[12] Leroi,--le marquis de Montflabert,--Dix août--et Guillaume

Sermaize ne sont qu'une même personne et qu'un seul coquin. Après la

suppression du Tribunal, et le 2 décembre, lorsque la Municipalité

du 10 août fut remplacée par une autre sous le nom de Municipalité

provisoire, Sermaize fit partie des nouveaux commissaires chargés de

surveiller ou plutôt de tyranniser les augustes prisonniers du

Temple. Il s'acquitta de cet emploi à la satisfaction des

sans-culottes. Entre autres devoirs, il mit scrupuleusement à

exécution l'arrêté de la Commune qui ordonnait d'enlever à Louis XVI

tous les instruments tranchants qui se trouveraient en sa

possession. Après une première perquisition opérée par ses

collègues, Sermaize voulut en opérer lui-même une seconde, plus

minutieuse: il se fit conduire dans l'appartement de Sa Majesté. Le

roi était assis près de la cheminée, les pincettes à la main;

Sermaize lui demanda, de la part du Conseil, à voir ce qui restait

dans son nécessaire; le roi le tira de sa poche et l'ouvrit: il y

avait un tournevis, un tire-bourre et un petit briquet. Sermaize se

les fit remettre.--«Et ces pincettes que je tiens en main, ne

sont-elles pas aussi un instrument tranchant?» lui dit le roi en lui

tournant le dos.

IV.

LE TRIBUNAL REDOUTABLE.

Il y avait alors, dans la rue Culture-Sainte-Catherine, un théâtre

obscur ayant nom: Théâtre du Marais, et dans l'entreprise duquel

Beaumarchais était, dit-on, fortement intéressé. Le théâtre du Marais,

bien que le fond de son répertoire reposât sur les pièces de

Beaumarchais lui-même, faisait cependant quelquefois des excursions dans

le domaine de l'actualité politique: il avait déjà donné une tragédie de

Souriguière, intitulée: _Artémidor ou le roi citoyen_, tragédie

franchement monarchique, où Louis XVI était peint sous les plus

favorables couleurs. Il crut pouvoir persévérer dans cette voie et,

quelque temps après, il représenta, sous le titre du _Tribunal

redoutable_, ou _suite de Robert, chef de brigands_, un drame qui eut le

pouvoir de mettre en rumeur le ban et l'arrière-ban des sans-culottes.

«On attribue cette pièce à Lamartellière, mais les principes n'en

peuvent appartenir qu'à Beaumarchais,» disent les _Révolutions de

Paris_.

Au premier acte, le rideau se levait sur une séance du tribunal, présidé

par le brigand Robert; premier grief, allusion irritante, sinon mal

fondée. Au troisième acte, on voyait une tour dessinée sur le modèle de

celle du Temple, et dans laquelle gémissait une intéressante princesse.

Du reste, la contexture de la pièce n'avait pas d'autre rapport que cela

avec les événements à l'ordre du jour; ce qui n'empêcha pas Prudhomme de

dénoncer le _Tribunal redoutable_ comme anti-révolutionnaire et

constitutionnel dans toute la force du terme. Les expressions dont il se

sert sont trop réjouissantes pour que je veuille en priver mes lecteurs:

«Cet ouvrage, dit-il, est bardé de maximes sur les vertus d'un bon roi;

il n'est pas de sentences sur le bonheur de posséder un monarque

vertueux qui ne soient pillées dans le ci-devant beau livre de

_Télémaque_; aujourd'hui si vieilli, depuis que la journée du 10 août a

prouvé que tous les rois, indistinctement, sont des fléaux sur la

terre.» Je ne sais quelle rancune garde le citoyen Prudhomme à l'auteur

du _Mariage de Figaro_, mais son nom seul le fait entrer en convulsions;

il est furieux de ses succès, il est particulièrement jaloux de sa

fortune; _sangsue gorgée_, _spéculateur vorace_, _vampire_, telles sont

les moindres épithètes dont il l'accable. Plus tard, quand il apprend

que Beaumarchais est décrété d'accusation, il laisse exhaler des cris de

joie et ne regrette qu'une chose, c'est que la Convention ait peut-être

manqué de prudence en n'envoyant pas sur-le-champ un gendarme s'assurer

de sa personne. Enfin, il pousse l'odieux jusque dans ses dernières

limites, lorsqu'après avoir annoncé qu'il ne s'en était fallu que de six

heures que Beaumarchais ne subît à l'Abbaye le sort de tant de victimes,

il s'écrie: «Que de gens se réconcilieraient avec une providence

présidant aux choses de ce bas monde, s'ils voyaient Caron de

Beaumarchais n'échapper à la justice du peuple que pour tomber sous le

glaive de la loi!»

Vous êtes trop libraire, monsieur Prudhomme.

Mais revenons au _Tribunal redoutable_. A la troisième représentation de

cette pièce, Gonchon, cet excentrique orateur du faubourg Saint-Antoine,

se leva du milieu du parterre et interpella vivement les acteurs, selon

ses habitudes. Hué par les spectateurs en masse, il s'écria en homme du

10 août:--Le premier qui m'attaque trouvera la mort! Il se rendit

ensuite auprès du directeur et lui signifia, dans des termes qui jamais

ne souillèrent la bouche des Gracques, que s'il redonnait ce drame, il

se faisait fort, lui, Gonchon, d'amener le _faubourg de Gloire_ tout

entier, pour briser les banquettes du théâtre. L'affaire alla jusqu'au

club des Jacobins; et le comité de surveillance fit à son tour mander le

directeur pour l'avertir qu'il aurait à répondre des événements s'il se

hasardait à rejouer le _Tribunal redoutable_,--ce qui équivalait à une

interdiction absolue.

Ce n'était pas chose aisée que de faire plier Beaumarchais, l'homme qui

avait le mieux tenu tête à la noblesse et au Parlement. Placé devant

l'ultimatum du peuple, il ne se soumit qu'à moitié. Le _Tribunal

redoutable_ disparut bien, mais ce fut pour faire place, trois ou quatre

jours ensuite, à _Robert le républicain_, qui était absolument la même

pièce, à quelques changements près. La rage de Prudhomme s'exhala sur

tous les tons. «Le théâtre du Marais, dit-il, vient de donner un exemple

de ce que la cupidité et l'opiniâtreté ont de plus frappant. Le lecteur

se rappelle sans doute ce que nous avons dit sur le _Tribunal

redoutable_; eh bien! malgré nos réclamations et celles d'un parterre

intègre, ce théâtre n'a pas voulu perdre ses frais de costumes et de

décorations. Renonçant au système liberticide qui avait présidé à la

conception de cet ouvrage, il a fait refaire à neuf tout l'édifice, ou

pour mieux dire l'a replâtré. L'auteur, pour justifier le titre de

républicain donné à son Robert, lui fait fonder une république dont il

est le chef; comme si pour changer de titre, l'Etat n'en était pas moins

régi par le pouvoir toujours arbitraire d'un seul.»

Quoi qu'il en soit, chef de brigand ou républicain, _Robert_, malgré les

fureurs des journaux, n'en attira pas moins le public;--et le courroux

de Gonchon, satisfait par cette concession apparente, s'apaisa, comme

sous une tiède brise du Midi s'apaise une mer agitée.

V.

M. DE SAINTE-FOY.--BARÈRE, TÉMOIN.

Un procès sur lequel les papiers du temps restent muets et qui ne se

trouve pas consigné dans le _Bulletin_ de R. J. B. Clément, non plus que

dans son _Répertoire_ (abrégé du _Bulletin_), c'est le procès de M. de

Sainte-Foy, vieillard accusé d'avoir trempé dans les conspirations de la

cour. M. de Sainte-Foy comparut devant le Tribunal criminel dans la

dernière quinzaine de novembre et ne sauva sa vie qu'avec beaucoup de

peine; sa correspondance avec le général Dumouriez le justifiait de

point en point, mais cette correspondance n'était point entre les mains

des jurés: elle avait été envoyée par Dumouriez lui-même au président de

la Convention,--c'était alors Barère,--qui l'avait égarée. M. de

Sainte-Foy, à bout de protestations et de moyens de défense, dut

invoquer le témoignage de Barère, qui reçut une assignation pour aller

déposer devant les juges.

«Je me fis remplacer, raconte-t-il, au fauteuil de président, en

annonçant à la Convention le motif légitime de mon absence; elle y

applaudit et j'arrivai au Palais-de-Justice à midi. Le jugement de M. de

Sainte-Foy était déjà commencé; chaque jour on appelait et on entendait

des témoins. Je fus interrogé par le président, M. Paré; après les

premières formules usitées, il me demanda si je connaissais l'accusé. Je

me retourne et je le vois pour la première fois. C'était un vieillard

d'une belle figure; sa physionomie fine et grave était imposante, son

front chauve; l'assurance de l'homme innocent était dans sa pose. Je

répondis:--Je viens de le voir pour la première fois.--Que savez-vous

relativement à la part que l'accusé a pu prendre aux événements du 10

août?--Tout ce que je sais se réduit à la connaissance que mes fonctions

de président de la Convention nationale m'ont donnée de quelques

lettres.»

Barère rapporta, autant que sa mémoire très-bonne put le servir, le

contenu de ces lettres, lesquelles prouvaient péremptoirement la

parfaite innocence de M. de Sainte-Foy.

«Quand j'eus établi, ajoute-t-il, l'existence et le contenu de cette

correspondance, je fus interrogé de nouveau par deux jurés qui

semblaient faire naître des doutes et des présomptions sur ce que

j'avais pu lire et que je venais de leur rapporter. Il paraît cependant

que mes réponses parurent les satisfaire, et je sortis de l'audience.

L'accusé, reconnaissant, me remercia d'une manière si sensible et si

noble, que je ne l'oublierai jamais. «_Oh! que la sensibilité d'un

innocent accusé qui se voit appuyé et défendu est touchante!_»--C'est un

spectacle que Barère aurait pu se procurer plus souvent.

M. de Sainte-Foy fut acquitté.

Paré, dont le nom vient d'être écrit, était avant la Révolution, premier

clerc de Danton; il suivit son maître dans sa fortune. D'abord employé

comme commissaire dans le département de la Seine, il devint ensuite

secrétaire du conseil exécutif provisoire; puis, lorsque Danton fut

appelé au ministère de la justice, Paré se trouva porté tout

naturellement au nouveau Tribunal criminel.--Un an plus tard, il devait

remplacer pendant quelque temps Garat à l'intérieur.--C'était un bel

homme, doux, et dont la physionomie annonçait l'honnêteté.

VI.

SUPPRESSION DU TRIBUNAL CRIMINEL DU 17 AOUT.

Une fois la perte du Tribunal résolue, on lança un décret qui déclara

ses jugements sujets à cassation. De plus, le ministre de la justice

demanda que ledit Tribunal fût tenu de laisser dans le libre exercice de

ses fonctions le Tribunal de police correctionnelle, des pouvoirs duquel

il s'était momentanément emparé. Les juges firent la sourde oreille et

continuèrent à instruire des procès de toute espèce.

Un de leurs derniers jugements condamna à douze ans de fer et à six

heures d'exposition un ex-commissaire de la butte des Moulins, Stévenot,

convaincu d'avoir procédé à d'illégales visites domiciliaires dans le

but de s'approprier des valeurs d'argent. Cet adroit fripon, arguant

d'ordres prétendus, requérait la force armée pour commettre des

arrestations arbitraires.

Il importe peu de signaler les autres arrêts qui n'atteignirent que des

voleurs ordinaires ou des individus coupables d'avoir tenu

d'_incendiaires_ propos. De vrais criminels politiques, il n'en est

aucune trace; et je me demande ce que sont devenus, après la dissolution

de ce Tribunal, les détenus _sérieux_, tels que ce brigand dont le

journal de Gorsas fait mention à la date du 9 novembre: «P. Laroche,

natif de Saint-Flour, détenu avant le 10 août, vient d'être arrêté comme

prévenu de s'être transporté il y a deux jours à la Force. Là, après

avoir mis en évidence un gros bâton qui lui avait servi, dit-il, les 2,

3, 4, et 5 septembre, il ajouta qu'il lui servirait encore, car il

fallait recommencer de plus belle. Il prévint ensuite un guichetier,

nommé P. Sciffron, de se méfier, qu'on devait assassiner sous peu tous

les concierges des prisons et les prisonniers; mais qu'il pouvait être

tranquille, et qu'il se chargeait de lui et même de l'installer

concierge. Le directeur du jury d'accusation est chargé, d'après les

pièces, de poursuivre cette affaire.»

C'eût été embarrasser singulièrement Lullier que de le forcer à charger

un semblable bandit, son collègue dans les nuits de massacre. Et le

Tribunal du 17 août s'occupait des délits de police correctionnelle afin

de n'avoir pas à s'occuper des assassinats de septembre. Là-dedans aussi

faut-il peut-être chercher une autre cause à sa suppression.

Toutefois est-il que, malgré le voeu presque unanime des députés, son

agonie se prolongea encore une semaine; en voici le bulletin:

Le 23, décret qui ajourne la proposition de supprimer le Tribunal

criminel;

Le 24, décret qui ajourne au lendemain le rapport sur le Tribunal

criminel;

Enfin, rapport par Garan de Coulon, suivi d'un décret à la date du 29,

portant suppression du Tribunal pour le lendemain 1er décembre.

Immédiatement, c'est-à-dire le 29, vers onze heures du matin, le

ministre envoya au Tribunal une expédition de ce décret. On essaya bien

de demander une prorogation, sous le prétexte d'une cause intéressante

dont les débats devaient commencer le 30 et qui était susceptible de

durer peut-être quarante-huit ou cinquante heures. A cet effet,

Desvieux, accompagné de plusieurs gendarmes, «jaloux, dit le _Bulletin_

de Clément, de témoigner leur gratitude et leur civisme,» fut député

vers la Convention. Mais la Convention, impatientée, passa à l'ordre du

jour. Desvieux revint au Palais-de-Justice avec ses gendarmes

consternés. Il était huit heures du soir. Sur-le-champ, le Tribunal

criminel du 17 août déclara que ses fonctions étaient finies. Toutefois,

il ne voulut pas se séparer sans protester un peu amèrement contre le

décret de suppression; et Lullier, demandant la parole, prononça le

discours suivant:

«Citoyens, nommé par le peuple, ce Tribunal en a eu la force et

l'énergie.

»Toutes les autorités ont paru devant nous, sans aucune acception

particulière, parce que nous n'avons connu que l'égalité. Mais un

caractère de justice aussi prononcé, en nous faisant redouter de cette

classe d'hommes farouches qui tendent sans cesse à la suprématie et qui

n'usent de la puissance du peuple que pour l'asservir; ce caractère,

dis-je, devait faire de tous ces hommes des ennemis cruels pour le

Tribunal. En effet, vous avez vu la calomnie verser sur nous ses poisons

subtils et dangereux; mais vous étiez là; vous avez applaudi à nos

travaux, et, fiers de vos suffrages, nous avons méprisé la calomnie.

»Aujourd'hui, citoyens, le Tribunal est supprimé; mais, toujours dignes

de vous, toujours dignes de nous-mêmes, nous dédaignons de regarder en

arrière la main qui nous a frappés. La loi a parlé, nous suspendons nos

fonctions; c'est à vous de juger de quelle manière nous les avons

remplies[13].»

[13] Voici un portrait de Lullier, qui fut publié au moment de sa

candidature à la mairie: «Lullier a été cordonnier, établi rue du

Petit-Lion. Sa qualité ne serait pas à considérer, mais elle indique

l'habitude du travail des mains et l'éloignement de celui de

l'esprit; il est sans éducation, il n'a fait aucune étude; il est

ignorant, vindicatif, violent, emporté à l'excès. Après des

égarements de jeunesse, il s'est fait homme de loi en 1789. Dans les

mois de juillet et d'août, il s'est donné de grands mouvements dans

la section du Bon-Conseil, et il a été nommé accusateur public d'une

section du Tribunal du 17 août; il suffit de l'entendre parler pour

juger de son ignorance. Il paraît s'abandonner au vin... Voilà le

maire proposé par Robespierre aux Jacobins; ce sera Robespierre qui

sera maire pour Lullier.»

(_Patriote français._)

* * * * *

Ainsi tomba, après un exercice de trois mois, ce Tribunal érigé par

Robespierre et par la Commune; il servit à préparer le véritable

Tribunal révolutionnaire, le Tribunal du 10 mars; il servit à essayer

les hommes sur lesquels pouvaient compter les terroristes; et ses actes,

encore masqués d'un semblant de justice, furent le prélude du grand

système de représailles révolutionnaires qui devait, quatre mois plus

tard, commencer à embrasser la France tout entière.

FIN.

NOTES

DOCUMENTS JUSTIFICATIFS ET ERRATA.

INTRODUCTION. Page 6. _Cazotte et Sombreuil, ces deux pères que leurs

filles n'ont pu sauver qu'une fois._ Ce n'est pas sur la place de la

Révolution, c'est sur la place de la Réunion (du Carrousel) que Cazotte

a été exécuté. Le désir de grouper les victimes les plus fameuses dans

ce tableau-vision m'a fait commettre volontairement cette erreur, qui

n'existe pas du reste dans le récit circonstancié que j'ai fait de la

mort de Cazotte. Voir page 236 et suivantes.

Page 10. _Les Révolutionnaires de maintenant semblent vouloir imiter les

Révolutionnaires de jadis._ Cette introduction et une partie de

l'_Histoire du Tribunal révolutionnaire_ ont été écrites et imprimées

avant le 2 décembre 1851. Destiné à se produire dans des circonstances

difficiles, ce livre se ressent peut-être, en de certains passages, de

la passion alors courageuse qui l'a inspiré.

Page 16. _Une brochure très curieuse parue l'an dernier à Arras._ C'est

une Notice sur la vie et les écrits de Robespierre, par M. J. Lodieu,

ancien sous-commissaire national en 1848.

Page 52. Théophile Mandar est mort à Paris, le 2 mai 1823. Il avait été

revêtu, en 1793, du titre de commissaire national du Conseil exécutif de

la République française. La Convention lui accorda une gratification de

1,500 francs. Malgré son exaltation, cet homme n'était pas entièrement

dépourvu de bon sens et d'humanité. On trouve à la suite de son poëme en

prose intitulé _le Génie des siècles_, un discours prononcé en septembre

1792 contre les journées des 2, 3 et 4.

Théophile Mandar a laissé en manuscrit deux ouvrages: _la Gloire et son

Frère_, et _le Phare des Rois_, poëme en seize chants; c'est dans _le

Phare des Rois_ que se trouve le chant du _Crime_, qui en fit défendre

l'impression en 1809. M. A. Maliol parle ainsi de cet ouvrage:

«Quelqu'un qui en a entendu lire des fragments, assure qu'on y remarque

parfois des pensées fortes, exprimées avec concision, mais qu'on y

trouve aussi de l'incohérence et des incorrections fréquentes. On

prétend que Napoléon, ayant lu des passages de ce poëme, désira voir

l'auteur et finit par lui témoigner qu'il ne reconnaissait pas en lui

l'_homme du manuscrit_.» Cela n'aurait guère été poli de la part de

Napoléon.

En 1814, l'empereur Alexandre, qui alors accueillait volontiers les

hommes que leurs opinions libérales avait rendus ennemis du gouvernement

napoléonien, permit que l'auteur du _Phare des Rois_ lui fût présenté.

Sur la fin de ses jours, Théophile Mandar était tombé dans l'indigence.

Je trouve dans un pamphlet, publié en l'an VIII et attribué à Rosny (de

Versailles) ce portrait assez dur: «Voilà un de ces hommes qui ont le

plus à se plaindre de l'ingratitude de leur siècle; de ces aigles qui,

tandis qu'ils planent dans les nues, ne songent pas que leur pourpoint

est troué, que leurs souliers sont déchirés, leur chemise sale, que leur

femme souffre et que leurs enfants meurent de faim. Théophile Mandar fut

un des trois premiers membres du Comité religieux, un des trois

fondateurs de la secte théo-philanthropique, avec les citoyens Haüy et

Chemin le libraire. Ce fervent apôtre d'une religion naturelle et

tolérante a donné la _Théorie des insurrections_, ouvrage qui, dans les

circonstances où il a paru (1793), eût pu faire beaucoup de mal, s'il

eût été aperçu et si les insurrecteurs savaient lire. Joignons à cet

ouvrage _le Lendemain des Conquêtes_ et _de la Souveraineté du Peuple_.»

Ce dernier ouvrage n'est qu'une traduction de l'anglais.

Page 57. _Vous nous avez promis justice, vous nous la rendrez._ Une

autre version vient s'ajouter à celle du _Patriote Français_ et à celle

du _Moniteur_. Suivant l'_Auditeur national_ (numéro du samedi, 18 août,

page 4), l'orateur aurait dit, en s'adressant à l'_Assemblée_: «Vous

étiez assis quand le peuple était debout, et il semble que vous vous

soyez bornés à considérer son attitude. Ressouvenez-vous de cette

vérité: quand l'écolier est plus grand que le maître, tant pis pour le

maître!»

Page 58. _Les costumes des membres du Tribunal seront les mêmes_ que

ceux des autres membres des Tribunaux. C'est ce costume _à la général_

sur lequel s'égaie Fournel dans son _Histoire du Barreau de Paris

pendant la Révolution_, et dont s'étaient tant moqués les _Actes des

Apôtres_, deux ans auparavant. Les juges avaient un grand chapeau à

panache, ce qui donna lieu aux vers suivants:

Du mot panache, chenapan

Est l'exact anagramme.

Tout vieux qu'est ce mot gallican,

Comme il fait épigramme!

Que les panaches de ce temps

Ressemblent bien aux chenapans!

(_Actes des Apôtres_, t. 16, p. 81, édit. in-12.)

Page 73. _Ce Mathieu ne fit que passer à travers le Tribunal; au bout de

quelques séances on ne retrouve plus son nom._ Il y a ici une erreur.

Nous reverrons M. Mathieu plusieurs fois, et surtout dans les dernières

séances de novembre.

Page 74. Quelques extraits de l'_Histoire du Tribunal révolutionnaire_

ayant paru dans les journaux, il m'est arrivé une réclamation de M.

Maton de la Varenne, fils de l'historien de ce nom. M. Maton de la

Varenne redoutant pour la mémoire de son père les interprétations que

l'on pouvait faire de cette qualification d'_avocat des voleurs_, je me

suis empressé de déclarer à M. de la Varenne, dont je comprenais les

justes susceptibilités, que j'avais voulu simplement désigner par cette

expression un de nos plus excellents criminalistes, honnête homme au

premier degré et auteur d'écrits anti-révolutionnaires fort estimés,

fort consultés surtout.

Cette circonstance m'a mis à même d'apprendre que M. Maton de la Varenne

père a laissé de précieux et volumineux manuscrits. L'_Histoire

particulière des événements qui se sont passés dans l'année 1792_, etc.,

ne serait qu'un fragment échappé à cette collection. La Bibliothèque

royale est impardonnable de ne pas avoir acquis depuis longtemps ces

pièces importantes, amassées par le courageux avocat au péril de ses

jours, et dont la plupart comblent bien des lacunes indiquées par

Deschiens.

Page 78. Des deux frères de Coffinhal, l'un devint procureur du roi;

l'autre fut fait baron de l'Empire, maître des requêtes et conseiller à

la Cour de cassation. Louis XVIII l'autorisa à ne porter que le nom de

M. le baron Dunoyer.

Page 89. Il faut remarquer, en passant, que les mots les plus

caractéristiques de la Révolution partent tous de Collot-d'Herbois. Je

m'occupe depuis longtemps d'une étude assez vaste sur ce personnage.

Page 92. _La demande fut renvoyée à la Commission et convertie en

décret._ Voici la teneur de ce décret, proposé par Hérault et adopté

immédiatement:

«1º L'accusé aura pendant douze heures seulement en communication la

liste des témoins.

»2º L'interrogatoire secret est supprimé; l'accusé paraîtra seulement

devant le président, ou le juge commis par lui, en présence de

l'accusateur public et du greffier, pour déclarer s'il a fait choix d'un

conseil ou en recevoir un d'office.

»3º L'accusé conférera avec son conseil à l'instant même où il aura été

entendu.

»4º La loi relative aux récusations motivées ou non motivées aura lieu

dans son intégrité; mais les récusations ne pourront avoir lieu que dans

le délai de trois heures.

»5º Les membres du jury qui ont fait leur service dans une affaire, ne

pourront être employés dans la suivante; leurs noms ne seront placés

dans l'urne que pour le tirage subséquent.

»6º Le délai de trois jours entre le jugement et l'exécution n'étant

accordé que pour donner le temps au condamné de se pourvoir en

cassation, et cette faculté étant supprimée par la loi du 17 août, le

délai entre le jugement et l'exécution n'aura pas lieu.»

En outre, le surlendemain, et sur la demande du Tribunal, le Conseil

général de la Commune décida que les défenseurs officieux des criminels

de lèse-nation ne pourraient être admis qu'avec un certificat de probité

délivré par leur section, et que les conférences entre l'accusé et le

défenseur seraient publiques.--De quoi se mêlait le Conseil général de

la Commune?

Cet arrêté fut affiché et envoyé aux prisonniers.

Page 121. _La guillotine fut déclarée en permanence._ Cependant on

retirait le couteau tous les soirs.

Histoire anecdotique du tribunal révolutionnaire · 第 14 / 15 段