BAINS, s. m. (Voy. ÉTUVE.)

BAIN DE MORTIER. On désigne ainsi, dans les ouvrages de maçonnerie, le

lit de mortier sur lequel on pose une pierre de taille ou des moellons.

À Paris, depuis le commencement du XVIIe siècle, on pose les pierres de

taille sur des cales de bois et on les _fiche_ au mortier, c'est-à-dire

que l'on fait entrer du mortier dans l'espace vide laissé entre ces deux

pierres par l'exhaussement des cales, au moyen de lames de fer mince

découpées en dents de scie. Ce procédé a l'inconvénient de ne jamais

remplir les lits d'un mortier assez compacte pour résister à la

pression. Les _ficheurs_ étant obligés, pour introduire le mortier entre

les pierres par une fente étroite, de le délayer beaucoup, lorsque la

dessiccation a lieu, ce mortier diminue de volume et les pierres ne

portent plus que sur leurs cales. Heureusement pour nos édifices

modernes qu'on a le soin de mettre en oeuvre un cube de pierre trois ou

quatre fois plus fort qu'il n'est besoin, et que, grâce à cet excès de

force, chaque pierre ne subit qu'une faible pression; mais lorsqu'on

bâtissait au moyen âge, les architectes étaient portés à mettre en

oeuvre un cube de pierre plutôt trop faible que trop fort; il devenait

donc nécessaire de faire poser ces pierres sur toute la surface de leur

lit, afin de profiter de toute leur force de résistance. On posait alors

les pierres à _bain de mortier_, c'est-à-dire qu'après avoir étendu sur

le lit supérieur d'une première assise de pierre une épaisse couche de

mortier peu délayé, on asseyait la seconde assise sur cette couche, en

ayant le soin de la bien appuyer au moyen de masses de bois jusqu'au

_refus_, ce qui, en terme de maçons, veut dire jusqu'à ce que le

mortier, après avoir débordé sous les coups de la masse, refuse de se

comprimer davantage. On obtenait ainsi des constructions résistant à une

pression considérable sans craindre de voir les pierres s'épauffrer, et

on évitait des tassements qui, dans des édifices très-élevés sur des

points d'appui légers, eussent eu des conséquences désastreuses (voy.

CONSTRUCTION).

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 2 - (A suite - C) · 第 5 / 16 题