continu entre les piles engagées sous les
arcatures décorant les appuis des fenêtres de ces bas-côtés ou chapelles
(voy. ARCATURE). Quelquefois même ces bancs fixes en pierre s'élevaient
sur un emmarchement, comme on peut le voir à l'intérieur de la
cathédrale de Poitiers (fin du XIIe siècle) (1), et le long des murs de
la nef de la cathédrale de Reims. On en plaçait presque toujours aussi
sous les porches des églises, dans les ébrasements des portails, dans
les galeries des cloîtres, soit le long des claires-voies, soit le long
des murs. Voici (2) quelle est la disposition des bancs formant
soubassement intérieur de la claire-voie du cloître de Fontfroide près
Narbonne (commencement du XIIIe siècle). Ces bancs se combinent
adroitement avec la construction des piles principales de ce cloître,
ainsi que nous le voyons dans la figure. Le bahut de la claire-voie lui
tient lieu de dossier. On voit encore des bancs avec une marche au
devant dans les salles capitulaires, dans les chauffoirs des monastères,
et dans les parloirs.
Les grandes salles des palais royaux, des châteaux, les salles synodales
étaient toujours garnies de bancs au pourtour, ainsi que les salles des
gardes et les vestibules des habitations princières (voy. SALLE). On
plaçait aussi à demeure des bancs de pierre le long des jambages des
cheminées, particulièrement dans les habitations de campagne, dans les
maisons de paysans, les fermes, dont l'unique cheminée servait à faire
la cuisine et à chauffer les habitants.
Des deux côtés des portes des maisons, il était également d'usage de
placer des bancs de pierre sur la voie publique, soit taillés dans une
seule pierre, soit composés d'une dalle et de montants avec ou sans
accoudoirs. Nous avons encore vu de ces sortes de bancs de pierre
très-simples, avec accoudoir, le long de quelques maisons anciennes du
midi de la France (3), à Cordes, à Saint-Antonin près Alby; c'était là
que se reposaient les piétons fatigués, les pauvres; que le soir, après
le travail, on venait s'asseoir et causer entre voisins. Si les façades
des maisons étaient garanties par des contreforts très-saillants portant
des galeries et les charpentes du comble, les bancs étaient alors posés
le long de ces contreforts perpendiculairement au mur de face (voy.
MAISON). Lorsque les murs des maisons ou châteaux présentaient une assez
forte épaisseur, on réservait des bancs en pierre dans les ébrasements,
à l'intérieur des fenêtres. Voici (4) l'un de ces bancs tenant à la
fenêtre de premier étage d'une des maisons construites pendant le XIIIe
siècle dans la ville de Flavigny (Bourgogne). Il est placé dans
l'ébrasement de la baie; le meneau A sépare ce banc en deux stalles et
se termine en accoudoir; les personnes assises tournaient le dos au
jour. Mais ordinairement, quand les murs sont très-épais, comme par
exemple dans les châteaux fortifiés, les bancs sont disposés
perpendiculairement au jour, le long des deux ébrasements si la fenêtre
est large (5), ou d'un seul côté si la fenêtre est étroite (6).
Ce dernier exemple de banc est fréquent dans les tours de guet, où l'on
plaçait des sentinelles pour observer ce qui se passait à l'extérieur
par des fenêtres étroites. Les meurtrières percées à la base des
courtines sous de grands arcs formant comme de petites chambres pouvant
contenir facilement deux hommes, sont toujours garnies de bancs posés le
long des deux côtés du réduit, perpendiculairement au mur de face. Cette
disposition de bancs à demeure dans les ébrasements des fenêtres se
conserva jusqu'au XVIe siècle (voy. FENÊTRE, MEURTRIÈRE).
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
BANDEAU, s. m. C'est une assise de pierre saillante décorée de moulures
ou d'ornements sculptés ou peints qui sépare horizontalement les étages
d'un monument. Le bandeau indique un plancher, un sol; il ne peut être
indifféremment placé sur une façade ou dans un intérieur; c'est un repos
pour l'oeil, c'est l'arase d'une construction superposée. Dans les
églises de l'époque romane, un bandeau intérieur indique presque
toujours le sol du triforium, il est interrompu par la ligne verticale
des colonnes engagées, ou passe devant elles. Dans l'architecture
domestique, le niveau des planchers est marqué souvent, à l'extérieur,
par un bandeau de pierre. Sur les façades, des bandeaux séparent les
ordonnances d'architecture superposées. Ils ont cet avantage de garantir
les parements extérieurs, leur saillie empêchant les eaux pluviales de
laver les murs; aussi les a-t-on fait généralement en pierre plus dure
que celle dont on se servait pour la construction des parements, et
leurs profils étaient-ils, surtout à partir du XIIIe siècle, tracés de
manière à former une mouchette ou un larmier. L'influence des profils
antiques romains se fait sentir dans les bandeaux comme dans tous les
autres membres de l'architecture romane. Pris dans une assise assez
basse, les bandeaux affectent, jusqu'au XIIe siècle, à l'extérieur ou à
l'intérieur, des formes très-simples, et se composent ordinairement d'un
bizeau A, d'un cavet B légèrement concave, ou d'une doucine C sous un
plan horizontal (1). Ces bandeaux sont fréquemment ornés de sculptures,
surtout à partir de la fin du XIe siècle, et ils passent devant les
saillies verticales de l'architecture, piles, contre-forts, etc. Tels
sont les bandeaux intérieurs de la nef de l'église abbatiale de Vézelay
posés à l'arase du dessus des archivoltes des bas-côtés (2)
(commencement du XIIe siècle).
Le lit supérieur de ces bandeaux forme encore une saillie horizontale.
On remarqua bientôt que ces saillies à l'intérieur des édifices
masquaient, par leur projection, une partie des parements élevés
au-dessus d'elles. Soit A le profil d'un bandeau intérieur (3), la plus
forte reculée du point visuel étant suivant la ligne D C, toute la
hauteur sera perdue pour l'oeil, la proportion de l'ordonnance
architectonique placée au-dessus de B sera détruite par la perte de cet
espace B C. Décorant les bandeaux de sculptures, surtout à l'intérieur,
les architectes tenaient à présenter les ornements sur une surface
perpendiculaire à la ligne visuelle; ils ne renoncèrent pas facilement
aux plans inclinés E F, et se contentèrent de diminuer peu à peu les
saillies E B. Tel est le profil (4) des bandeaux intérieurs du bras de
croix sud de la cathédrale de Soissons, du choeur de Saint-Remy de Reims
(fin du XIIe siècle). À l'extérieur, on avait également reconnu que les
bandeaux saillants dont le lit supérieur était laissé horizontal avaient
l'inconvénient de ne pas donner un écoulement prompt aux eaux pluviales.
Les bandeaux extérieurs taillés suivant le profil A (5) retenaient la
neige, faisaient rejaillir les gouttes de pluie projetées suivant C D
jusqu'en E, se détérioraient facilement et étaient une cause de ruine
pour la base des parements F G élevés au-dessus de leur saillie, à cause
de ce rejaillissement. Jusqu'au commencement du XIIIe siècle, on
décorait volontiers les bandeaux extérieurs, comme ceux intérieurs,
d'ornements sculptés, particulièrement dans les provinces de la
Normandie, du Poitou, de la Saintonge, du Languedoc et de l'est; on
tenait à ce que les sculptures fussent vues, et en même temps préservées
des dégradations causées par les eaux pluviales. Ces ornements étaient
taillés sur un bizeau, une doucine ou un talon très-plats et protégés
par le lit horizontal supérieur; les ornements les plus ordinaires
étaient des dents de scie, des billettes, des damiers (voy. ces mots).
Mais lorsque au XIIe siècle, dans les provinces du nord
particulièrement, tous les membres de l'architecture furent soumis à un
système général de construction, tendant à ne jamais présenter à la
pluie des surfaces horizontales, on protégea les bandeaux eux-mêmes par
des talus en pierre et une mouchette. C'est ainsi que sont disposés les
bandeaux de la tour Saint-Romain (6) de la cathédrale de Rouen (XIIe
siècle). À la même époque, dans les provinces méridionales, on se
contentait de donner aux bandeaux extérieurs une faible saillie, mais on
ne les surmontait pas d'une pente très-prononcée comme on le faisait
dans l'Ile de France, la Picardie et la Normandie, et leurs ornements
n'étaient pas abrités par une saillie formant mouchette. Entre autres
exemples, nous donnons ici (7) un des bandeaux extérieurs du bas-côté
nord de l'église Saint-Euthrope de Saintes, qui, sans offrir à la pluie
des aspérités pouvant être facilement détruites, ne sont pas cependant
garantis par une assise ou un profil formant larmier. Il n'est pas
besoin de dire que ces détails d'architecture présentent une grande
variété, soit comme profils, soit comme ornementation; nous ne
prétendons donner dans cet article que leurs dispositions générales.
Nous ne saurions cependant passer sous silence les bandeaux extérieurs
qui servent de soubassement au triforium des églises d'Autun, de Beaune
et de Langres; leur ornementation est trop empreinte des traditions
romaines, pour que nous ne reproduisions pas un de ces exemples. Voici
le bandeau qui pourtourne le choeur de l'église de Beaune, à la hauteur
du sol des galeries surmontant les bas-côtés (8). Le même bandeau, à peu
de différences près, se retrouve à la cathédrale d'Autun; à Langres, les
rosaces sont remplacées par un enroulement évidemment copié sur des
fragments antiques.
Au XIIIe siècle, les bandeaux deviennent plus rares dans l'architecture
que pendant la période romane. Déjà, à cette époque, les architectes
semblaient exclure la ligne horizontale, et ils ne lui donnaient qu'une
importance relativement secondaire. Cependant l'architecte de la
cathédrale d'Amiens avait cru devoir accuser très-vigoureusement la
hauteur du sol du triforium dans l'intérieur de la nef, par un large
bandeau richement décoré de feuillages très-saillants; ce bandeau prend
d'autant plus d'importance dans l'ordonnance architectonique de cet
intérieur, qu'il passe devant les faisceaux de colonnes et les coupe
vers le milieu de leur hauteur (9). A indique la coupe de ce bandeau
avec l'appui du triforium. Évidemment, ici, le maître de l'oeuvre a
voulu rompre les lignes verticales qui dominent dans cette nef, dont la
construction remonte à 1230 environ (voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig.
35). Il y avait là comme un dernier souvenir de l'architecture
romane[75]. Sans avoir une aussi grande importante, il arrive presque
toujours que les bandeaux, dans les édifices du commencement du XIIIe
siècle, passent devant les faisceaux de colonnes, et servent de bagues
pour maintenir leurs fûts posés en délit (voy. BAGUE). Quelquefois aussi
les bandeaux s'arrondissent en corbeille, et, soutenus par un
cul-de-lampe, servent de point d'appui à des faisceaux de colonnettes ne
naissant qu'au-dessus des colonnes du rez-de-chaussée entre les
archivoltes. Cette disposition est particulièrement adoptée lorsque les
piles de rez-de-chaussée sont monocylindriques mais non composées de la
réunion des colonnes qui doivent porter les voûtes supérieures.
L'intérieur de l'église de Notre-Dame de Semur en Auxois présente de ces
bandeaux devenant tablettes de cul-de-lampe sous les bases des
colonnettes supérieures (10).
Pendant le XIIIe siècle, à l'extérieur, les bandeaux ne sont plus guère
que des moulures avec larmiers sans ornements; car les architectes de
cette époque craignaient évidemment de détruire l'effet des lignes
verticales, en donnant aux membres horizontaux de leur architecture une
trop grande importance, et la sculpture, en occupant les yeux, aurait
prêté aux bandeaux trop de valeur. Cependant on voit encore quelquefois,
à cette époque, des bandeaux avec ornements; mais c'est lorsque l'on a
voulu indiquer un étage ou sol. C'est ainsi qu'à l'extérieur de la
Sainte-Chapelle de Paris il existe un grand bandeau décoré de feuilles
et de crochets au niveau du sol de la chapelle haute.
Si séduisante que soit l'architecture romane du Poitou et des provinces
de l'ouest, il faut convenir qu'elle n'est pas si scrupuleuse, et ses
monuments sont parfois couverts de bandeaux sculptés dont la place est
déterminée seulement par le goût ou la fantaisie de l'artiste, non par
un étage, une ordonnance d'architecture distincte. Pendant la période
romane, beaucoup de membres horizontaux d'architecture dont la fonction
est très-secondaire, comme les impostes des archivoltes, les tailloirs
des chapiteaux de colonnes engagées, des appuis de croisées, où les
tablettes basses des arcatures de couronnement, deviennent de véritables
bandeaux, c'est-à-dire qu'ils pourtournent toutes les saillies de la
construction, tels que les contre-forts, par exemple. Jusqu'à la fin du
XIIe siècle, cette méthode persiste; mais quand le système de
l'architecture ogivale est développé, on ne voit jamais ces membres
secondaires horizontaux devenir des bandeaux. Cela est bien évident à la
Sainte-Chapelle de Paris; seul, le profil dont nous venons de parler, et
qui indique le niveau du sol de la chapelle haute, pourtourne l'édifice,
passe sur les nus des murs comme sur les contre-forts. À la cathédrale
d'Amiens, à la cathédrale de Reims et à celle de Chartres, les appuis
des fenêtres du rez-de-chaussée forment bandeau, mais sans ornements
(voy. CHAPELLE); à partir de ce profil, les contre-forts montent
verticalement sans ressauts ni interruption horizontale sur les côtés,
leurs faces étant seules munies de larmiers qui empêchent les eaux de
laver leurs parements exposés à la pluie. Il ne peut en être autrement;
lorsqu'on examine la structure des édifices dans lesquels le système
ogival est franchement adopté et suivi, toute la construction ne se
composant que de contre-forts entre lesquels des fenêtres s'ouvrent dans
toute la hauteur des étages, il n'y avait pas de murs; les bandeaux
indiquent des repos horizontaux, des arases, étaient contraires à ce
système vertical; leur effet eût été fâcheux; leurs profils saillants
sur les faces latérales des contre-forts seraient venus pénétrer
gauchement les piédroits des fenêtres, sans utilité ni raison (voy.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE, CONTREFORT). À partir du XIIIe siècle, dans
l'architecture religieuse, le bandeau n'existe plus par le fait, les
murs pleins étant supprimés; on ne les rencontre, comme dans le dernier
exemple que nous venons de donner, que lorsqu'ils sont le prolongement
horizontal des appuis des fenêtres; seulement, leurs profils se
modifient suivant le goût du moment (voy. PROFIL). Dans l'architecture
civile, où les murs sont conservés forcément, où la construction ne se
compose pas uniquement de contre-forts laissant de grands jours entre
eux, des bandeaux indiquent le niveau des planchers (voy. CHÂTEAU,
MAISON). Parfois alors les bandeaux sont décorés de sculptures,
particulièrement pendant le XVe siècle. Composés de simples moulures
profilées dans une assise basse pendant les XIIe, XIIIe et XIVe siècles,
ils prennent, au contraire, de la hauteur et une saillie prononcée au
XVe siècle, coupent les façades horizontalement, par une ornementation
plus ou moins riche. Au XVIe siècle, les bandeaux perdent leur aspect
d'arase, pour devenir de véritables entablements avec leur architrave,
leur frise et leur corniche, même lorsque l'absence d'un ordre antique
devrait exclure l'emploi de tous ces membres. Les façades ne sont plus
alors que des bâtiments superposés (voy. ORDRE).
[Illustration: Fig. 1 et 2.]
[Illustration: Fig. 3, 4 et 5.]
[Illustration: Fig. 6 et 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Note 75: Nous avons entendu souvent louer ou blâmer la
disposition du grand bandeau de la cathédrale d'Amiens, par
des personnes compétentes. Mais la vérité nous force
d'ajouter que les louanges étaient données par des amateurs
de l'architecture gothique, à son apogée, elle blâme par des
enthousiastes du style roman. Comme dans l'un ou l'autre cas
il y avait contradiction entre les goûts et les jugements de
chacun, nous ne savons trop quel jugement porter nous-même.
Nous dirons seulement que le parti adopté à Amiens est franc,
qu'il dénote une intention bien arrêtée, que cet intérieur de
nef nous paraît être le plus beau spécimen que nous
possédions en France de l'architecture du XIIIe siècle, que
nous nous rendons difficilement compte de l'effet que
produirait cet intérieur dépourvu de cette riche ceinture de
feuillages vigoureusement refouillés, s'il y gagnerait ou
s'il y perdrait; et prenant la chose pour for-belle, exécutée
par des artistes aussi bons connaisseurs que nous, et plus
familiers avec les grands effets, nous ne pouvons
qu'approuver cette hardiesse de l'architecte de la nef
d'Amiens.]
BARBACANE, _barbequenne_. s. f. On désignait pendant le moyen âge, par
ce mot, un ouvrage de fortification avancé qui protégeait un passage,
une porte ou poterne, et qui permettait à la garnison d'une forteresse
de se réunir sur un point saillant à couvert, pour faire des sorties,
pour protéger une retraite ou l'introduction d'un corps de secours. Une
ville ou un château bien munis étaient toujours garnis de barbacanes,
construites simplement en bois, comme les _antemuralia_, _procastria_
des camps romains, ou en terre avec fossé, en pierre ou moellon avec
pont volant, large fossé et palissades antérieures (voy. ARCHITECTURE
MILITAIRE). La forme la plus ordinaire donnée aux barbacanes était la
forme circulaire ou demi-circulaire, avec une ou plusieurs issues
masquées par la courbe de l'ouvrage. Les armées qui campaient avaient le
soin d'élever devant les entrées des camps de vastes barbacanes, qui
permettaient aux troupes de combiner leurs mouvements d'attaque, de
retraite ou de défense. Au moment d'un siége, en dehors des murs des
forteresses, on élevait souvent des barbacanes, qui n'étaient que des
ouvrages temporaires, et dans lesquels on logeait un surcroît de
garnison.
«Hordéiz ot et bon et bel,
Par defors les murs dou chastel
Ses barbacanes fist drecier
Por son chastel miauz enforcier.
Sodoiers mande por la terre
Qu'il vaingnent à li por conquerre.
Sergens à pié et à cheval:
Tant en y vint que tot un val
En fu covert, grant joie en fist
Renart, et maintenant les mist
Es barbacanes por deffense[76].»
Mais, le plus souvent, les barbacanes étaient des ouvrages à demeure
autour des forteresses bien munies.
«Haut sont li mur, et parfont li fossé,
Les barbacanes de fin marbre listé,
Hautes et droites, ja greignors ne verrés[77].»
Parmi les barbacanes temporaires, une des plus célèbres est celle que le
roi saint Louis fit faire pour protéger la retraite de son corps d'armée
et passer un bras du Nil, après la bataille de la Massoure. Le sire de
Joinville parle de cet ouvrage en ces termes: «Quant le roy et ses
barons virent celle chouse, et que nul autre remède n'y avoit (le camp
était en proie à la peste et à la famine), tous s'accordèrent, que le
roy fist passer son ost devers la terre de Babilonne, en l'ost du duc de
Bourgoigne, qui estoit de l'autre part du fleuve, qui alloit à Damiette.
Et pour retraire ses gens aisément, le roy fist faire une barbacane
devant le poncel, dont je vous ai devant parlé. Et estoit faite en
manière, que on pouvoit assez entrer dedans par deux coustez tout à
cheval. Quant celle barbacanne fut faite et apprestée, tous les gens de
l'ost se armèrent; et là y eut ung grant assault des Turcs, qui virent
bien que nous en allions oultre en l'ost du duc de Bourgoigne, qui
estoit de l'autre part. Et comme on entroit en icelle barbacanne, les
Turcs frappèrent sur la queue de nostre ost: et tant firent, qu'ils
prindrent messire Errart de Vallery. Mais tantoust fut rescoux par
messire Jehan son frère. Toutesfoiz le roy ne se meut, ne toute sa gent,
jusques à ce que tout le harnois et armeures fussent portez oultre. Et
alors passâmes tous après le roy, fors que messire Gaultier de
Chastillon, qui faisoit l'arrière garde en la barbacanne. Quant tout
l'ost fut passé oultre, ceulx qui demourerent en la barbacanne, qui
estoit l'arrière garde, furent à grant malaise des Turcs, qui estoient à
cheval. Car ilz leur tiroient de visée force de trect, pour ce que la
barbacanne n'estoit pas haulte. Et les Turcs à pié leur gectoient
grosses pierres et motes dures contre les faces, et ne se povoient
deffendre ceulx de l'arrière garde. Et eussent été tous perduz et
destruitz, si n'eust esté le conte d'Anjou, frère du roy, qui depuis fut
roy de Sicille, qui les alla rescourre asprement, et les amena à
sauveté[78].»
Cette barbacane n'était évidemment qu'un ouvrage en palissades, puisque
les hommes à cheval pouvaient voir par-dessus. Dans la situation où se
trouvait l'armée de saint Louis à ce moment, ayant perdu une grande
partie de ses approvisionnements de bois, campée sur un terrain dans
lequel des terrassements de quelque importance ne pouvaient être
entrepris, c'était tout ce qu'on avait pu faire que d'élever une
palissade servant de tête de pont, pouvant arrêter l'armée ennemie, et
permettre au corps d'armée en retraite de filer en ordre avec son
matériel. La vue à vol d'oiseau que nous donnons ici (1) fera comprendre
l'utilité de cet ouvrage.
Une des plus importantes barbacanes construites en maçonnerie était
celle qui protégeait le château de la cité de Carcassonne, et qui fut
bâtie par saint Louis (voy. ARCHITECTURE MILITAIRE, fig. 11, 12 et 13).
Cette barbacane, très-avancée, était fermée; c'était un ouvrage isolé.
Mais le plus souvent les barbacanes étaient ouvertes à la gorge et
formaient comme une excroissance, un saillant semi-circulaire, tenant
aux enceintes extérieures, aux lices. C'est ainsi que sont construites
la barbacane élevée en avant de la porte Narbonnaise à Carcassonne (voy.
PORTE), celle du château du côté de la cité, et celle qui protége la
poterne sud de l'enceinte extérieure de la même ville. Cette dernière
barbacane communique aux chemins de ronde des courtines de l'enceinte
extérieure par deux portes qui peuvent être fermées. En s'emparant de la
poterne ou des deux courtines, les assiégeants ne pouvaient se jeter
immédiatement sur le chemin de ronde de l'ouvrage saillant, et se
trouvaient battus en écharpe en pénétrant dans les lices. Étant ouverte
à la gorge, cette barbacane était elle-même commandée par l'enceinte
intérieure. Nous donnons (2 A) les vues cavalières de l'extérieur et (2
B) de l'intérieur de cet ouvrage de défense. Jusqu'à l'invention des
bouches à feu, la forme donnée aux barbacanes dès le XIIe siècle ne fut
guère modifiée, encore les établit-on même souvent sur un plan
semi-circulaire; cependant, vers le milieu du XVe siècle, on ne les
regarda pas seulement comme un flanquement pour les portes extérieures;
on chercha à les flanquer elles-mêmes, soit par d'autres ouvrages élevés
devant elles, soit par la configuration de leur plan, La barbacane qui
défend la principale entrée du château de Bonaguil, élevé au XVe siècle,
près Villeneuve d'Agen, est une première tentative en ce sens (voy.
CHÂTEAU). Des pièces d'artillerie étaient disposées à rez-de-chaussée et
les parties supérieures conservaient leurs crénelages destinés aux
archers et arbalétriers. En perdant leur ancienne forme, à la fin du XVe
siècle, avec l'adoption d'un nouveau système approprié aux bouches à
feu, ces ouvrages perdirent leur ancien nom, pour prendre la
dénomination de _boulevard_. Lorsque les barbacanes du moyen âge furent
conservées, on les renforça extérieurement, pendant les XVIe et XVIIe
siècles, par des ouvrages d'une grande importance. C'est ainsi que les
dehors de la barbacane A (3) du faubourg Sachsenhausen de Francfort sur
le Mein furent protégés au commencement du XVIIe siècle; vers la même
époque, la barbacane A du château de Cantimpré de Cambrai (4) devint
l'occasion de la construction d'un ouvrage à couronne B très-étendu
(voy. BOULEVARD).
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2A.]
[Illustration: Fig. 2B et 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Note 76: _Roman du Renard_, t. II, p. 327, vers 18495.]
[Note 77: Le _Roman de Garin_.]
[Note 78: _Histoire du roy saint Loys_, par J. sire de
Joinvile. Édit. de Dufresne Du Cange, 1678. Paris, in-folio.]
BARD, s. m. Est un chariot à deux roues sur l'essieu desquelles porte un
tablier et un timon armé de deux ou trois traverses. Ce chariot, employé
de temps immémorial dans les chantiers de construction, sert à
transporter les pierres taillées à pied d'oeuvre; on le désigne aussi
sous le nom de _binard_. Six ou huit hommes s'attellent à ce chariot, et
le font avancer en poussant avec les mains sur les traverses, et en
passant des courroies en bandoulière qui vont s'attacher à des crochets
en fer disposés à l'extrémité antérieure du tablier et sur le timon.
Lorsqu'on veut charger ou décharger les pierres, on relève le timon,
l'extrémité postérieure du tablier porte à terre, et forme ainsi un plan
incliné qui facilite le chargement ou déchargement des matériaux. On dit
_bardage_ pour exprimer l'action du transport des pierres à pied
d'oeuvre, et les ouvriers employés à ce travail sont désignés dans les
chantiers sous le nom de _bardeurs_. Par extension on dit barder des
pierres sur les échafauds, c'est-à-dire les amener de l'équipe qui sert
à les monter, au point de la pose, sur des plateaux et des rouleaux de
bois. Ces dénominations sont fort anciennes. Le bardage des pierres, du
sol au point de pose, se faisait souvent autrefois au moyen de plans
inclinés en bois. Le donjon cylindrique du château de Coucy, construit
en pierres de taille d'un très-fort volume de la base au faîte, fut
élevé au moyen d'un plan incliné en spirale qui était maintenu le long
des parements extérieurs par des traverses et des liens engagés dans la
maçonnerie (voy. CONSTRUCTION, ÉCHAFAUD).
BARDEAU, s. m. _Bauche, Essente, Esseau_. C'est le nom que l'on donne à
de petites tuiles en bois de chêne, de châtaignier, ou même de sapin,
dont on se servait beaucoup autrefois pour couvrir les combles et même
les pans de bois des maisons et des constructions élevées avec économie.
Dans les pays boisés, le bardeau fut surtout employé. Ce mode de
couverture est excellent; il est d'une grande légèreté, résiste aux
efforts du vent, et, lorsque le bois employé est d'une bonne qualité, il
se conserve pendant plusieurs siècles. Quelquefois les couvertures en
bardeaux étaient peintes en brun rouge, en bleu noir, pour imiter
probablement les tons de la tuile ou de l'ardoise. Ces fonds obscurs
étaient relevés par des lignes horizontales, des losanges de bardeaux
peints en blanc.
Le bardeau est toujours plus long que large, coupé carrément, ou en
dents de scie, ou en pans, ou arrondis au pureau; il est généralement
retenu sur la volige par un seul clou. Voici quelles sont les formes les
plus ordinaires des bardeaux employés dans les couvertures des XVe et
XVIe siècles (1). Leur longueur n'excède guère 0,22 c. et leur largeur
0,08 c. Ils sont souvent taillés en bizeau à leur extrémité inférieure,
ainsi que l'indiquent les deux figures A, afin de donner moins de prise
au vent et de faciliter l'écoulement des eaux. Les bardeaux étaient
refendus et non sciés, de manière à ce que le bois fût toujours
parfaitement de fil; cette condition de fabrication est nécessaire à
leur conservation. Le sciage permet l'emploi de bois défectueux, tandis
que le débitage de fil exige l'emploi de bois sains, à mailles
régulières et dépourvues de noeuds. La scie contrarie souvent la
direction du fil; il en résulte, au bout de peu de temps, sur les
sciages exposés à la pluie, des éclats, des esquilles entre lesquelles
l'eau s'introduit. Lorsque les bardeaux sont posés sur des surfaces
verticales telles que les pans de bois, ils affectent les formes que
l'on donnait aux ardoises dans la même position (voy. ARDOISE); le
bois se découpant avec plus de facilité que le schiste, les dentelures
des bardeaux posés le long des rampants des pignons, sur les sablières
ou les poteaux corniers, présentent parfois des dentelures ouvragées et
même des ajours.
Nous avons encore vu à Honfleur, en 1831[79], une maison de bois sur le
port, dont les sablières étaient couvertes de bardeaux découpés en forme
de lambrequins (2). On voit beaucoup de moulins à vent en France qui
sont totalement couverts en bardeaux. En Allemagne, on fait encore usage
des bardeaux de sapin, particulièrement en Bavière, dans le voisinage du
Tyrol[80].
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Note 79: Nous donnons cette date, parce que tous les
jours ces restes de revêtements de maisons disparaissent, et
que la maison dont nous parlons peut avoir perdu son
ornementation d'essente ou même être démolie aujourd'hui.]
[Note 80: Le bardeau cloué sur les pans de bois les
préserve parfaitement de l'humidité extérieure, et on ne
saurait trop recommander son emploi pour les constructions
isolées, exposées aux vents de pluie. Trempé avant la pose
dans une dissolution d'alun, il devient incombustible.]
BARRE, BARRIÈRE, s. f. Depuis les premiers temps du moyen âge jusqu'à
nos jours, il est d'usage de disposer devant les ouvrages de défense des
villes ou châteaux, tels que les portes, des palissades de bois avec
parties mobiles pour le passage des troupes. Mais c'est surtout pendant
les XIe, XIIe, XIIIe et XIVe siècles que les barrières jouent un grand
rôle dans l'art de la fortification. Les parties ouvrantes de ces
barrières se composaient ou de vantaux à claire-voie, roulant sur des
gonds; ou de tabliers à bascule (voy. ARCHITECTURE MILITAIRE, fig. 30);
ou de simples barres de bois qui se tiraient horizontalement, comme nos
barrières de forêts, se relevaient au moyen d'un contre-poids (1), et
s'abaissaient en pesant sur la chaine. Ces dernières sortes de barres ne
servaient que pour empêcher un corps de cavalerie de forcer brusquement
un passage. On les établissait aussi sur les routes, soit pour percevoir
un péage, soit pour empêcher un poste d'être surpris par des gens à
cheval[81]. Lorsqu'une armée venait mettre le siége devant une
forteresse, il ne se passait guère de jour sans qu'il se fit quelque
escarmouche aux barrières; et les assiégeants attachaient une grande
importance à leur prise, car une fois les défenses extérieures en leur
pouvoir, ils s'y retranchaient et gênaient beaucoup les sorties des
assiégés. Ces barrières, souvent très-avancées et vastes, étaient de
véritables barbacanes, qui permettaient à un corps nombreux de troupes
de se réunir pour se jeter sur les ouvrages et les engins des
assaillants; une fois prises, les assiégés ne pouvaient sortir en masses
compactes par les portes étroites des défenses construites en
maçonnerie; forcés de passer à la file par ces issues, ils étaient
facilement refoulés à l'intérieur. Dans toutes les relations des siéges
des XIIe, XIIIe et XIVe siècles, il est sans cesse question de combats
aux barrières extérieures des places fortes; elles sont prises et
reprises avec acharnement et souvent en perdant beaucoup de monde, ce
qui prouve l'importance de ces défenses avancées. Pour éviter que les
assaillants n'y missent le feu, on les couvrait extérieurement, comme
les bretèches et les beffrois, de peaux fraîches, et même de boue ou de
fumier.
«...Or avint ainsi que messire Henri de Flandre, en sa nouvelle
chevalerie, et pour son corps avancer et accroître son honneur, se mit
un jour en la compagnie et cueillette de plusieurs chevaliers, desquels
messire Jean de Hainaut étoit chef, et là étoient le sire de Fauquemont,
le sire de Berghes, le sire de Baudresen, le sire de Kuck et plusieurs
autres, tant qu'ils étoient bien cinq cents combattans; et avoient avisé
une ville assez près de là, que on appeloit Honnecourt, où la plus grand
partie du pays étoit sur la fiance de la forteresse, et y avoient mis
tous leurs biens. Et jà Y avoient été messire Arnoul de Blakeben et
messire Guillaume de Duvort et leurs routes; mais rien n'y avoient fait:
donc, ainsi que par esramie (promptement), tous ces seigneurs s'étoient
cueillis en grand désir de là venir, et faire leur pouvoir de la
conquérir. Adonc avoit dedans Honnecourt, un abbé de grand sens et de
hardie entreprise, et étoit moult hardi et vaillant homme en armes; et
bien y apparut, car il fit au dehors de la porte de Honnecourt faire et
charpenter en grand' hâte une barrière, et mettre et asseoir au travers
de la rue; et y pouvoit avoir, entre l'un banc (banchart) et l'autre,
environ demi-pied de creux d'ouverture (c'est-à-dire que les pieux
étaient écartés l'un de l'autre d'un demi-pied); et puis fit armer tous
ses gens et chascun aller es guérites, pourvu de pierres, de chaux, et
de telle artillerie qu'il appartient pour là déffendre. Et si très tôt
que ces seigneurs vinrent à Honnecourt, ordonnés par bataille, et en
grosse route et épaisse de gens d'armes durement, il se mit entre les
barrières et la porte de ladite ville, en bon convenant, et fit la porte
de la ville ouvrir toute arrière, et montra et fit bien chère manière de
défense.
«Là vinrent messire Jean de Hainaut, messire Henri de Flandre, le sire
de Fauquemont, le sire de Berghes et les autres, qui se mirent tout à
pied et approchèrent ces barrières, qui étoient fortes durement, chacun
son glaive en son poing; et commencèrent à lancer et à jeter grands
coups à ceux de dedans; et ceux de Honnecourt à eux défendre vassalment.
Là était damp abbé, qui point ne s'épargnoit, mais se tenoit tout devant
en très bon convenant, et recueilloit les horions moult vaillamment, et
lançoit aucune fois aussi grands horions et grands coups moult
apertement. Là eut fait mainte belle appertise d'armes; et jetoient ceux
des guérites contreval, pierres et bancs, et pots pleins de chaux, pour
plus essonnier les assaillans. Là étoient les chevaliers et les barons
devant les barrières, qui y faisoient merveilles d'armes; et avint que,
ainsi que messire Henri de Flandre, qui se tenoit tout devant, son
glaive empoigné, et lançoit les horions grands et périlleux, damp abbé,
qui étoit fort et hardi, empoigna le glaive dudit messire Henri, et tout
paumoiant et en tirant vers lui, il fit tant que parmi les fentes des
barrières il vint jusques au bras dudit messire Henri, qui ne vouloit
mie son glaive laisser aller pour son honneur. Adonc quand l'abbé tint
le bras du chevalier, il le tira si fort à lui qu'il l'encousit dedans
les barrières jusques aux épaules, et le tint là à grand meschef, et
l'eut sans faute saché dedans, si les barrières eussent été ouvertes
assez. Si vous dis que le dit messire Henri ne fut à son aise tandis que
l'abbé le tint, car il étoit fort et dur, et le tiroit sans épargner.
D'autre part les chevaliers tiroient contre lui pour rescourre messire
Henri; et dura cette lutte et ce tiroi moult longuement, et tant que
messire Henri fut durement grévé. Toutes fois par force il fut rescous;
mais son glaive demeura par grand' prouesse devers l'abbé, qui le garda
depuis moult d'années, et encore est-il, je crois, en la salle de
Honnecourt. Toutes fois il y étoit quand j'écrivis ce livre; et me fut
montré un jour que je passai par là et m'en fut recordée la vérité et la
manière de l'assaut comment il fut fait, et le gardoient encore les
moines en parement (comme trophées)[82].»
Les barrières étaient un poste d'honneur; c'était là que l'élite de la
garnison se tenait en temps de guerre. «À la porte Saint-Jacques (de
Paris) et aux barrières étoient le comte de Saint-Pol, le vicomte de
Rohan, messire Raoul de Coucy, le sire de Cauny, le sire de Cresques,
messire Oudart de Renty, messire Enguerran d'Eudin. Or avint ce mardi au
matin (septembre 1370) qu'ils se délogèrent (les Anglais) et boutèrent
le feu ès villages où ils avoient été logés, tant que on les véoit tout
clairement de Paris. Un chevalier de leur route avoit voué, le jour
devant, qu'il viendroit si avant jusques à Paris qu'il hurteroit aux
barrières de sa lance. Il n'en mentit point, mais se partit de son
conroi, le glaive au poing, la targe au col, armé de toutes pièces; et
s'en vint éperonnant son coursier, son écuyer derrière lui sur un autre
coursier, qui portoit son bassinet. Quant il dut approcher Paris, il
prit son bassinet et le mit en sa tête: son écuyer lui laça par
derrière. Lors se partit cil brochant des éperons, et s'en vint de plein
élai férir jusques aux barrières. Elles étoient ouvertes; et cuidoient
les seigneurs qui là étoient qu'il dût entrer dedans; mais il n'en avoit
nulle volonté. Ainçois quand il eut fait et hurté aux barrières, ainsi
que voué avoit, il tira sur frein et se mit au retour. Lors dirent les
chevaliers de France qui le virent retraire: Allez-vous-en, allez, vous
vous êtes bien acquitté...[83]»
Il n'est pas besoin de dire qu'autour des camps on établissait des
barrières (voy. LICE, ENCLOSURE)[84]. Dans les tournois, il y avait aussi
le combat à la barrière. Une barrière de cinq pieds environ séparait la
lice en deux. Les jouteurs, placés à ses extrémités, à droite et à
gauche, lançaient leurs chevaux l'un contre l'autre, la lance en arrêt,
et cherchaient à se désarçonner; la barrière, qui les séparait,
empêchait les chevaux de se choquer, rendait le combat moins dangereux
en ne laissant aux combattants que leurs lances pour se renverser. Ces
barrières de tournois étaient couvertes d'étoffes brillantes ou peintes,
et parfaitement planchéiées des deux côtés pour que les chevaux ou les
combattants ne pussent se heurter contre les saillies des poteaux ou
traverses.
Quant aux barres proprement dites, c'étaient des pièces de bois qui
servaient à clore et renforcer les ventaux des portes que l'on tenait à
fermer solidement. Les portes extérieures des tours, des ouvrages isolés
de défense, lorsqu'elles ne se ferment que par un vantail, sont souvent
munies de barres de bois qui rentrent dans l'épaisseur de la muraille.
En cas de surprise, en poussant le vantail et tirant la barre de bois,
on le maintenait solidement clos et on se donnait le temps de
verrouiller. Voici (2) une des portes des tours de la cité de
Carcassonne fermée par ce moyen si simple. Du côté opposé au logement de
la barre est pratiqué, dans l'ébrasement de la porte, une entaille
carrée qui reçoit le bout de cette barre, lorsqu'elle est complétement
tirée: le vantail se trouvait ainsi fortement barricadé; pour tirer
cette barre, un anneau était posé à son extrémité, et, pour la faire
rentrer dans sa loge, une mortaise profonde, pratiqué en dessous,
permettait à la main de la faire sortir de l'entaille dans laquelle elle
s'engageait (3).
Les portes à deux vantaux des forteresses se barricadaient au moyen
d'une barre en bois à fléau, comme cela se pratique encore aujourd'hui
dans bien des cas. Ce fléau, pivotant sur un axe, entrait dans deux
entailles faites dans les ébrasements en maçonnerie de la porte (4)
lorsque les vantaux étaient poussés. Quelquefois, comme à la porte
Narbonnaise de la cité de Carcassonne, la barre des vantaux doubles
était fixée horizontalement à l'un des deux vantaux, venait battre sur
l'autre et était maintenue à son extrémité par une forte clavette
passant à travers deux gros pitons en fer (5). Les deux vantaux se
trouvaient ainsi ne former qu'une clôture rigide, pendant que l'on
prenait le temps de pousser les verroux et de poser d'autres barres
mobiles engagées à leurs extrémités dans des trous carrés pratiqués dans
les ébrasements.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3 et 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Note 81: Les barrières à contre-poids sont encore en
usage dans le Tyrol autrichien. On défendait les faubourgs
des villes avec de simples barrières, et souvent même les
rues de ces faubourgs, en avant des portes. L'attaque
devenait alors très-dangereuse, car on garnissait les logis à
l'entour de combattants, et les assaillants se trouvaient
arrêtés de face et pris de flanc et en revers. Froissart rend
compte d'une attaque de ces sortes de barrières, et son récit
est trop curieux pour que nous ne donnions pas ce passage
tout au long. Le roi d'Angleterre est campé entre
Saint-Quentin et Péronne (1339).]
[Note 82: _Les Chroniques_ de Froissart, liv. I, p. 78.
Édit. Buclion.]
[Note 83: Les _Chroniques de Froissart_, liv. I, IIe
partie, p. 618.]
[Note 84: En 1386, lors du projet d'expédition en
Angleterre, «le connétable de France Olivier de Clisson fit
ouvrer et charpenter l'enclosure d'une ville, tout de bon
bois et gros, pour asseoir en Angleterre là où il leur
plairoit, quand ils y auroient pris terre, pour les seigneurs
loger et retraire de nuit, pour eschiver les périls des
réveillemens (surprises)... On la pouvoit défaire par
charnières ainsi que une couronne et rasseoir membre à
membre. Grand foison de charpentiers et d'ouvriers l'avoient
compassée et ouvrée...» Les _Chroniques de Froissart_, liv.
III, p. 498.]
BART, s. m. Vieux mot employé pour moellon, pavé.
BAS-COTÉ, s. m. C'est le nom que l'on donne aux nefs latérales des
églises (voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE, CATHÉDRALE, ÉGLISE).
BASE, s. f. On nomme ainsi l'empatement inférieur d'une colonne ou d'un
pilier. Les Grecs de l'antiquité ne plaçaient une assise formant base
que sous les colonnes des ordres ionique et corinthien; l'ordre dorique
en était dépourvu. Sous l'empire, les Romains adoptèrent la base pour
tous leurs ordres, et cette tradition fut conservée pendant les premiers
siècles du moyen âge. L'ordre toscan, qui n'est que le dorique modifié
par les Romains, fut très-rarement employé pendant le Bas-Empire; on
donnait alors la préférence aux ordres corinthien et composite, comme
plus somptueux. Les bases appliquées aux colonnes de ces ordres se
composaient, avec quelques variétés de peu d'importance, d'une tablette
inférieure carrée ou plinthe, d'un tore, d'une ou deux scoties séparées
par une baguette, et d'un second tore; le fût de la colonne portait le
listel et le congé. Souvent la base était posée sur un dé ou stylobate,
simple ou décoré de moulures. Rien n'égale la grossièreté des bases de
colonnes appartenant aux édifices des époques mérovingienne et
carlovingienne, comme profil et comme taille. On y trouve encore les
membres des bases romaines, mais exécutés avec une telle imperfection
qu'il n'est pas possible de définir leur forme, de tracer leur profil.
Leur proportion, par rapport au diamètre de la colonne, est complétement
arbitraire; ces bases sont parfois très-hautes pour des colonnes d'un
faible diamètre, et basses pour de grosses colonnes. Tantôt elles ne se
composent que d'un biseau, tantôt on y voit une série de moulures
superposées sans motif raisonnable. Il nous serait difficile de donner
une suite complète de bases de ces temps de barbarie; car il semble que
chaque tailleur de pierre n'ait été guidé que par sa fantaisie ou une
tradition fort vague des formes adoptées pendant les bas temps. Nous ne
pouvons que signaler les particularités que présentent certaines bases
de l'époque carlovingienne, et surtout nous nous appliquerons à
expliquer la transition de la base romaine corrompue à la base
définitivement adoptée à la fin du XIIe siècle et pendant la période
ogivale.
Un détail très-remarquable distingue la base antique romaine de la base
du moyen âge dès les premiers temps; la colonne romaine porte à son
extrémité inférieure une saillie composée d'un congé et d'un listel,
tandis que la colonne du moyen âge, sauf quelques rares exceptions dont
nous tiendrons compte, ne porte aucune saillie inférieure, et vient
poser à cru sur la base. Ainsi, dans la colonne antique, entre le tore
supérieur de la base et le fût de la colonne, il y a une moulure
dépendant de celle-ci qui sert de transition. Cette moulure est
supprimée dès l'époque romane. Le congé et le filet inférieur du fût de
la colonne exigeaient, pour être conservés, un évidement dans toute la
hauteur de ce fût; ces membres supprimés, les tailleurs de pierre
s'épargnaient un travail considérable. C'est aussi pour éviter cet
évidement à faire sur la longueur du fût que l'astragale fut réunie au
chapiteau au lieu de tenir à la colonne (voyez ASTRAGALE).
Nous donnons tout d'abord quelques-unes des variétés de bases adoptées
du VIIe au Xe siècle. La fig. 1 est une des bases trouvées dans les
substructions de l'église collégiale de Poissy, substructions qui
paraissent appartenir à l'époque mérovingienne[85]. La fig. 1 _bis_
reproduit le profil de la plupart des bases de l'arcature
carlovingienne; visible encore dans la crypte de l'église abbatiale de
Saint-Denis en France (Xe siècle). On retrouve dans ces deux profils une
grossière imitation de la base romaine des bas temps. La fig. 2 donne
une des bases des piliers à pans coupés de la crypte de Saint-Avit à
Orléans: c'est un simple biseau orné d'un tracé grossièrement ciselé
(VIIe ou VIIIe siècle); la fig. 3, les bases des piliers de la crypte de
l'église Saint-Étienne d'Auxerre (IXe siècle). Ici les piliers se
composent d'une masse à pan carré cantonnée de quatre demi-colonnes; la
base n'est qu'un biseau reposant sur un plateau circulaire. Ce fait est
intéressant à constater, car c'est une innovation introduite dans
l'architecture par le moyen âge. L'idée de faire reposer les piliers
composés de colonnes sur une première assise offrant une assiette unique
aux diverses saillies que présentent les plans de ces piliers, ne cesse
de dominer dans la composition des bases des époques romane et ogivale.
Nous en trouvons un autre exemple dans l'église Saint-Remy de Reims. Les
piliers de la nef de cette église datent du IXe siècle; ils sont formés
d'un faisceau de colonnes (4) avec leur base romaine corrompue reposant
sur une assise basse circulaire (voy. PILIER). Dans les contrées où les
monuments antiques restaient debout, il va sans dire que la base romaine
persiste, est conservée plus pure que dans les provinces où ces édifices
avaient été détruits. Dans le midi de la France, sur les bords du Rhône,
de la Saône et du Rhin, on retrouve le profil de la base antique jusque
vers les premières années du XIIIe siècle; les innovations apparaissent
plus tôt dans le voisinage des grands centres d'art, tels que les
monastères. Jusqu'au XIe siècle cependant, les établissements religieux
ne faisaient que suivre les traditions romaines en les laissant
s'éteindre peu à peu; mais quand, à cette époque, la règle de Cluny eut
formé des écoles, relevé l'étude des lettres et des arts, elle
introduisit de nouveaux éléments d'architecture, parmi les derniers
restes des arts romains. Dans les détails comme dans l'ensemble de
l'architecture, Cluny ouvrit une voie nouvelle (voy. ARCHITECTURE
MONASTIQUE); pendant que le chaos règne encore sur la surface de
l'Occident, Cluny pose des règles, et donne aux ouvriers qui travaillent
dans ses établissements certaines formes, impose une exécution qui lui
appartiennent. C'est dans ses monastères que nous voyons la base
s'affranchir de la tradition romaine, adopter des profils nouveaux et
une ornementation originale. Les bases des colonnes engagées de la nef
de l'église abbatiale de Vézelay fournissent un nombre prodigieux
d'exemples variés; quelques-uns rappellent encore la base antique, mais
déjà les profils ne subissent plus l'influence stérile de la décadence;
ils sont tracés par des mains qui cherchent des combinaisons neuves et
souvent belles; d'autres sont couverts d'ornements (5) et même de
figures d'animaux (6). À la même époque (vers la fin du XIe siècle), on
voit ailleurs l'ignorance et la barbarie admettre des formes sans nom,
confuses et sans caractère déterminé.
Les bases de piliers appartenant à la nef romane de l'église
Saint-Nazaire de Carcassonne (fin du XIe siècle) dénotent et l'oubli des
traditions romaines et le plus profond mépris pour la forme, l'invention
la plus pauvre: (7) est une des bases des piles monocylindriques, et (8)
une base des colonnes engagées de cette nef. Toutes portent sur un dé
carré qui les inscrit.
Ailleurs, dans le Berry, dans le Nivernais, on faisait souvent alors des
bases tournées, c'est-à-dire profilées au tour; ce procédé était
également appliqué aux colonnes (voy. COLONNE).
Nous donnons (9) le profil de l'une des bases supportant les colonnes du
tour du choeur de l'église Saint-Étienne de Nevers, qui est taillé
d'après ce procédé (XIe siècle). Le tour invitait à donner aux profils
une grande finesse; il permettait de multiplier les arêtes, les filets;
et les tourneurs de bases usaient de cette faculté. La base tournée B,
composée d'une assise, repose sur un socle à huit pans A qui inscrit son
plus grand diamètre.
Dans le nord, en Normandie, dans le Maine, déjà dès le Xe siècle les
tailleurs de pierre avaient laissé de côté les moulures romaines
corrompues, et s'appliquaient à exécuter des profils fins, peu
saillants, d'un galbe doux et délicat. Naturellement les bases
subissaient cette nouvelle influence. C'est par la finesse du galbe et
le peu de saillie que les profils normands se distinguent pendant
l'époque romane (voyez PROFIL).
Voici une des bases des piédroits de l'arcature intérieure de la nef de
la cathédrale du Mans (Xe siècle) (10), qui se rapproche plutôt des
profils des bas temps orientaux que de ceux adoptés par les Romains
d'occident. Toutefois, nous pourrions multiplier les exemples de bases
antérieures au XIIe siècle, sans trouver un mode général, l'application
d'un principe. Un monument antique encore debout, un fragment mal
interprété, le goût de chaque tailleur de pierre influaient sur la forme
des bases de tel monument, sans qu'il soit possible de reconnaître parmi
tous ces exemples, d'une exécution souvent très-négligée, une idée
dominante. Nous mettons cependant, comme nous l'avons dit déjà, les
monuments clunisiens en dehors de ce chaos.
Dans les provinces où le calcaire dur est commun, la taille de la pierre
atteignit, vers le commencement du XIIe siècle, une rare perfection.
Cluny était le centre de contrées abondantes en pierre dure, et les
ouvriers attachés à ses établissements mirent bientôt le plus grand soin
à profiler les bases des édifices dont la construction leur était
confiée. Ce membre de l'architecture, voisin de l'oeil, à la portée de
la main, fut un de ceux qu'ils traitèrent avec le plus d'amour. Il est
facile de voir dans la taille des profils des bases l'application d'une
méthode régulière; on procède par épannelages successifs pour arriver du
cube à la forme circulaire moulurée.
Comme principe de la méthode appliquée au XIIe siècle, nous donnons une
des bases si fréquentes dans les édifices du centre de la France et du
Charolais (11)[86]. Les deux disques A et B sont, comme la figure
l'indique, exactement inscrits dans le plan carré du socle D. À partir
du point E, le tailleur de pierre a commencé par dégager un cylindre E
F, puis il a évidé la scotie C et ses deux listels, se contentant
d'adoucir les bords des deux disques A B, sans chercher à donner
autrement de galbe à son profil par la retraite du second tore B ou des
tailles arrondies en boudins. Ce profil est lourd toutefois, et ne peut
convenir qu'à des bases appartenant à des colonnes d'un faible diamètre;
mais ce système de taille est appliqué pendant le cours du XIIe siècle
et reste toujours apparent; il commande la coupe du profil.
Soit (12) un morceau de pierre O destiné à une base: 1° laissant la
hauteur AB pour la plinthe, on dégage un premier cylindre AC, comme dans
la fig. 11, puis un second cylindre ED; on obtient l'évidement DEP. 2°
on évide la scotie F. 3° On abat les deux arêtes GH. 4° On cisèle les
filets IKLM. 5° On arrondit le premier tore, la scotie et le second
tore. Quelquefois même, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, la
base reste taillée conformément au quatrième épannelage en tout ou
partie. Le profil des bases du XIIe siècle conserve, grâce à cet
épannelage simple dont on sent toujours le principe, quelque chose de
ferme qui convient parfaitement à ce membre solide de l'architecture et
qui contraste, il faut l'avouer, avec la mollesse et la forme indécise
de la plupart des profils des bases romaines. Le tore inférieur, au lieu
d'être coupé suivant un demi-cercle et de laisser entre lui et la
plinthe une surface horizontale qui semble toujours prête à se briser
sous la charge, s'appuie et semble comprimé sur cette plinthe. Mais les
architectes du XIIe siècle vont plus loin, observant que, malgré son
empatement, le tore inférieur de la base laisse les quatre angles de la
plinthe carrée vides, que ces angles peu épais s'épaufrent facilement
pour peu que la base subisse un tassement; les architectes, disons-nous,
renforcent ces angles par un nerf, un petit contre-fort diagonal qui,
partant du tore inférieur, maintient cet angle saillant. Cet appendice,
que nous nommons _griffe_ aujourd'hui (voy. ce mot), devient un motif de
décoration et donne à la base du XIIe siècle un caractère qui la
distingue et la sépare complétement de la base romaine.
Nous donnons (13) le profil d'une des bases des colonnes
monocylindriques du tour du choeur de l'église de Poissy taillé suivant
le procédé indiqué par la fig. 12, et le dessin de la griffe d'angle de
cette base partant du tore inférieur pour venir renforcer la saillie
formée par la plinthe carrée. Il n'est pas besoin d'insister, nous le
croyons, sur le mérite de cette innovation si conforme aux principes du
bon sens et d'un aspect si rassurant pour l'oeil. Quand on s'est
familiarisé avec cet appendice, dont l'apparence comme la réalité
présentent tant de solidité, la base romaine, avec sa plinthe isolée, a
quelque chose d'inquiétant; il semble (et cela n'arrive que trop
souvent) que ses cornes maigres vont se briser au moindre mouvement de
la construction, ou au premier choc. C'est vers le commencement du XIe
siècle que l'on voit apparaître les premières griffes aux angles des
bases; elles se présentent d'abord comme un véritable renfort
très-simple, pour revêtir bientôt des formes empruntées à la flore ou au
règne animal (voy. GRIFFE).
Il nous serait difficile de dire dans quelle partie de l'Occident cette
innovation prit naissance, mais il est incontestable qu'on la voit
adoptée presque sans exception dans toutes les provinces françaises, à
partir de la première moitié du XIIe siècle. Sur les bords du Rhin,
comme en Provence et dans le nord de l'Italie, les bases des colonnes
sont presque toujours dès cette époque, et pendant la première moitié du
XIIIe siècle, munies de griffes.
Nous représentons (14) une des bases des colonnes de la nef de l'église
de Rosheim, près Strasbourg (rive gauche du Rhin), qui est renforcée de
griffes très-simples (première moitié du XIIe siècle); et (15) une base
des colonnes engagées de l'église de Schelestadt, même époque, qui offre
la même particularité, bien que, de ces deux profils, l'un soit
très-saillant et l'autre très-peu accentué. Mais on remarquera que dans
ces deux exemples, comme dans tous ceux que nous pourrions tirer des
monuments rhénans, le goût fait complétement défaut. Les bases des
colonnes de l'église de Rosheim sont ridiculement empatées et lourdes,
celles de l'église de Schelestadt sont au contraire trop plates et leurs
griffes fort pauvres d'invention.
C'est toujours dans l'Ile de France ou les provinces avoisinantes qu'il
faut chercher les beaux exemples de l'architecture du moyen âge, soit
comme ensemble soit comme détails. Tandis que dans ces contrées, centre
des arts et du mouvement intellectuel au XIIe siècle, la base se
soumettait, ainsi que tous les membres de l'architecture, à des règles
raisonnées, l'anarchie ou les vieilles traditions régnaient encore dans
les provinces du centre, qui ne suivaient que tardivement l'impulsion
donnée par les artistes du XIIe siècle. En Auvergne, dans le Berry, le
Bourbonnais et une partie du Poitou, la base reste longtemps dépourvue
de son nouveau membre, la griffe, et les architectes paraissent livrés
aux fantaisies les plus étranges. C'est ainsi que nous voyons au clocher
d'Ébreuil (Allier) des colonnes dont les chapiteaux et les bases sont
identiques de forme (16). Même chose à la porte de l'église de
Neuvy-Saint-Sépulcre (Indre), à l'église de Cusset, qui nous laisse voir
encore une base dont la forme et la sculpture appartiennent à un
chapiteau (17)[87].
Là même où les traditions romaines avaient conservé le plus d'empire, à
Langres, par exemple, mais où l'influence des écoles d'art de la France
pénétrait, nous voyons, au XIIe siècle, la base antique adopter la
griffe. Les bases des colonnes du tour du choeur de la cathédrale de
Langres sont pourvues de griffes finement sculptées (18). Le profil A de
ces bases est presque romain, sauf la scotie, qui semble seulement
épannelée; la plinthe (voir le plan B), au lieu d'être tracée sur un
plan carré, est brisée suivant l'angle du polygone sur lequel les
colonnes du choeur s'élèvent. Il y a là une recherche qui dénote de la
part des constructeurs de cet édifice un soin tout particulier[88]. Cette
recherche dans les détails se retrouve poussée fort loin dans les bases
des colonnettes du triforium du choeur de la cathédrale de Langres. Les
colonnettes jumelles qui reposent sur des bases taillées dans un même
morceau de pierre, lorsqu'elles sont très-chargées, portent toutes la
charge aux deux extrémités de ce morceau de pierre, et manquent rarement
de le faire casser au milieu, là où il est le plus faible, puisqu'il n'a
sur ce point que l'épaisseur de la plinthe. Pour éviter cet
inconvénient, les constructeurs du choeur de la cathédrale de Langres
ont eu l'idée de réserver entre les deux colonnettes jumelles, sur la
plinthe, un renfort pris dans la hauteur d'assise de la base (19). Cela
est fort ingénieux, et ce principe est également appliqué aux chapiteaux
de ce triforium (voy. CHAPITEAU).
Il ressort déjà de ces quelques exemples que nous venons de donner un
fait remarquable: c'est la propension croissante des architectes du XIIe
siècle à établir des transitions entre la ligne verticale et la ligne
horizontale, à ne jamais laisser porter brusquement la première sur la
seconde sans un intermédiaire. Et pour nous faire comprendre par une
figure (20): soient A A deux assises horizontales d'une construction et
B un point d'appui vertical; les constructeurs ne laisseront jamais les
angles C C vides, mais ils les rempliront par des renforts inclinés D D,
des transitions qui sont des épaulements, contreforts, glacis, quand on
part de la ligne horizontale pour arriver à la ligne verticale; des
encorbellements, quand on part de la ligne verticale pour arriver à
l'horizontale. Tout est logique dans l'architecture du moyen âge, à
dater de la grande école du XIIe siècle, dans les ensembles comme dans
les moindres détails; le principe qui conduisait les architectes à
élever sur la colonne cylindrique un chapiteau évasé pour porter les
membres divers des constructions supérieures, à multiplier les
encorbellements pour passer, par une succession de saillies, du point
d'appui vertical à la voûte, les amenait naturellement à procéder de la
même manière lorsqu'il s'agissait de poser un point d'appui vertical
mince sur un large empalement. Aussi, mettant à part les marches, les
bancs qui doivent nécessairement, dans les soubassements des édifices,
présenter des surfaces horizontales, voyons-nous toujours la surface
horizontale exclue comme ne _fonctionnant_ pas, ne portant pas.
En effet: soit (21) A une colonne et B une assise servant d'empatement
inférieur, de base. Toute la charge de la colonne porte seulement sur la
surface C D. Si forte que soit l'assise de pierre B, pour peu que la
surface C D s'affaisse sous la charge, les extrémités C F, D G non
chargées ne suivront pas ce mouvement, et la pierre ne possédant aucune
propriété élastique cassera en E E. Mais si (21 bis), entre la colonne A
et l'empatement B, on place une assise O, les chances de rupture
n'existeront plus, car la charge se répartira sur une surface C D
beaucoup plus large. Les angles E seront abattus comme inutiles; dès
lors, plus de surface horizontale apparente. Telle est la loi qui
commande la forme de toutes les bases de l'époque ogivale[89].