disposé pour être voilé, et l'édicule qui portait le grand reliquaire
était placé derrière et non au-dessus de lui. Nous donnons ici (11) le
plan de cet autel et de son entourage. L'autel semble être contemporain
de la sainte-Chapelle (1240 à 1250); quant à la tribune sur laquelle est
posée la grande châsse, et dont tous les débris sont aujourd'hui
replacés, elle date évidemment des dernières années du XIIIe siècle.
Quatre colonnes portant des anges de bronze doré étaient placées aux
quatre coins de l'emmarchement de l'autel; mais ces colonnes avaient été
élevées sous Henri III. Au fond du rond-point, derrière le maître autel
A, était dressé un petit autel B; suivant un ancien usage, ce petit
autel était désigné sous le nom d'autel _de retro_. C'était, comme à la
cathédrale de Paris, comme à Bourges, à Chartres, à Amiens, à Arras,
l'autel des reliques, qui n'avait qu'une place secondaire, le maître
autel ne devant avoir au-dessus de lui que la suspension de
l'eucharistie. Voici l'élévation perspective de cet autel (12) avec la
tribune, les deux petits escaliers en bois peint et doré qui accèdent à
la plate-forme de cette tribune voûtée et à la grande châsse en vermeil
posée sur une crédence de bois doré, surmontée d'un dais également en
bois enrichi de dorures et de peintures.
Nous entrerons dans quelques détails descriptifs à propos de cet autel
et de ses accessoires si importants, conservés au musée des Augustins et
rétablis aujourd'hui à leur place. L'autel n'existe plus, mais des
dessins et une assez bonne gravure faisant partie de l'ouvrage de Jérôme
Morand[48], nous en donnent une idée exacte. Cet autel était fort simple;
la table formée d'une moulure enrichie de roses, portée sur un dossier
et trois colonnettes, n'était pas surmontée d'un retable. Derrière cet
autel s'ouvre une arcade formant l'archivolte d'une voûte figurant une
abside et s'étendant jusqu'au fond du chevet; la grande arcade est
accompagnée et contre-buttée par une arcature à jour servant de clôture.
Deux anges adorateurs sculptés et peints se détachent sur les écoinçons
de la grande arcade, ornés d'applications de verre bleu avec fleurs de
lis d'or. Sous la courbe ogivale de cet arc sont suspendus des anges
plus petits; les deux du sommet tiennent la couronne d'épine, les quatre
inférieurs les instruments de la Passion. L'arcature et les archivoltes
en retour s'ouvrant sous la voûte, sont couverts d'applications de
verre, de gaufrures dorées et de peintures. La voûte est composée de
nervures également gaufrées, enrichies de pierres fausses, et de
remplissages bleus avec étoiles d'or. Les deux petits escaliers en bois
qui montent sur la voûte sont d'une délicatesse extrême et
très-habilement combinés comme menuiserie. Au roi de France seul était
réservé le privilége d'aller prendre la monstrance contenant la couronne
d'épine renfermée dans la grande châsse, et de présenter la très-sainte
relique à l'assistance ou au peuple dans la cour de la Sainte-Chapelle.
À Cet effet, en bas de la grande verrière absidale, était laissé un
panneau de vitres blanches, afin que le reliquaire pût être vu du
dehors, entre les mains du roi. La suspension du saint sacrement était
devant la grande châsse au-dessus de l'autel. Notre gravure ne peut
donner qu'une bien faible idée de ce chef-d'oeuvre, où l'art l'emporte
de beaucoup sur la richesse des peintures, des applications, des
dorures. Il va sans dire que la grande châsse fut fondue et que nous
n'en possédons plus que des dessins ou des représentations peintes.
Derrière la clôture, l'arcature qui garnit le soubassement de la sainte
chapelle continue; seulement à droite, sous la première fenêtre, est
pratiquée une piscine d'un travail exquis (voy. PISCINE); à gauche une
armoire. Deux des douze apôtres, dont les statues ont été adossées aux
piliers, sont placés à côté des deux escaliers; ce sont les statues de
saint Pierre et de saint Paul. Au-dessus du petit autel de retro, sous
le formeret de la voûte de la tribune, est peint un crucifiement, avec
le soleil et la lune et deux figures, dont l'une, couronnée, est
probablement saint Louis[49]. Deux marches montent à l'autel principal.
On observera que les autels derrière lesquels s'élèvent des reliquaires,
tels que ceux de l'église abbatiale de Saint-Denis, de Notre-Dame de
Paris et de la Sainte-Chapelle, sont placés de façon à ce que le dessous
du reliquaire forme comme une grotte ou crypte à rez-de-chaussée. À
Saint-Denis, cette petite crypte était occupée par les corps saints;
mais à Notre-Dame de Paris, à la Sainte-Chapelle, les châsses sont fort
élevées au-dessus du sol, comme suspendues en l'air, de manière à ce que
l'on puisse se placer au-dessous d'elles. Cette disposition paraît avoir
été adoptée fort anciennement. Il existe dans les cryptes de l'église de
Saint-Denis, du côté du nord, proche l'entrée du caveau central, une
arcature dépendant de l'église carlovingienne; sur l'un des chapiteaux
de cette arcature, est sculpté un autel (12 A), derrière lequel est posé
un édicule portant un reliquaire. Une petite église du midi de la
France, l'église de Valcabrère près Saint-Bertrand de Comminges, a
conservé dans son chevet, dont la construction appartient à l'époque
carlovingienne, un autel établi très-franchement au XIIIe siècle d'après
cette donnée. Le plan (12 B) de l'abside de cette église, l'élévation
(12 C) et la coupe (12 D) de l'autel, indiquent nettement la petite
crypte placée sous le reliquaire contenant la châsse. Un escalier
conduit sur la voûte qui reçoit la châsse, et les fidèles peuvent
circuler derrière l'autel sous cette voûte, pour se placer directement
sous la protection du saint. Nous verrons tout à l'heure comme ce
principe est appliqué aux autels secondaires de l'église abbatiale de
Saint-Denis.
Il est une chose digne de remarque lorsqu'on examine ces restes
précieux, ainsi que ceux qui nous sont encore, et en si grand nombre,
conservés à Saint-Denis; c'est que, dans les décorations des autels,
dans tout ce qui semblait fait pour accompagner dignement le sanctuaire
des églises, on s'est préoccupé au moyen âge, surtout en France,
d'honorer l'autel, plus encore par la beauté du travail, par la
perfection de la _main-d'oeuvre_ que par la richesse intrinsèque des
matières employées. À la Sainte-Chapelle, ce gracieux sanctuaire n'est
composé que de pierre et de bois; les moyens de décorations employés
sont d'une grande simplicité: du verre appliqué, des gaufrures faites
dans une pâte de chaux, des peintures et des dorures, n'ont rien qui
soit dispendieux. La valeur réelle de ce monument tient à l'extrême
perfection du travail lie l'artiste. Toutes les sculptures sont traitées
avec un soin, un art, et nous dirons avec un respect scrupuleux de
l'objet, dont rien n'approche. N'était-ce pas, en effet, la plus noble
manière d'honorer Dieu que de faire passer l'art avant toute chose dans
son sanctuaire? et n'y avait-il pas un sentiment vrai et juste dans
cette perfection que l'artiste cherchait à donner à la matière
grossière? Nous avouerons que nous sommes bien plus touchés à la vue
d'un autel de pierre sur lequel l'homme a épuisé toutes les ressources
de son art, que devant ces morceaux de bronze ou d'argent grossièrement
travaillés, dont la valeur consiste dans le poids, et qui excitent bien
plutôt la cupidité qu'ils n'émeuvent l'âme. Nous avons déjà parlé des
autels de l'église abbatiale de Saint-Denis, et nous avons cherché à
donner une idée de ce que pouvait être l'autel des reliques élevé dans
son sanctuaire; mais ce n'est là qu'une restauration dont chacun peut
contester la valeur, heureusement plusieurs des autels secondaires de
cette église célèbre ont été conservés jusqu'à nous en débris, ou nous
sont donnés par de précieux dessins exécutés en 1797 par feu
Percier[50]. C'est surtout dans ces autels que l'oeuvre de l'artiste
apparaît. Là point de retables ni de parements d'or ou de vermeil. La
pierre est la seule matière employée, mais elle est travaillée avec un
soin et un goût parfaits, recouverte de peintures, de dorures, de
gravures remplies de mastics colorés ou d'applications de verre qui
ajoutent encore à la beauté du travail, sans que jamais la valeur de
l'oeuvre d'art puisse être dépassée par la richesse de la matière. Nous
donnerons d'abord l'autel de la chapelle de la Vierge située au chevet
dans l'axe de l'église. Cet autel, élevé sur un pavé en terre cuite
d'une grande finesse et qui dépend de l'église bâtie par Suger, est posé
sur une seule marche en pierre de liais gravée et incrustée de mastics.
Les gravures forment, au milieu d'une délicate bordure d'ornements
noirs, un semis de fleurs de lis et de tours de Castille sur champ bleu
verdâtre et rouge (voy. DALLAGE). Portée sur trois colonnettes et sur un
dossier richement peint, la table de l'autel est simple et surmontée
d'un retable en liais représentant, au centre, la sainte Vierge
couronnée tenant l'enfant Jésus; à droite, la naissance du Christ,
l'adoration des Mages; à gauche, le massacre des Innocents et la fuite
en Égypte. Ces figures, d'un travail remarquable, sont entièrement
peintes sur fond bleu losangé et semé de fleurs de lis d'or. Derrière le
retable, entre l'autel et le fond de la chapelle, est un petit édicule
sous lequel on peut passer, et qui supporte au niveau du dessus du
retable un tabernacle en pierre d'une excessive délicatesse. Deux
colonnes à huit pans, terminées à leur sommet par des fleurons feuillus,
posées aux deux côtés du retable, reçoivent des crosses en fer doré,
auxquelles des lampes sont suspendues. Au-dessus du tabernacle, sur un
cul-de-lampe incrusté dans la colonne centrale du fond de la chapelle,
est posée une jolie statue de la sainte Vierge tenant l'enfant, en
marbre blanc, demi-nature; sur sa tête est un dais. Voici (13) un plan
de cet autel avec la chapelle dans laquelle il est posé, et (13 bis) une
vue de l'ensemble du petit monument. Dans le tabernacle, derrière
l'autel, était placée une châsse contenant les corps de saint Hilaire,
évêque de Poitiers, et de saint Patrocle, martyr, évêque de Grenoble.
Cet autel, comme la plupart des autels secondaires de l'église abbatiale
de Saint-Denis, avait été élevé par les soins de saint Louis lorsqu'il
fit restaurer et rebâtir en partie cette église.
À l'entrée du rond-point de l'église abbatiale, du côté gauche (nord),
était autrefois la chapelle dédiée à saint Firmin, premier évêque
d'Amiens, martyr. Le pavé de cette chapelle et la marche de l'autel, qui
est fort large, étaient en mosaïques, et dataient du XIIe siècle[51].
L'autel est du commencement du XIIIe siècle, ainsi que son retable, qui
existe encore en entier[52]. D. Doublet mentionne le pavage en mosaïque
de cette chapelle, dont nous avons dernièrement retrouvé des portions en
place; il donne la légende de la châsse de saint Firmin conquise par
Dagobert, légende qui était peinte sur le devant de l'autel entre
l'arcature dont il était décoré[53]. Il parle de la châsse en bois doré
posée derrière l'autel, et d'une certaine «bande de broderie au-dessus
de l'autel, toute pourfilée de perles et enrichie de pierreries, de la
longueur d'yceluy, à laquelle sont suspendues soixante branslans
(glands) d'argent doré.» Voici (14) la face de l'autel avec son retable
en pierre sculptée et peinte, représentant le Christ au centre, avec les
quatre évangélistes; des deux côtés les douze apôtres avec leurs noms
au-dessous. En commençant par la droite de l'autel, on lit: Simon,
Bartholomeus, Jacobus, Johannès, Andreas, Petrus; sous le Christ,
Apostolus; puis en suivant, Paulus, Jacobus, Thomas, Filipus, Matheus,
Judas (Jude). Dans le quatre-feuilles qui entoure le Christ, on lit
cette inscription: _Hic Deus est et homo quem presens signal imago ergo
rogabit homo quem sculta figurat imago_. Le corps de l'autel est composé
d'une arcature feuillue soutenue par des colonnettes engagées,
cylindriques et prismatiques alternées; le tout est couvert de
peintures; les feuillages sont colorés en vert ainsi que les chapiteaux;
les colonnettes sont divisées par des compartiments très-fins simulant
des mosaïques, assez semblables à celles qui couvrent les colonnettes
des cloîtres de Saint-Jean de Latran et de Saint-Paul hors les murs à
Rome; les intervalles entre les colonnettes sont couverts de sujets
légendaires, ainsi qu'il vient d'être dit. La table de l'autel était
bordée sur ses rives d'une inscription, perdue, et couverte sur le plat
d'une mosaïque à compartiments. Nous donnons ici (15) le plan de cet
autel, avec la châsse de saint Firmin placée derrière le dossier, sous
une table portée sur des colonnes; et (16) le côté de l'autel qui fait
comprendre la disposition de cette châsse, des grilles dont elle était
entourée et de la petite lampe qui brillait sur le corps saint. On voit
combien, malgré la richesse des détails, la forme générale de ce petit
monument est simple et digne. Comme dans toutes les oeuvres du moyen
âge, surtout avant le XIVe siècle, on remarque dans le petit nombre
d'autels qui nous sont conservés par des dessins ou des monuments et
surtout dans leurs accessoires, tels que retables, tabernacles,
reliquaires, une grande variété; que serait-ce si tous ces objets nous
eussent été transmis intacts! Les deux derniers autels nous montrent des
reliquaires disposés d'une façon très-différente et parfaitement
justifiée par la situation. En effet, l'autel (fig. 13) de la chapelle
de la Vierge de Saint-Denis est adossé, et, pour faire voir la châsse,
il fallait nécessairement l'élever au-dessus du retable; au contraire,
l'autel de Saint-Firmin est placé de manière que l'on peut tourner
facilement tout autour (fig. 15); la châsse se trouvait alors au niveau
du sol, protégée par un grillage. Au-dessus d'elle, suspendue à la
grande tablette qui la recouvrait, se voit la petite lampe. Il existait
encore à Saint-Denis un grand nombre d'autels secondaires dont les
dispositions accessoires différaient de celles que nous venons de
donner. Voici entre autres l'autel Saint-Eustache, qui se trouvait
adossé au fond de la première chapelle carrée au nord, au-dessus de la
chapelle de la Vierge Blanche (17). Ici le tabernacle recouvrant la
châsse du saint était complétement isolé du retable et porté sur deux
colonnes et des consoles à figures. Il paraît difficile de donner une
signification à ces monstres accroupis sur des hommes vêtus. Le
sculpteur a-t-il voulu faire des syrènes, en se conformant aux textes
des bestiaires si fort en vogue pendant les XIIe et XIIIe siècles[54], et
rappeler ainsi aux fidèles le danger des séductions du siècle? Parmi les
autels de Saint-Denis, il en est encore un autre dont la place n'a pu
être jusqu'à présent reconnue[55], mais qui présente un grand intérêt: il
se compose d'un massif en maçonnerie entièrement revêtu sur le devant et
les côtés d'applications de verres taillés en losanges et à travers
lesquels on aperçoit des tours de Castille sur fond écarlate, des fleurs
de lis sur fond bleu, des rosaces et des aiglettes sur fond pourpre. Sur
le dossier est un retable également incrusté de verre bleu taillé en
polygones avec un crucifiement, saint Jean et la Vierge, l'Église et la
Synagogue, en bas-relief. La marche de cet autel est en liais avec
bordure de fleurs de lis et tours de Castille très-fines se détachant
sur un fond de mastic bleu et rouge; le milieu présente des dessins
d'une grande délicatesse, noirs, bleus et rouges, également en mastic.
Le pavé de la chapelle était en mosaïque de terre cuite et de petites
pierres de couleur avec carreaux menus de marbre blanc (voy. PAVAGES).
Nous donnons ci-contre (18) une élévation perspective de cet autel.
Dans quelques-uns des exemples donnés ci-dessus, on ne voit pas que
l'Eucharistie ait été placée autrement que dans un ciboire suspendu, et
nous n'avons pas trouvé de tabernacles ou custodes posés sur les autels
pour contenir les hosties consacrées et non consacrées, ainsi que le dit
Guillaume Durand dans son _Rational_. L'usage de réserver l'Eucharistie
dans des réduits tenant aux retables des principaux autels ne remonte
pas à plus de deux cents ans, et encore, à la fin du XVIIIe siècle,
conservait-on l'Eucharistie dans des boîtes en forme de pavillons ou de
tours, ou dans des colombes d'argent, suspendues au-dessus des autels
majeurs des grandes cathédrales et des églises monastiques. Souvent
aussi apportait-on les hosties sur la communion dans des ciboires que
l'on posait sur la table de l'autel au moment de dire la messe. Dans ce
cas, le ciboire, la boîte de vermeil contenant l'Eucharistie, était
habituellement déposée dans un sacraire ou petite sacristie voisine de
l'autel. Thiers parle, dans ses _Dissertations sur les principaux autels
des églises_, de _tours_ destinées à contenir l'Eucharistie; il dit en
avoir vu une de cuivre, assez ancienne, dans le choeur de l'église
paroissiale de Saint-Michel de Dijon. Cet usage était fort ancien en
effet, car saint Remi, archevêque de Reims, ordonna, par son testament,
que son successeur ferait faire un tabernacle ou ciboire en forme de
tour, d'un vase d'or pesant dix marcs, qui lui avait été donné par le
roi Clovis. Fortunat, évêque de Poitiers, loue saint Félix, archevêque
de Bourges, qui assista au quatrième concile de Paris en 573, de ce
qu'il avait fait faire une tour d'or très-précieuse pour mettre le corps
de Jésus-Christ. Les exemples abondent, aussi bien pour les tours
transportables que pour les colombes suspendues au-dessus des autels et
contenant l'Eucharistie. Peut-être Guillaume Durand, en parlant des
tabernacles posés sur les autels, entend-il désigner ces tours ou
custodes mobiles qui ne contenaient pas seulement les hosties
consacrées, mais encore les non consacrées et même des reliques de
saints; ces custodes, complétement indépendantes du retable, se posaient
devant lui, sur l'autel même, au moment de la communion des fidèles.
Mais il faut reconnaître que le texte de l'évêque de Mende est assez
vague, et l'opinion de Thiers sur les custodes ou tours mobiles nous
paraît appuyée sur des faits dont on ne peut contester l'authenticité.
Thiers regarde les tours comme des coffres destinés non point à contenir
l'Eucharistie, mais les ustensiles nécessaires pour l'oblation, la
consécration et la communion, et il incline à croire que l'Eucharistie
était _toujours_ réservée dans une boîte suspendue au-dessus de l'autel,
que cette boîte fût faite en forme de tour, de coupe ou de colombe.
Saint Udalric parle d'une colombe d'or continuellement suspendue sur
l'autel de la grande église de Cluny, dans laquelle on réservait la
sainte Eucharistie. Mais ces _suspensions_ affectaient diverses formes,
sans parler de celle représentée dans la figure 8; il existe encore dans
le trésor de la cathédrale de Sens un ciboire en forme de coupe
recouverte, destiné à être suspendu au-dessus de l'autel; ce ciboire
date du XIIIe siècle. Quant aux ustensiles nécessaires pour l'oblation,
la consécration et la communion, tels que le calice, la patène, la
fistule, les burettes, le voile, etc., ils étaient conservés ou dans ces
coffres mobiles que l'on transportait près de l'autel au moment de
l'oblation, ou dans ces petites armoires qui sont généralement
pratiquées dans les murs des chapelles à la droite de l'autel en face de
la piscine, ou dans de petits réduits pratiqués à cet effet dans les
autels mêmes. Nous retrouvons un assez grand nombre d'autels figurés
dans des peintures et des bas-reliefs où ces réduits sont indiqués.
Voici entre autres (19) un autel provenant d'un bas-relief en albâtre
conservé dans le musée de la cathédrale de Séez, sur la paroi duquel est
ouverte une petite niche contenant les burettes.
Quant aux retables, ils prirent une plus grande importance à mesure que
le goût du luxe pénétrait dans la décoration intérieure des églises
(voy. RETABLE). Déjà très-riches au XIIIe siècle, mais renfermés dans
des lignes simples et sévères, ils ne tardèrent pas à s'élever et à
dominer les autels en présentant un échafaudage d'ornementation et de
figures souvent d'une assez grande dimension, ou une succession de
sujets couvrant un vaste champ. Les cathédrales seules conservèrent
longtemps les anciennes traditions, et ne laissèrent pas étouffer leurs
maîtres autels sous ces décorations parasites. Il faut rendre justice à
l'Église française, cependant: elle fut la dernière à se laisser
entraîner dans cette voie fâcheuse pour la dignité du culte. L'Italie,
l'Espagne, l'Allemagne nous devancèrent et couvrirent dès le XIVe siècle
leurs retables d'un fouillis incroyable de bas-reliefs, de niches, de
clochetons, qui s'élevèrent bientôt jusqu'aux voûtes des églises. Les
retables des autels des églises espagnoles notamment sont surmontés de
retables, dont quelques-uns appartiennent au XIVe siècle, et un plus
grand nombre aux XVe et XVIe siècles, qui dépassent tout ce que
l'imagination peut supposer de plus riche et de plus chargé de sujets et
de sculptures d'ornement. Sans tomber dans cette exagération, les autels
de France perdent à la fin du XIVe siècle l'aspect sévère qu'ils avaient
su conserver encore pendant le XIIIe. Les retables prennent assez
d'importance (excepté, comme nous l'avons dit, dans quelques églises
cathédrales) pour faire disparaître la belle disposition des autels de
Saint-Denis. On n'établit plus cette distinction entre l'autel et le
reliquaire s'élevant derrière lui; tout se mêle et devient confus;
l'autel, le retable et le reliquaire ne forment plus qu'un seul édicule,
contrairement à cette loi de la primitive Église, que rien ne doit être
placé directement au-dessus de l'autel, si ce n'est le ciboire. Il ne
nous appartient pas de décider si ces changements ont été favorables ou
non à la dignité des choses saintes, mais il est certain qu'au point de
vue de l'art, les autels ont perdu cette simplicité grave qui est la
marque du bon goût, depuis qu'on a surchargé leurs dossiers d'ornements
parasites, depuis qu'on a remplacé les suspensions du saint ciboire par
des tabernacles qui s'ouvrent au milieu du retable, depuis que les
retables eux-mêmes, convertis en gradins, ont été couverts d'une
quantité innombrable de flambeaux, de vases de fleurs artificielles;
depuis que des tableaux avec encadrements présentent des scènes réelles
aux yeux, et viennent distraire plutôt qu'édifier les fidèles. Notre
opinion sur un sujet aussi délicat pourrait au besoin s'appuyer sur
celle d'un auteur ecclésiastique que nous avons déjà cité bien des fois
dans le cours de cet article. Thiers, en parlant de ces movations qu'il
regarde comme funestes, dit[56]: «Les petits esprits, les esprits
foibles, les dévots de mauvais goust, qui ont plus de zèle que de
lumières, et qui ne sont pas prévenus de respect pour les antiquités
ecclésiastiques, louent, approuvent ces nouvelles inventions, jusqu'à
dire qu'elles entretiennent, qu'elles excitent leur dévotion. Comme s'il
n'y avoit point eu de dévotion dans l'antiquité; comme si l'on ne
pouvoit pas être dévot sans cela; comme s'il n'y avoit pas de dévotion
dans les églises cathédrales, où les tabernacles sont extrêmement
simples, aussi bien que les autels, quoique les embellissemens leur
conviennent incomparablement mieux qu'aux églises des Réguliers entre
autres.» Que dirait donc Thiers aujourd'hui, que toutes les églises
cathédrales elles-mêmes ont laissé perdre la vénérable simplicité de
leurs autels sous des décorations qui n'ont même pas le mérite de la
richesse de la matière, ou de la beauté de la forme? Depuis l'époque où
écrivait notre savant auteur, (1658), que de tristes changements dans
les choeurs de nos églises mères, quelle monstrueuse ornementation est
venue remplacer la grave et simple décoration de ces anciens autels,
témoins des faits les plus émouvants de notre histoire nationale! Qu'eût
dit Thiers en voyant le chapitre de la cathédrale de Chartres démolir
son jubé et son autel du XIIIe siècle; le chapitre de Notre-Dame de
Paris présider à la destruction de son ancien autel, de ses reliquaires,
de ses tombes d'évêques; celui de la cathédrale d'Amiens remplacer par
du stuc, du plâtre et du bois doré le magnifique maître autel dont nous
donnons plus bas la description? Peut-on, après cet aveuglement qui
entraînait, pendant le cours du dernier siècle, le clergé français à
jeter au creuset ou aux gravats des monuments si vénérables et si
précieux, pour mettre à leur place des décorations théâtrales où toutes
les traditions étaient oubliées; peut-on, disons-nous, trouver le
courage de blâmer les démolisseurs de 1793, qui renversaient à leur tour
ce qu'ils avaient vu détruire quelques années auparavant par les
chapitres et les évêques eux-mêmes? Ces pertes sont malheureusement
irréparables, car, admettant qu'aujourd'hui, par un retour vers le
passé, on tente de rétablir nos anciens autels, jamais on ne leur
donnera l'aspect vénérable que le temps leur avait imprimé; on pourra
faire des pastiches, on ne nous rendra pas tant d'oeuvres d'art
accumulées par la piété des prélats et des fidèles sous l'influence
d'une même pensée; car jusqu'à la réformation, sauf quelques légères
modifications apportées par le goût de chaque siècle, les dispositions
des autels étaient à très-peu de choses près restées les mêmes. En voici
une preuve. Le maître autel de la cathédrale d'Amiens avait été érigé
pendant le XVe siècle et au commencement du XVIe, soit que l'ancien
autel n'eût été que provisoire, soit qu'il eût été ruiné pendant les
guerres désastreuses des XIVe et XVe siècles. Ce nouvel autel rappelait
les dispositions de celui de la Sainte-Chapelle, ce qu'il est facile de
reconnaître en examinant le plan (20)[57] que nous présentons ici. Grâce
au zèle d'un Amiénois dont tous les loisirs sont employés à faire
connaître l'histoire de son pays[58] et dont les recherches ont déjà
produit de précieux travaux sur la Picardie, nous pouvons donner à nos
lecteurs une idée complète du maître autel de la cathédrale d'Amiens.
Cet autel était en pierre blanche, percé de trois niches destinées à
contenir les châsses des trois saints les plus vénérés du diocèse
d'Amiens; il avait été consacré en 1483 par l'évêque Versé, neveu de J.
Coythier, médecin de Louis XI. La table en marbre noir avait 4m,54 de
long sur 0m,66 de largeur; elle avait été donnée en 1413 par un chanoine
de la cathédrale, Pierre Millet. Le retable, surélevé au centre, était
couvert de panneaux de bois peint représentant la Passion, qui, en
s'ouvrant comme des volets, laissaient voir des bas-reliefs d'argent
exécutés de 1485 à 1493. Six colonnes de cuivre, dont les fûts étaient
ornés de statuettes de saints, posées des deux côtés de l'autel,
portaient six anges vêtus de chapes et tenant les instruments de la
Passion. Des voiles glissant sur les tringles qui réunissaient les trois
colonnes, de chaque côté, fermaient le sanctuaire. Ces voiles furent
conservés jusqu'en 1671. Les colonnes avaient été données par un
chanoine d'Amiens, Jehan Leclère, en 1511. Un lustre d'Argent à trois
branches était suspendu devant l'autel. Trois grands chandeliers de
cuivre étaient en outre placés dans le sanctuaire. Un dais en forme de
carré long, couvert d'une étoffe de soie semée de fleurs de lis d'or,
était suspendu à la voûte immédiatement au-dessus de la table de
l'autel. Aux deux angles postérieurs de l'autel, aux extrémités du
retable, étaient plantées, sur le dallage, deux colonnes de cuivre en
forme d'arbres chargés de fleurs et de fruits. Les corolles des fleurs
portaient des cierges que l'on allumait aux jours de fêtes devant les
châsses des saints. Quant à la suspension du saint sacrement, elle avait
été refaite pendant les XVIIe et XVIIIe siècles. Il n'est pas fait
mention dans les registres capitulaires d'où sont tirés ces
renseignements, de la clôture qui, comme à la Sainte-Chapelle de Paris,
fermait le rond-point derrière l'autel; mais il y a tout lieu de croire
que cette clôture double, voûtée, formait une galerie élevée sur
laquelle étaient exposées les châsses qui, à la cathédrale d'Amiens,
étaient nombreuses et d'une grande richesse. Derrière le maître autel,
au fond du rond-point, s'élevait le petit autel de _retro_; il était
décoré d'un groupe de statues représentant le Christ mis au tombeau,
exécuté en 1484.
Pour clore dignement ce choeur, des tombes d'évêques surmontées
d'arcatures à jour, terminées par des pignons et clochetons, étaient
disposées entre les piles du rond-point. Ce fut seulement en 1755 que
tout le sanctuaire de la cathédrale fut bouleversé pour faire place à
des images de plâtre et à des rayons de bois doré, avec grosses
cassolettes, draperies chiffonnées, gros anges effarouchés également en
plâtre.
Il ne paraît pas que jusqu'au XVe siècle il fût d'usage dans le nord de
la France de placer des statues de saints, et à plus forte raison le
Christ ou la sainte Vierge, sur le devant des autels au-dessous de la
table[59]. En admettant qu'il n'y eût pas là une question de convenance,
les nappes des autels anciens descendant fort bas (21)[60], il était
inutile de placer sur les faces, des bas-reliefs qui n'eussent point été
vus. Mais pendant les XVe et XVIe siècles on sculpta souvent des figures
de saints sur les devants d'autel, des anges, des scènes de la Passion;
on représenta même, sous la table de l'autel, le Christ au sépulcre en
ronde-bosse, avec les saintes femmes et les soldats endormis[61]. Ce
n'est qu'au XVIe siècle que l'autel cesse d'affecter la forme d'une
table ou d'un coffre, pour adopter celle d'un tombeau, d'un sarcophage.
Jusqu'alors l'autel n'est pas le tombeau du Christ ou d'un martyr: il
recouvre le tombeau, c'est la table posée sur le tombeau ou devant lui,
et même sur la crypte renfermant le tombeau. Cette idée est dominante,
et les exemples que nous avons donnés le prouvent surabondamment. La
façon dont sont disposés les corps saints sous l'autel des reliques de
l'église de Saint-Denis, derrière les autels de Saint-Firmin, de la
Vierge, de Saint-Eustache de la même église, de Valcabrère, de la
cathédrale d'Amiens même, indique bien nettement que l'autel n'est pas
un tombeau, mais un meuble posé devant ou sur des reliques saintes. Un
bas-relief de la porte Sainte-Anne à Notre-Dame de Paris, donne d'une
manière naïve la véritable signification de l'autel (22). Là, on voit la
crypte exprimée par les arcs sous l'emmarchement; trois petites baies
s'ouvrent dans la partie supérieure de cette crypte et indiquent la
place de la châsse du saint; puis l'autel adossé s'élève sur la crypte
et la châsse, il est garni de ses nappes; seul le ciboire est posé sur
la table, et une lampe est suspendue au-dessus de lui[62]. Mais à partir
du XVIe siècle c'est l'autel lui-même qui devient la représentation du
tombeau; il affecte de préférence la forme d'un sarcophage scellé. Les
autels pleins, antérieurs au XVIe siècle, tels que ceux de Saint-Germer,
de Paray-le-Monial (23) du XIIe siècle, l'autel en verres appliqués de
Saint-Denis (fig. 18), celui même de l'église du Foll-Goat (Bretagne)
(24)[63] qui date du commencement du XVIe siècle, conservent toujours
l'apparence d'un meuble. Cette forme traditionnelle se perd avec les
derniers vestiges des arts du moyen âge.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 12 A.]
[Illustration: Fig. 12 B.]
[Illustration: Fig. 12 C.]
[Illustration: Fig. 12 D.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 13 bis.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21 et 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Note 12: ... «Ego vero libenter obtemperavi, et sacra
vasa adferri jussi (nec enim procul aberat locus).
Diaconumque manibus utens pro altari, mysticum et divinum ac
salutare sacrificium obtuli.»]
[Note 13: Cap. II.]
[Note 14: Ducange, _Gloss._]
[Note 15: Cap. III. «...Nemo presbyterorum in altario ab
episcopo non consecrato cantare presumat. Quapropter si
necessitas poposcerit, donec ecclesia vel altaria
consecrentur, et in capellis etiam quæ consecrationem non
merentur, tabulam quisque presbyter, cui necessarium fuerit,
de marmore, vel nigra petra, aut _titro_ honestissimo,
secundum suam possibilitatem, honeste affectatam habeat, et
nobis ad consecrandum offerat, quam secum, cum expedierit,
deserat, in qua sacra mysteria secundum ritum ecclesiarum
agere valeat.»]
[Note 16: Ughellus, t. IV]
[Note 17: Voy. _Dissert. ecclés. sur les princip. autels
des églises, par J. B. Thiers_, Paris, 1688. Nous ne pouvons
mieux faire que de renvoyer nos lecteurs à ce curieux
ouvrage, plein de recherches savantes.]
[Note 18: La figure (1) donne l'autel de la chapelle de
la Vierge de l'église de Montréal (Bourgogne); cet autel est
du XIIe siècle. La figure (2); le maître autel de l'église de
Bois-Sainte-Marie (Saône-et-Loire); cet autel est du XIe
siècle. A est le socle avec l'incrustement des colonnettes; B
le chapiteau de la colonnette centrale; C la base d'une des
quatre colonnes. Nous devons ce dessin à l'obligeance de M.
Millet, l'architecte de la curieuse église de
Bois-Sainte-Marie.]
[Note 19: «Rien ne nous porte à croire, dit Thiers dans
ses _Dissertat. sur les principaux autels des églises_ (p.
42), qu'on ait mis des reliques des saints sur les autels
avant le IXe siècle; nul canon, nul décret, nul règlement,
nul exemple, nul témoignage des écrivains ecclésiastiques, ne
nous le persuade; ou, si l'on y en a mis, les saints de qui
elles étoient s'en sont offensés et les ont fait ôter... Dans
le Xe siècle même, quelques saints ont cru qu'il y avoit de
l'irrévérence à mettre leurs reliques sur les autels. En
voici un exemple qui ne peut pas raisonnablement être
contesté. Bernon I, abbé de Cluni, rapporte (apud S. Odon,
abb. Cluniac., L. 2) «qu'aussitôt qu'on eut mis, pour
quelques jours seulement, les reliques de sainte Gauburge sur
l'autel d'une église de son nom, et voisine de Cluni, les
miracles qui s'y faisoient cessèrent; et que cette sainte,
étant apparue à l'un des malades qui imploroit son
assistance, lui dit que la raison pour laquelle il ne
recouvroit pas la santé, étoit parce qu'on avoit mis ses
reliques sur l'autel du Seigneur, qui ne doit servir qu'à la
célébration des mystères divins. Ce qui donna occasion de les
en ôter et de les rapporter dans le lieu où elles étoient
auparavant. Et au même instant les miracles continuèrent de
s'y faire» Guillaume Durand, dans son _Rational des divins
offices_ (chap. III, p. XXV), qui date du XIIIe siècle, admet
les châsses des saints sur les autels. Il dit: «... Et les
châsses (capsæ) posées sur l'autel, qui est le Christ, ce
sont les apôtres et les martyrs...»]
[Note 20: _Voyages liturgiques de France_, par le sieur
de Moléon. Paris, 1718, p. 80.]
[Note 21: L'inscription qui fait le tour de la table est
ainsi conçue: «Tresmirus gratia dei abbas edificavit hanc
domum, et jussit dedicare in honore sancte Trinitatis, id est
patris, et filii, et spiritus sancti. Deo gratias.» Dans la
longueur, on lit cette autre inscription: «Amelius nutu dei
vicecomes.» En cercle sont gravées les inscriptions
suivantes: autour de la tête de lion (saint Marc): «Vox per
deserta frendens leo cujus imaginem Marcus tenet.» Autour de
la tête de l'aigle (saint Jean): «More volatur aquila ad
astra cujus figuram Johannes tenet.» Autour de la tête du
veau (saint Luc): «Rile mactatur taorus ad aram cujus tipum
Lucas tenet.» Autour de la tête de l'ange (saint Mathieu):
«Speciem tenet et naturam Matheus ut homo.» (t. III, p. 495)]
[Note 22: Cet autel date de la deuxième moitié du XIIe
siècle.]
[Note 23: Page 44.]
[Note 24: _Rational_, chap. II. Guillaume Durand, évêque
de Mende, mourut à la fin du XIIIe siècle. Trad. par M. C.
Barthélemy; Paris, 1854.]
[Note 25: Dans le plan que nous donnons ici, l'autel est
élevé en A sur une crypte ou confession; le trône épiscopal
est en B.]
[Note 26: Dans ce plan, l'autel est en A, le trône
épiscopal en B.]
[Note 27: _Antiq. de l'abbaye de Sainct-Denys en France_,
par F. J. Doublet, 1625, l. I, p. 289 et suiv.]
[Note 28: Nous donnons en A le plan de cet autel et
reliquaire, dressé d'après les dimensions données par D.
Doublet.]
[Note 29: D. Doublet, char. XXXVIII.]
[Note 30: On peut encore voir une représentation de cette
croix dans le trésor de Saint-Denis, gravé dans l'ouvrage de
D. Félibien; quant au reliquaire de vermeil, les huguenots
s'en emparèrent lorsqu'ils prirent Saint-Denis.]
[Note 31: Saint-Seine près Dijon. _Voyages liturgiques en
France_, p. 157.]
[Note 32: _Dissert. ecclés. sur les princ. autels des
églises_, ch. XIV.]
[Note 33: Voy. _Annales archéologiques_, t. IX, p, 1,
l'article de M. Lassus et les notes de M. Didron, ainsi que
la gravure exécutée sur un calque de ce tableau.]
[Note 34: Nous devons la conservation de ce dessin à M.
Lassus, qui, du vivant de M. Garnerey, en avait fait un
calque. Ce dessin est reproduit dans les _Annales
archéologiques_, t. IX.]
[Note 35: _L'Entrée triomphante de Leurs Majestés Louis
XIV et Marie-Thérèse dans la ville de Paris_. Paris, 1662, in
f°.]
[Note 36: _Théât. des antiq. de Paris_, par R. P. F.
Jacques Du Breul, Paris, 1612, p. 36.]
[Note 37: _Annales archéol._, t. VIII. Nous ne pouvons
mieux faire que de renvoyer nos lecteurs à la gravure donnée
par MM. Lassus et Gaucherel.]
[Note 38: On entend par _parements_ un revêtement mobile
que l'on place devant et sur les côtés des autels ou
retables, et que l'on change suivant les fêtes ou les époques
de l'année.]
[Note 39: Page 79.]
[Note 40: _Rationnal_, C. XVIII, L. II.]
[Note 41: Thiers écrivait ceci en 1688.]
[Note 42: _In explicat. divin. offic._, C. LXXXV]
[Note 43: _Rational_, C. III, L. I.]
[Note 44: C. 15.]
[Note 45: Moulage tiré du cabinet de M. Alf. Gérente. Cet
ivoire paraît appartenir à la première moitié du XIIIe siècle
et au style rhénan.]
[Note 46: _Rational_, chap. III, L. I.]
[Note 47: C'est par suite de cette tradition que nous
voyons encore sur les murs de quelques églises des peintures
simulant des tentures suspendues. (Voy. PEINTURE.) ]
[Note 48: _Hist. de la Sainte-Chapelle royale du Palais_,
par M. S. Jérôme Morand. Paris, 1790.]
[Note 49: Ces peintures étaient à peine visibles.]
[Note 50: M. Percier, dont la prédilection pour les arts
de l'antiquité ne saurait être contestée, était avant tout un
homme de goût, et mieux que cela encore, un homme de coeur et
de sens; en revenant d'Italie, il vit l'église de Saint-Denis
pillée, dévastée; il ne put regarder avec indifférence les
restes épars de tant de monuments d'art amassés pendant
plusieurs siècles, alors mutilés par l'ignorance ou le
fanatisme; il se mit à l'oeuvre, et fit dans l'ancienne
abbatiale un grand nombre de croquis. Ces travaux portèrent
leur fruit, et bientôt, aidé de M. Lenoir, il sauva d'une
destruction complète un grand nombre de ces débris, qui
furent déposés au musée des monuments français. Nous eûmes
quelquefois le bonheur d'entendre M. Percier parler de cette
époque de sa vie d'artiste; il était, sans le savoir
peut-être, le premier qui avait voulu voir et faire apprécier
notre vieil art national; le souvenir des monuments mutilés
de Saint-Denis, mais qu'il avait vus encore en place, avait
laissé dans son esprit une impression ineffaçable. À sa mort,
M. Vilain, son neveu, héritier de ses portefeuilles, eut
l'obligeance de nous laisser calquer toutes les notes et
croquis recueillis dans l'église Saint-Denis; grâce à ces
renseignements si libéralement accordés, nous pûmes
rassembler et recomposer les débris sortis du musée des
Petits-Augustins. Quelques-uns des anciens autels de l'abbaye
ont été ainsi facilement rétablis, beaucoup d'autres
pourraient l'être à coup sûr; car les nombreuses traces
encore existantes dans les chapelles et les fragments déposés
en magasin, montrent combien les croquis de M. Percier sont
fidèles.]
[Note 51: Une partie de ce pavage existe encore: c'est
une mosaïque composée de pierres dures, porphyre, vert
antique, serpentine, de pâtes colorées et dorées, et de
petits morceaux de terre cuite (voy. MOSAÏQUE).]
[Note 52: Le corps de l'autel a été coupé en morceaux
lors des restaurations entreprises de 1830 à 1840;
heureusement tous ces fragments existent encore, et peuvent
être facilement recomposés à l'aide d'un dessin très-complet
et détaillé de M. Percier.]
[Note 53: On voit dans le dessin de M. Percier
l'indication de cette peinture, l'armée de Dagobert au siége
de Picquigny, etc.]
[Note 54: Voy. les _Mélanges archéol._ des RR. PP. Martin
et Cahier, t. II, p. 173. «Physiologes dist que la seraine
port samblance de feme de si al nombril, et la partie d'aval
est oisel. La seraine a si doux chant qu'èle déchoit cels qui
nagent en mer; et est lor mélodie tant plaisant à oïr, que
nus ne les ot, tant soit loing, qu'il ne li conviegne venir.
Et la seraine les fait si oblier quant èle les i a atrait,
que il s'endorment; et quant il sont endormi, èles les
assaillent et ocient en traïson que il ne s'en prennent
garde. Ensi est de cels qui sont ès richoises de cest siècle,
et ès délis endormis, qui lor aversaire ocient: ce sont li
diable. Les seraines senefient les femes qui atraient les
homes par lor blandissemens et par lor déchèvemens à els, de
lor paroles; que èles les mainent à poverté et à mort. Les
èles de la seraine, ce est l'amor de la feme qui tost va et
vient.» (Manusc. Arsenal, n° 285.)]
[Note 55: Les fouilles faites sous le pavé actuel du
choeur, en faisant retrouver les dallages ou carrelages
anciens, permettent de replacer à coup sûr les autels
dessinés par M. Percier avec leurs pavages. Malheureusement
ces fouilles ne peuvent être entreprises que successivement
par suite de la faiblesse des allocations annuelles, et
l'autel dont nous parlons n'a pas encore retrouvé sa place,
bien que son retable et une grande partie de son devant
existent encore, ainsi que la marche.]
[Note 56: _Dissert. sur les princip. autels des églises_,
chap. XXIV, P. 209.]
[Note 57: Ce plan nous a été communiqué par M. Duthoit,
d'Amiens; il est copié sur un dessin fait en 1727, et déposé
aujourd'hui dans la précieuse collection de M. Gilbert,
l'infatigable historien de nos anciennes cathédrales du
nord.]
[Note 58: M. Goze; c'est à cet archéologue, dont la
complaisance ne nous a jamais fait défaut, que nous devons la
description suivante, extraite des registres déposés
aujourd'hui dans la bibliothèque communale d'Amiens.]
[Note 59: Nous disons: dans le nord, parce qu'il existe
dans la cathédrale de Marseille un autel du XIIe siècle dont
le devant est décoré d'une figure de la sainte Vierge, et de
deux figures d'évêques en bas-relief; mais Marseille ne
faisait point alors partie de la France. On voit encore dans
l'église d'Avenas un autel sur la face duquel sont sculptés
le Christ, les quatre évangélistes et les douze apôtres. Cet
autel est fidèlement reproduit dans l'_Architecture du Ve au
XVIIe siècle_, de M. Gailhabaud. Nous ne prétendons pas
d'ailleurs affirmer qu'il n'y ait point eu en France de
devants d'autels ornés de figures de saints ou de personnages
divins; car les exemples d'autels anciens sont trop rares
pour que l'on puisse rien affirmer à cet égard.]
[Note 60: L'autel que nous donnons ici est copié sur un
des bas-reliefs du portail de la Vierge dorée de la
cathédrale d'Amiens. Ce bas-relief appartient à la seconde
moitié du XIIIe siècle.]
[Note 61: On voit un autel de ce genre dans le musée du
Grand-Jardin à Dresde; cet autel appartient aux dernières
années du XVe siècle.]
[Note 62: Cette sculpture appartient au second linteau de
la porte Sainte-Anne; c'est une adjonction faite, au XIIIe
siècle, à ce linteau, qui date du XIIe.]
[Note 63: L'autel de l'église du Foll-Goat est en pierre
noire de Kersantun; les petites niches sont remplies par des
figures d'anges tenant alternativement des phylactères et des
écussons.]
AUVENT, s. m. (_Avant-vent_). C'est le nom que l'on donne à un ouvrage
charpente que l'on dresse d'une manière permanente ou provisoire devant
une porte, devant une boutique, ou une salle s'ouvrant au
rez-de-chaussée, pour abriter les personnes qui entrent ou qui sortent.
Pendant le moyen âge on donnait aussi à l'auvent le nom d'_ague_.
L'auvent se distingue du porche en ce que ce dernier est porté sur des
piliers en plus ou moins grand nombre, tandis que l'auvent est comme
suspendu à la muraille au-dessus de la porte ou claire-voie qu'il est
destiné à abriter. La plupart des maisons élevées pendant les XIIe,
XIIIe et XIVe siècles avaient leurs entrées et leurs boutiques
surmontées d'auvents attachés à des corbeaux saillants que l'on
rencontre encore en grand nombre aujourd'hui. Dans ce cas, l'auvent
avait la forme d'un appentis, c'est-à-dire qu'il était à pente simple
renvoyant les eaux pluviales dans le milieu de la rue. Les boutiques des
marchands étaient généralement ouvertes, et les acheteurs se tenaient
dans la rue devant l'étalage; force était donc de leur donner un abri,
aussi bien qu'aux marchandises, au moyen d'un toit saillant ne pouvant
gêner la circulation (voy. BOUTIQUE). Ces auvents étaient d'ailleurs
fort simples, composés de potences accrochées aux corbeaux dont nous
venons de parler (1). Beaucoup d'édifices publics avaient leurs portes
munies d'auvents. Les entrées des hôpitaux, des maisons d'asiles, des
couvents, étaient abritées par des auvents pour permettre aux pauvres
d'attendre à couvert les secours qu'ils venaient réclamer. On rencontre
très-peu de ces ouvrages de charpente conservés aujourd'hui; leur
fragilité, les saillies gênantes qu'ils formaient sur la voie publique,
ont dû les faire supprimer. C'est surtout dans les manuscrits, les
anciennes gravures, que l'on trouve des auvents figurés en grand nombre
devant les portes des édifices publics ou privés. Nous en voyons un
encore attenant à la porte principale de l'Hôtel-Dieu de Beaune, qui
date du XVe siècle; nous le donnons ici (2)[64]. Il y en avait un devant
le portail de l'ancien Hôtel-Dieu de Paris, que l'on voit représenté
dans d'anciennes gravures du parvis Notre-Dame. Ces auvents étaient
couverts presque toujours en matières légères, telles que l'ardoise, les
bardeaux, ou en plomb orné et doré. Il est à présumer que ceux des
boutiques accrochés à des corbeaux de pierre n'étaient même souvent
composés que de toiles mobiles maintenues par des traverses et des
perches inclinées, ainsi que cela se pratique encore aujourd'hui devant
les magasins pour préserver les marchandises du soleil.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Note 64: Voy. l'_Architecture civile et domestique_ de
MM. Verdier et Cattois, In-4°; chez Victor Didron.]
AVANT-BEC, s. m. On désigne ainsi les renforts saillants élevés en aval
des piles des ponts et formant en plan un angle plus ou moins aigu pour
rompre le courant ou garantir les piles contre l'effort des glaces (voy.
PONT).
AXE, s. m. En architecture, c'est le nom que l'on donne à la ligne qui
coupe un édifice en deux parties égales. C'est aussi la ligne qui passe
verticalement par le centre d'un pilier, d'une colonne, qui en
élévation, divise une travée, un membre symétrique d'architecture en
deux portions semblables. Dans la plupart des plans des églises du moyen
âge du XIe au XIVe siècle, on observe que l'axe de la nef et celui du
choeur forment une ligne brisée au transept. On a voulu voir dans cette
inclinaison de l'axe du choeur (ordinairement vers le nord) une
intention de rappeler l'inclinaison de la tête du Christ mourant sur la
croix. Mais aucune preuve certaine ne vient appuyer cette conjecture,
qui n'a rien de contraire d'ailleurs aux idées du moyen âge, et que nous
ne donnons ici que comme explication ingénieuse, sinon complétement
satisfaisante.
B
BADIGEON, s. m. Le badigeon est une peinture d'un ton unique l'on passe
indistinctement sur les murs et les divers membres d'architecture
extérieurs ou intérieurs d'un édifice. Ce n'est guère que depuis deux
siècles que l'on s'est mis à badigeonner à la colle ou à la chaux les
édifices, afin de dissimuler leur vétusté et les inégalités de couleur
de la pierre, sous une couche uniforme de peinture grossièrement
appliquée. La plupart de nos anciennes églises ont été ainsi
badigeonnées à l'intérieur à plusieurs reprises, de sorte que les
couches successives de badigeon forment une épaisseur qui émousse tous
les membres de moulures et la sculpture. Souvent le badigeon est venu
couvrir d'anciennes peintures dégradées par le temps; il est donc
important de s'assurer, lorsqu'on veut enlever le badigeon, s'il ne
cache pas des traces précieuses de peintures anciennes; et dans ce cas
il ne doit être gratté ou lavé qu'avec les plus grandes précautions[65].
[Note 65: On peut enlever le badigeon, suivant sa
qualité, de plusieurs manières. Lorsqu'il est épais et qu'il
se compose de plusieurs couches, que la pierre sur laquelle
il a été posé n'est pas poreuse, on le fait tomber facilement
par écailles au moyen de râcloirs de bois dur. S'il cache
d'anciennes peintures, ce procédé est celui qui réussit le
mieux, car, alors il laisse à nu et n'entraîne pas avec lui
les peintures appliquées directement sur la pierre. Si, au
contraire, la couche de badigeon est très-mince, la méthode
humide est préférable. Dans ce cas, on humecte à l'eau
chaude, au moyen d'éponges ou de brosses, les parties de
badigeon que l'on veut enlever, et lorsque l'humidité
commence à s'évaporer, on râcle avec les ébauchoirs de bois.
Presque toujours alors le badigeon tombe comme une peau. Le
lavage à grande eau est le moyen le plus économique, et
réussit souvent; on peut l'employer avec succès, si le
badigeon est mince et s'il ne recouvre pas d'anciennes
peintures. En tous cas, il faut se garder d'employer des
grattoirs de fer qui, entre les mains des ouvriers, enlèvent
avec le badigeon la surface de la pierre, émoussent et
déforment les profils et altèrent les sculptures, surtout si
la pierre est tendre.]
BAÉE, BÉE, s. f. Ancien mot encore usité dans la construction, qui
signifie le vide d'une porte, d'une fenêtre, d'une ouverture quelconque
percée dans un mur ou une cloison (voy. FENÊTRE, PORTE).
BAGUE, s. f. On désigne par ce mot un membre de moulure qui divise
horizontalement les colonnes dans leur hauteur. Lorsqu'au XIIe siècle on
remplaça les grosses piles carrées ou cylindriques dans les édifices par
des faisceaux de colonnettes d'un faible diamètre, ces colonnettes,
durent être tirées de morceaux de pierre posés en délit, qui n'avaient
pas une longueur suffisante pour ne former qu'un seul bloc de la base au
chapiteau. Leur petit diamètre relativement à leur longueur obligeait
les constructeurs à ménager un ou plusieurs joints dans leur hauteur;
ces colonnettes étaient d'autant plus minces qu'elles se trouvaient
adossées à une pile ou à un mur, et leurs joints devaient être d'autant
plus fréquents qu'elles étaient plus minces. Les joints étaient une
cause de dislocation; force était donc d'empêcher les ruptures ou les
dérangements sur ces points. La nécessité de parer à ces inconvénients
devint immédiatement un motif de décoration. En intercalant entre les
longs morceaux des colonnettes en délit une assise basse de pierre dure
reliée au massif des piles ou des murs, les architectes du XIIe siècle
les rendirent stables et les fixèrent à la construction. Pour nous faire
mieux comprendre, nous donnons ici une bague disposée comme nous venons
de l'indiquer (1); la figure A présente la bague avant la pose des fûts
de colonnettes, et la figure B la bague après la pose des fûts. Ce
principe une fois admis, on ne cessa de l'appliquer que lorsque les
colonnettes firent partie des assises de la construction, lorsque les
matériaux employés furent assez grands et assez résistants pour
permettre d'éviter les joints dans leur hauteur, ou lorsqu'au milieu du
XIIIe siècle on évita systématiquement de couper les lignes verticales
de l'architecture par des lignes horizontales. Les raisons de
construction qui avaient fait adopter les bagues bien comprises (voy.
CONSTRUCTION), nous allons présenter une suite d'exemples de ce membre
d'architecture, si fréquemment employé pendant le XIIe siècle et le
commencement du XIIIe.
Au XIIe siècle, les bagues étaient souvent décorées par des feuilles,
des perles, des pointes de diamant. Voici des exemples, 1° d'une bague
ornée de feuilles tenant aux colonnettes du bas-côté du tour du choeur
de la cathédrale de Langres (2) (milieu du XIIe siècle); et 2° d'une
bague des colonnettes des bas-côtés de la nef de la cathédrale de Sens
(3) (fin du XIIe siècle) présentant un large profil avec billettes. Au
commencement du XIIIe siècle, les bagues ne se composent plus que de
profils minces sans ornements, ainsi qu'on peut l'observer dans le
bas-côté du croisillon sud de la cathédrale de Soissons, dans la nef de
la cathédrale de Laon, dans le choeur de l'église de Vézelay (4) et dans
un grand nombre d'édifices du nord et de l'est de la France. Quelquefois
aussi les bagues tiennent à des colonnes isolées et ne sont alors qu'un
ornement, un moyen de décorer la jonction de deux morceaux de fûts. Un
des plus beaux exemples de ce genre de bagues se trouve dans le
réfectoire du prieuré de Saint-Martin-des-Champs à Paris (5). Les
colonnes qui portent les grandes voûtes divisent la salle en deux
travées. Ces colonnes sont très-hautes et composées de deux morceaux de
pierre réunis par une bague; la bague est d'autant plus nécessaire ici,
que le morceau inférieur est d'un diamètre plus fort que le fût
supérieur (voy. COLONNE). Voici encore un exemple d'une bague ou tambour
mouluré, divisant une colonne en deux portions de fûts (5 bis). La bague
est ici une véritable assise entre deux morceaux de pierre posés en
délit. Cette colonne appartient à l'une des maisons du XIIIe siècle de
la ville de Dol en Bretagne[66]. Nous ne pouvons omettre les bagues de
métal qui maintiennent les colonnettes de la cathédrale de Salisbury,
bien que cet édifice n'appartienne pas à l'architecture française; mais
cet exemple est trop précieux pour ne pas être mentionné. La cathédrale
de Salisbury, comme chacun sait, est construite avec un grand soin; les
piles de la nef, élevées par assises, et qui, en plan, donnent une
figure composée de quatre demi-cercles, sont cantonnées, dans les angles
curvilignes rentrants, de quatre colonnettes dont les fûts sont en deux
morceaux dans leur hauteur. Les joints qui réunissent ces fûts, placés
au même niveau pour toutes les piles, sont maintenus par des bagues ou
colliers de bronze scellés dans la pile au moyen d'une queue de carpe
(6); A représente une de ces bagues avec sa queue de carpe, et B la
coupe du cercle de bronze.
On donne aussi le nom de bague aux moulures saillantes, ornées ou
simples, qui entourent la base des fleurons des couronnements de
pinacles ou de pignons, etc. (Voyez FLEURON.)
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2 et 3.]
[Illustration: Fig. 4, 5 et 5 bis.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Note 66: Nous devons ce curieux dessin à M. Ruprich
Robert.]
BAGUETTE, s. f. C'est un membre de moulure cylindrique d'un petit
diamètre, qui fait partie des corniches, des bandeaux, des archivoltes,
des nervures. La baguette n'a guère qu'un diamètre de 0,01 à 0,05;
au-dessus de cette grosseur, elle prend le nom de _boudin_ (voy. ce
mot). Mais ce qui distingue surtout la baguette du boudin c'est sa
fonction secondaire. Ainsi dans les profils que nous donnons ici
d'arcs-ogives du XIIIe siècle (1), A est une baguette et B un boudin.
Dans l'architecture romane du Poitou et de la Normandie, la baguette est
parfois décorée de perles (2); son profil C dans ce cas est souvent
méplat, pour que la lumière découpe nettement chacune des perles ou
petits besans. Dans l'architecture des XIIe, XIIIe et XIVe siècles, les
architectes se sont servis de la baguette parmi les faisceaux de
colonnes pour faire valoir leur diamètre par opposition, et leur donner
plus de force (3) à l'oeil. On trouve souvent dans les édifices des
XIIIe et XIVe siècles des baguettes dégagées dans les angles des piles
carrées, et surtout dans les pieds-droits des portes, pour éviter les
vives arêtes qui se dégradent facilement ou des aiguités qui peuvent
blesser (4). La baguette alors ne descend pas jusqu'au sol, mais
s'arrête sur l'angle vif réservé à la partie inférieure, soit en
pénétrant un bizeau D, soit en tombant carrément E, soit en se perdant
derrière un ornement F, ce qui se rencontre très-fréquemment dans les
édifices de Bourgogne qui datent de la fin du XIIe siècle ou du
commencement du XIIIe (voy. CONGÉ). Dans la menuiserie, la baguette est
un des membres de moulures les plus souvent employés.
[Illustration: Fig. 1, 2, 3 et 4.]
BAHUT, s. m. C'est le nom que l'on donne à un mur bas qui est destiné à
porter un comble au-dessus d'un chéneau, l'arcature à jour d'un cloître,
une grille, une barrière. Lorsqu'au XIIIe siècle on établit sans
exception, dans tous les édifices de quelque importance, des chéneaux en
pierre décorés de balustrades à la chute des combles, on éleva ceux-ci
(afin d'éviter les dégradations que le passage dans les chéneaux devait
faire subir aux couvertures) sur de petits murs qui protégeaient leur
base, et empêchaient les filtrations causées par des amas de neige ou de
fortes pluies. Les grands combles du choeur et de la nef de la
cathédrale de Paris sont ainsi portés sur des bahuts de 1m,25 de
hauteur, dont nous donnons ici la figure (1). Ces bahuts, décorés d'une
assise de damiers sous les sablières, sont en outre percés d'ajours pour
éclairer et aérer la charpente du comble. Plus tard, vers le milieu du
XIIIe siècle, les bahuts furent pourvus d'une dernière assise formant
larmier pour éviter que les eaux descendant de la couverture ne
dégradassent les parements de pierre et pour les faire tomber
directement dans le chéneau (2). On trouve à Amiens, à Beauvais, à la
Sainte-Chapelle du Palais, des bahuts ainsi couronnés. Ce profil
saillant permettait d'ailleurs d'établir des coyaux A, et en laissant
une circulation d'air entre les pieds des chevrons, les sablières et la
couverture, il préservait ces pièces de bois de la pourriture. Les
bahuts des grands combles n'ont guère que 0,40 ou 0,60 centimètres
d'épaisseur et portent sur les formerets des voûtes hautes (voy.
CONSTRUCTION, CHARPENTE), en laissant le plus de largeur possible à la
tête des murs pour l'établissement des chéneaux. Quelquefois même les
bahuts des combles sont établis sur des arcs de décharge reportant le
poids de la charpente sur les sommiers des voûtes intérieures; alors
toute l'épaisseur des murs est réservée pour le placement des chéneaux.
Les colonnes des galeries intérieures, pendant l'époque romane et au
commencement de la période ogivale, sont souvent dressées sur de petits
murs d'appui qui sont de véritables bahuts. Les colonnettes du triforium
du porche de l'église de Vézelay sont ainsi disposées. Dans la nef et le
choeur de la cathédrale d'Amiens même, c'est encore sur un bahut que
sont posées les colonnes du triforium (voy. TRIFORIUM).
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]